DE LA TROISIÈME ÉDITION
Les divers partis ont accueilli cet ouvrage comme je m'y étais attendu. Je ne crois donc pas nécessaire de me défendre contre leurs attaques. Je suis convaincu que mes principes théologiques sont en général vrais et seront à la fin reconnus comme tels. Quant aux conséquences qu'on en tire , quant aux accusations passionnées contre mes idées et ma personne, je n'ai nullement l'intention de m'en occuper. Je crois seulement devoir revenir sur quelques-uns des jugements exprimés , afin de faire , autant qu'il est en moi , disparaître tout malentendu.
L'honorable conseiller consistorial Schulz a publié, dans la Gazette ecclésiastique de Darmstadt , un article dans lequel , au moyen de quelques citations tronquées, il met sur mon compte des idées qui me sont tout à fait étrangères. Dans la présente édition , mes lecteurs seront rendus attentifs à cette fausse interprétation de mes paroles. La critique de M. Schulz m'eût paru déloyale si je ne connaissais assez l'auteur pour en juger autrement. C'est un exemple de Tétroitesse à laquelle sont conduits certains hommes par l'enthousiasme de la rai-
8 pubpack
son : « Leur foi , comme dit fort bien le philosophe Jac( cobi , est toujours la raison , et ils ne savent reconc< naître la raison d'un autre qu'à sa croyance. Ils ne « cherchent point à savoir comment un homme sent , « perçoit, observe, juge et conclut; ils demandent seu- « lement quelles opinions il a , et si elles s'accordent ou a non avec leur canon. Voilà ce qui pour eux décide c< tout. » L'enthousiasme de la raison conduit au même résultat que l'enthousiasme pour une dogmatique abso-, lue ou soi-disant telle , qui prétend mesurer avec un certain nombre de formules la part de chacun dans le christianisme. Des deux côtés on s'expose inévitablement à mal juger ses adversaires. C'est ce qui arrive à propos de mon livre, et qui est arrivé bien souvent ailleurs. M. Schulz demande quelquefois ce que diraient de mes idées les croyants selon les symboles. Je pourrais lui répondre que cela ne m'importe guère. Il ne s'agit pas de ce que penseront telles ou telles personnes , mais de ce qui est ou n'est pas chrétiennement vrai. Cependant , pour être plus clair, je déclarerai ici deux choses : La première , c'est que je ne puis accepter aucun symbole déjà existant (excepté le symbole apostolique , qui expose seulement les faits essentiels de la foi ) comme l'expression exacte de ma conviction religieuse. Je crois qu'à travers les agitations du présent l'Eglise s'avance vers une époque nouvelle. C'est alors que l'Esprit-Saint*,
* L'Esprit qui procède de la foi en Jésus mort pour nos péchés, ressuscité et monté au ciel; l'Esprit qui depuis la première Pentecôte se
DE LA TROISlàME ÉDITIOIf. 9
qui a présidé à la formation de toutes les confessions , et qui , sous la forme imparfaite des forinules humaines, a maintenu le fond invariable de la vérité chrétienne , fera trouver à TEglise une formule correspondante au nouveau développement de la vie religieuse , si du moins une telle formule est nécessaire. — ^Mais je dois déclarer en même temps que je suis d'accord avec les croyants selon le symhole à l'égard du principe matériel de la réformation , à savoir la doctrine de la corruption de la nature humaine et du salut par la foi en Jésus-Christ. Ce qui constitue le fond des symboles évangéliques , et en particulier de la confession d' Augsbourg et de l'Apologie , est pour moi , avec les vérités immuables contenues dans le symbole apostolique , la base inébranlable de l'église protestante , le principe au nom duquel elle proteste contre tout papisme y soit celui de Rome , soit celui de l'esprit du temps , en un mot , contre les ordonnances humaines quelles qu'elles soient. M. Schulz me reproche d'admettre la corruption de la nature humaine. Je m'étonne à mon tour qu'on puisse méconnaître une vérité si manifestement proclamée, non-seulement par l'Ecriture sainte, mais par la conscience de tout homme. Enfin il exprime le désir de voir disparaître désormais de mes écrits les mots de raison natu-relie et de propre justice. Mais il m'est impossible de le
répand sar tous les peuples et sur tons les hommes , savants ou ignorants;—non pas Tesprit variable du temps, qui est bien plutôt ce que l'Ecriture appelle Tesprit du monde, et dont Timpulsion est contraire à celle du Saint-Esprit*
10 piirACB
satisfisiire. Ces expressions ont droit de bourgeoisie dans FégKse évangélique, et sont parfaitement justifiées par Tanthropologie biblique. Ce n'est pas une nouvelle thio^ logie évangélique qui les a produites, mais bien l'ancienne foi évangélique y et il n'y a que les prétendues lumières qui puissent assez obscurcir l'esprit pour lui faire rejeter ces expressions*.
Je remercie M. le docteur Hase de la manière bienyeillante et digne dont il a rendu compte de mon ouvrage dans les JahrbUcher fur wissenschaftliche Krilik. Ce n'est pas ici le lieu de m' expliquer sur les questions d'apologétique et de critique qu'il soulève dans son article. Seulement, je ne puis m' empêcher d'observer que, pour écrire la vie de Jésus, il faut, à la vérité, posséder dans la conscience chrétienne l'intuition vivante de la personne du Seigneur , mais non pas une théorie dogmatique bien arrêtée sur ce point. Je considère au contraire comme un des privilèges de cette étude que diverses tendances supranaturalistes puissent être satisfaites des mêmes résultats. Il s'agit ici de faits plus im-
^ Le jésuitisme 86 montre fréquemmeDt sous la forme du fonatismede la raison, et nous pouvons en signaler un exemple. Ainsi, sous prétexte de combattre les tendances du journal qui sMntitule la Gazette évangé^ tique (a), on attaque en même temps, non plus des dogmes vieillis, comme on les appelle, mais les vérités capitales du christianisme, ces doctrines qu*un esprit léger, superticiel et borné peut seul trouver surannées. Mais nous avouons que Texclusisme et les exagérations de la tendance représentée par la Gazette évangélique ont bien pu contribuer à provoquer une réaction. Ceci soit dit sine ira et studio, sans méconnaître le zèle sérieux, les intentions chrétiennes des rédacteurs de la Gazette^ et tout en étant reconnaissants du bien qu'ils ont lait.
(a) C'est le jouraal dirigé par le professeur Hengstenberg. {Trad.)
DE U TROMiMI EDITION. i\
portants et plus grands que les conceptions imparfieûtes de rhomme. Toutes les théories qui ne yeulent pas faire Tiolence à Thistoire et qui repoussent le docétisme doilent en dernière analyse tomber d'accord sur certains faits. Tout ce que j'ai dit du développement humain de la vie de Christ peut bien se concilier avec la doctrine d'un itatus exinanilionis ^ sans lequel la vie du Seigneur perdrait toute réalité. Je maintiens ce que j'ai dit sur l'ascension jusqu'à ce qu'on m'ait prouvé que la vraie signifiealion de la résurreciian subsiste sans cela. Ce n'est pas une foi puissante qui m'y détermine. La vérité avant tout : je ne veux pas passer pour ce que je ne suis pas. J'ai été trop affecté , dès le commencement de mon développement religieux y par les idées de l'époque^ pour pouvoir me comparer à ces hommes dont j'admire la foi sereine et la simplicité enfantine. Mon affirmation est le résultat d'un travail de la pensée. C'est une conséquence des principes fondamentaux de la foi chrétienne. 11 y a ici: une alternative inévitable y à moins que , au lieu de se prononcer, on ne préfère envelopper la difficulté dans des phrases ou des formules.
Ceux qui considèrent l'ignorance socratique comme une folie ne seront guère satisfaits de ma dogmatique. Us la trouveront bien incertaine y eux qui ont déjà décidé les plus hautes questions; ces questions dont, peu avant sa mort, le grand Mélanchthon regardait la solution comme un privilège de la connaissance parfaite dans la vie bienheureuse.
i2 PRÉFACE
L^article inséré dans la Hallische LiteraturzeUung par M. le conseiller ecclésiastique Schwartz, d'Iéna, m'a procuré le plaisir de rencontrer un homme respectable qui, sans être d'accord avec moi, sait du moins accueillir avec une sympathique bienveillance un travail conçu dans un esprit sérieux et exécuté avec conscience. De tels jugements sont rares aujourd'hui, où le monde semble dirigé uniquement par l'esprit de parti ou par une orgueilleuse susceptibilité. Quant à mon digne et vieil ami, l'abbé et conseiller consistorial D' Lucke , je m'attendais bien à me trouver d'accord avec lui dans toutes les choses essentielles , mais je n'en ai pas moins été fort réjoui de lire son article.
C'est une chose également fort réjouissante quand on peut se trouver d'accord sur quelques points avec des hommes qu'on estime, mais dont les convictions diffèrent d'ailleurs complètement des nôtres. Je n'approuve pas l'étroitesse des gens qui font un tort de ce que j'appelle un devoir, à savoir de rendre justice à un homme distingué qui représente une tendance autre que celle à laquelle nous appartenons. Le sentiment qui convient le mieux au zèle pour les choses saintes, c'est l'humilité. Nous ne devons jamais oublier que notre science n'est que fragmentaire. C'est pourquoi je ne puis que blâmer les esprits présomptueux qui se croient autorisés à traiter dédaigneusement un adversaire qui leur est supérieur en mérite scientifique , ou qui affectent pour le combattre le ton caustique de la littérature du jour.