‹ Vie de Jeanne d'ArcChapitre 22 sur 44 · ROUEN. — ACTE D ACCUSATION · texte numérisé non relu

ROUEN. — ACTE D ACCUSATION

« je suis subjecte à l'Église qui est en terre , c'est assavoir « à nostre sainct père le Pape, cardinaulx, arcevesques, i évesques'et aultres prélats d'Église.... nostre sire premier servi

Voilà son dernier mot.

Le voilà, tel qu'il se trouve au procès.

Mais tout se trouve-t-il au procès?

Voici ce que les dépositions nous apprennent :

Dans la semaine sainte, Jean Delafontaine, Isambard de La Pierre , et Martin Ladvenu , trois hommes de bien , convaincus que Jeanne peut se livrer et se perdre, par ignorance, sur la redoutable question relative à l'Église, la visitent dans sa prison; ils F éclairent sur le péril qui la menace ; ils lui expliquent ce que c'est que le pape ; ils lui apprennent que, en ce moment, un concile général est réuni à Bâle, que l'Église tout entière y est représentée, que ses amis y siègent aussi bien que ses adversaires, quelle peut demander à être jugée par cette auguste assemblée.

Le lendemain ( qui devait être le mercredi saint ) , encouragée par Isambard, qui est à sa place parmi les assesseurs, elle déclare en effet qu'elle se soumet au pape et au sacré concile. L'évêque, terrifié par ces paroles, soupçonne la vérité ; il fait venir le gardien anglais et l'adjure de lui dire si quelqu'un, depuis la veille, a pénétré dans le cachot; il apprend les noms des généreux coupables : « Taisez- vous de par le diable 1 » leur dit-il avec l'accent de la colère. Cependant le notaire apostolique, Guillaume Manchon , s'apprête à écrire les paroles de soumission de l'accusée: « Cela n'est pas nécessaire , s'écrie l'évêque,

<f gardez-vous bien d'écrire cette réponse. » En vain la jeune fille insiste : « Hélas! dit-elle en soupirant, vous « écrivez ce qui est contre moi, et ce qui est pour moi, a vous refusez de récrire 1 » Sa déclaration décisive et préremptoire n'est pas même mentionnée ? on la considère comme non avenue ( ao ) 1

Dès lors , il est permis à Jean d'Estivet , dans l'article Gi de l'acte d'accusation, d'affirmer que Jeanne refuse obstinément d'obéir à l'Église ; il peut à son gré, dans l'article 69 , déplorer son endurcissement dans l'hérésie et dans le crime; pour conclure, il peut déclarer que tout ce qu'il avance est vrai , notoire , manifeste , attesté par la voix publique, confessé par la prévenue ( al ). Celle-ci proteste ; qu'importe! Elle nie ; qu'importe encore ! Comprenant enfin qu'elle n'a rien à espérer de ce tribunal d'iniquité, elle s'en réfère au souverain juge et répète incessamment c< qu'elle s'en actend à Dieu. »

L'évêque ne s'en tint pas aux soixante-dix articles ; ifs contenaient des détails trop explicites, dont l'impudente fausseté pouvait embarrasser et nuire ; aussi chargea-t-il un des docteurs de Paris , Nicole Midi , de réduire et d'abréger le long travail du promoteur.

Le 5 avril , Midi avait terminé son œuvre , et il était en mesure de présenter aux juges et à quelques assesseurs son résumé, qu'il divisait en douze articles (").

Les douze articles sont extraits des soixante-dix articles; ils en reproduisent la substance ; ils n'énoncent que des assertions; les faits, sur lesquels ces assertious reposent,

étant réputés constants et démontrés , ne sont pas même exprimés.

Après la lecture des douze articles, les juges et les seurs présents décidèrent qu'il y serait apporté quelques corrections, presque toutes favorables à l'accusée. Le notaire apostolique les recueillit dans une note qui a été conservée.

Or, ces corrections, solennellement prescrites, n'ont pas été toutes exécutées ( a3 ).

Les douze articles n'ont pas même été lus à l'accusée(* 4 }.

C'est sur les douze articles qu'auront lieu toutes les fonsultations, et que sera portée la sentence (**),

Suivant l'usage consacré en matière de foi, il convenait de recueillir les opinions des théologiens et des légistes.

Jean Beau père, accompagné de Girard Feuillet, de Nicole Midi et de Jacques de Tou raine, fut délégué pour soumettre les articles à l'appréciation de l'Université de Paris. Les quatre docteurs qui se déplaçaient ainsi reçurent, à titre d'indemnité , du gouvernement anglais la somme de cent livres tournois, vingt-cinq livres pour chacun d'eux ( l6 ). Ils ne quittèrent Rouen que vers le 20 avril.

L'Université devait faire attendre sa décision jusqu'au 14 mai.

Le mois d'avril fut employé à recueillir les consultations des maîtres en théologie et en droit qui résidaient à Rouen ou dans la province.

Le jeudi 12 avril, vingt-deux assesseurs, sous la présidence du docteur Érard Ermengart, exprimèrent leur avis dans un acte solennel ( a ?).

Cinq docteurs et neuf licenciés donnèrent successivement àja délibération du 12 avril leur adhésion motivée (* 8 ).

Les évéques de Coutances et de Lisieux envoyèrent leurs consultations

L'évèque d'Avranches, « fort ancien et bon clerc, » se fondant sur l'autorité de saint Thomas , conclut en faveur de Tappel au pape et au concile général. On eut soin de supprimer son opinion [*°) .

Malgré la terreur qu'inspiraient les Anglais , quelques théologiens hésitèrent à s'associer à un acte d'iniquité , que réprouvait leur conscience.

Ainsi Raoul Dubois conseille Tappel au saint-siége; Pierre Minier, Jean Pigache et Richard de Grouchet déclarent qu'ils ne sont pas assez édifiés sur l'origine des révélations de Jeanne.

Les abbés de Cormeilles et de Jumiéges se montrent charitables envers l'accusée, et n'osent prononcer une condamnation contre elle.

. Sur treize avocats de Rouen , deux seulement opinent pour les moyens de rigueur ( 3l ).

La conduite du chapitre de Rouen est remarquable ; sa répugnance est manifeste : il est convoqué pour délibérer le 13 avril; mais la réunion est si peu nombreuse, que la délibération est remise au lendemain. Pour stimuler le zèle des chanoines , on les menace, en cas d'absence, d une légère peine disciplinaire. Le 1 4, l'assemblée, composée de

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