DE LA TROISIÈME ÉDITION
Je me réjouis donc de voir que mon ouvrage a quelque peu contribué à modifier sur certains points les idées du D' Strauss, et de ce que plusieurs résultats de mes recherches ont été admis par cet adversaire. La franchise avec laquelle Strauss s^exprime à ce sujet dénote un amour de la vérité bien plus précieux que la grandeur du talent y et une loyauté de caractère qui a toujours eu beaucoup de prix à mes yeux. Je le remercie cordialement aussi pour la manière bienveillante dont il a parlé de moi. On peut donc arriver à quelque chose de commun en suivant les principes vrais de la critique historique tels qu'ils se présentent à tout homme intelligent et impartial. Mais cet accord n'est possible que jusqu'à un certain point , et de là vient que, dans le cas présent , il a dû disparaître devant une opposition plus profonde.
La difiérence d'opinion provient ici d'une différence essentielle dans le point de vue religieux et dans les dispositions de l'âme. Cette différence a été nettement caractérisée par Strauss lui-même dans la conclusion qui termine la troisième édition de son livre et dans son Traité sur le variable et l'invariable dans le Christian nisme. C'est une opposition radicale dans la manière de concevoir le rapport de Dieu avec le monde, la personnaUté de l'esprit , le rapport de la vie actuelle à la vie future, et dans l'idée du péché. Il ne s'agit pas selon nous d'une lutte entre une vieille et une nouvelle conception du christianisme, mais entre le
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christiaDisme et une doctrine humaine entièrement contraire. Nous ne pouvons l'envisager autrement que comme une lutte entre le théisme chrétien et le principe de la déiBcation de Thomme et du monde. Ce principe doit d'abord se réaliser tout entier dans le rationalisme théologique et philosophique , pour être ensuite vainôu par la vérité chrétienne dans le développement régulier de la pensée et de la vie. Nous le voyons déjà apparaître dans les sectes du moyen âge et dans celles qui ont précédé la réformation , et il se serait sans doute fait jour plus tôt s'il n'avait été bngtemps comprimé par la puissance de l'esprit évangélique. Nous pouvons appliquer ici une parole profonde de Mélanchthon : Dogmalutn semina, qius longe gramores tumuUui eaunialura fuerant, ni$i Lutherus exorius esset oc studia ho^ minumalio iraxisset. {Corpus reformator.T, I,f. 1083.) Je suis bien loin de vouloir juger les individus. C'est à chacun ici à se juger lui-même. Quiconque a la conscience de posséder une vérité supérieure à l'esprit de l'homme sentira en même temps combien il est au-dessous de cette vérité , tandis que d'autres qui sont dans l'erreur peuvent valoir mieux que leurs croyances. Celui qui n'est pas resté insensible aux agitations de l'époque apprendra, en songeant à sa propre faiblesse, à être indulgent pour ceux qui ont subi plus que lui l'influence de l'esprit du temps. Il ne s'agit pas ici des personnes , mais des principes.
A ces deux tendances contraires, dont Tune veut