‹ Vie de JésusChapitre 17 sur 102 · NAISSANCE ET ENFANCE DE JÉSCS · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET ENFANCE DE JÉSCS

On a objecté que si le récit évangélique était vrai on ne concevrait pas comment les parents de Jésus n'étaient pas mieux préparés à le recevoir comme le Messie. Mais, si des circonstances extraordinaires avaient attiré au plus haut point l'attention sur lui , les trente premières années de sa vie durent contraster d'autant plus vivement avec les espérances qu'on avait conçues, et faire disparaître de plus en plus l'impression première. A l'égard de Marie , cela serait plus étrange il est vrai ; mais aussi , rien ne prouve qu'elle eût perdu le souvenir de ce qui s'était passé , ni renoncé à ses espérances. Au contraire, aux noces de Cana, au moment

et suiv., voit ici, au lieu d'un mythe juif, un mytbe païen.— Pour qui connaît le rapport primitif du christianisme au pa^nisme, la formation du récit de Matthieu d*après les fables païennes est une de ces impossibilités qui ne sont d'ailleurs pas rares dans le livre de Weisse. — L'auteur (p. 178) appuie son hypothèse sur l'exemple de Paul citant un poète grec pour prouver que nous sommes de race divine (Act. XVir, 2S). De même, dit-il, les apôtres ont pu, pour s'accommoder aux idées païennes , employer une image qui aura ensuite été prise à la lettre. Mais le cas est tout différent. Saint Paul pouvait faire, sans aucun scrupule , ce qu'il a fait. Il n'y avait pas de malentendu à craindre. Mais comment un juif et un chrétien , élevé dans l'horreur du paganisme, pouvait-il jamais songer à comparer la naissance du Messie à des mythes impurs? Weisse a involontairement attribué ses propres idées sur les mythes païens à des hommes qui en étaient fort éloignés. — Quant à Tautre exemple qu'il cite, celui des apologètes chrétiens, c'est tout autre chose. Les apologètes étaient des hommes d'origine païenne, accoutumés à l'interprétation allégorique des mythes, et auxquels il pouvait sembler très naturel de rattacher leurs nouvelles croyances aux anciennes. Mais ceci, loin d'avoir pu donner lieu à l'histoire évangélique, la suppose, au contraire. On voulait montrer aux païens que la croyance chrétienne n'était. pas sur ce point tellement éloignée de la leur.. Mais alors aussi on avait raison. L'union de Dieu avec l'homme en Jésus-Christ, c'est la réalité dont la religion naturelle nous offre l'image défigurée; c'est ce qui fait dire aux apologètes que Satan a inventé les fables en imitant la vérité.

LA COKCBmON SCRNATURBLLB. 37

OÙ Jésus vient d'être proclamé par Jean-Baptiste comme le Messie 9 elle parait attendre de lui un miracle, et ce récit confirme d'autant mieux celui des synoptiques, que saint Jean, qui nous le rapporte , x^e parle point de la naissance de Jésus-Christ \

Le nom de Jésus est encore une preuve que des circonstances extraordinaires avaient conduit les parents du Seigneur à attendre en lui le Messie. Les noms grecs

1 Le silence du quatrième évangile à cet égard ne prouve nullement que Tauteur ait ignoré on r^eté la tradition des synoptiques. Saint Jean ne rend témoignage que de ce qu'il a vu et entendu. Il veut montrer la gloire du Fils unique de Dieu telle qu'il Ta contemplée dans la personne de son Maître. Mais quand il nous parle de Tuniou de Dieu avec Thomme et de rincarnation du logos en Jésus-Christ, si nous rapprochons ces expressions de cette autre : « Ce qui est né de la chair est chair, » ne devons-nous pas reconnaître que saint Jean attribuait la naissance de Jésus à un acte spécial de Dieu?— On allègue encore que les Juifs, en rejetant Tantorité messianique de Jésus, l'appelaient le fils de Joseph et de Marie. On igoute que Jésus n'en a jamais appelé à sa naissance miraculeuse. — Mais nous avons déjà répondu à la première objection , en caractérisant les idées juives. — Quant au silence de Je «us-Christ, il est facile à comprendre. Au lieu d'en appeler ft un fait passé dont Marie seule pouvait rendre témoignage, il en appelle à l'impression présente, aux preuves manifestes de sa divinité. Ceci, une fois admis, emportait tout le reste. Le silence de saint Paul sur la conception surnaturelle prouve seulement que ce fait n'avait pas pour lui la même importance que ceux de la passion et de la résurrection.-Lorsqu'il en vient à parler de l'origine de Jésus, sa grande préoccupation est d'opposer la génération spirituelle et divine à la génération humaine, de rappeler que celui qui selon la chair est issu des pères, est issu de Dieu selon l'esprit. Si de ces passages on voulait conclure que saint Paul n'admet pas la naissance surnaturelle, on pourrait, avec la même raison, tirer une conclusion contraire de Gai. IV, 4, où il est dit que Jésus est «.né de femme. » Nous ne voulons cependant pas trop presser cette parole , qui n'est peut-être qu'une allusion à l'humanité du Sauveur. — Mais quand Paul nous représente Jésus comme le Fils de Dieu venu du ciel, comme un être saint, quoique la chair à laquelle il participe soit asservie au péché, il est possible que l'idée de la conception surnaturelle fut alors présente à l'esprit de l'apôtre, et l'on ne doit pas p'us arguer de son silence sur ce point que sur le fait de l'ascension.

38 NAISSANCE BT SNPANGB DE XÉSOS.

de Théodore^ Théodoret, Dorothée, ont presque tou-^ jours été donnés à des enfants obtenus après une longue attente. Or^ les Juifs attachaient aussi une grande importance au choix et à la signification des noms. Et, comme le mot de Jésus désigne le Sauveur établi de Dieu, et que ce Sauveur, ce Messie était alors parmi les Juifs Fobjetde l'attente générale, de prime abord il est vraisemblable qu'il y a un rapport quelconque entre cette attente et le choix d'un tel nom. — On ne peut pas, sans doute, affirmer la chose d'une manière absolue, puisque Jésus ou Josua était un nom assez commun parmi les Juifs, mais, rapproché de la tradition évangélique, ce fait sert à la confirmer.

Au reste, le rapport de cette tradition avec les mythes des religions païennes est aussi bien une preuve qu'une objection. Ce rapport ne provient pas de l'influence des idées juives, puisque les Juifs, comme nous l'avons vu , ne connaissaient point de mythes semblables; il a une origine bien plus profonde. L'union de l'homme avec Dieu est un besoin fondamental de notre nature. Séparé de la source de la vie, l'esprit humain aspire instinctivement vers la communion perdue , c'està-dire vers le christianisme. Ne trouvant nulle part ce qui peut seul le satisfaire, il cherche à se représenter l'objet de ses désirs. A la -place de la réalité, son imagination met une image plus ou moins altérée , plus ou moins grossière. Ainsi se forme le mythe. Or, si Jésus- Christ est celui que le monde cherche sans le savoir,

LA CONOtPTION SURNATimBUB, d9

qaoî d'étonnant qu'il y ait quelque rapport entre le christianisme et les religions naturelles ^ entre la par*faite réalisation de Tidée et la fiction créée par un pressentiment obscur, en un mot, entre Phistoire évangélique et les mythes païens? Ils ont méconnu le vrai caractère du christianisme , ceux qui y rejetant avec raison les trivialités auxquelles un certain rationalisme avait ramené l'histoire sainte , ont voulu mettre à la place la poésie de la religion. La différence entre la poésie et la prose 9 entre Tidéal et la réalité , n'existe plut dans le christianisme. Il y a entre l'un et l'autre correspondance parfaite , et cette correspondance forme le trait distînctif de la morale chrétienne \

Mais , à côté de ces rapports , il y a , entre la religion historique du théisme et les religions mythiques de l'antiquité) des différences essentielles. Ces différences apparaissent déjà dans la question spéciale qui nous occupe* L'histoire évangélique fait intervenir une action immédiate et créatrice de Dieu, tandis que dans les mythes la manifestation du divin rentre dans la série non interrompue des phénomènes, et est expliquée physiquement, c'est-à-dire par l'action régulière des causes naturelles*.

^ Rien n^est trivial pour le chrétien. Les moindres détails ont pour lai de la valeur; auCun n^est indifférent, aucun n'est sans rapport avec le principe de sa vie morale. Le chrétien seul peut dire avec vérité : Nil humani a me alienum puto. (Trad,)

* Baumgarten-Crusius, dans sa Dogmatique biblique^ p. 397, a également signalé cette différence. — Strauss la repousse, et prétend que Tex* pression viàç »tw (Luc I, 35) est employée dans le sens physique. Mais, outre que le mot Fils de Dieu a, dans tous les cas, un autre sens parmi

40 IfAIflSANCB ET BlfFAMCE DB lisVS.

C^est ainsi que la tradition éTangélique confirme ce qae Pidée de Jésus-Christ nous conduisait à supposer à priori. C'est par l'effet d'un acte créateur de Dieu que Jésus-Christ vient au monde, et avec lui entre dans l'histoire un principe nouveau qui doit la transformer en lui communiquant une vie divine.

Les deux facteurs qui concourent ainsi à la naissance de Jésus, ont aussi concouru à la préparation de ce grand événement.-— A la lumière du christianisme nous contemplons l'action de Dieu dans l'histoire et nous pouvons apprécier le rapport du paganisme au judaïsme. Dieu dirige le divetoppemetU du monde pateriy afin de disposer les esprits à recevoir la vie nouvelle qui devait sortir de Jésus-Christ. L'histoire des Juifs c'est la préparation à la venue de Christ^ qui devait s'accomplir au sein de ce peuple. Il fallait pour cela une série de révélations successives, destinées à conduire à la révélation suprême, à la communication personnelle de Dieu à l'humanité. Il fallait que celui dont la vie marque ^'avènement du royaume de Dieu, naquit chez le peuple dont les institutions, la nationalité, l'histoire tout entière, avaient pour base l'idée de ce royaume et tendaient vers sa réalisation parfaite. Et comme le particularisme juif est le symbole de la société universelle, comme le roi qui

tes Juifs, il correspond dans ce passage à un concours spécial de TEsprit divin dans la naissance de Jésus. Celui qui naît dans ces circonstances devait se trouver aussi dans un rapport tout particulier avec Dieu. L'un suppose Tautre. Le seul fait que Jésus est désigné comme Fils de Dieu, en même temps que Fils de David, s'oppose à Texplication physique.

LA GONGBPTION SURIIATUREIXB. 41

a élevé la théocratie an plus haut point de sa prospérité est le type de cet autre roi qui devait établir dans le inonde le véritable royaume de Dieu, la même loi qui présidait au développement du judaïsme devait faire sortir de Tancienne tribu royale de David le triomphe suprême, le chef divin de la théocratie ^

Mais le caractère surnaturel de la naissance de Jésus suppose nécessairement qu^une dispensation spéciale de Dieu avait préparé les parents du Seigneur à ce qui devait arriver. Un événement ordinaire ne pouvait suffire pour leur faire attendre avec certitude la naissance du

^ De quelque manière que Ton conçoive le rapport des deux généalogies, il faut toujours reconnaître que la descendance davidique de Jésus- Christ était admise de tout le monde, et que les apôtres Tout regardée comme un fait incontestable et incontesté. Il est difficile de comprendre comment Weisse a pu nier cela (p. 169 de son ouvrage). Les raisons qu'il allègue n'ont pas besoin de réfutation et ne frapperont aucun homme de bon sens. Le seul passage qui puisse donner à Fobjection quelque apparence de valeur, c*est Marc XII, 85, en admettant, ce qui sera discuté plus tard, que le récit de Marc soit ici le plus exact. Mais sMl y a diverses manières d'interpréter ce passage , nous devons de prime abord rejeter l'interprétation qui est en contradiction avec le témoignage de saint Paul et des apôtres. Comment les apôtres auraient-ils cru si généralement que Jésus descendait de David, si Jésus avait lui-même combattu cette idée comme une erreur sortie des écoles des scribes? Saint FanI, en particulier, aurait été bien plus disposé à admettre que Jésus n'était pas le fils de David , mais seulement le Fils de Dieu et le Seigneur de David, s'il n'avait eu une raison décisive pour adopter Topinion contraire. — Pour ce qui est de la généalogie rapportée par Luc, elle pourrait bien être tout simplement celle de Marie, qu'on aurait sortie de sa véritable place, — Justin Martyr (Dta/. c. Tryph.^ f. 8Î7) connaît une généalogie de Marie. Luc 1 , 83 , comparé avec 85 , semble faire allusion à la descendance da\idique de la mère du Seigneur. La parenté avec Elisabeth, mère de Jean-Baptiste, n'est point une preuve du contraire. Lee lévites n'étaient pas tenus de ne se marier qu'avec des femmes de leur tribu.— Et d'ailleurs Elisabeth, tout en étant la femme d'un prêtre et appartenant par son père à la même tribu que son mari, pouvait fort bien des cendre par sa mère de la tribu de Juda.

43 NAlfiSANCB ST SNFARCB DB jisOS.

roi théocratiqud. A l'approche du grand miracle qui doit mettre Thumanité en communicatioD avec le ciel^ il est probable que quelques rayons venus d^en haut permettront à nos regards de pénétrer un instant dans les mystères du monde invisible. Nous ne devons pas nous attendre à posséder un récit parfaitement exact des circonstances extraordinaires qui ont précédé la naissance de JésuS) ht qui ne sont probablement rapportées que d'après le témoignage de Marie \ Mais autre chose est un mythe qui n'est que la forme d'une idée et ne reoferme rien de réel, autre chose une tradition qui^ destinée à reproduire un fait d'une nature supérieure, s'écarte involontairement des formes et de la précision ordinaires de la narration historique. On peut donc ici, tout en restant d'accord sur le fait capital , différer sur la manière de compléter, de coordonner les fragments qui nous ont été conservés.— Par exemple, on pourra concevoir la chose de cette manière : Lorsque Marie fit part à Joseph de la communication extraordinaire qu'elle avait reçue, celuici ne voulut pas d'abord y ajouter foi. D'un côté un fait aussi étrange, de l'autre le témoignage positif de Marie le tenaient en suspens. Une lutte se livra dans son âme, et à cette lutte se rattache la vision nocturne qui dissipa tous ses doutes^;

A Pour qae la promesse du Sauveur pût être comprise, il fallait qu*elle se rattachât an point de vue religieux de Marie, c*e8t-à-dire à Tidée jnive du Messie , du Fils de David , appelé à fonder paimi les Juifs un royaume éternel. C'était là la forme de laquelle devait ensuite se dégager ridée du Rédempteur et du fondateur du royaume de Dieu.

* Ici nous trouvons partout, dans lereàt de Luc, des angélophanies ,

Ll DEHOIIBimiEIlT. 43

D'après une prophétie de Michée, où croyait ^épéralement que le roi promis de Dieu naîtrait à Bethlébeni) dans la yille d'où était sortie la famille de David. — Lies grands événements du monde devaient, par une dispen-^ sation merveilleuse, concourir à Taccomplissement de cette prophétie; et cependant l'humilité de son berceau contrasta singulièrement avec le divin caractère du nou«veau-né. À cette époque, l'empereur Auguste faisait faire successivement la statistiqne de chacune de ses provinces, pour connaître exactement les forces de l'empire^ et pour régler la répartition générale des impôts*. Et comme la Judée était déjà sous la dépendance de Rome et qu'Auguste songeait peut-être dès lors à la réduire un jour en province romaine, il désira avoir aussi la statistique de la Judée et chargea de ce travail le roi Hérode. Conformément aux coutumes juives, Hérode prit pour base la division par tribus \ Joseph et Marie, qui appartenaient

tandis qne llatthiea ne parie que de visions. Cette différence, qui provient évklexnment de l'appréciation subjective des écrivains , nous montre assez qn*il ne fant pas s'attacher à la lettre des récits.

^ Cette information n'avait pas seulement pour objet les provinces romaines^ mais aussi les socii, Voy. Tacitb, Armai. I, xi.

• Voy. Gassiodore I, m, ep. 52: «Augusti temporibus orbis romanus agris divisus censuque descnptus, ut possessio sua nulli haberetur incerla, quam pro tribu torum susciperet quanti ta tibus solvendam. Comp. la Disaertation de Savignt dans la Zeitschrift fur die geschichtliche BeehUwiêsensckaftf i, 6, n* 8. La manière dont s'exprime ce savant homme d'Etat, prouve qu'il s'est dirigé d'après d'anciens documents et non pas d'après une tradition chrétienne sortie du récit de Luc. Le récit de Tadte rend également cette opinion vraisemblable. U m'est donc impossible de trouver fondés les doutes qu'exprime Strauss (p. 257 de sa 8® éd.).

* Le récit de Luc est si simple et si prosaïque, qu'il est impossible à tout esprit non prévenu, d'y voir aucune trace de mythe. Comparez ce

44 NAISSANCE BT BNFAlfCI DB lésUS.

à la famille de David, durent donc se rendre à Bethléhem. L^affluenee était telle qu'ils ne purent trouver à se caser que dans une étable, et Tenfant nouveau-né, faute d'un endroit plus convenable, fut déposé dans une crèche*.

récit avec les apocryphes, et vous verrez la différence. Maintenant, à supposer que ce ne soit pas au dénombrement qu'il faut attribuer le grand concours de peuple qui se fit à Bethléhem , cela prouverait tout simplement que Luc, ou la tradition qu'il a suivie, a fait un anachronisme et n^a pas rapporté Tévénement À*sa véritable cause. Une telle erreur ne touche en rien à la foi. Et de quel droit exigerions-nous que saint Luc eût une si exacte connaissance de choses qui ne Tintéressaient point? De pareils anachronismes peuvent se rencontrer chez tous les écrivains. — Mais il n*est d'ailleurs pas prouvé qu'il y en ait ici , et le récit ne contient rien d'invraisemblable. L'empereur romain, reconnaissait encore Hérode comme roi ; il pouvait donc le charger du dénombrement et Hérode devait naturellement suivre la coutume juive. — Ce dénombrement blessait profondément les Juifs. Nous en avons la preuve dans la grande agitation que produisit, au dire de Josèphe, celui qui fut fait sous Quirinus, douze ans après la naissance de Jésus-Christ. Raison de plus pour en faire le premier essai avec le plus grand ménagement et pendant qu'on était encore en bonne intelligeuce avec eux. Il est possible que Luc exagère quand il parle, comme évidemment il le fait, d'un dénombrement général ; ou bien qu'il ait rapporté au même temps ce qui n'avait eu lieu que successivement dans tout l'Empire. Il se pourrait donc qu'il confondit ce premier dénombrement avec celui qui fut fait sous Quirinus. Mais il se peut aussi que Quirinus ait déjà pris part au premier, non pas, il est vrai, en qualité de gouverneur, mais comme commissaire impérial. Josèphe, en effet, nous dit expressément qu'avant d'être gouverneur de Syrie Quirinus avait rempli àéiii plusieurs autres charges. Toutes les explications au moyeu desquelles les exégètes anciens ou modernes essayent de montrer la parfaite exactitude du récit de Luc, me paraissent trop forcées et trop peu fondées philologiquement , tandis qu'on comprend très bien que î'évangéliste ait commis snroe point uneerreur d*ailleurs peu importante. 1 Justin Martyr rapporte une tradition d'après laquelle ce n'est pas dans le bourg même de Bethléhem que se retira la sainte Camille, mais dans une grotte voisine, iv ffunAaiw nvl ^ivr/f^ rf^ç xùfirtf ( voy. Dial, c, 'Dryph,^ f. 304, a.), qui avait peut-être servi d'étable. Cette tradition peut être vraie, mais nous ne saurions le garantir. En tout cas, comme ce fut bientôt une manie de chercher partout dans l'Ancien Testament des prophéties et des types, il est plus naturel de supposer qu'une fois cette tradition formée, on en chercha la prédiction dans la traduction alexan-

LES BfiRGKaS DB BBTHLéuBM. 4&

Tous les grands événements qui ont fait époque dans rhistoire ont été pressentis à l'avance. Quelques esprits mieux préparés, conduits par un besoin plus profond ou par une conscience plus sûre^ jettent un regard prophétique sur les mystères de l'avenir. Gela ne doit pas nous étonner. Nous n'avons point affaire à la divinité apathique du stoïcisme ni à la nécessité sans entrailles du panthéisme. Le Dieu auquel nous croyons c'est celui qui n'est pas loin de chacun de nous et qui prête une oreille bienveillante aux secrets soupirs des âmes travaillées. Nous ne pensons certainement pas que ce soit un acte indigne d'un Dieu personnel , d'un Dieu d'amour, de venir au-devant de ces aspirations secrètes en révélant ce qui va bientôt s'accomplir. Cette remarque s'applique surtout au grand événement qui est à la fois le centre de l'histoire et le terme de tous les désirs de l'homme. A cette époque, les Juifis, rattachés par de longs revers aux promesses de l'Ancien Testament, soupiraient ardemment après la venue du Messie. Peut-être cette attente, nourrie par des souvenirs historiques, était-elle plus ▼ive dans la patrie de David. — Ainsi attendaient, dans cette contrée, quelques bergers qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit\ Ces âmes simples, affranchies des préjugés des scribes, rapprochées de Dieu par le

drine d*Es. XXXUI, 16, que de faire sortir la tradition de ce passage, qui ne renferme d'ailleurs aucune allusion messianique.

1 11 est vrai que le récit de Luc ne parle pas des dispositions religiea* ses des bergers, mais les faits en parlent assez. C'est à cause de leurs dispositions que la révélation leur est accordée plutôt qu*à d^autres.

•46 NAISSilNCB ET ENFAMCE DB ifeuS.

Spectacle de la nature, par une vie contemplative et solitaire, s'étaient fait, sans doute, en consultant les besoins de leurs cœurs, des idées plus justes du salut et du Sauveur. Une lumière céleste leur apparut dans cette nuit mémorable et un avertissement divin les conduisit vers . le lieu où était Celui qu'ils attendaient*.

Mais les bergers n'attendaient pas seuls. Quoique chez la masse des Juifs l'idée messianique fût altérée par le mélange avec des idées politiques et charnelles, il y en avait pourtant quelques-uns à Jérusalem qui nourrissaient dans leur cœur des espérances plus pures. Ceuxlà aussi devaient être divinement avertis de l'apparition du Rédempteur.

Quarante jours après les événements de Bethléhem^

1 Nous adhérons à ces belles paroles de Schleiermacber : « Le merfc veilleux et le divin dans cette grande époque consiste précisément dans « la satisfaction accordée si fréquemment aux aspirations individuelles. » Nous croyons également avec lui que le récit que nous avons émane indirectement des bergers. On le reconnaît à la manière dont ils sont mis sur le premier plan, aux détails donnés sur ce qu'ils ont vu, tandis qu'il n'est presque plus rien dit de ce qui se passa à Bcthlébem après leur visite. Voici comment nous nous représentons la chose : Les croyants étaient désireux de connaître les circonstances merveilleuses de la vie de Jésus et en particulier de son enfance. Quoi qu'en dise Tidéalisme, c'est un désir très naturel. Pour cela, on dut surtout s'adresser aux lieux où Jésus était né. On rencontra Tun des bergers qui avait été témoin de la vision merveilleuse et en avait conservé le vivant souvenir. Sans vouloir garantir que cet homme ait reproduit littéralement les paroles qu'il avait entendues, il faut pourtant remarquer que ces paroles n'ont point la forme figurée que leur aurait certainement donnée l'esprit d'un Juif et expriment le sens divin de la manière la plus pure et la plus spirituelle. En effet, que nous suivions (dans Luc II, 14) la Lectio recepta ou la leçon suspecte du Codex alex, adoptée par Lachmann, il y a toujours la pensée que le Messie glorifie Dieu en apportant le salut et la paix sur la terre et eo remettant les hommes en posseetion de la bienveillance divine.

LA PURlFICATlOfl. 47

les parents de Jésus se rendirent au temple pour présenter, selon la loi mosaïque, Toffrande de la purification et acquitter la dette fixée pour le rachat du premier^ né^ Ceci étonne. Les circonstances extraordinaires qui avaient précédé et suivi la naissance de Tenfant semblaient le soustraire à la règle commune. Les motifSs de Tordonnance mosaïque semblaient ne pas exister pour Marie. La purification lévitique n'était plus nécessaire, et la loi qui prescrit le rachat des premiers-nés pour les exempter du sacerdoce ne paraissait pas devoir s'appliquer à celui en qui venait s'accomplir le développement de la théocratie. On pourrait donc penser que Marie aurait dû tout au moins avoir quelques scrupules, et consulter les prêtres avant de se décider à accomplir les cérémonies d'usage. Mais on ne peut apprécier de telles circonstances avec la mesure ordinaire. Marie ne se croyait pas auto* risée à parler beaucoup de ce qui lui était arrivé, et elle n'osait pas anticiper l'accomplissement des desseins de Dieu. A Dieu seul appartenait le soin de préparer l'enfant pour sa vocation , et de le manifester quand i'heure serait venue. Si ce récit était mythique, il serait étrange qu'on eût laissé subsister un trait qui est en contradiction avec la tendance du mythe à glorifier son objet'.

4 Voy. Nombre! XVm, Ex, XIII, Nomb. ffl, ko,

* Les remarques de Strauss, Vie de Jésus, p. 8t6, nlofirment point ce qne j'ai dit. Straass allègue que, dans le récit du baptême, le même Luc ne parle pas non plus du refus de Jean ; ce qui voudrait dire qu'il a bien pu omettre ici une droonstance analogue. Mais cette remarque n'aurait d e valeur que si le récit du baptême était aussi un my tbe> ce que nous

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