PRÉFACE DE LA TROISIEME EDITION
Puisse la voix d'un homme, dont le regard profond savait si bien reconnaître les signes des temps, être entendue de plusieurs !
D* NÉANDER.
Berlin, le 6 mai 1839.
I. De la manière de conceiroir l*histoire de Jésus-Christ en général
On entend fréquemment dire aujourd'hui qu'avant d'entreprendre une étude quelconque , il faut commencer par faire table rase de toute prisupposition. On voudrait , en particulier, imposer ce désintéressement absolu comme un devoir à Phistorien de la vie de Jésus- Christ. Nous devons, dès l'entrée, refuser formellement de nous soumettre à une telle exigence. Nous ne pouvons nous défaire complètement des principes inhérents à notre nature et qui entrent comme éléments essentiels dans le développement historique auquel nous appartenons. Notre conscience en sera involontairement dominée , et ceux qui prétendent s'en affranchir ne font , en réalité, que changer une présupposition pour une autre. J'ajoute que nous ne le devons point. Ce serait agir contrairement aux lois de notre nature que de vouloir nous soustraire aux principes que la volonté du Créateur a établis comme éléments de l'ordre moral, et par conséquent comme condition de notre existence *. La voie de
< Ce sont les lois dont parle Sophocle :
• . . . Qy ÔXvfinoi
iS INTRODUCTION.
la science comme celle de la vie serait bien plus sure y au contraire , si nous pouvions rester toujours fidèles à ces principes qui exercent sur notre esprit un légitime empire et ne peuvent porter ombrage qu'à l'arbitraire. Malheureusement nous sommes sans cesse exposés à les confondre avec ceux qui proviennent de l'arbitraire luimême. Les conjectures 9 les préjugés personnels ou traditionneb créent dea présuppositions qui aspirent à prendro la place de celles que nous tenons de Dieu. C'est sous l'action de ces principes divers que se meut la vie dans tous les temps ^ et surtout dans les époques de préparation et de lutte comme celle où nous vivons. Aujourd'hui deux tendances contraires se tiennent réciproquement en échec et servent, par leur opposition même, les desseins d'une sagesse plus haute. Les uns s'efforcent de remettre l'esprit sous le joug des préjugés qui l'ont assez longtemps retenu captif , — les autres, s'élevant avec raison contre ces présuppositions arbitraires, rejettent en même temps les principes qui servent de lois à l'esprit et sans lesquels il n'y a point de véritable liberté. Quel sera le devoir de la science dans de telles conjonctures? Devra-t-elle faire table rase de tous principes et partir de la pensée pure ? A Dieu ne plaise 1 De rien il ne sort rien^ car la création n'appartient qu'au Père des esprits. Loin de nous ce vide en-
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thousiasme pour l'enveloppe de la yérité^ pour une abstraclion Baoa réalité et sans vie M Loin de nous la pensée de rompre les liens sacrés qui unissent Tesprit à la source de toute vérité et sans lesquels il serait inca«pable de reconnaître Dieu brsqu'il vient se révéler à rhommé I Comme Tesprit fini ne peut prétendre à se rendre indépendant de l'esprit in fini , et n'a d'autre vocation que de reeonnaitre la révélation de Dieu dans oe que Dieu a créé , c'est-à-dire dans la nature et dans l'histoire, la science n'a d'autre but que de distinguer les principes arbitraires de ceux qui nous sont imposés par une nécessité morale, et la santé de Tàme consiste, en rejetant les uns , à s'abandonner aux autres avec huoiilité et candeur, reconnaissant en eux l'expression de la volonté suprême, la voix du Dieu vivant, le guide qui doit nous conduire à la source de la lumière. Découvrir ces lois, les Éaire connaître, y ramener l'esprit qui cherche la vérité, c'est le plus beau résultat auquel la science doive et puisse jamais aspirer.
Et maintenant , quel est le principe qui doit nous servir de point de départ pour étudier l'histoire de Jésus-Christ? C'est celui duquel dépend l'existence du chrétien en tant que chrétien , l'existence de l'Eglise, et qui constitue le fond de la conscience chrétienne \ Or,
1 « On se fait une idole de la vérité même : car la vérité hors da la « charité n'est pas Dieu; c'est son image, et une idole quMl ne faut point « aimer ni adorer; et encore moins faut-il aimer ou adorer son contraire, (f qui est le mensonge. » — Cest ici une des plus profondes paroles de Pascal.
* Cesi surtout en revendiquant les droits de la conscience chrétienne
la conscience chrétienne c^est cette puissance qui est Tenue ranimer les os secs de l'ancien monde et faire sui^ir un monde nouveau. G* est elle qui a imprimé son caractère propre à la vie des nations germaniques y qui a amené par la Réformation Témancipation de l'esprit humain. C'est d'elle que procède foute la civilisation moderne, et si jamais elle cessait d'agir dans l'histoire , l'humanité perdrait ce qui fait maintenant sa vie , et subirait nécessairement une transform&aon complète. Or, le principe qui fait lui-même le fond de la conscience chrétienne c'est que Jésus est le Fils unique de Dieu, l'image parfaite du Dieu personnel et invisible ,
que Schleiermacher a exercé sur le développement de la théologie une îafluencd décisive. Dans un siècle incrédule, sans intuition historique et dominé par une raison abstraite, il s^atlacha à faire ressortir la valeur réelle et spéciale du christianisme. Il montra que la vi^ chrétienne est une puissance spirituelle qui agit manifestement dans l'histoire, et que sans cet élément nouveau la vie humaine serait inexplicable. Tel est le sens de Texpression conscience chrétienne, et voilà pourquoi ce moi doit rester et restera avec la chose qu'il exprime. Il restera malgré le formalisme de la pensée, qui met partout de vides abstractions à la place des forces vives qui animent Thumanité; il restera malgré le matérialisme plat et effronté, qui ne connaît pas de puissance supérieure à celle qui exécute les chemins de fer ou met en mouvement les machines à vapeur. De même que la conscience de Dieu témoigne de Texistence, de la toute-présence et de la révélation du Dieu personnel, de même la conscience chrétienne témoigne que Jésus-Christ a existé et qu'il continue d'agir dans l'humanité par son esprit. Et comme celui qui n'a pas Dieu en lui-même ne le trouvera point dans la création, de même il n'y a que la conscience chrétienne qui puisse comprendre l'histoire de Christ et de son Eglise. Sans la conscience chrétienne on n'arrive à rien. Avec toute l'érudition possible on ne parviendra jamais à expliquer la vie an moyen de ce qu| est mort. Tous les efforts n'aboutiront qu'à rabaisser le divin au niveau des conceptions d'un esprit vulgaire, selon ce mot bien connu :
Ce qu'ott appelle esprit du temps N'ett p«« autre diote, à vrai dire, Que Tetprit de ces braves gens En qui toujoun le tempi se mire.
I!1TRODWCnO?f. 21
la source de la vie divine, celui en qui est réalisée Tidée de rhQnuinité. Et comme ce n'est que dans la conscience chrétienne que la nature humaine arrive au terme de son développement , les principes de la con* science chrétienne s'imposent aussi à la conscience humaine en général. Il y a entre les principes chrétiens et les principes moraux une harmonie préétablie, et l'apologétique a pour but de montrer comment, le christianisme étant donné , la vie morale de Thomme, en suivant les lois de sa nature vient nécessairement y aboutir. Deux routes différentes conduisent à ce même but. D'un côté, le christianisme satisfait à un besoin fondamental et prophétique de la nature humaine ; d'un autre côté, la foi r^irétienne se justifie par l'impression que la personne de Jésus-Christ produisit immédiatement sur les témoins , et, par eux, sur l'Jbumanité tout entière. Cette impression, qui s'est conservée dans la conscience de l'Eglise chrétienne, serait inexplicable si Jésus-Christ ne s'était montré tel qu'il nous est annoncé. De même que l'idée de Dieu ne peut être un produit spontané de notre intelligence bornée , et ne s'explique que |)ar une révélation de Dieu à l'humanité, de même l'image de Christ n'aurait pu naître dans la conscience de l'homme pécheur, et suppose nécessairement une réalité correspondante. Cette réalité, c'est la vie, c'est la révélation personnelle de Jésus-Christ. C'est elle qui , recueillie et transmise par des fragments de la tradition historique et accompagnée de l'esprit qui anime et relie entre eux ces
fragments , n^a cessé depuis lors de répandre dans le inonde son influence salutaire \ Le caractère distinctif de la vie nouvelle. C'est précisément la conscience d'une dépendance absolue vis-à-vis de Jésus«Ghrist, et par suite y une transformation successive à l'image de ce parfait modèle. Mais^ dans ce monde, cette vie est partout mêlée à des éléments étrangers; pour la trouver pure.
A Strauss, dans sa Vie de Jénts, %• partie, p. 719 (p. 747 de la tradao
lioû française), distingue avQQ raison entre l'idéal de la perfection et Texpression concrète et détaillée de cet idéal. Le prewricr est inséparable de la nature humaine. Il est Impliqué dans le sentioaent dn péché aussi né-» cessairement que Tidée de l'infini dans celle du fini. Quant à Timage, on peut accorder, dit Strauss, qu.'un individu ou un siècle ne réussiront pas à la reproduire avec une parfaite pureté , s'ils ne sont pas purs euxmêmes ; — « mais, ajoute Strauss, une pareille époque n'étant pas placée «au-dessus de cette imperfection, n'en a pas conscience; et si l'image « n'a été qu'esquissée, si elle laisse encore beaucoup de latitude au jeu « de la lumière, un siècle plus clairvoyant pourra continuer de la regar- « der comme sans tache, aussi longtemps qu'il sera disposé à la voir sous « le jour le plus ftivorable.» — A cela nous répondrons que, dans l'image concrète que la tradition chrétienne nous donne, on ne reconnaît nulle* ment Tesprit du temps, mais bien un esprit supérieur dont l'action tend à transformer la vie spirituelle de l'époque et des époques postérieures. L'idéal de perfection qui nous est représenté dans la vie de Jésus-Christ est en contradiction avec les diverses tendances qui existaient alors, et no saurait être déduit ni d'aucune d'elles en particulier, ni du mélange de plusieurs d'entre elles. Comment cette image si pure serait-elle sortie d'un siècle impur qui ne pouvait même pas la comprendre et ne réussit jamais à la reproduire qu'en la défigurant? C'est elle, au contraire, qui a changé toutes nos idées sur le but de la vie humaine, sur la vertu, sur la morale, et ces précieux résultats s'évanouissent de nouveau dès qu'on détourne les yeux du divin portrait. Et si la morale s'est altérée pour n'avoir conservé de cette image que quelques traits isolés, il suffit, pour la purifier, de la ramener à la contemplation de la réalité historique. C'est ce qui est arrivé à l'époque de la Réformation. Toutes les fois que l'esprit du temps veut se soustraire à l'empire de cette réalité, il s'écarte en même temps de la morale chrétienne et se crée un autre idéal que celui que le christianisme assigne à notre vie. — ^Voilà ce que nous avions à ré«pondre aux objections que Strauss, dans le passage cité, et Baur, dans . sa Gnosif, p. 655, opposent à l'idée de Schleiermacher,
INTRODUCnON. 33
il faut ramontar à la sparce, à celui de qui elle »V panche saus mélange^ sans interruption, ^et qui a prouiré par là qu'il était le Fils de Dieu et le Rédempteur de rbumanité. Et quel autre» en effet, eût osé se donner pour tel , et comment aurait-il pu, sans une parfaite certitude de la divinité de sa mission 9 appela: tous^ les bonunes à lui et se présenter comme le terme de leurs déiirs et de leurs espérances ?
Maintenant cette idée de la vie de Jésus-Christ doit être justifiée par les faits \ Elle le sera si nous prou* TOUS que sans elle Thistoire éyangélique u'e^t plus qu'un chaos incompréhensible, que par elle, au contraire , tout se comprend , tout s'barmonie. En même temps, comparant ainsi Tidée qui est en nous à la réalité historique, nous verrons l'objet de notre foi se dessiner plus nettement , notre connaissance religieuse deviendra plus pure et notre vie plus réelle et plus pro^ fonde.
Cette manière de procéder n'a rien d'étrange. On l'emploie également dans la biographie de tout homme célèbre. L'impression que cet homme a produite dans le monde nous grave d'abord dans l'esprit les principaux traits de son image, et il iaut ensuite des raisons puissantes pour nous faire renoncer à cette première impression. C'est le fil conducteur qui nous dirige dans
* Tà$ x/noQhtii woiou/xfvos eux «fx^t «^ tû 5vTt uTroÔé^tiç, oXov t^^i ^9€ii Tf xocl bpfx&i, — Voy. dans la République de Platon, à la fin du «ixièoia livre.
M IlfTaODUCTlON.
nos recherches. Celles-ci, à leur tour, réagissent sur le sentiment et le déterminent.
Cependant nous devons établir ici une distinction capitale. Chez les autres hommes , il y a toujours une grande différence entre l'idée et la réalité. Tandis que certains traits sont la fidèle expression de l'individualité originelle , d'autres n'en sont que la caricature. Pour comprendre la vie d'un homme, il faut d'abord pénétrer par l'intuition dans le sanctuaire le plus profond de son individualité. L'intuition est indispensable à l'historien comme à l'artiste. Celui qui ne s'est pas identifié de cette manière avec le caractère, avec l'âme de son modèle, ne réussira jamais qu'à faire une pâle copie, sans physionomie propre. Il y aura même certains traits, ceux qui contrastent avec l'ensemble, qui lui échapperont, parce qu'il n'aura pas saisi l'unité dans la vie. D'un autre côté, si l'on en restait là, si l'on négligeait de comparer l'intuition avec la réalité, on ne posséderait qu'un idéal abstrait. Il faut tenir compte des traits qui altèrent l'idéal aussi bien que des traits qui l'expriment. Mais il n'en est plus ainsi dans la vie de Jésus- Christ. Il ji'y a plus aucun contraste entre l'idée et son expression. Chaque détail s'harmonie parfaitement avec l'ensemble et doit dès lors s'expliquer d'après l'intuition générale, d'autant plus que la vie de Jésus-Christ, sortant tout à fait des lois ordinaires, ne peut être comparée à aucune autre et n'a sa mesure qu'en elle-même. L'intuition générale est donc plus nécessaire ici que
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nulle part. Or, si iiohs ne pouvons Ure dans Tànie d^un autre homme qu'en vertu de Tanalogie de notre esprit avec le sien, il faut donc, avant tout, nous abandonner à Pesprit de Jésus-Christ, afin que le Seigneur luimême nous enseigne à reconnaître son image divine dans le miroir de sa vie, et à distinguer les présuppositions arbitraires de celles qui doivent nous diriger.
n. De rosage des sources.
C'est en comparant entre eux les divers récits d'un même fait qu'on peut parvenir à établir la vérité. Je resterai fidèle à ce principe général de la critique historique. Ce n'est qu'après avoir. comparé sur chaque détail les diverses sources de l'histoire évangélique, que nous serons en mesure de porter un jugement sur le caractère et la valeur respective de ces sources. Je ne ferai donc qu'indiquer ici les résultats généraux qui me paraissent solidement établis. Les histoires évangéliques n'eurent pas d'abord pour but de raconter d'une manière complète, la vie entière, ou le ministère public de Jésus- Christ; mais il commença par se former, sur les divers événements de la vie du Seigneur, un ensemble de traditions qui se transmirent, les unes oralement, les autres par écrit. Les Grecs , si habitués à l'écriture, durent surtout employer ce dernier moyen. Il est hors de doute que saint Paul a lui-même déjà fait usage de
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pareils documente» et les <dbjecticiis de Weisse n'ont» à cet égard , aucune valeur. C'est de la réunion de ces traditions éparses que sont formés jios trois premiers évangiles. Saint Luc nous l'apprend lui-même au commencement de son livre. Le premier évangile» tel qu'il est aujourd'huiii n'émane point de l'apôtre dont il porte le nom. U a seulement pour base une collection fSûte par Matthieu» en langue hébraïque» des discours de Jésus-Christ. Quant à Tévangile de Jean» il a une origine toute différente. C'est la seule histoire suivie de la vie de Jésus » et personne ne pouvait Fécrire ainsi que le disciple bien-aimé dans Tâme duquel l'image du Maître s'était gravée le plus profondément. Il n'y a certainement dans le second siècle aucun homme assez élevé au-dessus des luttes de son temps pour avoir pu produire une œuvre pareille» un livre également exempt» soit de l'anthropomorphisme et du matérialisme religieux» soit de l'intellectualisme de cette époque. Comment d'ailleurs un homme aussi supérieur aurait-il pu demeurer obscur? Comment celui qui devait se sentir capable des plus grandes choses aurait-il usé d'un pareil artifice pour Éaire prévaloir ses idées? Car si l'évangile n'est pas de Jean» il est bien tout entier inventé. On ne peut pas supposer» comme pour les autres évangiles, une fiction involontaire » et le D' Baur a reconnu cela avec une franchise digne d'éloges. Or» conçoit^on qu'un homme» désirant faire passer pour vraies les inventions de son esprit» se fût mis en contradiction ouverte avec
la tradition raçae au iiqet de la chronologie et du Hiéâ^ tre de la ^ie de Jésus, au lien de se rattacher à cette tradition? Et, chose encore plus menreillensel oonçmt^ on qu'on pareil procédé lui eut réussi? Evidemment tout cela est impossible. Aussi Toyons^nous la critique t^nber de plus en plus dans Parbitmre , à mesure qu*elle s'attaque plus ouTertement à notre quatrième éyangtle.
Nous possédons ainsi une double empreinte de l'image de Jésus^Christy Tune dans la tradition de l'Eglise apos* tolique, l'autre dans le livre du disciple fayori. U dut comparer ces deux images entre elles pour obtenir une idée juste et complète. Cette comparaison nous fera voir que, de part et d'autre, le type est le même, et cette unité, à son tour, nous permettra d'établir la concordance des deux récits.
Sous ce rapport, les progrès de la théologie protes-« tante dans notre patrie ont en un résultat important pour la foi aussi bien que pour la science. On a généralement abandonné l'ancienne théorie mécanique de l'inspiration et l'harmonistique forcée qui en résultait. On ne suppose plus à l'avance qu'il n'y a dans les évangiles aucune inexactitude, aucune contradiction. Nous ne sommes plus obligés d'avoir recours à ces artifices contre lesquels se révolte avec raison le sens du vrai. Cherchant, avec une critique indépendante de toute autorité extérieure, à retracer, dans leur succession historique, les discours et les actions du Seigneur, nous pourrons es-
sayer de pénétrer dans le sens des paroles saintes plus profondément que ne le permettaient les barrières élevées par les préjugés dogmatiques d'autrefois. La foi et la raison qui cherche la vérité avec candeur, se trouveront d'accord, et celle-ci ne sera plus obligée de se courber sous le jou^e formules arbitraires ou d'hypothèses plus ou moins ingénieuses. Les lacunes dans l'histoire évangélique étaient inévitables du moment que le trésor divin devait être conGé à des vases de terre et la vie d'en haut se répandre par l'humble moyen de la tradition humaine. Il fallait cet exercice à notre foi ; car la foi n'a pas sa source dans une démonstration scientifique, c'est le don libre du cœur, dans l'humilité et le renoncement. Il est vrai que, de cette manière, notre besoin de savoir ne sera pas entièrement satisfait, car notre connaissance doit demeurer fragmentaire. Mais il ne manquera à l'intérêt religieux rien de ce qui est nécessaire pour nous attacher à Christ comme au fondement du salut et au type de la sanctification*