LA CHARITE. — C0MP1EGNE. — BEAUREVOIR
quand il éclate, se lasse, vite et dure peu. Ce qui dure, ce sont les instincts pervers, qui survivent aux échecs, s'alimentent dans l'ombre et dans la honte, et trop souvent Unissent par triompher. La Pucelle en était arrivée à ce point, où, par leurs indignes manœuvres , ses secrets ennemis l'avaient désarmée comme pièce à pièce, l'affaiblissant par d'inévitables disgrâces, lui refusant l'argent et les hommes, l'enchaînant dans une inaction fatale, la réduisant, si elle s'obstine à combattre encore, à guerroyer en chef débande, et non plus en capitaine. Ainsi elle voyait le bien sans être en état de le faire; elle avait en sa main le salut du pays sans réussir à l'accomplir ; capable entre tous , elle était frappée d'impuissance : telle était sa position, tel était son sorti Quel supplice pour cette âme ardente, qui se consumait en vain !
C'est alors qu'elle tombe au pouvoir des Anglais.
Loin de l'abattre , ce coup inattendu la relève ; et comment? En ouvrant devant elle la voie de douleur qui conduit au martyre.
En présence des docteurs, à la cour, aux conseils, aux combats, Jeanne a multiplié les signes de sa mission divine ; il lui reste à en donner un dernier, qui porte la conviction dans l'àme endurcie de ses plus obstinés adversaires : ce signe va se produire avec éclat dans les cachots des Anglais et sur le bûcher de Rouen !
Rouen. — I/Instructien du procès. — Ve*
Interrogatoires.
Dans les premiers jours de janvier (1481), l'évêque de Beauvais fit venir Guillaume Manchon, greffier de rofficialité de Rouen ; il l'exhorta à bien servir le roi , et il lui dit que le procès qu'on allait faire serait un beau procès (').
Ainsi Tévêque se montrait plein de confiance ; il comptait sur un succès facile; et comment n'y eût-il pas compté? Lui, qui devait diriger les débats et prononcer la sentence , était un des docteurs les plus renommés de son temps ; il s'assurait sur le concours de l'Université de Paris, dont il était un des maîtres ; il puisait dans le trésor des Anglais et disposait de leur crédit et de leurs forces. La prévenue qui comparaissait devant lui était une pauvre jeune fille de dix-neuf ans, sans expérience, sans appui, sans lumières; elle avait à repousser une accusation d'hérésie et de sortilège, toujours redoutable, même pour
les plus habiles : c'était la lutte de l'ignorance, du dénûment et de la faiblesse contre le savoir, la fortune et la puissance ! l'issue devait-elle en paraître douteuse ? Jeanne pourrait- elle se sauver? essaierait-elle même de se défendre? Pour ceux qui méditaient son déshonneur et qui préparaient sa perte, le procès de Rouen promettait d'être un beau procès.
11 plut à Dieu de déjouer les calculs de la haine et de la vengeance, et de confondre les prévisions de la prudence humaine; il mit sa sagesse sur les lèvres de sou élue, comme il avait mis sa force dans son bras.
Le mardi 9 janvier, l'évêque convoqua, dans la salle du conseil du roi, les abbés de Fécamp et de Jumiéges, le prieur de Longueville et le trésorier de l'église de Rouen, tous quatre docteurs en théologie ou en droit canon, et quatre chanoines de la cathédrale, bacheliers ou licenciés. En leur présence, il exposa que, par son ordre, quelques informations avaient déjà été faites, que d'autres allaient être commencées sur la vie et sur la conduite de la Pucelle; qu'on les réunirait toutes, et qu'un jour serait pris pour en faire le rapport ( a ).
Ensuite il leur fit donner lecture :
1° Des lettres de l'Université de Paris et du vicaire général de l'Inquisiteur, tant au duc Bourgogne qu'au sire de Luxembourg.
2° De sa lettre aux mêmes personnages, et de la sommation qu'il leur avait adressée pour se faire livrer la captive.
ROUEN. — L INSTBUCTIOW DU PROCÈS 14o
3 e Des lettres de l'Université au roi d'Angleterre et à lui-même, pour hâter l'ouverture du procès;
4° De la lettre du roi, qui donnait à l'évêque le pouvoir d'exercer ses droits de juge spirituel ;
5° Des lettres de territoire concédées au prélat par le chapitre de Rouen , pendant la vacance du siège.
Eu lin, Tévêque leur fit savoir que, par des actes séparés, il avait institué : un promoteur ou accusateur public, un conseiller commissaire, deux notaires apostoliques, un appariteur.
Le tribunal se trouvait ainsi constitué.
L'évêque, jusqu'alors, était seul juge; les assesseurs qu'il lui plaisait de s'adjoindre, en nombre illimité, avaient seulement voix consultative : les fonctions de promoteur étaient déférées à Jean d'Estivet, chanoine de Beauvais et de Bayeux , créature de l'évêque; celles de conseiller commis à l'instruction à Jean Delafontaine, maitre ès arts, licencié endroit canon; Manchon et Boisguillaume, tous deux curés à Rouen et greffiers de l'officialité, remplissaient la charge de notaires apostoliques ; Jean Massieu, prêtre et doyen rural , celle d'appariteur. Ainsi fut employée la première séance ( 3 ).
Le samedi suivant, 13 janvier, Tévêque réunit dans sa demeure six assesseurs seulement ; il leur fait donner lecture des informations prises sur Jeanne dans son pays natal et ailleurs, et de certains mémoires relatant en °utre les faits qui la concernent et qui sont de notoriété Publique. Il est décidé que ces documents seront mis en forraed'articles, afin que l'examen en soit plus méthodique
146 CHAPITBE VIII.
et plus facile. « Des hommes notables, bien instruits dans le droit divin et humain , sont délégués pour faire ce travail ( 4 ). »
Une troisième convocation a lieu dans la maison épiscopale le mardi 23 janvier ; six assesseurs sont présents. Les articles extraits des informations et des mémoires sont lus et approuvés; il est convenu qu'ils serviront de base aux interrogatoires. Il est dit en outre qu'on procédera à une nouvelle information préparatoire , dont sera chargé le conseiller Jean Delafontaine ( 5 ).
Cependant l'évêque, qui cherchait à donner à cette affaire toute la solennité possible , appelait de Paris , aux frais du roi d'Angleterre, les théologiens les plus consommés : Jean Beau père , maître ès arts, docteur et professeur en théologie, ancien recteur de l'Université, remplaçant de Gerson dans les fonctions de chancelier de l'Eglise ; Pierre Morice, ancien recteur ; Girard Feuillet , Jacques de Touraine, Nicole Midi, docteurs éminents par leur science; enfin Thomas de Courcelles, jeune encore et déjà le plus renommé de tous. Ces six maîtres mettaient au service de leur ancien collègue leur zèle et leurs lumières ; ils devaient être, jusqu'à la fin, ses auxiliaires les plus dévoués ( 6 ).
Le mardi 1 3 février, en présence de douze assesseurs , l évéque reçut le serment de d'Estivet , de Delafontaine , de Manchon, de Boisguillaume et de Massieu.
Pendant les quatre jours suivants, Delafontaine, assisté des deux notaires , procéda à l'information préparatoire.
fcOtJSft. — LINSTBUCTION Dt PKOCÊS \4f
Le 19, qui était le lundi après les Brandons, une cinquième réunion eut lieu ; douze assesseurs y étaient convoqués. Après lecture faite des articles susmentionnés et de l'information préparatoire, on prit deux décisions; on déclara :
1° Qu'il y avait lieu de poursuivre l'affaire et de citer la prévenue pour cause de Foi;
2° Qu'il convenait d'adjoindre au premier juge l'Inquisiteur ou, à son défaut, le vicaire qui résidait à Rouen.
Conformément à cette dernière résolution, le jour même, Jean Le Maître , de l'ordre des Frères prêcheurs , vicaire de l'Inquisiteur pour la cité et le diocèse de Rouen, fut requis de prendre part au procès.
Le lendemain ,* mardi 20 février, en présence de six assesseurs, le vicaire Jean Le Maître comparut et, attendu que sa juridiction ne s'étendait pas hors des limites du diocèse de Rouen, et que l'accusée avait été prise dans le diocèse de Beau vais , il déclara qu'il se croyait incompétent, et qu'il s'abstiendrait jusqu'à ce qu'il eût reçu de son supérieur de nouvelles instructions et de plus amples pouvoirs. Il ajoutait que, en attendant, il ne mettait aucune opposition à ce que l'affaire poursuivît son cours. L'évêque lui offrit de lui donner communication de tout ce qui s'était fait et devait se faire à l'avenir ; il écrivit à l'inquisiteur Jean Gravèrent pour lui demander de régulariser la position de son vicaire et, après avoir pris l'avis des assesseurs , il résolut de passer outre (?).
Tel fut l'emploi des six séances consacrées aux préliminaires de la cause.
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C'est alors que commencent les interrogatoires ; ils devaient se poursuivre, sous deux formes distinctes , depuis le 21 février jusqu'au 26 mars*
Qu'était devenue Jeanne depuis son arrivée à Rouen jusqu'au jour où , pour la première fois , elle comparut devant ses juges?
Depuis deux mois , elle n'était pas sortie du cachot ou on l'avait jetée. Ce cachot était situé dans la partie de la forteresse qui donnait sur la campagne , près de la porte de derrière ( 8 ); on y arrivait par huit degrés (*). C'était une chambre de moyenne grandeur ; le jour y pénétrait à peine ( ,0 ). On y avait placé un mauvais lit, sans autres meubles; vers le milieu s'élevait une grosse poutre en bois garnie de forts anneaux. Le jour, la prisonnière avait les fers aux pieds et aux mains; la nuit, on lui passait en outre autour du corps une lourde chaîne, que Ton rattachait à la poutre à l'aide d'un cadenas ("). Cinq soldats anglais la gardaient sans cesse; trois d'entre eux étaient jour et nuit enfermés avec elle (<»). Ils avaient Tordre de ne laisser entrer personnesans une autorisation expresse de Tévêque ou du promoteur ( l3 ). Dans cet état d'isolement et d'abandon, la malheureuse captive se voyait absolument privée des consolations que la religion lui avait toujours offertes; depuis deux mois, elle n'avait pu se confesser! depuis deux mois, elle n'avait pas entendu la messe I Ces cruelles privations, ces souffrances, ces angoisses ne devaient-elles pas épuiser ses forces, ébranler sa constance, briser son courage?
ROUEN. — L'INSTRUCTION DU PROCÈS. t49
Le 20 février, l'appariteur Jean Massieu Ait introduit dans la prison et donna lecture à la prévenue d'une cita-* tion qui l'obligeait à se présenter à l'audience publique le lendemain, à buit heures du matin , dans la chapelle royale du château de Rouen ( l4 ). Jeanne répondit qu'elle comparaîtrait volontiers, et qu'ellerépondraitselon la vérité aux questions qui lut seraient faites j puis, elle pria Massieu de porter, en son nom, à ses juges deux requêtes , dont Tune lui était dictée par son bon sens, et dont l'autre lui était inspirée par sa vive piété ; eHe demandait : l°que le tribunal voulut bien s'adjoindre des ecclésiastiques du parti français; a 0 que, avant l'audience du lendemain, on lui accordât la grâce d'entendre la messe ( ,5 ). La première de ces deux requêtes était conforme à la plus rigoureuse équité; on dédaigna d'y répondre : quant à la seconde , sur les conclusions du promoteur, on la rejeta péremptoirement ( l6 ).
Le lendemain matin, mercredi, à l'heure fixée, la jeune fille, conduite par l'appariteur, entrait dans la chapelle transformée en prétoire , et se trouvait en présence de Tévêque de Beau vais , qui siégeait en compagnie de quarante-deux assesseurs , dont vingt étaient docteurs en théologie ou en droit canon.
L'évêque rappela succinctement que Jeanne avait été prise dans les limites de son diocèse, qu'elle était aecusée d'actes nombreux contraires à l'orthodoxie , que le roi la lui avait livrée, pour lui faire son procès en matière de Foi, et qu'il avait trouvé des charges suffisantes pour donner suite à cette affaire. Alors il exhorta charitablement In
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* prévenue, pour la décharge de sa conscience, à dire toute la vérité, sans détours et sans subterfuges, la requérant de s y engager par serment, la main sur les saints Evangiles.
Lorsqu'il fut question de prêter le serment, la jeune fille , qui jusque-là avajt tout écouté dans un profond silence, crut devoir faire d'importantes réserves. « Je ne « sais pas, dit-elle, sur quoi vous voulez m'interroger ; « vous pourriez me demander telles choses que je ne vous « dirais pas. » En vain la pressa-t-on de jurer d'une manière absolue; elle demeura inébranlable, et les juges lurent contraints d'admettre le tempérament qu elle proposait. S'étant donc mise à deux genoux, les deux mains posées sur le Missel , elle jpra qu'elle dirait la vérité sur tout ce qui concernait la Foi ('7).
L'interrogatoire commença et dura peu, pour ce premier jour. Après quelques questions sur sa naissance, sur son éducation, sur sa famille, l'évêque l'ayant requise de dire le Pater, elle lui répondit qu elle le lui dirait volontiers quandjl aurait consenti à l'entendre en confession. Dans sa confiance naïve et touchante, elle prenait pour juge devant Dieu celui qui, pour la perdre, s'était fait son juge devant les hommes ! L'évêque, surpris et troublé de cette demande inattendue, ne poursuivit pas l'examen et leva la séance. - Avant de la faire reconduire en prison , il insista pour qu'elle s'obligeât à ne faire aucune démarche dans le but de s'échapper. Elle répondit que , n'ayant pas donné sa foi , elle n'était pas liée ; puis , elle se plaignit d'être détenue dans les fers et dans les entraves. On n'eut aucun égard à sa plainte,
ROUEIV. — I l NSI Hl C T10N DU PROCÈS. 151
L'éeuyer Jean Gris fut préposé à sa garde , et jura sur l'Évangile qu'il remplirait ses fonctions avec zèle et probité ( l8 ).
Ainsi, dès le début et à la première entrevue , Jeanne avait, à trois reprises, porté la confusion dans les conseils des docteurs : en réclamant l'adjonction des théologiens du parti français ; en apportant au serment qu'on exigeait d'elle d'importantes restrictions ; en offrant de faire pieusement l'aveu secret de ses péchés et de ses fautes au prélat qui prétendait la convaincre publiquement d'impiété et de sacrilège.
La première audience avait été signalée par un indigne tumulte; les Anglais, qui formaient le public, interrompaient l'accusée , à chaque parole , par des huées et des murmures ('9). Aussi fallut-il prendre des mesures pour réprimer ce scandale ; les séances qui suivirent curent lieu non plus dans la chapelle , mais dans une salie voisine, où la surveillance était plus facile et où le désordre put être prévenu.
La seconde séance s'ouvrit le jeudi 22 février. L'évêque, environné de quarante-neuf assesseurs, la présidait; mais il ne dirigea pas l'interrogatoire. Après avoir rendu un compte public de l'incident relatif au vicaire de l'Inquisiteur qui , tout en s' abstenant provisoirement , était présent et siégeaitparmi les théologiens, il insista de nouveau, mais en vain, pour obtenir de la prévenue le serment pur et simple ; aussitôt après , il donna la parole à Jean Beaupère,qui, cette fois et les deux fois suivantes, se chargea de tout l'examen ( ,0 ), Ce fut sans doute pour ce sur-
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croit de travail que le savant docteur reçut du gouvernement anglais un supplément d'indemnité (*■).
Le vendredi il n'y eut pas d'audience.
La troisième séance , qui se tint le samedi 24 février, en présence de soixante-deux assesseurs , tous théologiens ou légistes, fut la plus solennelle et la plus remarquable de toutes. La jeune fille inspirée confondit ses juges par la sagesse de ses réponseset la supériorité de sa raison (**).
Le mardi 27 février, Jeanne subit son quatrième interrogatoire public devant cinquante-quatre assesseurs ( a3 ).
Les deux dernières séances eurent lieu le jeudi 1 er mars, devant cinquante-huit assesseurs , et le samedi 3 mars , devant quarante-neuf (").
La série des questions se trouvait épuisée.
Alors Tévêque chargea les maîtres les plus consommés en théologie, en droit canon et en droit civil d'un long et minutieux travail de révision : ils devaient relire attentivement la minute des interrogatoires , et en extraire les points qui ne leur paraîtraient pas suffisamment éclaircis. Ces points, une fois déterminés , devaient fournir la matière de nouveaux examens plus détaillés, confiés à quelques docteurs délégués à cet effet par le prélat. Bien que, de cette façon, la plupart des assesseurs fussent dispensés temporairement d'intervenir, il leur fut enjoint à tous de ne quitter Rouen sous aucun prétexte ( a5 ).
On entrait ainsi dans une nouvelle phase du procès.
Depuis le dimanche 4 mars jusqu'au vendredi î) , la commission désignée par l'évêque se réunit tous les jours
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dans sa demeure ; elle se composait de solennels docteurs et de maîtres habiles : c'étaient Jean Beaupère , Jacques de Touraine, Nicole Midi, Pierre Morice, Thomas de Courcelles, Nicolas Loiseleur. Le notaire apostolique Manchon donna lecture des réponses de Jeanne; on eut soin d'en extraire tous les passages qui prêtaient à une interprétation subtile ou captieuse, et on établit ainsi la base d'interrogatoires plus embarrassants et plus difficiles, dont la direction fut commise au conseiller Jean Delafontaine
Le nouvel examen commença et se poursuivit , dans la prison, à partir du samedi 10 mars jusqu'au samedi 17 mars, veille du dimanche de la Passion.
Le samedi 10, la prévenue fut interrogée une seule lois ; le dimanche on lui laissa quelque répit ; mais le lundi 12 elle eut à subir deux interrogatoires (*?).
Le mardi 1 3, le vicaire de l'Inquisiteur, ayant reçu de son supérieur les pouvoirs qui avaient été demandés pour lui , fut adjoint à la cause en qualité de juge ; par trois actes distincts il ordonna promoteur Jean d'Estivet, exécuteur des citations Massieu, et Nicolas Taquei notaire apostolique ( ï8 ). Après cet incident, l'instruction poursuivit son cours.
Le mardi même , il y eut une séance ; il y en eut deux le mercredi 14 , une le jeudi 15 , enfin deux le samedi 17. Cet examen avait Heu en présence d'un très-petit nombre de témoins : Jean Delafontaine , les deux docteurs de Paris, Nicole Midi et Girard Feuillet , pendant les neuf séances, le vicaire de l'Inquisiteur, à dater du jour de son adjonction , enfin deux ou trois autres membres, qui n'é-
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taient pas toujours les mêmes : tels étaient les éléments dont se composait cette commission spéciale
lorsque sa tâche fut accomplie , elle en rendit compte à Tevêque. Dès le lendemain, celui-ci, siégeant avec le vicaire de l'Inquisiteur, et assisté de douze docteurs ou maîtres, donna lecture d'un certain nombre d'assertions extraites, par des théologiens commis à cet effet, des réponses de la prévenue, et il accorda aux assesseurs un délai de quatre jours pour examiner ces assertions avec prudence et maturité ( 3o ).
Le jeudi suivant, 22 mars, en présence de vingt-deux assesseurs, l'évêque, ayant pris et pesé les divers avis, décida que les assertions tirées des aveux de l'accusée seraient présentées sous la forme d'un certain nombre d'articles, detellesorte que la discussion enfùtrendue plus facile ( 3| ).
Enfin, le samedi 24 mars, veille des Rameaux, le commissaire Jean Delafontaine et le vicaire de l'Inquisiteur, assistés des docteurs de Paris, se transportèrent dans la prison de Jeanne, pour lui donner lecture, en présence du promoteur, de tous ses interrogatoires ( 3a ). Cette formalité terminait la première partie du procès, qui comprenait l'instruction de la cause.
Pendant cette période, nous avons analysé scrupuleusement et sans interruption les détails de cette difficile procédure ; nous avons écrit sous la dictée des juges ; il est temps de nous placer aux côtés de l'accusée, et de recueillir ses déclarations et ses réponses (a).
(a) Nousdonnons le? réponse? de Jeanne, tantôt en français moderne,