‹ Vie de Jeanne d'ArcChapitre 7 sur 44 · CH1N0N. — POITIERS · texte numérisé non relu

CH1N0N. — POITIERS

aurait à répondre aux docteurs de Poitiers; le roi luimême devait se rendre dans cette ville ( ,8 ).

Elle partit, pleine de résignation et de courage : a Kn cr nom Dieu , disait- elle en chemin à ceux qui Paccompa- « gnaient, je sçay bien que je auray beaucoup à faire à « Poitiers où on me meine, mais Messires me aydera ('•). » Elle reçut l'hospitalité chez Jean Rabateau , avocat au parlement , dont la femme jouissait de la meilleure renommée ( J °). C'est dans cette maison que les maîtres do la faculté de théologie devaient venir l'examiner.

Cette nouvelle commission se composait de Pierre de Versailles, de Jean Lambert ou Lombart; de Guillaume Aimeri et de Pierre Turelure, tous deux dominicains; de Pierre Seguin, carmélite; de Jean Erault, de Mathieu Mesnaige, de Guillaume Lemaire ou Lemarié, et de Jacob Maledon, tous docteurs ou bacheliers en théologie; des conseillers du roi les assistaient ( 3l ).

Lorsque ces savants maîtres vinrent visiter la jeune fille, elle alla à leur rencontre; Pierre de Versailles lui apprit qu'ils étaient tous envoyés vers elle de la part du roi : « Je crois bien, dit-elle avec douceur, que vous êtes « envoyés pour m'interroger : je ne sais ni A ni B; mais, « ajouta-t-elle avec fermeté, il y a ès livres de Notre Sei- <t gneur plus que aux vôtres. » On lui demanda pourquoi elle était venue? — « Je suis venue de la part du roy des « deux pour lever le siège d'Orléans, et pour conduire le « roy à Reims où il sera couronné et consacré. » Puis sans attendre une autre question , elle se retourne vers Jean Erault, lui demande s'il a du papier, de l'encre : « Écri-

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« vcz, lui dit-elle, ce que je vais vous dire : Vous, Suffort « Glassidas et la Poule , je vous somme de par le roy des « deux que vous en alliez en Angleterre. » Les commissaires, étonnés, se retirèrent sans insister davantage pour cette fois ( 3a ).

Les examens se succédèrent, fréquents , détaillés , interminables , au point de fatiguer la constance de la jeune Mie, que de pareils délais empêchaient d'accomplir son œuvre ( 33 ). Toutefois elle répondait à tout sans embarras, sans détours , quelquefois avec gaieté , souvent avec éloquence.

Un jour maitre Jean Lombart lui disait, en insistant, que le roi voulait bien savoir ce qui l'avait mue à venir vers lui. — « Je suis, dit-elle, une pauvre fille des «champs; une Voix m* est apparue , qui m'a dit que « Dieu avait grand'pitié du peuple de France , et qu'il « fallait que je vinsse en France; à ces mots je me suis « prise à pleurer; et alors la Voix m'a dit d'être sans « crainte, et d'aller à Vaucouleurs, où je trouverais un cr capitaine qui me conduirait sûrement auprès du roi; <c et j'ai fait ainsi, et je suis venue auprès du roi sans « aucun empêchement ( 3i ). »

Une autre fois le frère Séguin, qui était de Limoges, et qui avait l'accent du pays, lui demandait quelle langue parlaient ses Voix. — « Une meilleure langue que la « vôtre, » répond-elle vivement.

« Dieu, lui dit un autre docteur, ne veut pas qu'on croie « en vous sans aucune preuve ; si vous ne donnez pas un « signe de votre mission, nous ne conseillerons pas au roi

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