PARTS
premier assaut avait été pour la cause française plutôt avantageux que funeste. Dès le 9 au matin, le baron de Montmorency, a qui toujours avoit tenu le parti con- « traire, estoit venu de dedens la ville, accompaigné de « cinquante ou soixante gentilz hommes , soy rendre en v la compaignie de la Pucelle ( lf ). » Encouragée par cet heureux présage , l'élite de la petite armée royale s'ébranlait déjà , pleine de confiance et de bon voutoir ; tout à coup le duc de Bar et le comte de Ctermont surviennent; ils sont chargés d'intimer aux capitaines, de la part du roi, l'ordre exprès de se replier immédiatement sur Saint-Denis. « Le plus de ceulx de la compaignie fu- « rent très-marriz de cest ordre; et néantmoins tous « obeyrent à la voulenté du roy. » Un espoir leur restait encore ; le duc d'Alençon avait fait jeter un pont sur la Seine en face de Saint-Denis ; par là on pouvait , le lendemain , passer sur la rive gauche , « et prendre Paris par « l'autre coté. » Cette dernière chance de succès leur est enlevée; Charles, informé de ce hardi dessein, met à profit la nuit du 9 au 10 pour faire détruire le pont et supprimer le passage. Alors il tient son conseil , et il fait décider que , le mardi 1 3 septembre, on lèvera le camp pour regaguer les bords de la Loire ( 3a ).
Avant de partir, Jeanne, « par grande dévotion, » déposa toute son armure sur l'autel de Saint-Denis, a devant le précieux corps du glorieux martyr ( 33 ). » Quoique cette armure fut complète, l'épée de Fierbois ne s'y trouvait pas. Il parait hors de doute que, peu de temps auparavant , cette épée merveilleuse avait été brisée entre les
mains de la Pucelle; le fait est établi par trois témoignages imposants , dont deux surtout sont , à nos yeux , irrécusables ( 34 ).
Tel est le simple récit des faits qui se sont passés devant Paris ; voilà l'exacte vérité sur cet épisode, jusqu'à présent si obscur, de la vie de Jeanne.
Que chacun soit juge I
Quant à nous, notre conviction c'est que l'héroïque jeune fille est demeurée la même ; son bon sens n'a pas faibli, son génie n'a pas décliné, l'inspiration divine est toujours en elle. Comme elle avait conduit le dauphin à Reims, elle eût conduit le roi dans Paris, si le roi eût voulu la suiv re. Sa marche est assurée , son plan conçu avec sagesse, elle touche le but et doit l'atteindre: mais, depuis le départ de Reims, et surtout depuis la reddition de Compiègne, le faible prince et ses courtisans ont pris à tâche d'entraver son action et de rompre ses entreprises.
Ce n'est qu'à la fin du mois d'août et dans la première semaine de septembre que les Anglais prennent des précautions contre une attaque et des mesures pour leur défense. Si , le lendemain du départ de Redford pour la Normandie , l'armée royale , précipitant sa marche , eût paru à l'improviste devant les murs de la capitale, qui doute que les barrières se fussent abaissées et que, ce jour-là même, l'oriflamme eût été portée eu triomphe jusque sous les voûtes de INotre-Dame? Charles laisse échapper cette occasion ; il perd le temps à négocier,