‹ Vie de Jacques IIChapitre 8 sur 28 · CONSEILS DU ROI CHARLES I · texte numérisé non relu

CONSEILS DU ROI CHARLES I

Je m’assure qu’il ne se trouvera point de plus loyaux sujets , ni qui témoigneront plus de fidélité envers nous , que ceux qui, touchés vraiment de leurs fautes et du tort qu’ils nous ont fait , viendront à sentir en leurs âmes de puissants mouvements à la repentance, et à désirer sérieusement nous faire quelques réparations de leurs premières erreurs.

Tout ainsi que votre condition et votre qualité vous met I hors du pair et vous exempte de vous commettre envers qui que ce soit de vos sujets en un combat singulier , il faut de même que la générosité de votre cœur vous élève au-dessus des pensées que vous pourriez avoir de vous venger et d’exécuter votre courroux sur eux en général.

Plus vous ressentirez en vous-même les dispositions que vous avez à bien mériter de vos peuples, et plus aurez-vous raison d’en attendre toute sorte d’affections et de fidélité , et vous sentirez moins enclin à les châtier pour les crimes passés : vous éprouverez plus de satisfaction au dedans de vous en pardonnant à un seul , qu'à en punir mille.

Je vous écris ces choses, ne désespérant point de la divine merci, ni de l’amour de mes sujets envers vous; j’espère que vous tâcherez de vous rendre digne de l’un et de l’autre , quoiqu’il nous soit impossible de rien mériter de Dieu que par sa seule miséricorde. • - '

Si sa bonté tjonve à propos de me rétablir, et vous après moi , en la jouissance de ces droits dont les lois nous ont mis en possession , et desquels il

A SON FILS T F PRINCK DE G VELES. JCXXI n’y a point de sujets qui nous puissent dépouiller sans-pêcher en haut degré et commettre un horrible crime; alors étant si heureux que de vous revoir en paix , j’aurai plus de commodité de vous faire entendre et comprendre plus à plein les choses qui appartiennent à la gloire de Dieu , à votre honneur propre et au repos de nos royaumes.

Mais s il faut que vous ne voyiez plus jamais ma face, et qu il plaise à Dieu que je sois enterré dans cette obscure et barbare prison ( cela seul restant à ^ accomplir les desseins et cruels souhaits de mes ennemis ) , où il m’est à peine permis a ceux qui ont encore de l amour ppur moi , de nous consoler mutuellement par le commerce de quelques paroles ou de quelques regards, je requiers de vous et vous prie, comme votre père et votre roi , que cela ne puisse jamais porter coup en votre cœur, ni y donner le moindre échec au préjudice de la vraie religion établie en l’Eglise d’Angleterre , pour vous la faire avoir en haine.

Je vous peux dire que je l’ai bien examinée, et qu’après beaucoup de recherches et quantité de disputes, j’ai enfin conclu que cette religion était la plus parfaite qui fut au monde , non-seulement en général comme chrétienne, mais aussi particulièrement comme réformée , tenant le milieu entre la pompe d’une superstitieuse tyrannie , et la bassesse d’une anarchie fantastique.

Ce n’est pas ( quoiqn’en cette Eglise anglicane le dessein soit excellent, quant au principal de la

TlXXl} CONSEILS DU ROI CHARLES l"

doctrine et du gouvernement ) qu’il ne s’y rencontrât quelques traits qui auraient eu besoin d’adoucissement et de politesse , comme cela se voit dans les meilleurs. tableauJt : ce qui aurait pu être achevé ici par l’adresse de quelque bonne et délicate main, si l’humeur j)récipitée de certaines gens n’eùt demande avec violence" des changements si rudes et si grossiers, qu’ils eussent été capables de détruire absolument la beauté et les proportions de toute la pièce.

Pour ce qui est du scandale que ces derniers troubles ont apporté , et dont quelques-uns pourront faire des objections pressantes à l’encontre de la religion protestante établie en ce royaume, il sera facile d’y répondre , ou même aux pensées que vous auriez là-dessus , quand on dira qu’à peine entre ceux* qui ont commencé ou poursuivi si chaudement cette guerre contre l’Eglise, les lois et ma personne, s’en pourra-t-il trouver un seul qui ait aimé de cœur ou qui embrasse sincèrement, et mette véritablement en pratique la religion protestante établie en Angleterre , laquelle n’enseigne point ces maximes , ni n’a jamais auparavant donné de si mauvais exemples.

Il est bien vrai qu’il y a eu autrefois des gens qui ont eu assez de hardiesse pour présenter à leur prince et aux parlements des requêtes pleines de menaces et de choses que la même faction à présent , mais guidée d’un pire esprit , a enfin mises en exécution. Toutefois, il ne faut point que leur zèle hypocrite et désordonné vous fasse rien rabattre de

Digitu’n: ;■

A SON fils le prince DE GALLES. XXXlll l’eslime que VOUS devez faire de la vraie piété. A leurs fruits connaitrcz vous les uns et les autres? On ne doit pas mépriser la douceur de la vigne et du figuier, encore que les ronces et les épines se vantent de porter des grappes et des figues , afin de régner par-là sur le reste des arbres. ^

Je ne voudrais pas aussi que vous vinssiez à nourrir en votre ame aucun dégoût ou aversion pour les parlenicn^, qui certainement dans leur droite institution accompagnes de franchise et d’honneur, ne feront j.imais de tort à votre grandeur et ne la diminueront i en rien, mais qui plutôt seront comme autantd’agréahles alternations d’amour, de loyauté et de confiance réciproque entre le prince et le peuple.

Ni même ce funeste parlement n’eût pas en d’autres succès ( quoique les factions l’eussent beaucoup fait gauchir par l’élection briguée de sesmembres ), si on l’eût pu défendre des volontés insolentes du peuple ' ' et des impressions tumultuaires : et je ne doute point que les tristes efiels qu’il a produits ne rendent par ciaprès tous les autres parlements plus circonspects et plus soigneux de conserver cette honorable liberté dont ces importantes assemblées doivent être jouis- . santés ( après qu’il auront pour un bon coup secoué le joug que le vulgaire leur a imposé en empiétant sur eux ) , puisque l’intérêt public consiste au bien mutuel et commun d’un roi et de ses sujets.

Il ne saurait arriver un plus grand heur à tous, que quand on contribue de ses avis en commun par des voies amiables, pleines de gravité et d’honneur,

Ijy Googifc

^XXIV CONSEILS DU ROI CHARLES l"

et que tontes choses passent par un consentement puUic , sans tyramrie on sédition popntaire. Il ne serait pas raisanmahie cpie nous nom laissassions 9MMir»r de faim , tandis que qnelqnes-uns sont devenus malades par l’excès qu’ils ont fait des viandes salutaires. ^

Mais s’il advient que ai moi ni vous ne soyons jamais rétablis en nos droits , et que Dien , par des «ffets de sa pim rigoureuse justice, veuille i^ore punir mes sujets en les tSaisant continuer en leur péché et permettant que la prospérité de leurs mauvais travers les abuse , J’espère que Dieu nous fera cette grâce de nous enseigner à pouvoir aussi bien manquer de couronne qu’à la porter sur nos têtes; couronne qui ne vaut pas qu’on prenne la peine de la lever de terre ou de s’en acquérir la possession sous des conditions lâches, déshonorables et pleines d'impiété.

• Conserve*-vous dara les véritables maximes de la piété,' de la vertu et de l’honéeur, et vous ne manquerea jamais de royaume.

- Le' principal point de' votre honneur consistera à témoigner toute sorte de respect, d^amitié et de protection à mou épouse qui est' Votré mère, laquelle en beaucoup de sortes a bien mérité de moi , ihais prinoipalement en' ceci (‘ DSeu s’étànt servi d'elle pour me bénir d*’une lignée nombreuse et si' pfehre d’espérance, laquelle je recommande avec la nrète à votre amonT etavotre soin), qu’elle a été très-contente de souffrir poOé moi , avtt moi et avec voùr aussi ,

Digilized by Cooglt

A SÔÎÏ' FILS LE prince' DE GALLES. ’XXXV

par une magnanimité et patience incomparables.

La prière que je fais pour vous au Tout-Puissant (quoi que je puisse devenir, étant Dieû merci fortifié et com'me enveloppé de mon innocence et de sa* grâce), c’est qu’il plaise à sa bonté vous faire devenir une ancre ferme ou plutôt un havre assuré pour le repos de ces pauvres royaumes agités et battus de la tempête; un restaurateur par votre sagesse, justice, piété et valeur de ce que l’humeur perverse et insensée de certaines personnes a tellement détruit qu’elle n’a rien laissé d’entier dans l’Église ou dans l’État, à la couronne, chez la noblesse, le clergé, ni parmi le commun peu])le, pour ce qui est des lois, de la liberté, des biens, de l’ordre, de l’honneur, de la conscience et de la sûreté des vies.

Quand ils m’auront fait mourir (car je ne sais Jusques où Dieu permettra à la malice et à la cruauté ' de mes ennemis des’étendre , et à quoi doit aboutir cé que J’en ai déjà conçu des paroles et des actions de quelques-uns d’entre eux), comme je ne fais point de doute qne mon sang criera hautement vengeance vers le Ciel, aussi prié - je le seigneur qu’il ne verse point les fioles de son indignation sur la généralitédu peuple ou qui m’a abandonné où qui s’est engagé à n\e faire la guerre par l’artifice et l’hypocrisie de ses conducteurs auxquels la syndérèse et l’horreur intérienre de leur crime servira premièrement de bourreau , et étifin même në pourront échapper à la sévérité des jugements exemplaires.

Quant à ceüx qui m’ont atrnc, je prie Dieu qu’ils

XXXVI COKSEILS ȟ ROI CHARLES 1*'

n'dtent point de sujet de me trouver à dire lorsque jie ne serai plus , tant je souhaite ( comme je l’espère ) que tous mesjbons sujets puissent être satisfaits et rendus heureux par votre présence et vos vertus.

Four les autres qui se repentent d’avoir failli à leur devoir envers moi , comme je leur pardonne librement en parole de roi chrétien , aussi me persuadé-je que vous les trouverez véritablement portés à vous rendre avec intérêt ces preuves de fidélité et d’affection qui m’étaient dues.

Bref, parachevez le hien que j’ai voulu faire , quand Dieu vous en aura donné le pouvoir; j'en ai beaucoup offert , et j’aurais encore dessein d’en faire davantage à l’Église .et à l’État si le malheur des temps n’en eût été incapable.

Tousces prétextes décevants s’évanouiront soudain, et ces faux visages tomberont bien vite ; le masque de religion dont la rébellion s’est parée ( car c’est ainsi qu’il la faut appeler , et qu’on voit bien à découvert depuis mon emprisonnement et le cruel traitement qu’ils me font , que ce ne fut jamais pour cacher ma personneni pour le bien qu’ilslui voulussent, qu’ils ont pris les armes comme ils le voulaieut faire croire ) , ce masque, dis-je, ne cachera pas encore long-temps la laideur de ces personnages.

J’espère qu’un siècle plus heureux vous attend , où vos sujets seront devraus savants par leurs propres misères, et sauront qu’ils ne peuvent séparer cette religieuse piété qu’ils doivent à leur Dieu et la fidélité dont ils sont redevables envers leur roi , sans être

A SON FILS LE PRINCE DE GALLES. XEXVll

tout ensemble et pécheurs et comblés de calamité.

Je prie Dieu qu’il vous bénisse, et affermisse votre trône en justice, votre ame en la vraie religion , et votre honneur en l’amour du Seigneur et de vos peuples.

Et si Dieu a ordonné que la déloyauté de mes persécuteurs s’achève par mort, faites qu’à jamais ma mémoire et mon nom vivent en votre ame , comme d’un père qui vous ahne et qui autrefois était roi de trois florissants rdyaumes, que Dieu avait voulu honorer , non-seulement du droit de régner sur eux , mais aussi trouvé digne de souffrir plusieurs indignité et une mort immaturée pour eux , dans les efforts que j’ai faits de conserver les droits de l’Église , l’autorité des lois, l’honneur de la couronne, les privilèges du parlement , la liberté de mes sujets et de ma conscience , qui , grâces à l’Eternel , m’est plus chère et précieuse que mille royaumes.

Je sais que Dieu est tout-puissant et j’ai encore quelque espérance qu’il me rétablira. Je ne déespère point on de sa miséricorde ou de l’affection et de la pitié de mes peuples.

Quoi qu’il en soit , je m’assure que je ne saurais qu’aller devant vous en un meilleur royaume que le Seigneur a préparé pour moi , et moi pour lui par mon Sauveur Jéus , aux compassions duquel je vous recommande et tous les miens.

Adieu, jusqu’à ce que nous nous puissions rencontrer au Ciel, si nous ne le pouvons en la terre.

Page 1