VI. L'orthodoxie; la Êoumission à Dieu, à l'Église
Comment la tenir? En l'attirant sur le terrain de la théologie, peut-être y réussira-t-on :
a Se soumet-elle à la détermination de nostre mère «. saincte Église? » — a Quant à l'Église, je l'aime et la et vouldrais soustenir de tout mon pouvoir, pour nostre « foy chrestienne.
« S'en rapporte-t-elle à la décision de l'Église ? » - « Je m'en rapporte à Nostre Seigneur qui m'a envoyée , « et m'est advis que c'est tout ung de Nostre Seigneur et « de l'Église ( 66 ). »
Craignant de s'être trompée et d'avoir mal compris, elle demande : — « Qu'est-ce donc que l'Église? »
On lui répond qu'il y a l'Église triomphante et l'Église militante :
— a Je n'entends pas bien ces termes , dit-elle , mais je « veux me soumettre à l'Église , comme il convient à « une bonne chrétienne ( 67 ). »
« Lors, lui futdéclairé l'Église triumphant et l'Église mi- « litant que c'estoit de l'un et de l'autre. » Dès qu'elle est informée que c'est le pape, que ce sont les prélats qui président en l'Église militante , elle se soumet et requiert d'être menée vers le souverain pontife « et, devant luy, « elle respondra tout ce qu'elle devra respondre ( 68 ). »
Elle ne s'assure pas encore contre les scrupules de sa conscience , elle craint d'être coupable de présomption :
— « Que mes réponses , dit-elle , soient veues et exact minées par les clercs, et qu'on me die s'il y a quelque « chose qui soit contre la foy chrestienne, et s'il y a rien « de mal contre la foy que nostre Sire a commandée, je « ne le vouldrois soustenir, et serois bien courroucée « d'aler encontre. »
— <c Mes œuvres et mes fais, déclare-t-elle dans une a autre audience , sont tous en la main de Dieu , et m'en « actend à lui , et vous certiffie que je ne vouldrois rien « faire ou dire contre la foy chrestienne , et, se je avoye « rien fait ou dit , que les clercs sceussent dire que ce « fust contre la foy , je le bouteroye hors. *>
Cet acte de soumission, si nettement exprimé, est attesté par un grand nombre d'assesseurs ( 69 ).
On la rend responsable devant Dieu de certains faits de sa vie passée ; le soin de sa défense ne l'empêche pas de les blâmer, lorsque sa délicatesse les condamne :
« A-t-elle bien fait, au jour de la Nativité de Nostre- « Dame, qui estoit feste, de aler assaillir Paris? » — « C'est bien fait de garder les festes de Nostre-Dame. »
« A-t-elle bien agi en se laissant choir de la Tour de « Beaurevoir? » — « Je crois que ce fust mal fait , mais « je m'en suis confessée. »
« En a-t-elle eu grande pénitence? » — « J'en ai porté et une grande partie, du mal que je me suis fait en « chéant ( 7 °). »
Sa résignation est sincère; sa confiance en Dieu est absolue:
« L'ange ne lui a-t-il pas failli, de ce qu'elle a esté
ROUEN. — LES INTERROGATOIRES. ff>?
ce prinse? » — « Puisqu'il plait à Nostre Seigneur, c'est « le mieulx que je sois prinse. »
« Qui aidoit plus elle à l'estaindart ou l'estaindart à « elle? » — a De la victoire de l'estaindart ou de moy , « c'estoit tout à Notre Seigneur. »
« L'espérance d'avoir victoire estoit-elle fondée en .«on « estaindart ou en elle? » — « Elle estoit fondée en « Nostre Seigneur, et non ailleurs »
Sa seule crainte est d'offenser Dieu , son unique désir est de le bien servir :
c< Qu'a-t-elledemandé à ses voix célestes ?» — « Comme « récompense dernière, je ne leur ai jamais demandé que « le salut de mon âme. »
« A-t-elle reçu le sacrement de l'eucharistie à d'autres « époques qu'à la fête de Pâques? — « Passez outre. »
Il était notoire qu'elle communiait fréquemment.
« Pendant tout ce carême a-t-elle jeûné?» — « Ceci « est-il de votre procès? » — « Oui. » — « Eh bien ! il est « vrai que j'ai jeûné pendant le carême. »
L'humble chrétienne se reproche de publier qu'elle a rigoureusement observé les pratiques que la religion prescrit ou recommande y*) ! .
a Quand elle se confesse , croit-elle être en état de péché « mortel ?» — a Je n'en sais rien ; mais je ne crois avoir « rien fait pour être en cet état... à Dieu ne plaise que je « fasse jamais rien qui puisse charger mon âme. n
« Si elle ne croit pas avoir péché mortellement , est il « besoing qu'el le se confesse? » — « On ne sçait trop netce toyer sa conscience (< 3 ) ! »
« Est-elle en état de grâce? »
Question redoutable , insoluble ! si elle affirme, quel orgueil ! que devient sa mission si elle nie?
Un des assesseurs, Jean Le Fèvre, docteur et professeur en théologie, comprend la dangereuse portée de la demande; il se lève pour protester...
Mais Jeanne a déjà répondu :
« Si je ne suis pas en état de grâce , que Dieu m'y « mette ; si j'y suis , que Dieu m'y maintienne ! » Les juges, frappés de stupeur, suspendent la séance (? 4 ).
L'accusée qui se défend ainsi est une jeune fille des champs; elle a dix-neuf ans; elle ne sait ni lire ni écrire ; elle est à peine capable de reciter le credo, Y ave, \epater.
Le tribunal devant lequel elle comparait se compose des docteurs les plus éminents, des maîtres de la science, tous conjurés pour sa perte. Sans égard pour son âge , sans pitié pour sa faiblesse , ils l'obsèdent de leurs interruptions calculées ; ils l'épuisent par des interrogatoires de trois et de quatre heures, qui se répètent jusqu'à deux: fois dans un même jour; ils l'accablent de questions multipliées , incohérentes , embarrassées , tellement subtiles , tellement captieuses qu'elles eussent mis dans la perplexité les plus savants théologiens (? 5 ).
Pour affronter une lutte aussi formidable, elle sollicite en vain une assistance, en vain elle réclame un conseil, un défenseur; on repousse sa légitime requête. 11 faut donc qu'elle se présente abandonnée à ses seules inspirations,
fiOUEft. — LES INTEBBOOATOIttES. !«0
' livrée à son inexpérience , sans un appui pour la soutenir, sans un guide pour la diriger (> 6 ).
A défaut de tout secours humain , elle implore , sans les obtenir, les célestes secours que la religion dispense aux plus grands coupables* Dans le trajet qui sépare la prison de la salle d'audience elle aperçoit un petit oratoire ; ell e espère, que , en passant , il lui sera permis de s'y mettre à genoux , pour y faire une courte prière* L'impitoyable promoteur lui envie cette consolation ; il la chasse du pied de l'autel, îl la poursuit de ses ignobles outrages (?7). Les portes de l'Église sont absolument fermées devant elle.
Dans le sombre cachot où l'ont jetée ses ennemis, elle est incessamment soumise aux traitements les plus indignes. Trois misérables, au langage grossier, aux mœurs abjectes, sont avec elle, et ne la quittent ni le jour ni la nuit. Ils se font un jeu féroce de lui présenter, tour à tour, la perspective de la délivrance et celle du dernier supplice, afin d'é* branler son âme, de briser sa constance (i*) t Elle n'a pas à elle une heure, pas un instant, pour se recueillir et pour prier.
Ce n'est pas tout eucore. Une créature de l'évêque , un bon serviteur des Anglais, Loiseleur, se glisse auprès de Jeanne, il se dit Français et captif comme elle; il est prêtre, il se fait une arme de cet auguste caractère pour l'attirer à ses pieds, pour l'appeler au tribunal de la pénitence; par un sacrilège, il tente de lui arracher des aveux, que des témoins apostés dans l'ombre invoqueront publiquement contre elle. Avant chaque interrogatoire il la
170 chÀHtRB via.
visite > il l'excite à la rébellion , il lui souffle les réponses • qui peuvent la perdre ( 7ï> ).
Et cependant , en présence de cette pauvre enfant , environnée de tant de pièges, en proie à tant de tortures, victime de tant de lâchetés, l'évèque et les soixante assesseurs dont il a fait ses complices, malgré le mérite et le savoir dont ils sont si fiers, demeurent attachés suc leurs sièges , confondus et consternés.
Elle les a convaincus d'impuissance, elle, qui est seule contre eux tous.
Elle est seule!
Seule avec Dieu , qui est le Dieu des conseils aussi bien que le Dieu des combats !
Rouen. — Acte d'accusation. — Consultations* —
Première sentence.
Telle était la confusion que les juges avaient jetée à dessein dans les interrogatoires que, sur la minute de l'audience, Il eût été fort difficile de délibérer et de prendre une décision. Aussi avait-on fait extraire des réponses de Jeanne un grand nombre d'assertions, qui devaient ellesmêmes être resserrées et réduites par les soins du promoteur, Jean d'Estivet. En oeci, on se proposait beaucoup moins de dissiper l'obscurité que de modifier, au moyen de transformations successives , le sens et la portée des paroles de l'accusée, qui, par sa prudence, rendait jusqu'alors toute condamnation impossible.
Le travail du promoteur constitue l'acte d'accusation ; fl se divise en soixante-dix articles.
Le lundi saint, 26 mars, 1 evêque convoqua le vicaire de l'Inquisiteur, et onze docteurs ou maîtres, pour en
172 CHAP1TBE IX.
entendre la lecture. On ne se sépara qu'après avoir approuvé l'acte dans son ensemble. Il fut, en outre, convenu que, les deux jours suivants, la prévenue serait citée et interrogée sur chacun des articles, ce qui eut lieu.
Aux deux longues séances du mardi saint et du mercredi saint trente- huit assesseurs étaient présents (').
Dès que la jeune fille fut introduite, l'évéque lui adressa une courte allocution : il lui rappelait qu'elle comparaissait devant des ecclésiastiques d'un grand savoir, tous versés dans la connaissance du droit divin et humain , qui voulaient et entendaient procéder avec elle selon la douceur et la charité , ne cherchant pas son châtiment corporel , mais son instruction et son retour dans la voie de la vérité et du salut ; il ajoutait que, comme elle n'était pas assez éclairée pour présenter seule sa défense , on l'autorisait à désigner un ou plusieurs des docteurs présents qui lui serviraient de conseil; il terminait en la requérant de prêter le serment.
Placée , depuis longtemps déjà , en face de ses ennemis, Jeanne sentait chaque jour croître sa défiance; elle se souvenait des perfides avis que lui avait suggérés Loiseleur; elle répondit doncà févêque: « Premièrement, de ce « que admonestez mon bien et de nostre foy, je vous « mereye , et à toute la compaignie aussi ; quant au con- « seil que vous me offres , aussi je vous mereye , mais je « n'ay point de intencion de me despartir du conseil de « Nostre Seigneur; quant au serment que voulés que je a face, je suis preste à jurer dire vérité de tout ce qui totta chera vostre procès. »
ROUBIf . — ACTE D'ACCUSATION. 173
Et elle jura, les deux mains posées sur les saints Évangiles.
D'après l'injonction des juges, Thomas de Courcelles prit l'acte d'accusation et il en donna lecture , lentement , article par article. Après chaque article, l'accusée était interpellée et invitée à produire ses excuses ou ses explications (*).
Cet acte , rédigé par d'Estivet , est d'une importance capitale dans la cause.
Il faut le faire assez bien connaître pour que chacun puisse l'apprécier :
Le premier article a pour objet de constater la cornpétence du tribunal ecclésiastique ;
Le second et le troisième article sont conçus dans un sens très-général ; ils renferment des accusations de divination, d'immoralité , de pacte avec le diable, de supertition , d'idolâtrie, d'hérésie , et de sacrilège ( 3 ). Ce sont de simples assertions, qui ne sont appuyées d'aucune preuve.
Dans les articles suivants , le promoteur entre dans les détails; nous le suivrons.
Voici ce qu'il affirme : '
« Jeanne , dans son enfance , a été livrée à de vieilles « femmes, qui, la détournant des saintes croyances, l'ont
« instruite dans la magie, dans l'art de la divination et des
« sortilèges ; elle croit aux Fées , elle va jusqu'à confesser
« qu'elle ignore si les Fées sont de malins esprits. »
« Il y avait près de la demeure de son père un bois, une
a fontaine , un arbre mal famés. Elle fréquentait le bois
« et les abords de la fontaine ; elle se rendait sous l'arbre,
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« le jour, pendant l'office divin, et, so\i vent aussi, la nuit; « là elle faisait des enchantements et des charmes. »
« Longtemps elle a porté sur son sein une mandragore, « talisman auquel elle attribuait la vertu de procurer à qui « le possède tous les biens temporels ( 4 ). »
«Dans sa vingtième année, de propos délibéré , saps le « consentement de ses père et mère|, elle a quitté le vil- « lage ; elle est allée à Neufchâteau ; elle est entrée au ser- « vice de La Rousse J femme de ce pays, qui tenait une « auberge où se réunissaient des filles perdues et des gens « de guerre ; c'est là qu'elle a appris à monter à cheval. »
« De Neufchâteau, elle s* est rendue à Toul, afin de trace duire devant l'official de cette ville un jeune homme qui « l'avait fiancée , et qui s'était retiré à la nouvelle de ses « relations avec des femmes de mauvaise vie. »
« Elle revient à Domremy, et, bientôt après, elle se fait « conduire à Vaucouleqrs, près de Robert de Beaudricourt. ! « Admise dans son intimité , elle ne tarde pas à lui tenir « les propos les plus indécents et les plus sacrilèges ( 5 ). »
« Pour séduire les grands et le peuple, elle fait fraudu- ï « leusement cacher en terre , dans l'église de Fierbois, une « épée ; on déterre cette arme , on la lui apporte; elle fait « dessus de nombreuses conjurations. »
« Elle met un sort dans ses anneaux , dans sa bannière, j « Elle veut que son étendard soit resplendissant , qu'il oc- « cupe à Reims le premier rang. »
a Par orgueil et par vaine gloire, elle se fait donner de or brillantes armoiries. Tout ce faste répugne à la religion, « à la vraie piété. »
ROUER. — ACTE D'ACCUSATION. 17a
« Rejetant toute pudeur, elle revêt l'habit d'homme, « et bientôt, ne s'en tenant pas à cette première faute, « elle adopte, dans son costume, des ornements qui « ne sont en usage que chez les hommes les plus disso-
« lUS ( 6 ). *
«r Avide de faveurs et de fortune , elle fait un honteux « trafic de ses révélations , pour amasser d'immenses ri- « chesses et pour assurer à ses frères de grands revenus , « à l'imitation des faux prophètes, qui attribuent leurs « mensonges à Dieu »
« Ambitieuse de commander, et foulant aux pieds la dé- « cence, elle se montre à la tête des armées ; elle recherche « la compagnie des hommes; elle fuit le commerce des « femmes et repousse leurs services, dans les détails de la «r vie intime. »
« Ennemie déclarée de la paix, elle a soif de sang hu- « main ; elle ose attester que Dieu Ta destinée à une oeuvre « meurtrière , ce qui doit paraître horrible et abominable « à toute âme pieuse ( 8 ). »
« Elle se vante de lire dans les secrets de Dieu; elle « sait qui il aime, qui il poursuit de sa haine ; elle n'hésite « pas à vouer à la malédiction une nation tout entière, prou- « vaut assez par là que c'est le démon qui l'inspire (*>) . »
« En honorant d'un culte superstitieux de vains fan- « tomes, elle se rend coupable d'idolâtrie; elle invoque, « chaque jour, l'assistance du diable; c'est sur lui qu'elle « compte pour la tirer hors de prison ( IO ). »
« Malgré les péchés , et les crimes , et les hontes , et les « scandales de sa vie entière, elle n'en affirme pas moins
fi que tout ce qu'elle a fait , elle l f a fait de la part de Dieu « et par sa volonté : Le sage pêche sept fois par jour , et « elle, elle publie qu'elle croit n'avoir jamais fait œuvre a de péché mortel. »
« A Saint-Denis , elle consacre ses armes dans l'Église, a afin qu'elles soient exposées, comme des reliques, à la « vénération du peuple ; elle se fait adorer comme une
« sainte »
« Enfermée à Beaurevoir, elle murmure contre Dieu et « contre les saints; elle ne se borne pas aux murmures : a à la grande horreur des assistants, elle renie Dieu, et « l'outrage par ses blasphèmes ('*). »
* « Dans son obstination à garder ses habits d'homme , « elle oublie tous ses devoirs de chrétienne; elle fait peu « de compte de la messe , de la communion ; elle laisse « éclater son endurcissement dans le mal , son défaut de « charité, sa désobéissance à l'Église, son mépris des
a divins sacrements ( ,3 ) ! »
Tel est le hideux échafaudage d'impostures et de calomnies que Jeanne voit s'élever contre elle. A ces lâches et grossiers mensonges elle oppose les plus énergiques , mais aussi les plus vaines dénégations.
Elle ne nie pas toujours; quelquefois elle explique, elle rectifie.
Lorsqu'elle entend dénaturer et flétrir sa première éducation, l'éducation qu'elle tient de sa mère, elle répond avec douceur : a Quant à mon instruction , j'ay prins ma « créance et ay esté enseignée bien et deument , et comme « ung bon enfant doit faire. »
ROUEN. — ACTE DÀCCUSATION. 177
« Pourquoi dédaigne- t-el le les occupations de son
sexe? »
— « Quant aux œuvres^ de femme, il y aura asses « d'autres femmes pour ce faire. »
« A propos de son étendard et du reste, n'a-t-elle pas eu recours aux sortilèges? » — « De choses que je aye « faictes , il n'y avait ne sorcerie ne autre mauvès art. « Et du bon eur de mon estaindart , l'eur s'en rapporte et à l'eur que Nostre-Seigneur y a envoyé »
a Pourquoi cache-t-ellc toujours une face de la vérité ? » — « Sans le congé de Dieu , je ne veux point révéler ce « que je tiens de lui ; quant au signe donné à mon roy , « quant à tout ce qui le concerne , comme cela ne touche « pas le procès, je ne le révélerai pas. »
Sur ce sujet elle persiste à demeurer impénétrable ( ,5 ).
« Que signifient les lettres adressées par elle aux An- « glois avant le siège d'Orléans? » — « Si les Anglois « eussent cru mes lettres , ils eussent fait que saiges, et , « avant qu'il soit sept ans , ils s'en appercevront bien de « ce que je leur escripvois. »
« D'où vient son obstination à repousser la paix? » — « Quant à la paix, j'ay requis le duc de Bourgongne, par « lectres, et à ses ambassadeurs, que il y eust paix ; pour « les Anglois, la paix qu'il y fault, c'est qu'ilz s'en aillent « en leurs pays, en Angleterre ( l6 ).
On attaque ses révélations , ses voix. Elle s'écrie : <r Je « crois, aussi fermement que je crois que Nostre Seigneur a Jésus-Crist a souffert mort pour nous racheter despaines « de l'enfer, que ce soient saincts Michiel et Gabriel ,
CHAP1TKE IX.
« sainctes Katherine et Marguerite , que Nostre Seigneur « m'envoye pour me conforter et me conseiller. »
« Et sur quoi se fonde la foi si vive qu'elle a en eux ? » — « Sur la bonne doctrine qu'ils m'ont monstrée. n
« En quels termes invoque-t-elle ses voix? » — « Je « les requiers par ceste manière : Très-doulx Dieu, en « l'onneur de vostre saincte Passion, je vous requier, se a vous me aimés , que vous me révélez que je doy res- « pondre à ces gens d'Église (»?)•
« Elle a dit que tout ce qu'elle a fait, elle l'a fait par « le conseil de Dieu. » — « Ce n'est pas ainsi ; il doit y « avoir : tout ce que j'ay fait de bien ( l8 ).
a Elle est rebelle à l'Église. » — « J'affirme que , à mon « pouvoir, j'ay soustenu l'Eglise. »
« Soumet-elle donc toutes ses paroles et tous ses actes « à l'Eglise militante? » — « Je luy vouldroye porter « honneur et révérence, à mon pouvoir, et me rapporter « de mes faits à l'Église militante; mais il faut que je « m'en rapporte à Nostre Seigneur, qui le m'a fait faire. »
Sur ce point, elle ajourne sa réponse définitive et demande un délai, qui lui est accordé.
En conséquence, le samedi suivant, 31 mars, veille de Pâques, les deux juges, assistés des docteurs de Paris et d'un clerc anglais, se rendent dans sa prison et la questionnent de nouveau sur sa soumission à l'Église : « Je « m'en rapporteray, dit-elle, à l'Église militante, pourvu « qu'elle ne me commande chose impossible ; et ce que je t( répute impossible , c'est de révoquer les visions et révé- « lations que j'ay eues de par Dieu.... Je croîs dpnç que