NAISSANCE BT ENFANCE DE JESUS
Le mythe aurait bien plutôt fait intenrenir ici une vision y pour détourner Marie d'un acte qui ne convenait pas à la haute mission de son fils ; ou bien les prêtres y divinement avertis eux- mêmes , se seraient prosternés devant Tenfant et auraient refusé de lui appliquer la loi commune. Mais rien de tout cela n'arrive et c'est de la manière la plus simple que le divin caractère de l'enfant se révèle aux regards de deux âmes pieuses.
Un saint vieillard, nommé Siméon^ qui appelait depuis longtemps y par de ferventes prières , l'avènement du règne de Dieu y avait reçu du Saint - Esprit l'assurance positive qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Messie. Un pressentiment plus vif qu'à l'ordinaire venait justement de le conduire dans le temple lorsqu'apparait l'enfant Jésus. Aussitôt, dans ces traits divms il reconnaît celui dont l'image est empreinte dans son âme. 11 prend l'enfant dans ses bras et, le cœur exalté par la reconnaissance , il s'écrie : a Maintenant a Seigneur tu laisses , selon ta promesse , ton serviteur « aller en paix ; car mes yeux ont vu celui en qui tu as « manifesté le salut destiné à toutes les nations , celui
n^admettons pas. Le passage Gai. IV, 4 constate seulement qae Jésus a observé la loi mosaïque. Mais la soumission du Messie aux ordonnances mosaïques avait, même au point de vue juif ordinaire, un tout autre motif et un tout autre caractère que la soumission d*une mère à la loi de la purification.
1 Ce vieillard n'est pas désigné plus spécialement et nous n^avons point de raison sufiisante pour le regarder comme le même que Rabbi Siméon, père de Gamaliel.
LES PAROLES DE SUlioiV^ 49
« qui doit répandre la gloire sur Israël , ton peuple, et « la lumière de la révélation sur les païens assis dans « les ténèbres. S Puis se tournant vers Biarie : «Voici , « dit-il y celui-ci est destiné à être une occasion de « chute ou de relèvement pour plusieurs en Israël , et « un signe de division*. Et toi-même, une épée te périt cera le cœur, de sorte que les pensées de plusieurs « seront mises à découvert. »
Ce qu'il y a de remarquable dans ces paroles, c'est qu'elles ne contiennent point encore l'idée chrétienne du Messie. La piété de Siméon se distingue par sa pureté, par sa spiritualité , mais elle ne renferme aucun élément nouveau. C'est la foi juive élevée à son expression la plus haute. — Ce caractère suffit pour garantir la vérité historique du récit *• Siméon attend surtout ,
> Saint Luc nous dit, II, 33, qae Marie et Joseph forent étonnés des paroles de Siméon. — Il n*y airait poartant là dedans rien qui pût les étonner, eux qui savaient déjà tant de choses merreilleuses sur leur enfont. Mais il dint d'abord remarquer que les trois premiers évangiles ne sont qu'une compilation, un assemblage de pièces ditcrses , attachées, mais non fondues ensemble, de sorte que le récit actu^ peut être extrait d*un autre fragment que les précédents. En outre, celui qui raconte, vivement frappé lui-même de tous ces fisiits merveilleux, a pu se laisser aller à renouveler chaque fois Texpression de son étonnement. Si Luc n'avait pas écrit avec cette naïve simplicité , s*il avait voulu faire une histoire bien suivie, bien une, il l'aurait sans doute faite autrement.
* La Tenue du Messie produit des résultau différents parmi les hommes, selon la différence des dispositions. Pour les croyants c'est le salot, pour les incrédules c'est la ruine. C'est une bannière que suivent les uns, que les autres méprisent ou combattent. Rédemption et jugement sont deux idées corrélatives, et les grandes époques de l'histoire sont aussi des époques de jugement.
* On pourrait supposer que c'est de la bouche d'Anne que la tradition a recueilli les paroles de Siméon. On s'expliquerait ainsi comment ces paroles ont été si exactement rapportées.
OO NAISSANCB ET ENVANCB DS JESUS.
dans Tavénement du Messie , la gloire du peuple juif; mm les païens doivent aussi avoir part aux bénédiotions divines et à la connaissance de PEternel. En outre , il ne s'agit plus d'une domination extérieure établie avecTapp^eil de la puissance irrésistible de Dieu , mais d'un règne qui ne peut se réaliser que par la lutte contre le mal et par le développement moral du peuple tbéocratique. Il faudra que le Messie livre à ses ennemis une guerre terrible avant de conduire les fidèles à la victoire. Le pressentiment de la douleur réservée à Marie ne prouve point que ce soit une prédiction imaginée après Tévénement; mais nous voyons par là comment la foi des Juifs rattachait à la lutte victorieuse du Messie les souffrances annoncées dans Es. LUI.
Parmi les âmes qui vivaient ainsi dans une pieuse attente, nous devons encore compter la vénérable Anne, qui entendit les paroles de Siméon, et qui exprima à son tour, dans une prière d'actions de grâces, la joie profonde qu'elle éprouvait *.
Mais ce n'était pas seulement aux Juifs qu'étaient réservés ces merveilleux avertissements. — Le monde païen, destiné à participer un jour aux bénédictions messianiques, devait aussi participer aux prémices de la révélation *. Nous avons déjà dit que Jésus-Christ est
1 Gomme c'est Siméon qui occupe la première place dans ce récit, tandis qu'Anne y apparaît à peine, il faut admettre comme Traisemblable Thypothèse de Schleiermacher, qui rapporte à Anne la relation de cet év»5nement.
* Le récit de Tadoraiioa des mages se trouvant dans Matthieu, émane par conséquent des églises judéo-chrétieones. Si c'était un mytbe, il fau-
un MAGES D*0R1EIIT. 51
le but de toute rhistoîre, que le pâganisnie et le ju*' daïMne $(mif chacun à sa manière, une préparation au chrîBtianiâme. ^*^ De même que l'impuissance à se jus* tifier par la loi conduisait les Juifs à la promesse du Rédempteur, de même le développement naturel du monde païen y en fiusant sentir Tinsuffisance de toutes choses I conduisait au désir d'une réTélation et d'une économie nonreHes. Ainsi , l'idée du Messie avait un point d'appui dans la consciencenaturelle, et l'influence combinée du judaïsme et du paganistne devait pousser d'autant plus vivement les esprits au-^devant de Jésus- Christ ^ C'est ainsi que des sages de l'Arabie ou de la Parthie , en observatit le cours des astres, crurent voir dans une constellation * ou une étoile, un signe ^ de la
drait expliquer comment a pu^ dans un tel milieu, se former une tradition qui donne tani dimportance à des païens inc{roonci9.-^Ge qui est pins concevable, c'est que la tradition, une fois saisie du fait, y ait ajouté' des détails imaginaires. — Cela paraUressortird'unpassaged'Ignace(jE'p. ad Epheêéf S ^^ ) ^i^ vraisemblablement d'une recension de Tévangilo des Hébreux : « L'étoilu brillait d'un éclat merveilleux au-dessus des au- «tres étoiles. Les regardé étaient étonnés. Le soleil, la lune et les autres <f astres formaient un cercle autour d'elle ; sa splendeur les effaçait tous. »
1 Les passages de Tacite, Bist., V, xni, et Sdktone, Vespas,^ iv, en seraient une ibrte preuve. Mais peut-être ne reposent-ils que eor l'autorité de Josèphe.
« Comme l'auteur de l'évangile de Matthieu ne tient évidemment pas oe récit de première main, nous devons d'autant plus nous attacher à distinguer entre la réalité objective du fait et son appréciation subjective. Pour cela l'explication philologique ne peut suOire; ia critique historique est indispensable. Si l'on repousse un tel procédé comme arbitraire, il faut être conséquent et déclarer qu'il n'y a pas de terme moyen entre accepter ou r^|eter complètement un document historique quelconque.
* Voir récrit de Tévéque Musteb sur rétoile des sages ^^ la Chronologie d'Ideler, U U, p. 399.
52 NAISSANCE ET ENFANCE DE lÉSUS.
naissance du grand Roi attendu en Orient. H ne faut })oint Yoir ici un miracle dans le seps propre du mot , mais un effet de la sagesse diyine qui dirigeait constamment réducation de Thumanité vers la connaissance du Sauveur. S'étonnerait-on que Dieu se fut senri d'une erreur comme d'un moyen pour atteindre ce but? — Mais il en est de même dans tout le cours de Thistoire. Le vrai et le faux, le bien et le mal sont constamment mêlés ensemble, et Dieu fait tourner l'un et l'autre à l'accomplissement de ses desseins. Cela se voit surtout dans l'histoire du christianisme. Combien de fois la superstition n'a-t-elle pas ouvert la voie à la foi ! Pour conduire Thomme au salut. Dieu s'accommode au point de vue de chacun, et il vient, jusque dans l'erreur, à la rencontre de Tesprit qui le cherche ^ Du reste, dans ce cas particulier, l'erreur pourrait bien avoir pour fondement une idée vraie. Le plus grand événement de l'histoire de Thomme pourrait bien coïncider avec une grande époque de l'histoire de l'Univers, quoique le rapport de ces deux faits nous reste entièrenient caché.
Mais, comme nous l'avons déjà remarqué, il faut bien distinguer ici du fait général les circonstances accessoires, qui n'ont pas à nos yeux le même degré de cer-
> « Cest ainsi que Dieu s'est accommodé aux peDcbants^auz idées, voire « même aux préjugés et aux faiblesses de Thonime. Celte grande preuve « de son amour remplit toute l'Ecriture. Mais les esprits faibles la mé- <r prisent Ils ne reconnaîtraient point la parole de Dieu, si elle n*était « pleine de la sagesse humaine, si elle ne satisfaisait pas leur curiosité, «si elle ne s accordait pas avec le goût de leur époque ou de leur secte. » — Voy. Hamamn, Œuvi'es^ I, p. 58.