DU TRADUCTEUR. VII
puisse avoir dès le commencement une idée générale de l'ouvrage.
En 1835 Strauss publia sa Vie de Jéstis*. Ce livre produisit , comme on sait , une profonde sensation dans toute rAilemagne. Les réponses ne manquèrent pas , mais^ malheureusement, elles furent souvent plus passionnées que sérieuses. Quant à Néander, il ne fut ni effrayé ni surpris. Le livre de Strauss ne faisait que résumer les attaques de la critique moderne. C'était d'ailleurs un ouvrage vraiment scientifique; il s'agissait de le réfuter et non pas de se livrer à des déclamations violentes contre incrédulité de l'auteur. Impartial parce qu'il était fort, Néander n'hésita pas à louer hautement la vaste érudition et la franchise d'allures de Strauss. Strauss sut apprécier cette conduite, et tandis qu'il flagellait impitoyablement la plupart de ses adversaires, il ne parla jamais de Néander qu'avec des sentiments d'estime et de respect. Voici, par exemple, comment il s'exprime dans l'une de ses préfaces :
« Ce livre (le sien) s'éloigne des opinions de la plu- « part des théologiens , et même du reste du public , et « il s'en éloigne dans une affaire où le dissentiment est « ordinairement regardé comme un sacrilège : à sa pre- « mîère publication , il n'a donc pu que faire naître dans « les esprits non -préparés un étonnement mal défini, « qui allait jusqu'à l'horreur. — De là ces articles a injurieux dans certains journaux religieux, et ces « brochures qui, à part quelques remarques générales,
» Traduite en français, sur la troisième édition, par M. E. Littré, de rinstitut. Paris, chez Ladrange, 1889-1S40.
« ne renferment rien autre chose que Texpression plus « ou moins violente de l'horreur de leurs auteurs pour « mes opinions et pour ma personne. De réponses d'une « pareille espèce il ne faut pas plus tenir compte que « des cris qu'arrache souvent à des femmes l'explosion « voisine et inattendue d'une arme à feu; elles poussent a ces cris y non parce que le coup a manqué le but ou « en atteint un qu'il ne devait pas atteindre , mais uni- « quement parce qu'un coup de feu est parti. Sans a doute ^ à ces clameurs bruyantes , une police vigilante « peut croire un moment qu'elle a des précautions à « prendre contre le danger de pareilles décharges ; mais « aussitôt quelque homme raisonnable l'arrête en l'aver- « tissant qu'il ne s'agit que d'un vain tumulte , et qu'il « n'y a aucun péril véritable. C'est ce dernier rôle que « Néander^ se tenant de même à une appréciation géa nérale démon livre, a pris dans l'avis qu'il a émis; «.et je ne puis m'empêcher de lui exprimer ici ma grâce titude et ma .haute estime de ce qu'il a bien voulu « faire entendre dans mon affaire, d'une manière si « digne, sa voix puissante \»
Dans la bouche d'un tel adversaire, ces paroles sont un hommage éclatant rendu à la science et au caractère de Néander. Elles nous font pressentir l'importance qu'allait avoir dans le monde théologique une réfutation de Strauss faite par un homme aussi estimé. Cette réponse ne se fit pas longtemps attendre. En 1837 Néander publia sa Vie de Jésus.
» Voy. Stbauss, ViedeMms, Préface de la î*édiUon,