‹ Vie de Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 44 · G1EN. — TR0YES. — REIMS · texte numérisé non relu

G1EN. — TR0YES. — REIMS

« de Reims recevoir votre saint sacre, en monstrant que a vous estes vray roy, et celui auquel le royaulme de « France doit appartenir ( 4 *). t

Au sortir de l'église, sa pensée se reporta sur le duc de Bourgogne qui, dans cette journée, aurait dû tenir la première place après le roi ; elle dicta pour lui l'admirable lettre, qui commence ainsi : « Hault et redoubté prince, « duc de Bourgoingne, Jehanne la Pucelle vous requiert, « de par le Roy du ciel , que le roy de France et vous « faciez bonne paix, ferme, qui dure longuement : Parte donnez l'un à l'autre de bon cuer, entièrement, ainsi « que doibvent faire loyaulx chrétiens et, s'il vous plait « à guerroier, alez sur les Sarrazins. Prince de Bour- « goingne, je vous prie, supplie et requiers, tant humblea ment que requérir vous puis, que ne guerrewez plus au « sainct royaulme de France ( 4 *).... »

Quand elle eut achevé, elle se déroba au bruit des fêtes, aux réjouissances de la cour, et se dirigea seule et tremblante vers une humble hôtellerie de la vilte , où elle était impatiemment attendue.

Dans les flots de la foule , qui , ce jour-là inondait les parvis de la célèbre église, on eut pu remarquer un paysan , courbé par le travail plus que par l'âge et dont le visage, flétri par la douleur, rayonnait d'une joie inaccoutumée. Plus que tous les autres il devait prier Dieu avec ferveur : d'abord, comme tous les assistants, parce que Dieu relevait le royaume ; et puis, parce que, pour le relever, Dieu avait choisi la main de celle qui lui devait la

naissance , qu'il avait reçue dans ses bras et qu'il appelait son enfant l Ce paysan c'était le laboureur de Domremy, c'était Jacques d'Arc, le père de la libératrice. Lors qu'il avait appris la marche de l'armée royale , il s'était mis en route, et il était à Reims , et il arrivait à temps pour le jour du triomphe ! Après la cérémonie religieuse, il s'était retiré dans l'auberge où il était descendu, et où ses deuxflls, Pierre et Jean, n'avaient pas tardé à le rejoindre... Et il attendait ! il attendait sa fille, pour lui ouvrir ses bras, pour la presser longtemps sur son sein , pour la couvrir de ses caresses et de ses larmes, pour l'admirer à longs traits, pour la bénir et la bénir encore I Quels furent, dans cet entretien intime, les épanchements du père et de ses enfants? l'histoire n'en a pas révélé le secret, mais le cœur le devine.

Les douleurs de la séparation succédèrent bientôt au bonheur de cette entrevue rapide , de ce rapprochement inespéré. Jacques d'Arc assista au départ de sa fille, puis il reprit le chemin du village. La ville de Reims tint à honneur de payer sa dépense , et elle lui fit don d'un cheval pour le retour ( 44 ). Jeanne aussi s'était montrée généreuse: outre une légère somme d'argent destinée à sa famille ( 45 ), elle avait obtenu du roi et fait remettre à son père l'acte qui exemptait à tout jamais d'impôts les habitants de Greux et de Domremy ( 46 ).

Paris.

L'expédition du sacre, que les habiles avaient réputée impossible, s'était accomplie avec une étonnante facilité. Les obstacles que Jeanne avait eu à renverser n'avaient pas été élevés contre elle par les ennemis qu'elle venait combattre, mais par les amis qu'elle venait servir. Elle avait pris le roi comme par la main, et l'avait conduit directement à Reims en dépit de lui-même, malgré l'envie des courtisans, la résistance des conseillers , les défiances des capitaines. Ces oppositions et ces haines donnaient plus d'éclat à son succès. Eclairée par son sens droit et sûr, si elle n'eût consulté que l'intérêt de son repos et de sa gloire , le lendemain du couronnement elle se fût retirée à propos et eût accompagné son père au village, où elle eût reporté son nom de libératrice

et sa réputation d'invincible; mais elle n'avait pas coutume d'obéir aux vulgaires inspirations de l'égoïsme : Reims, pour elle, n'était pas le but; ce n'était qu'une étape de la route que Dieu lui avait tracée : tant que la France n'était pas entièrement affranchie , Jeanne ne devait pas cesser de combattre.

Trop souvent on a répété que, le jour du sacre , la Pucelle avait atteint le dernier terme de sa mission , qu'elle a été retenue à l'armée malgré elle, que dès lors rien ne lui a succédé, parce qu'elle persistait contre la volonté de Dieu. Ces assertions , qui se retrouvent dans tous les livres sont démenties par l'examen des faits , par la connaissance du caractère de Jeanne , par l'autorité des témoignages.

Si la jeune fille eut manifesté l'intention de partir, il est douteux que, de la part des courtisans, elle eût rencontré quelque obstacle; La Trémouille et ses pareils, maîtres de l'esprit de Charles VII, lui auraient dicté cette résolution, loin de la combattre.

Quel moment eût-elle choisi pour abandonner son œuvre? Celui même où elle pouvait en pressentir le prochain et glorieux accomplissement. Ne savait-elle pas que Vitry, Sainte-Menehould, Épernay ouvraient leurs portes, que les Flamands et les Picards refusaient de marcher contre elle (*), que l'Ile-de-France était ébranlée, que le parti français se relevait partout? Ignorait-elle que c'était sa présence qui provoquait et entretenait cet élan national , qu'elle seule pouvait diriger? ne prévoyait-elle pas que , après sa retraite, les favoris laisseraient infailliblement

S2 consumer et s'éteindre cette ardeur populaire, qui contrariait leurs calculs et menaçait leur honteuse fortune? En de telles circonstances, partir, c'eût été renier tout son passé.

Jamais la Pucelle n'y a songé : à Blois, dans sa fameuse lettre au duc de Bedford elle s'exprime ainsi : « Je suis cy • venue de par Dieu le roy du ciel pour vous bouter hors « de toute France. . vous ne tenrez mie le royaulme de « France , ains le tenra le roy Charles... lequel entrera à « Paris h bonne compaignie. » A Selles, avant la campagne de la Loire, elle rencontre les jeunes Guy et André de Laval, elle fait venir du vin, leur en offre, et leur dit que bientôt elle leur en fera boire à Paris (») ; plus tard, dans son voyage à travers la Champagne, elle écrit à ceux de Troyes que, dans un bref délai, elle conduira le roi à Reims et de là à Paris, « qui que vienne contre ( 3 ) ; » Jean d'Alençon, son beau duc, qui, mieux onie personne, connaissait tous ses desseins, dépose dans le même sens : rlle lui a répété qu'elle avait quatre tâches à remplir : la levée du siège d'Orléans, le couronnement du roi, l'expulsion des Anglais, la délivrance du duc captif ( 4 ) ; enfin Perccval de Cagny, le serviteur du duc, déclare après son maître « qu'elle avoit intention de remettre « le roi en sa seigneurie , et son royaulme en son obéis- « sance »

Jeanne a donc persévéré, comme elle le devait, dans sa généreuse entreprise; elle est demeurée ce qu'elle était : irréprochable dans sa conduite, incomparable par son génie. Si la fortune a trahi sa cause, qui était la cause du

pays, si la France a quelques échecs à déplorer, d'autres, et oon pas elle, en sont responsables devant l'histoire et devant Dieu !

Jusqu'au jeudi 21 juillet le roi séjourna à Reims; et « ce jour ala disner souper et gésir en l'abbaye de Saint- « Marcoul ( 6 ). » Il y était encore lorsque Laon lui envoya ses clefs ; Soissons attendit à peine qu'il vînt en personne lui demander les siennes; le 23 il couchait dans cette ville, le 29 il entrait à Château-Thierry, le 1 er août à Mon tm ira il , le 2 à Provins , « où il fut reçu le mieux que « faire se put (?). » A peine entré dans cette place, il fut rejoint par le duc de Lorraine et de Bar, qui, en lui apportant sa soumission et son hommage , venait grandir son influence et fortfier son armée ( 8 ). Tout lui réussissait au delà de ses souhaits; sa campagne était une promenade militaire plutôt qu'une expédition guerrière. Qui croirait qu'à ce moment même, où la main de Dieu semblait le pousser en avant, Charles ait eu la volonté d'abandonner le théâtre de ses succès faciles, et de retourner dans les provinces de la Loire? C'est avec une douloureuse surprise que l'historien constate que , dans les premiers jours du mois d'août, entraîné sans doute par ses courtisans, il quitta Provins et tenta de passer la Seine à Bray, pour prendre la direction de Gien ou d'Orléans. La petite ville de Bray, où s'était jeté un parti d'Anglais, se mit en défense et garda le passage (9). Déconcerté dans son projet de retraite, le roi se vit forcé de reprendre l'offensive.

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Il est aisé de le suivre dans sa marche vers la capitale et de déterminer ses étapes : le 5 août, il est de nouveau à Provins, le 7, à Coulommiers; les jours suivants, à Château-Thierry, à la Ferté-Milon, à Crespy en Valois, à Lagny-le-Sec ; le 13, il était a Dammartin ( ,0 ) : des hauteurs de Dammartin , Jeanne pouvait à l'horizon découvrir les clochers de Paris.

Pendant ce temps, que devenaient les ennemis? Le duc de Bedford, régent du royaume, était à bon droit célèbre par son habileté et par sa valeur ; il ne pouvait , sans ternir sa réputation , demeurer le témoin inactif des progrès de l'armée française : son devoir et son honneur l'obligeaient à organiser la résistance. Le cardinal de Winchester, son oncle, « avait nouvellement passé la mer avec « grand nombre de gens d'armes et archers d'Angleterre, « jusques au nombre de cinq mille ou environ, en in- « tention d'aller à rencontre des bohémiens et autres hé- « rétiques ("). » Bedford prit ces archers à sa solde, ce qui porta ses forces à douze mille hommes. Lui-même se mit à leur tète , et se dirigea vers la Champagne ; il s'avança jusqu'à Montereau, où il se trouvait le 7 août. C'est de cette place qu'il écrivit au roi une lettre de défi , qui est reproduite tout au long dans Monstrelet la Pueelle n'y était pas épargnée : « 11 reprochoit à Charles de <c faire séduire et abuser le peuple ignorant, et de s'aider « de gens superstitieux et réprouciés, comme d'une femme « désordonnée et diffamée , estant en habit d'homme , et « de gouvernement dissolut; » enfin , prenant le ton de la menace, il rendait son adversaire responsable de

tout le sang qui allait couler. Un éclatant succès pouvait seul justifier un pareil manifeste ; aussi le régent se mit-il aux champs, à la poursuite de l'ennemi. Le 1 4 août, à deux lieues de Senlis, à Notre-Dame de la Victoire, près de Montépilloy, les deux armées étaient en présence : le lendemain 15, Jeanne, le duc d'Alençon et les autres capitaines de l'avant-garde, « cuidans ce jour avoir laba- « taille, se mirent en meilleur estât de leurs consciences « que faire se pust, et ouyrent la messe de très-grand « matin; et, après ce, à cheval. » Leur espérance fut déçue; Bedford,si formidable dans son épitre de Montereau, avait passé la nuit à rendre son camp inexpugnable ; le matin il refusa obstinément d'en sortir, malgré la provocation des Français, qui allèrent jusqu'à offrir de se reculer, afin de laisser aux Anglais la place nécessaire « pour se mettre en leur ordonnance ( ,3 ). » Dans la matinée du 16, ceux-ci se replièrent sur Paris. Le roi, dès la veille au soir, s'était retiré à Crespy, où son avant-garde vint le rejoindre le 17; il se trouvait encore dans cette ville lorsqu'il reçut les clefs de Compiègne. Ce même jour il avait envoyé le comte de Vendôme, en compagnie des maréchaux, pour mettre le siège devant Senlis, dont les habitants se rendirent « au roi et à la Pucelle. » Vendôme « demeura gouverneur et garde de la place , et y « acquit honneur et chevance ( ,4 ). »

Le 1 8 août , Charles faisait son entrée à Compiègne ; il y trouvait Messire Jean de Luxembourg, seigneur de Ligny, « qui là fist moult de promesses de faire la paix entre le « roy et le duc de Bourgoingne, dont il ne fit rien , sinon

<r le décevoir ». Le faible prince, à qui répugnaient toutes les tentatives audacieuses et toutes les mesures énergiques, prétait une oreille complaisante aux perfides ouvertures de renvoyé bourguignon , qui ne cherchait qu'à gagner du temps. C'est ainsi qu'il laissa perdre huit jours entiers, huit jours! qui auraient suffi à ressaisir sa capitale et à consommer sa conquête. L'occasion s'offrait d'elle-même: le régent avec toutes ses forces partait pour la Normandie, où l'appelait une habile diversion du connétable, toujours généreux malgré ses justes griefs. Aumale, Béarn ais , Creil, Gournay, Pont-Sainte-Maxence , Chantilly faisaient leur soumission ; « et, pour vérité, » dit un chroniqueur ennemi , « si le. roy , à toute sa puis- « sance, fust venu à Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Ab- « be ville, et plusieurs autres fortes villes et fors chas- « teaulx , la plus grand' partie des habitans d'j celles « estoient tous prestz de le recepvoir à Segneur, et ne 9 désiroient au monde aultre chose que de luy faire « obéissance et plaine ouverture ( l6 ). »

Quelles ne devaient pas être alors la perplexitéde Jeanne et ses angoisses? Elle n'avait rien perdu de la pénétration de son esprit et de la fermeté de son bon sens : le grand mouvement qui se manifestait des bords de la Seine aux rives de la Somme et au delà n'échappait pas à son regard; elle sentait que, quand on pouvait tout reprendre au pas de course , ce n'était pas le temps des lentes négociations; comme elle savait l'extrémité où se trouvaient les Bourguignons , et qu'elle suspectait leur bonne foi , elle s'opposait énergiquement à la conclusion de lu

CHAPITBE VI

trêve Son expérience et son génie lui dictaient l'unique plan de campagne qu'on dût adopter et suivre : la retraite de Bedford à Montépilloy équivalait à un échec , parce qu'elle attestait son impuissance ; une fois maîtres de Senlis, de Compiègne et de Beau vais, les Français devaient, sans hésiter, s'élancer vers Paris, surprendre cette capitale dans la première émotion , sans lui laisser le temps de se remettre et de se garder d'un coup de main ; après ce succès décisif, il était facile de poursuivre le régent des Anglais en Normandie et de l'écraser entre l'armée du roi et l'armée de Richemont. Pour obtenir ces magnifiques résultats , fallait-il plus de temps qu'il n'en avait fallu pour affranchir la Loire? Huit jours avaient suffi à la Pucelle pour conduire de Jargeau à Patay sa bannière victorieuse, et, dans des circonstances bien autrement critiques, Charles venait de consumer huit jours dans l'inaction et dans l'indolence , dédaignant l'instant propice , qui échappe et ne revient pas I

Dans le conseil, tout se décidait sans Jeanne et contre elle; ses envieux l'emportaient, et ils usaient de leur faveur ou pour tenter de lui dérober le roi comme à Bray- sur-Seine, ou pour paralyser son bras comme à Compiègne. Elle assistait au spectacle le plus affligeant, le plus honteux : l'indifférence et l'intrigue perdaient tout lorsque son patriotisme avait tout gagné I Elle commençait à lire dans les cœurs corrompus des courtisans: à Châlons-sur-Marne, elle avait dit à un homme de son pays, quelle avait rencontré, qu'elle ne craignait rien, rien... excepté la trahison ( ,8 ). Même au milieu de ses

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rares éclairs de joie , une invincible tristesse envahissait son âme : le jour où elle entrait à Crespy avec Charles VII, le peuple vient en foule à sa rencontre , en criant Noël ! Tout émue de ces démonstrations, elle se retourne vers le chancelier et vers Dunois, qui tous deux chevauchaient auprès d'elle : « Voici un bon peuple, leur dit-elle, et je « n'en ai pas encore vu qui se soit réjoui de si bon cœur « de l'entrée du noble roi. Plût à Dieu que j'eusse le « bonheur de finir ici mes jours, et de reposer dans cette « terre ! » — Le chancelier l'interroge : « Jeanne où « avez-vous l'espoir de mourir ? » — « Où il plaira à Dieu, « répond-elle; je ne suis pas plus instruite que vous ne « Têtes vous-même du temps et du lieu de ma morj ; je « voudrais bien qu'il plût à Dieu , mon créateur, de me « faire déposer les armes, et de me ramener auprès de mon « père et de ma mère , de mes frères et de ma sœur, « qui tous auraient tant de bonheur à me revoir (^»). » C'est ainsi que parfois elle exhalait sa secrète douleur; mais le plus souvent elle l'offrait en sacrifice à Dieu, elle s'humiliait devant les autels : lorsque les frères mendiants donnaient la communion aux enfants des pauvres, elle s'approchait avec eux de la sainte table ( 2 °) ; elle faisait chanter aux religieux qui suivaient l'armée les louanges de la Vierge Marie, et trouvait à les entendre d'ineffables consolations ("). Ces saintes pratiques adoucissaient son mal sans pouvoir le guérir ; elle déplorait, dans l'amertume de son cœur, l'endurcissement de ces hommes , qui s'obstinaient à repousser l'assistance que Dieu leur offrait. Cependant elle ne perdait pas courage,

IfO CHAI* 1TRE VI.

et, selon son pouvoir, elle agissait, « Elle estoit moult « marrie du séjour que le roy voulloit faire à Compiègne , « car il sembloit à sa manière qu'il fust eontent à icelle « heure, de la grâce que Dieu lui avoit faicte , sans autre « chose entreprendre. Elle appela donc le ducd'Alençon, « et luy dist : Mon beau duc , faictes appareiller vos « gens et des autres capitaines; par mon Martin, je vueil « aler veoir Paris de plus près que ne l'ay veu ("). »

Le vingt -sixième jour du mois d'août, Jeanne et le duc , avec l'avant-garde , prenaient position à Saint- Denis.

Paris , menacé de près , se mettait en état de défense ; en partant pour la Normandie , Bedford avait laissé le gouvernement militaire de la ville au sire de l lle-Adam et la principale autorité à messire Louis de Luxembourg, évèque de Thérouanne , chancelier de France pour les Anglais. Dans les derniers jours du mois, le chancelier réunit tous les principaux habitants dans la grand'salle « et là ils firent serment de vivre en paix et union sous « l'obéissance du roi de France et d'Angleterre selon le « traité de Troyes ( a3 ). » Les chambres du parlement vaquèrent; « on lit, de par le roi, prendre et lever tous « dépôts, et faire emprunts aux églises et personnes ee- « clésiastiques , bourgeois et habitants de la ville pour « payer et entretenir les gens d'armes qui gardaient « Paris, à rencontre des gens d'armes de messire Charles « de Valois, quiétaientà Saint-Denis eten plusieurs places « des environs ('•*). » Entin toute la première semaine de septembre fut consacrée à fortifier les portes et les remparts

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Contre les périls d'un assaut ou les hasards d'un coup de main (»*).

Les Anglais n'avaient que faire de se hâter ; Charles Vît leur laissait tout loisir. 11 semblait qu'une main invisible le retînt enchaîné dans Compiègne. Comme , malgré les messages réitérés de la Pueelle , il ne se décidait pas , le 1 er septembre , le duc d'Àlençon alla le chercher luimême ; il revint avec la promesse formelle que le roi partirait le lendemain. Trois jours se passèrent dans l'attente. Le 6 il fallut que le duc cr retournast devers lui , « et ceste fois il flst tant que le roy se mist à chemin, « et, le mercredi 7, fust à disner au dict lieu de Sainct- « Denys. De quoy la Pueelle et toute la compaignie furent « moult réjouis ; et n'y avoit celui , de quelque estât «qu'il fust, qui ne deist : elle metra le roy dedens « Paris, se à lui ne tient ( l6 ). »

Jeanne , avec les deux maréchaux et son beau duc, s'était portée en avant ; elle occupait le village de la Chapelle, entre Saint-Denis et Paris. Le lendemain de l'arrivée de Charles , le jeudi 8 septembre, fête de la Nativité, les plus déterminés de ses compagnons de l'avant-garde Tentrainèrentjusqu ala porte Saint-Honoré, où on donna l'assaut. Bien qu'elle n'approuvât pas cette attaque partielle ( 2 ?), une fois qu'elle se trouva au pied des remparts et que le combat fut engagé, elle se montra digne d'ellemême, toujours au premier rang, entretenant l'ardeur de ses hommes et leur traçant la route, admirable de sang-froid ,d'intrépidité, d'héroïsme. L'action dura depuis

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midi jusqu'au déclin du jour; en ce moment, comme In Pucelle descendait aux fossés pour tenter un effort suprême, elle tomba grièvement blessée à la jambe d'un coup d'arbalète. Étendue à terre, mais soutenue par une énergie surhumaine , elle ne cessait d'exhorter son monde à bien faire ; les approches de la nuit , et surtout sa blessure, qui l'empêchait d'agir, déconcertèrent les hommes d'armes; les maréchaux ordonnèrent la retraite; quant à la jeune fille , Gaucourt la fit relever, « contre son vou- « loir et emmener hors des fossés; et ainsi faillit l'as- « saut ( a8 ) ».

Rien n'était désespéré. Le lendemain , quoique la Pucelle souffrît beaucoup de sa blessure , elle se leva bien matin et fit venir son beau duc , et le pria « de foire son- « ner les trompilles et monter à cheval pour retourner « devant Paris; et dit, par son Martin, que jamais n'en « partiroit, tant qu'elle eût la ville ( aî) ). » Quelque téméraire qu'elle eût été, la tentative de la veille avait été sur le point de réussir. Jeanne avait pu la désapprouver dans sa prudence; mais, puisqu'on l'avait risquée, spn bon sens lui disait qu'il fallait la poursuivre sans répit et à outrance. Sans doute elle savait combien il y avait de disproportion entre ses moyens d'attaque et les ressources des assiégés , « qui eussent suffi à repousser des forces « quatre fois plus grandes; » mais elle comptait sur la défection de certains seigneurs, enchaînés malgré eux à la fortune de l'Angleterre , et surtout sur un mouvement populaire en faveur du roi légitime et consacré ( 3 "). Quoiqu'il n'eût pas entraîné la reddition de la place, le

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