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donnant, tête baissée, dans le piège que lui tend le duc de Bourgogne !
Cette première faute si grave, Jeanne s'offre à la réparer.
Sur ses instances , le roi arrive enfin à Saint-Denis ; qu'y doit-il faire? qu'il ne se borne pas à autoriser des attaques isolées, des escarmouches insignifiantes; que lui-même monte à cheval, se mette à la tète de ses fidèles et paraisse en personne au pied des remparts de sa ville , pour la sommer de rentrer dans son obéissance. Le peuple aime les vaillants, rarement il ouvre ses portes à qui n'ose pas en réclamer les clefs; une démarche, un seul pas en avant rétablit la position de Charles et peut même rehausser sa fortune... Il se refuse à l'évidence; comme il s'est enfermé dans Compiègne, il s'enferme dans Saint-Denis, ajoutant une seconde faute à la faute qu'il a déjà commise!
Cependant Jeanne lutte héroïquement tout un jour sans le roi , presque malgré le roi ; la nuit suspend l'action et sépare les deux partis : le résultat est indécis; tous ceux qui, dans Paris , ont encore le cœur français, et qui , le premier jour, ont hésité, se déclareront le second jour; la défection de Montmorency est de bon augure, elle doit précipiter la crise. Il faut donc, sans tarder, reprendre l'offensive; que le monarque et sa cour s'abstiennent, mais que du moins ils laissent faire l'héroïne et ses capitaines; sous leurs efforts bien concertés Paris succombera sans doute. Par une troisième faute, qui , cette
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fois, est irréparable , Charles, avant le signal du combat , désarme la libératrice !
Ainsi , au milieu des dégoûts et des embûches , et des haines, et des périls, la jeune fille inspirée poursuivait seule l'accomplissement de son œuvre sainte ; et si, devant Paris, elle n'a pas vaincu une fois de plus , c'est que , à trois reprises , le roi a refusé de saisir la victoire, que Dieu avait placée devant ses mains.
L«a Charité. — Coin pi ne. — Beau revoir.
Le comte de Clermont , devenu duc de Bourbon , fut nommé, avec le titre de lieutenant général , au commandement de F Ile-de-France; le roi laissait sous ses ordres : l'amiral Louis de Culant , le comte de Vendôme, gouverneur de Senlis, Ambroise de Loré, gouverneur de Lagnysur-Marne , et Guillaume de Flavy , chargé , sur le vœu des habitants, de remplir, au nom de La Trémouilie, les fonctions de capitaine de Compiègne (■).
Toutes choses ainsi réglées, Charles « s'en vint le plus « tost que faire le peult, et aucunes foiz en fesant son chea min en manière de désordonnance , et sans cause » Parti de Saint-Denis le mardi 13 septembre, il s'arrêtait à peine à Lagny , pressait sa marche vers la Seine, qu'il traversait à Bray, où , cette fois , il ne trouvait plus de
résistance, paraissait devant Sens, « qui ne fit aucune ouverture, » passait l'Yonne à gué, touchait à Courtenay, à Château-Renard, à Montargis, et, le 21 , arrivait à Giensur-Loire(^). Alors le roi put se convaincre, à ses dépens, que c'est une mauvaise politique que celle qui consiste à battre en retraite devant un ennemi qui n'a pas désarmé : il apprit que le duc de Bourgogne, dont jusque-là il ne suspectait pas la sincérité , avait tiré parti du sauf-conduit qu'il lui avait fait délivrer par l'entremise du comte de Charny pour se rendre à Paris, resserrer les liens qui Punissaient à Bedford, et revenir dans ses États de Flandre, m\ bravant les garnisons françaises ( 4 ).
Jeanne avait toujours marqué sa place au poste le plus périlleux , le plus rapproché de l'ennemi; elle devait donc demeurer avec Bourbon dans l'Ile-de-France; les gens de cour ne le permirent pas: fort peu soucieux des grands intérêts du royaume, ils l'avaient traînée à leur suite pour la réduire à l'inaction.
A Gien, les capitaines prirent congé du roi, « et chacun « s'en alla en sa frontière. » Le duc d'Alençon partit comme les autres , « et se retira devers sa femme , en sa « vicomté de Beaumont; » mais, comme le repos lui pesait , « peu de temps après il assembla des hommes « pour entrer au pays de Normandie, vers les Marches a de Bretaigue et du Maine; et, pour ce faire, il requist le « roy que il lui pleust lui bailler la Pucelle; et que, par a le moleo d'elle, plusieurs se metroient en sa compaignie, « qui ue bougeroient si elle ne faisoit le chemin. » Les conseillers intimes frémirent à cette demande. Ils sa-
LA CHARITE. — COM01BÛNE — BEAUBEVOIR. llî)
vaient que le connétable s'était mis aux champs , qu il guerroyait déjà du côté de la Normandie : Jeanue et son beau Duc auraient pu, comme ils l'avaient fait à Beaugency, accepter son concours et, avec son aide, renouveler les grands faits d'armes de la journée de Patay ; La Trémouille ne voulait pas qu'on courût cette chance ! il gagna à son avis le sire de Gaucourt et le chancelier , et ces trois hommes, « qui lors gouvernaient le corps du roi « et le fait de sa guerre , » dictèrent le refus formel et absolu de l'ombrageux Charles VII ( 5 ).
Tous les chagrins devaient assaillir à la fois l'héroïque jeune fille : ce fut alors qu elle eut à subir un humiliant parai Ici le avec une aventurière, qu'une folle imagination égarait, ou que poussait la cupidité. Elle se nommait Catherine, elle était épouse et mère , et avait quitté La Rochelle , sa ville natale , pour se présenter au roi. Déjà elle avait réussi à gagner frère Richard, moine exalté, facile à surprendre; et frère Richard , qui avait du crédit, lui en avait donné. La Pucelle fit sa rencontre à Jargeau, et la revit à Mont faucon. A l'entendre, Dieu l'envoyait à l'effet de parcourir avec hérauts et trompettes les bonnes villes du royaume, obligeant quiconque possédait or, argeut ou trésor caché à verser exactement le tout entre ses mains, afin de subvenir au payement des hommes d'armes. — A cela, Jeanne répondait que « c'étoit folie et en « tout néant du fait de la dite Catherine ». Celle-ci, insistaut , s'offrait à aller trouver le duc de Bourgogne pour faire la paix. — | V quoi Jeanne objectait que « il lui semblait
« qu'on n'y trouverait point de paix , si ce n'était par le « bout de la lance ! » Enfin Catherine affirmait que, toutes les nuits, une dame blanche, vêtue de drap d'or, se présentait à elle et lui faisait visite. Jeanne lui proposa de coucher auprès d'elle ; elle veilla jusqu'à minuit , ne vit rien venir et s'endormit... dès qu'elle eut fermé les yeux, la dame blanche ne manqua pas de se montrer; l'épreuve était à recommencer. Mieux avisée , la jeune fille dormit le jour, et put ainsi veiller pendant la nuit entière : de dame blanche pas de nouvelles. C'en était assez; l'imposture était dévoilée. Édifiée sur le compte de cette femme, la Pucelle lui conseilla de retournera son mari , faire son ménage et nourrir ses enfants , et elle ne s'en occupa plus. Ce dédain si bien motivé lui attira l'inimitié de frère Richard et surtout celle de Catherine. A l'époque du fatal procès de Rouen, cette misérable reparut à Paris, et n'eut pas honte de calomnier l'infortunée captive ( 6 ).
Jeanne avait reçu de la reine un gracieux accueil (?) ; elle la suivit à Bourges, où elle fut logée chez Régnier de Boullegny , « conseiller du roi sur le fait et le gouvernece ment de toutes ses finances. » Pendant près d'un mois, la femme du conseiller, Marguerite La Touroulde , vécut dans son intimité. Comme tous ceux qui l'avaient connue, elle put rendre de son insigne vertu le plus éclatant témoignage : non contente d'assister aux offices du jour, souvent elle allait à matines et y conduisait son hôtesse ; loin de se prévaloir des faits merveilleux qui avaient signalé sa carrière f elle s'employait , avec douceur, à dé-
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tromper les gens crédules, qui se laissaient entraîner aux exagérations des récits populaires; à ceux qui lui disaient qu'elle était garantie contre la mort dans les combats elle déclarait qu'à cet égard elle n'avait pas plus d'assurance que le dernier des hommes d'armes ; aux bonnes femmes qui s'obstinaient à hii faire toucher médailles , chapelets et patenôtres elle disait en riant : « Touchezo les vous-mêmes, ils en vaudront tout autant ( 8 ). » Le séjour des camps, le contact de la cour n'avaient altéré ni l'innocence ni la simplicité de son âme.
L'automne s'écoulait; déjà Ton touchait à l'hiver. Quoique la saison fût très-rude, le conseil décida qu'on tenterait une expédition dans le voisinage du Berry : on se proposait d'enlever à l'ennemi quelques fortes positions qu'il occupait sur la Loire. Le si*e d'Albret, nommé à cet effet lieutenant général, devait diriger les forces dont il disposait contre la Charité. La Pucelle, toujours prête à combattre, consentait à l'accompagner; mais, au lieu du Nivernais, c'était l'Ile-de-France qu'elle désignait comme le pointoùilfallaitfrapper(9). Cet habite conseil nefutpas écouté. D'Albret commença son expédition en novembre, avec une poignée d'hommes, sans argent, sans ressources assurées , presque sans artillerie. Le trésor de Charles était vide , comme de coutume ; souvent il arrivait que le receveur général de toutes ses finances n'avait pas en caisse quatre écus vaillant ( I0 ). On recourut au zèle des bonnes villes : Bourges, Orléans, Clermont , Biom et d'autres cités , sommées de subvenir aux premières nécessités de la
petite armée, s'imposèrent, dans ce but, de nouveaux: sacrifices («') ; mais ce généreux concours se trouva insuffisant. Fierre-le-Moûtier fut emporté d'assaut, contre tout espoir et par un prodige ('\) Des lors les vainqueurs étaient dans un tel dénuement que Jeanne eut beaucoup de peine à sauver l'église elle-même du pillage ( l3 ). La Charité , dont aussitôt après on forma le siège , tint bon contre les plus furieux assauts; les rigueurs de l'hiver redoublèrent, les vivres manquèrent absolument ; la cour, suppliée d'intervenir, ne donna pas signe de vie; après un mois d'attaques infructueuses, force fut de battre en retraite ( ,4 ).
On était au mois de décembre lorsque Jeanne rejoignit le roi à sa résidence de Mehun-sur-Yèvre. Charles VU l'acueillit avec distinction, comme s'il eût été touché de remords. Cédant à un bon sentiment, il lui octroya, ainsi qu'à ses parents, des lettres de noblesse ( ,à ).
C'était une digne récompense : au quinzième siècle, la noblesse assurait d'importants privilèges , et , dans cette occasion , l'obscure condition de ceux à qui elle était conférée en faisait mieux ressortir le prix. Le roi , qui élevait ainsi l'humble famille , fut bien inspiré dans le choix qu'il fit de son nouveau blason : il lui donna Vécu d'azur aux deux fleurs de lis d'or, portant en pal Vépèe d'argent à la garde dorée, la pointe en haut, férue en une couronne d y or[ ï6 ). Ce sont les armes de France, dont l'éclat est encore rehaussé par l'épéc victorieuse de Fierbois, l épée d'argent et d'or, symbole de force et de can-