A SON FILS LE PRINCE* DE GALLES'. XXIII
dont les plus excellentes règles , et par lesquelles vous puissiez mieux régner, sont les lois établies en ces royaumes, desquels vous êtes le légitime héritier , et qui , par un admirable tempérament , accordent beaucoup à l’industrie, à la liberté et au bonheur des peuples ; mais qui cependant réservent assez de quoi satisfaire à la majesté et aux prérogatives d’un roi qui les reconnaît pour ses sujets et non pas pour des esclaves; comme cette sujétion aide à conserver la propriété de leurs biens, leur paix et leur sûreté, aussi ne diminuera-t-elle jamais rien de vos droits tû de leurs franches libertés, qui consistent à jouir des fruits de leur industrieux labeur, et à profiter de ces lois où eux-mêmes ont consenti.
Ne vous chargez jamais la tête d’une couronne qui puisse accabler tout le reste du corps par sa pesanteur, la faiblesse des parties inférieures est dans l’impuissance de restituer au chef ce qui lui manque de forces , d’honneur ou de sûreté ; au contraire , on la voit nécessairement contribuer beaucoup à accroître son infirmité et hâter sa ruine.
Vous ferez mieux paraître et exercerez plus légitimement votre autorité , en relâchant un peu de la sévérité des lois, qu’en vons y attachant si fort à la rigueur, vu qu’il n’y a point de plus souveraine injustice que lorsqu’un pouvoir souverain et tyrannique s’exerce par l’étroite observation de la loi.
En ces deux points de la manutention des lois et de la religion établie , où je me suis tenu ferme , je peux sans vanité faire passer les reproches que le
CONSEIL^ DU ROI CHARLES l"
monde me fait touchant mes souflranccs, pour quelque espèce d’honorable martyre , quant au témoignage que ma propre conscience m’en rend. Ceux' qui ont brouille' mes états n’ayant point d’autres objections à me faire, sinon que je préférais la religion et les lois qui y étaient affermies à tous les changements qu’ils me proposaient.
C’est ce que je pratique encore à présent, et le veux toujours continuer tant que je sois convaincu par de meilleurs arguments que ceux dont on s’est servi jusqu’ici en mon endroit, à savoir, par des tumultes, des armées et des prisons.
Il leur est impossible de me faire comprendre cette leçon, et J’espère que vous n’aurez pas aussi envie de l’apprendre jamais , qu’il faille qu’un roi , pour sa sûreté, gratifie des factieux par le renoncement des lois èsquelles est enveloppé l’intérêt public et le bien de la communauté. Je ne saurais dire encore de quelle façon Dieu me retirera de ces tourments et de ces indignités dont il a plu à sa justice m’affliger, par les mains tout-à-fait injustes de quelques-uns de mes sujets , et ne me mets pas aussi beaucoup en peine du tort que les hommes me peuvent faire , tandis que je retiendrai en mon ame ce que je crois être droit devant Dieu.
J’ai fait offre de tout ce que je pouvais contribuer, en raison , honneur et conscience, pour l’œuvre de la réformation et pour la sûreté de tous , réservé seulement les choses où je ne pouvais consentir sans faire une irréparable injure à mon arae , à l’Eglise,
k SON FILS LE PRINCE pE GALLES, à mes sujets et à vous-même, comme au plus prochain et assure héritier de mes royaumes.
A la possession desquels, si la Providence divine ( qui ne trouve point de difficultés qui ne soient surmontables ) vous conduit après mon décès , et au temps qu’il lui plaira d’ordbnner, comme j’espère qu’elle le fera , je vous admonète et vous enjoins de considérer et d’examiner sérieusement ces premiers et effectifs abus ou ces fautes prétendues du gouvernement, que l’on m’a objectés, et qui ont pu être occasion de mes peines, afin que vous les puissiez éviter.
Ne vous reposez jamais si fort sur le conseil , la fidélité et la discrétion particulière de qui que ce soit, pour le maniement des affaires de la première grandeur ( c’est-à-dire , ce qui concerne la religion et la justice ) , que cela soit cause de faire naître en vous-même et dans l’esprit des autres quelque défiance de votre propre jugement , qui vraisemblablement doit toujours apporter plus de constance et d’équité aux Intérêts de votre couronne qu’aucun autre.
Après, donnez-vous garde de vous laisser emporter par la perverse et mauvaise humeur , ou l’opinion particulière de certains revêches et passionnés officiers, à aigrir et jeter dans les extrémités, ces factions dont les fondements sont des choses de plus légère conséquence, et seulement comme si vous disiez les • bordures ou faubourgs de la religion.
Là où quelque charitable connivence et une tolérance chrétienne pourrait souvent dissiper les forces
XXVI CONSEIL? DU ROI CHARLES l” tle ceux que la plus roide opposition fortifie , et fait tellement grossir le parti que l’on méprise et qu’on veut opprimer, queceux qui le composent se-trouvent capables de se venger pleinement des autres qu’ils estiment leurs persécuteurs; étant assistés ordinairement de cette commisération populaire , qui accompagne tous ceux que l’on dit souffrir pour l’amour de leur religion.
Pourvu que ces différents ne passent point jusqu’à s'opposer insolemment à ce qu’il y a de plus essentiel aux lois , au gouvernement , ou à la religion qui est établie : car les mouvements et les machinations de cette nature ne se doivent point tolérer.
Conserve? toujours cette solide piété et ces vertus fondamentales ( par lesquelles les cœurs et les vies des hommes se corrigent et se perfectionnent ) , faisant faveur et justice sans passion.
Prenez garde que des circonstances extérieures et des formalités de religion n’aillent pas dévorer tous les encouragements , on du moins les meilleurs , qui sont proposés au savoir, à l’industrie et à la piété; mais d’un œil équitable , et avec une main non partiale, distribuez les faveurs et les récompenses à tous, selon que vous les en trouverez dignes, et 4]u’ils se seront rendus capables de les mériter par •leurs bonnes et réelles qualités de suffisance et de fidélité.
Vous serez assuré par-là de vous gagner les cœurs des plus gens de bien , et même aussi du plus grand nombre; car quoiqu’il y en ait de ceux-là qui ne
A SON FfT.S LF, PlUNCE T) F, GALLES. XXVII
soient pas des meilleurs, néanmoins ils prennent plaisir avoir adoucir en tout temps ces âpres soutiens de la vertu par des récompenses temporelles.
Vous voyez /|iic j ai eu a comhattre des factions différentes et opposées les unes aux autres (car c’est ainsi que Je suis obligé d appeler et d estiinei tous ces partis qui n’agissent point conformément aux lois établies dans l’Eglise et dansl État ): ils n ont pas eu plutôt surmonté par la force ceux qu’ils nommaient leurs communs ennemis (c’est-à-dire, tous ceux qui se tenaient aux lois et à mon service ) , et été par-là délivrés île l’appréhension qu’ils en avaient, (pi’incontineut après , les voiHi divisés et devenus comme rivaux , en «n si haut degré , qu’ils ont davantage de Jalousie et de défiance les uns des autres que de leurs premiers antagonistes.
On verra les factions dissipéesavec le temps, quand une fois les particuliers venant à lever les armes et à éclore leurs desseins ambitieux et leur avarice , se découvriront par-là eux-memes, cachés qu ils étaient auparavant et enveloppés avec ces vicieuses dispositions, sons ces lieaiix et spécieux prétextes de religion, réformation et liberté. Alors le loup sera d’autant plus Justement ha’i , étant trouvé revêtu de la peau d’une brebis, qu’il n’en est pas moins cruel pour êtee
déguisé de la sorte.
' Mais quant au vulgaire abusé , qui en simplicité suit ces déguisements, ce qui a imité le train de scs séducteurs, Je vous encharge et vous conseille , que comme vous n’avez que faire de pallier vos desseins.
xxvni CONSEILS DU ROI CHARLES l" ainsi qae les autres hommes , qu'aussi vous vous efforciez de surpasser réellement et sincèrement ( par des démonstrations véritables et constantes de débonnaireté , de piété et de vertu envers le peuple), même tous ces gens-là qui font le plus de bruit et de parade de leur religion ; par ce moyen vous n’aurez point de sujet de craindre qu’on découvre ce que vous faites ( comme ceux qui n’ont que le masque et les vainesapparencedebonté),nivous ne frustrerez point les justes attentes de vos peuples , lesquels ne peuvent se promettre avec raison autant de bien des nouveautés de qui que ce soit de leurs compatriotes que de la vertueuse constance de leur roi.
Âpres que la splendeur de ce beau soleil de la divine merci , et l’éclat lumineux de vos vertus auront fait fondre et dissoudre ces monts glacés de factions , et que le peuple , qu’on a trompé , aura appris qu’il n’y a point de plus iniques oppresseurs de leurs biens, de leur liberté et de leurs consciences, que ceux qui se sont appropriés le titre de leurs patrons et défenseurs , seulement afin d’usurper la puissance qu’ils exercent sur eux, gardez-vous bien alors que la passion vous emporte à vouloir tirer vengeance de ceux dont le péché et la folie fera çn temps et lieu une punition assez exemplaire.
Mais sitôt que ce trait fourchu des émulations factieuses sera tiré hors du corps de l’Etat, mettez en pratique tous les artifices dignes d’un prince, et toute ■ la douceur imaginable pour en guérir la plaie , de peur que la douleur cuisante que vous pourriez
A SON FILS LE PKINCE DE GALLES. XXIX faire en la traitant rudement ne soit égale à l’angoisse que la blessure a causée.
J’ai offert des actes d’indemnité et d’oubli , d’une si vaste étendue, qu’ils sont capables de comprendre tous ceux qui se peuvent accuser eux mêmes d’avoir, en quelque sorte que ce soit, encouru la rigueur des lois , et de bannir toutes les craintes et les ombrages pour l’avenir.
Je souhaite que vous soyez dans la même inclination , et toutes les fois que l’on vous en requerra , et que vous y consentirez, souvenez-vous d’y passer comme à un acte que vous ne devez pas seulement accorder par une nécessité publique et maxime d’état, mais par un libre choix de votre volonté et par des mouvements d’une charité vraiment chrétienne.
C’est maintenant tout ce qui me reste que ce pouvoir que j’ai de pardonner à ceux qui m’ont tout ôté , et je rends grâces à Dieu que mon cœur se porte à cela gaiement , et que je prends autant de plaisir en cette gracieuse faveur qu’il m’a faite, qu’en tout ce que j’ai possédé de bonheur par ci-devant car je tiens que ce m’est un plus signalé témoignage de l’amour du Seigneur envers moi , que tout ce qui me saurait jamais arriver de prospérité.
Croyez fermement, comme je fais, que la plupart de ceux qui ont failli envers moi dans chaque parti , ne se sont pas portés à ce mal par une malico délibérée , mais pour n’avoir pas bien été informés des affaires, ou pour les avoir mal comprises.