NAISSANCE ET ENFANCE DE JESUS
niant la conception surnaturelle de Jésus , on admet un fait comme base de la tradition évangélique, alors on est conduit nécessairement à une supposition que repousse tout sentiment religieux et toute idée saine de rhistoire. Si une telle supposition avait été admissible , les fanatiques ennemis de Jésus-Christ n*auraient pas manqué d'en tirjbr parti*. — Si donc ces deux opinions sont insoutenables , il ne reste plus qu'à admettre d'une manière ou de l'autre un fait que les lois de la nature ne peuvent suffire à expliquer*. On s'imagine parfois qu'un tel mythe a pu naître facilement des idées juives; mais c'est une erreur. Chez les Indous cela n'aurait rien d'extraordinaire , la forme à part, qui serait différente. Mais que l'on songe au respect profond des Juifs pour le mariage, à l'insurmontable barrière que leur monoun mytbê aura pa être pris à la Uttre et donner lieu à un récit tout h < prosaïque.
* Celse est le premier qui remplace par une fable injurieuse la tradition évangélique. Voy. Orig. contre Ceise, 1. 8f. Si de pareilles calomnies eussent été répandues dans les premiers temps, les évangiles, qui relèvent toujours les accusations portées contre Jésus-Christ, n'auraient pasmanqpé d'en faire mention.
« Schleiermacher, qui avait trop de respect pour les choses saintes pour admettre aucune des deux opinions que j'ai mentionnées, et trop de djroilure et de clairvoyance pour ne pas être frappé par une grande venté historique, s'exprime ainsi dans son livre sur les écrits de Luc (p. 47),
aS avoir comparé les récits de Luc et de Matthieu : « Nous respec-
« tons d'autant plus volontiers la sage réserve dans laquelle se tient le « récit de Matthleu,-et la tradition qui sert de base au récit poétique H de Luc repousse les mains profanes qui voudraient souiller le voile « nn'clles ne peuvent lever.» Mais pourtant, si on maintient le caractère historique du récit de Matthieu, on ne peut échapper à la conclusion que Schleiermacher repousse avec une pieuse répugnance qu'en admettant un fait surnaturel.
LA GOIIGEPTION SUHNATUIIBLLB. 35
théisme élève entre Dieu et le monde; enfin , à Tidée qu'ils avaient du Messie. Cétait pour eux un homme ordinaire ^ destiné seulement à être j par une vocation solennelle y revêtu d'une puissance divine. Comment donc auraient-ils pu être amenés à faire naitre leur Messie d'une manière miraculeuse , et à le faire naître d'une vierge 1 — Il ne faut pas nous objecter les récits de la naissance d'Isaac y de Samson y de Samuel. Ces récits font au contraire ressortir l'ancienne idée juive du mariage. Ils n'excluent point le concours de l'homme ; mais ils nous montrent la puissance de Dieu intervenant pour qu'une femme jusqu'alors stérile puisse, contre toute espérance, devenir mère. Si le mythe de la naissance de Jésus s'était formé d'après ces récits, il nous dirait, par exemple, qu'un fils a été promis à Marie encore stérile, ou bien que Joseph , quand il épousa la jeune Marie , était trop vieux pour avoir des enfants*. C'est précisément parce que ce fait était contraire aux idées juives , qu'une partie desEbionites rejetaient la conception surnaturelle de Jésus-Christ*. L'unique et obscur passage du 7' chapitre d'Esaïe ne peut pas suffire pour expliquer comment une telle fable aurait pu se former \
* Cesl ainsi que dans un livre apocryphe, le Prolémngile de Jacques (ch. a), Joseph répond au prêtre qui veut lui donner Marie pour femme : « Elle est jeune, et moi je suis vieux, et j'ai des enfants; les Juifs ne se « moqueraient-ils pas de moi ? »
' On le voit par la recension ébionite de Tévangile des Hébreux. Or, on sait que ce dernier évangile et celui de Matthieu ont la même origine.
* Le professeur Weisse, dans son ouvrage intitulé : Histoire évangéli' quCy au point de vue critique et philosophique, Leipzig, 1838. 1. 1, p* 176