I. Le serment
On exige de Jeanne le serment de dire tout ce qu'elle sait; au début de chaque séance, cette exigence se reproduit ( 33 ). Ainsi posée , la demande du serment cache un péril : la mission de la Pucelle touche aux intérêts les plus sacrés du pays; elle comparait devant les ennemis de la France ; si elle dit tout, elle est imprudente; si, après s'être engagée , elle dissimule, elle est parjure. Elle entrevoit le piège et l'évite : —a Sur mon père et sur ma mère, dit-elle, « et sur ce que j'ai fait en France, je jurerai volontiers de « dire ce que je sais ; mais vous pourriez me presser de « dire telle chose que j'ai juré de ne pas dire. » On insiste , on l'autorise à prendre le conseil de quelques-uns des assistants, on la prévient que, en s'obstinant, elle s'expose au plus grave danger; rien ne la détourne, rien ne rébranle; jusqu'au bout elle s'explique avec le même calme, avec la même fermeté : — o En ce qui touche mes révé- « lations , il y a beaucoup de points sur lesquels vous « n'obtiendrez pas de moi la vérité... Je répondrai sur ce « que je sais, mais non pas sur tout ce que je sais... Je « promets de dire la vérité , mais seulement en ce qui « touche le procès ( 34 ). »
Par cette réserve habile elle renverse, dès le début , les espérances et les plans de l'accusation.
tantôt en français du quinzième siècle; voici pourquoi : Le manuscrit de D'Urfé , le seul qui renferme la minute française du procès , nous fait défaut pour toute la première moitié des interrogatoires. Alors, nous n'avons que Yinslrumenlum de Thomas de Courcclles. Pour tous les passages qui se trouvent dan* le manuscrit de d'Urfé , nous donnons le vieux français: pour le reste , nous traduisons du latin en français moderne.
IL La famille de Jeanne, son enfance, son départ.
Elle donne sur sa famille et sur son enfance les renseignements les plus précieux :
Elle s'est toujours montrée fille respectueuse et soumise; pourtant on l'accuse d'avoir, en quittant Doraremy, trompé son père et sa mère , de leur avoir désobéi : — « En toutes autres choses, elle a bien obéy à eulx, excepté « en ce partement ; mais , depuis , leur en a escript, et « luy ont pardonné... Puisque Dieu le commandoit, il le « convenoit faire ( 35 ) !» ,
Avant de se résoudre à partir, que de combats n'a-t-elle pas rendus 1 Pour la décider, il ne fallait rien moins que l'intervention divine : — « Elle eût mieux aimé être tirée « à quatre chevaux que d'être venue en France sans la « volonté de Dieu ( 36 ). »
Elle portait au doigt deux anneaux qu'elle aimait beaucoup. On lui reproche de s'en être servie pour faire des sortilèges : — « Ces anneaux lui viennent de ses pa- « rents , et quaat elle alloit en fait die guerre , elle les « regardoit volontiers , par plaisance et par l'onneur de « son père et de sa mère ( 3 ?). »
Ainsi, chaque fois qu'elle marchait au combat , elle donnait une pensée pieuse à sa pauvre famille absente !