LE MASBAC&K MES INNOCENTS
tâttide. Que les mages aient été amepés, par Imirs recherches astrologiques y à pressentir la naissance du Rédempteur y que ce pressentiment les ait conduits à Jérusakm pour offrir leurs hommages au divin Enfant, c'est là le fait important et que la foi n'a aucune peine à admettre. Quant à la manière dont ils ont été instruits du lien où Jésus, était né, nous ne garantissons pas sur ce point la Térité du récit de Matthieu. Est-ce d'après les informations d'Hérode, ou pour d'autres motifs, qu'ils se dirigèrent vers Bethléhem ? Peu importe. Dans tous les cas , la main de Dieu pouvait diriger le cours ordi-naire des événements de manière à les y conduire. Elle pouvait, par exonple, leur ménager une rencontre avec les bergers , tandis qu'eux-mêmes , jugeant tout d'après leur point de vue, auraient cru voir, dans le cours des astres, un mystérieux avertissement.
Quant au meurtre des enfants à Bethléhem, c'est un acte qu'explique suffisamment le caractère cruel d'Hérode. Ce monstre, dont l'avènement au trône, dont le règne tout entier est souillé de sang; qui faisait périr des conjurés avec toute leur famille^; qui immola à sa jalousie sa femme Mariamne et ses trois fils, Alexandre , Aristobule et Ântipater ; ce qui faisait dire à l'empereur Auguste : <x Jlerodû mallem porcus esse quam filius*; y> —
* Voy. JostPHB, Archœol,, 1. XV, c. vin, S *•
* Un historien païen du cinquième siècle a rapporté ces paroles au meurtre des enfants de Bethléhem ; mais c'est un anachronisme. Yoyl Maciobb, Satnrn.j II, iv.
54 NAisSARCB rr bhfance db lisus.
celui enCn qui, à l'âge de soixante-dix ans, à la Gn d*nne vie de crimes, dévoré d'un mal affreux etincurable, bourrelé de remords, irrité contre Dieu et contre les hommes, furieux à la pensée que les Juifs, loin de le pleurer, se* raient, au contraire, transportés de joie à la nouvelle de sa mort , fit rassembler dans le cirque de Jéricho, les principaux du peuple, et donna secrètement Tordre (qui heureusement ne fut pas exécuté) de les massacrer tous au moment où il expirerait, afin qu'il y eût des pleurs à ses funérailles, un tel homme ne devait pas se (aire un grand scrupule d'immoler quelques enfants à sa fureur \
Ce fait une fois établi , celui de la faite en Egypte vient naturellement s'y rattacher. Le séjour du Messie dans la terre profane était tellement contraire aux préjugés judaïques qu'il est impossible de le regarder comme un mythe. On comprend que , pour écarter ce qa*un tel fait avait de choquant, on ait établi après coup un rapport entre la vocation de Moïse et celle de Jésus- Christ ; mais qu'on ait inventé le fait pour établir le rapport, ce n'est plus la même chose ; les Juifs auraient inventé autrement.
Ainsi , le commencement de la vie du Sauveur est une prophétie de son avenir. Tandis que des signes merveilleux le révèlent aux âmes pieuses , ht puissance
* Voy. JosÈPHB, Archœoi., I. XVII, c. "n, § 5 : MlXctiva. ^oA^ oLurbv ^p«i Iwl TtdLfiv ilvypiâdvwvm, ScbloBser, daD8 son Histoire univeneUe de l'ancien monde ( t. m, vol. i, p. 261 ), reconnatt également que te récit n*ollVe rien d'i a vraisemblable.
dtt m$\ ft^apprète à sérir contre lui ; mmê la main de Dieu le conduit dans les dangers et le (ait triompher de 868 ennemis.
Joseph et Marie ne demeurèrent que peu de temps en Egypte. La mort d'Uérode les rappela bientôt dans la Palestine, et ils se retirèrent en Galilée, à Nasaretfa, leur premier séjour ^
Divers indices épars çà et là dans les évangiles portent à croire que Jésus avait des frirêê ei des iowri phu jeunêê ^ Ifi»*. 11 n^y a dans le point de vue religieux de Jo* seph et de Marie, ni dans Tidée chrétienne du mariage^
^ Ici on signale une contradiction entre les deux évangiles. Diaprés Uiti Joseph et Marie habitent Naiareth< Use droonstaace spéciale let amène à Bcthléhem, et quand ils ont accompli les ordonnances concernant l'enfant, ils s'en retournent chez eux. — D'après Matthieu, an contraire, les parents du Seigneur habitent Betbléhem, et c'est seulement à leur retour d'Egypte que des raisons particulières les déterminent à se retirer à Nazareth. •* Mais si l'on considère ces deux récits comme toot à fait indépendants l'un de l'autre , la contradiction disparaît. Saint Luc peut avoir été histruit du voyage à Bethléhem, et ignorer que les parents de Jésus eussent l'intention de s'y établir. — Et l'auteur de la version grecque de Matthieu pouvait, de son côté, ne pas connaître les motifs du v(yfage. De cette manière, les deux récits s'accorderaient et se complète» raient l'un l'autre. Au reste, Matthieu lui-même désigne Nazareth comme la patrie de Jésus (XIII, 56).— Il est également possible que les événements merveilleux de Bethléhem aient déterminé les parents de Jésus à se fixer dans le voisinage de la ville de David. Mais la crainte d'ArchélaÛs aurait, à leur retour d'Egypte, changé de nouveau leur résolution. Dans tous les cas, le récit de Matthieu concorde d'une manière frappante avec ce que l'histoire nous apprend d'Arehélatls. Ce prince était si semblable à son père &a impiété et en cruauté, qu'après dix ans de régne il fut exilé par Auguste dans la ville gauloise de Vienne, ( Josèphe, 1. ÎVII, c. iin, § 2).
* Le mot foK , Matth. I, 29, rapproché de l'épithète premier-né, foit suppolbr que l'auteur du premier évangile savait que Marie avait eu d'autres enfants. (Comp. surtout De Wette sur ce passage.) Gela est d'autant plus certain, que le même évangile fait mention des frères et des scBtirs en même temps que de la mère de Jésus. Yoy. Matth. Xîll, 55. C'est aussi la pensée qui ressort le plus naturellement des passages des
56 MAlfiSàlICl R BNFAIICE DE JlbuS.
ni dans la tradition apostolique , rien qui soit de nature à infirmer cette opinion. C'est une preuve nouvelle que la conception surnaturelle n'est pas un mythe. Car , si la tradition évangélique n'était provenue que du désir d'exalter par une fable merveilleuse le caractère de Jésus^Christ , on aurait alors repoussé , comme on le fit plus tard y la croyance que Jésus avait eu des frères ; — mais la fidélité l^istorique des écrivains sacrés est telle , que Marc et Jean s'accordent à dire que , durant la vie terrestre de Jésus , ses frères ne croyaient point. Cependant, ce fait ne paraissait-il pas porter atteinte au caractère de Jésus y et surtout à celui de ses frères y et en particulier de Jacques y dont l'autorité était si grande parmi les judéo-chrétiens? Pour nous y nous ne devons pas être étonnés de voir se vérifier ici le proverbe que le prophète n'est point honoré dans son pays. II est vrai que les frères de Jésus étaient les mieux placés pour reconnaître dès le commencement son divin caractère. Mais si cela ne suffit pas y s^il iaut la disposition du cœur y s'il faut la foi pour découvrir le Fils de Dieu sous l'humble apparence du Fils de l'homme , l'habitude pouvait bien rendre les frères du Seigneur plus tardivement accessibles à l'influence de la lumière divine. Aussi y quand une fois ils auront cru y leur témoignage sera-t-il d'autant plus digne de notre confiance qu'ils ont eu plus
antrot évangiles» teto que Luc Vm, il; Marc 10, 81; Jean II, 17; VH, 8.— Traduire dans tous ces |>a88ages, iMcfoi par «vifitl, ce serait par trop forcé.
Bimimn atbc lbs bogtiom. 57
de pane à abandonner lenrs préjugés judaïques pour reeonnidtre en Jésus le véritable Messie.
Nous ne savons presque rien de PenCeince du Seigneur. Nous ignorons comment se développa en lui la conscience de sa mission divine. €e développement ne peut s^expliquer d'une manière mécanique , par des influences extérieures y jnais avant tout par le témoignage intérieur de l'esprit ^ par la lumière qui jaillissait des profondeurs de sa conscience. Mais cela n'exclut point l'action des circonstances extérieures. 11 y a une i^vélation extérieure de Dieu » correspondante à la révélation intérieure , et les événements merveilleux qui signalèrent la naissance de Jésus et présageaient le grand miracle de la Rédemption , durent aussi servir au développement de la conscience du Rédempteur \
V(Mci le seul trait de l'enfance de Jésus que les évangiles rapportent. C'est un précieux indice du développement dont nous parlions.
Jésus venait d'entrer dans sa douzième année ; c'était cbez les Juifs la limite entre l'enfance et la jeunesse , et l'époque où commençait l'enseignement religieux et l'étude de la loi. Survint la fête de Pftques. La pieuse Marie avait coutume d'aller tous les ans à Jérusalem pour y célébrer la fête. Â cette occasion , les parents de Jé-
* WeiBse prétend, aa contraire (ouvrage cité, p. 264), qii*admettre une influence extérieure quelconque, c'est faire de la vocation de Jésus le résultat mécanique des circonstances.—^ que j*ai dit montre en quoi Topinion de Weisse me parait erronée.
58 NAMARGI ET UIVAlICB M léSOÉ.
SUS, pour la première fois sans doute , emmenèrent lenr fils avec eux*. Quand vint le moment du retour, Jésus se trouva absent. Il parait quMIs n'en furent d'abord pas surpris, L'enfiint avait peut-être Thabitude de se** joumer plus ou moins longtemps auprès de leurs parents ou de leurs amis. Ils partirent donc , espérant bien le retrouver le soir dand le lieu où devaient se réunir ceux qui revenaient avec eux de la fête. Trompés dans leur attente, ils repartent le lendemain matin pour Jérusalem , où ils arrivent le soir, et enfin , le jour suivant, ils trouvent leur fils dans la synagogue du temple, s'entretenant avec les prêtres qui l'entouraient, et les interrogeant sur les objets de la foi*. Et comme les parents lui reprochent de leur avoir causé tant d'inquiétude : « Pourquoi me cherchiez-vous? leur répond-il ; <( ne saviex-vous pas qu'il noe faut être occupé aux af- « faires de mon Père? » L'âge de Jésus ne comportait pas des idées plus précises sur ses rapports avec le Père*.
< Dans Luc II, 4t, il est dit quMU allafient à Jértisaletn, seloit leor coutume, à la fête de Pâques. Cela peut signifier que Joseph lui-même n'y allait que pour cette fête; d'où il résulterait qu'en général les Galiléeni n'allaient point trois fois à Jérusalem, aux jours des trois grandes fêtes, mais seulement à la Pâque.— Ou bien on peut entendre que Marie n'accompagnait son mari qu'à la fête de Pâques. Dans tous les cas, la Pâque est ici distinguée des autres fêtes.
* Ce trait tient si peu du mythe, que l'histoire de Josèphe nous en fournit un à peu près semblable. Josèphe raconte {De Vita^ § 2) qu'il n'avait encore que quatorze ans, et que déjà les prêtres venaient le visiter et l'interroger sur la loi.
• Dès qae l'imagination a voulu ajouter quelqnes détails au fait histori(Tae, elle est tombée dans des exagérations qui contrastent arec la sobriété du récit de Luc. Ainsi, lrém'»o cite le passage suivant d'un ancien
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Ses parcJes tànoignent d'an presMiitiineBt dirhi , mais caché encore dans la consdence d'un enfant. Ce trait nous pennet de jeter on regard sur la jeunesse du Seigneur. **-<- Jésus s'était adonné de bonne heure à lalee* tore de l'Ancien Testament , et la lumière intérieure lui en airait fait comprendre le sens beaucoup mieut que n'aurait pu &ire l'enseignement des hommes. Cette conscience des choses divines , précédant, dans l'âme d'un enfant y le développement de l'intelligence, correspond parfaitement aux lots de la nature humaine. Il n'y a n(m plus rien d'étrange à ce que la richesse infinie de sa vie spirituelle ait commencé à se déployer dans la conscience de Jésus à l'occasion de son entretien avec les docteurs de la loi. C'est souvent dans un entretien , par le choc des questions, qu'une lumière, jusqu'alors cachée, jaillit tout à coup , qu'une âme est révélée à ellemôme. On peut dire avec raison de ces esprits spontanés qu'ils donnent plus qu'ils ne reçoivent. Les influences du dehors ne font que provoquer et révéler davantage leur activité créatrice. Ceux en qui prédomine la réflexion , la réceptivité , peuvent beaucoup gagner à converser avec de telles âmes , en faisant jaillir les flots de lumière et de vie qu'elles renferment. Ceci
évangile de renûLDcet (fui proveDaitde la Palestine: «Lorsque le matire « eut commandé à Tenfant de prononcer Valeph, il obéit; mais quand a il lui ordonna de dire beth: Dis-moi d'abord, répondit Jésus, ce que « signitie Valeph; je te dirai ensuite ce qu'est le beth. y* Allusion à la signification mystique des lettres, d'après les idées de la Cabale. 11 y avait une multitude d'évangiles apocryphes comme celui dont parle Irénée.
60 NAUSAHCB BT BIfFANCB DB ifeus.
s'applique d'une manière absolue et exclusive à Celui qui est le seul esprit yraiment créateur, — à Celui dont la pensée devait être jusqu'à la fin de l'histoire la vie spirituelle de l'humanité , — à Celui dont la puissance féconde avait sa source dans une union mystérieuse avec l'étemelle et divine Parole qui a créé l'univers, — à Celui enfin qui devait , par les lois du développement humain , arriver peu à peu à la conscience parfaite de cette union qui faisait sa vie.
Nous voyons en même temps, d'après cela, comment Jésus avait déjà conscience de sa vocation divine. Quoique cette conscience fût encore celle d'tin enfant, quoiqu'elle ne îàt pas développée comme elle devait l'être plus tard par la connaissance objective de la corruption du monde, cependant elle se montre déjà, en ce que Jésus regarde le temple conune sa patrie, et le soin des choses divines conmie le véritable but de sa vie. — Enfin , nous trouvons aussi la conscience de son rapport spécial avec le Père céleste comme Fils unique de Dieu. De même qu'en étudiant la vie d'un homme remarquable , nous aimons à recueillir les traits de son enfonce qui faisaient pressentir ce qu'il est plus tard devenu , de même les paroles de Jésus enfant contiennept en germe ce qui sera développé plus tard dans les discours du Seigneur, en particulier dans ceux que l'évangile de Jean nous a conservés.