CHINON. — POITIERS
a de vous confier ses hommes d'armes. » — « En nom « Dieu , s'écrie-t-elle , je ne suis pas venue à Poitiers « pour faire signes. Qu'on me conduise à Orléans ; c'est « laque je donnerai des signes qui feront croire en moi. »
«Croyez- vous en Dieu? lui dit un juge. — Oh! oui; « plus que vous même. »
Enfin Guillaume Aimeri l'interroge. « La Voix vous a « dit que Dieu veut délivrer la France de ses maux. §i « Dieu le veut, qu'a-t-on affaire d'hommes d'armes?» Elle répond:
« En nom Dieu! les hommes d'armes batailleront p et « Dieu donnera la victoire ( 35 ) ! »
Maître Guillaume Aimeri fut content de cette réponse. Eh! qui n'en eut été content? qui jamais a fait avec plus de clarté , avec plus de force et de sagesse , la juste part de la grâce divine et de la liberté humaine ?
Les théologiens étaient confondus.
Leur enquête devait porter sur les mœurs , sur la vie de Jeanne , aussi bien que sur sa doctrine. Us consultèrent la femme de l'avocat général chez lequel elle habitait; d'autres femmes de bien furent également interrogées. Toutes s'empressèrent d'attester que la jeune fille, toujours humble dans son maintien et simple dans son langage , partageait son temps entre le travail et la prière : jamais on ne la trouvait inoccupée ; chaque jour , après le diner, elle entrait dans l'oratoire de la maison, et elle y demeurait longtemps à genoux et en adoration ; la nuit elle se relevait pour prier encore.
Le rapport des conseillers et des docteurs fut conçu
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dans les termes les plus avantageux et les plus coïieluants : « C'était, disaient- ils, une simple bergerette qui a aimait Dieu de toute son âme , qui se confessait souvent, « qui souvent recevait la sainte Eucharistie, qui, en un <t mot, vivait comme doit vivre une bonne catholique; ic elle avait répondu à des questions difficiles avec toute « la prudence qu'on eût pu attendre d'un bon clerc, à tel « point qu'on pouvait la croire dirigée par une inspiration « divine : la commission était donc unanime pour déclarer u que le roi n'avait rien que de bon à attendre de son ino tervention, qu'il pouvait compter sur son aide, et lui « confier des hommes d'armes pour faire lever le siège a d'Orléans ( 36 ). »
L'évêque de Castres , confesseur du roi , disait hautement qu'il croyait qu'elle était envoyée de Dieu ; Séguin et d'autres docteurs répétaient qu'ils le croyaient aussi bien que l'évêque ( 3 ~).
Trois semaines avaient été consacrées à ces pénibles préliminaires f 3 *). Jeanne revint à Chinon en même temps que le roi
A l'arrivée, il fallut qu'elle se soumit à une dernière formalité qui, plus que toutes les autres, devait répugner à sa délicatesse : selon les idées du temps , le démon n'avait aucune prise sur les jeunes filles qui étaient restées pures. Jeanne avait offert à Dieu sa virginité; avait-elle été fidèle à cet engagement sacré? On exigea que ce point fût solennellement établi : la mère de la jeune reine, Yolande d'Anjou, reine de Sicile , Jeanne de Preuilly, dame de Gaucourt, et la dame de Trêves, Jeanne de Mor-