La 7t\ission de Jeanne, son épée * sar bannière y
son habit. :
On l'interroge sur sa mission , sur son épée , sur sa bannière, sur son changement d'habit :
BOUEN. — LES TNTEBROG ATOIRES fS7
« Pourquoi a-t-elle été choisie plus tost qu'un autre? — « Il pleut à Dieu ainsi faire par une sirapte Pucelle , « pour rebouter les adversaires du roy »
« Pourquoi a-t-elle réclamé l'épée de Fierbois? » — a Elle tenait à cette épée, parce qu'elle se trouvait dans « l'église de Sainte-Catherine , sa patrone bien-aimée. »
« A-t-elle fait bénir cette arme, afin qu'elle lui portât « bonheur? » — « Jamais elle ne l'a. fait bénir; jamais « elle ne l'a posée sur un autel ( 3g ). »
Elle a fait faire une bannière qu'elle décrit avec les plus minutieux détails :
a Lequel aime-t-elle le mieux de son épée ou de sa a bannière? » — « Elle aime quarante fois mieux sa « bannière. »
« Et pourquoi? », — « Parce que, en portant la ban- « nière, elle évite de verser le sang.... EUe n'a pas à se « reprocher d'avoir jamais tué personne ( 4 ?). »
« Qui lui a commandé son étendard? » — a 11 a été « fait par le conseil de sainte Marguerite et de sainte Ca-^ « therine, et sur le commandement de Notre-Seigneur. »'
« Les gens d'armes et autres gens de guerre n'ont-ils. « pas fait faire des pennonceaulx à la manière du sien ? >x — a Elle n'en sait rien. »
« N'a-t-elle pas dit que les pennonceaulx qui estoient « en semblance du sien estoient eureux ?» — « Elle dia soit seulement : Entrez hardiment parmy les Anglois; « et elle-mesme y entroit ( 4l ). »
« Pourquoi sa bannière a-t-elle été portée , au sacre, « avant celles des autres capitaines ?» — « Elle avoit esté
« à la paine , c'cstoit bien raison que elle fust à l'on- « neur ( 4a ). »
« Par quel conseil a-t'elle pris l'habit d'homme? »
D'abord elle hésite à répondre, puis elle déclare « qu'elle n'en donne charge à personne. »
On parait attacher à cet acte une haute importance ; elle s'en étonne : — « Pour ce qui est de l'habit, dit-elle, « c'est peu de chose , c'est moins que. rien; comme elle « Ta pris par la volonté de Dieu, sur l'ordre de Dieu elle « le quittera ( 43 ). »
Les questions qu'on lui adresse sur ce sujet lui causent un embarras dont les juges ne pénètrent par le motif ; cependant ils devaient savoir que , dans son cachot, ses vêtements d'homme suffisaient à peine à la garantir des ignobles outrages des misérables qui la gardaient. Ce que son extrême pudeur l'empêche d'avouer, elle le laisse au moins pressentir : — « Laissez-moi libre, dit-elle un « jour, et alors je reprendrai l'habit de femme, et je me « retirerai »
Et, une autre fois : — a Faictes-moi foire une robe longue « jusques à terre, et mesme un chaperon de femme et « me les baillez à aler à la messe, et je les prendray ; et, « au retour, je reprendray l'abit que j'ay. »
Enfin , un peu après : « Se ainsi est qu'il me faille « mener jusques en jugement; et que là il me faille des- « vestir, donnez-moi la grâce d'avoir une chemise de 8 femme , mais qu'elle soit longue ( 45 ) ! »
Ainsi se trahissent, dans quelques-unes de ses réponses, ses véritables appréhensions.