‹ Vie de JésusChapitre 31 sur 102 · PLAN DR I^US · texte numérisé non relu

PLAN DR I^US

et cette mort qui devait Tenlever à ses disciples. Voy. Matth. IX, 15 *. Partout et toujours nous Toyons le royaume de Dieu conçu par Jésus-Christ comme un royaume purement spirituel et non extérieur. Nous Ta- Yons y\x en examinant le récit de la tentation. Nous le voyons quand le Seigneur élève le plus petit des chré-^

tiens au-dessus de Jean- Baptiste, précisément à cause de

cette intelligence spirituelle. Nous le voyons quand il exhorte le Précurseur à ne pas se scandaliser, parce qu^il ne voit pas se réaliser ses espérances chamelles. Nous le voyons enfin dans ces paraboles du grain de sénevé, du levain, du feu qui doit embraser la terre. Ce sont autant de traits qui distinguent le royaume de Christ de Tancien royaume théocratique. Il faut que, par un dé^ veloppement progressif, les hommes aient été complètement pénétrés du nouveau principe de vie, avant de voir apparaître le royaume promis*. Si Jésus-Christ n'en était venu à cette conception que pendant le cours

* Hase prétend que les paroles citées par Matthieu ne font pas allusion à une mort prochaine, mais, en général, à la inort qui est réservée à tout homme. Mais, en se tenant strictement au point de vue de rancieiine alliance, Jésus ne devait pas s'attendre à être enlevé à ses disciples par la mort natur^k, mais à régner éternellement avec eux.— Et puis, comment un homme qui n^était que dans sa trentième année, et qui par conséquent ne pouvait être guère plat âgé que ses disciples, comment cet homme aurait-il eu en vue la mort naturelle, quand il disait : « C'est maintenant pour eux le temps de la joie,— mais quand leur ami leur sera ôté, alors ils jeûneront et se lamenteront?» Ces paroles montrent évidemment que la séparation doit être accompagnée des circonstances les plus douloureuses.

* La même pensée ressort, comme on le verra plus tard, de la comparaison du vin et des vaisseaux.

iU PLAN BE lisUS.

de son ministère , Timagination serait impuissante à comprendre un changement si prodigieux accompli en si peu de temps.

Ce serait également méconnaître tout à fait le sens du discours de la montagne que d'y Toir le code d'une théocratie extérieure. Il faudrait alors supposer que la lutte entre le bien et le mal persiste dans le royaume de Dieu, ce qui est inadmissible. C'est pourquoi aussi le royaume de Dieu ne peut être conçu sous la forme d'un Etat quelconque. L'Etat repose sur le droit, et le droit suppose l'existence du mal, tandis que le royaume de Christ est une communion dont l'amour est l'unique principe. Les lois de Jésus doivent être librement observées; elles perdraient complètement leur caractère si elles étaient imposées au moyen d'une sanction pénale \

Que si J^us a commencé par publier l'an favorable, ce n'est pas paixe qu'il espérait alors de meilleurs résultats, n^ais parce que l'objet de sa prédication était la bonne nouvelle par excellence. L'incrédulité des auditeurs ne pouvait porter atteinte à la valeur objective de son message; ils ne faisaient que refuser, c'est-à-dire rendre inutile pour eux-mêmes le bien qui leur était présenté.

L'accueil qu'il reçut dans la synagogue de Nazareth lui révélait clairement, s'il ne les eût pas déjà connues, les dispositions du peuple ; et s'il pleure ensuite sur le

1 Dans ce cas, la constitation qai sortirait da discours de la montagne ressemblerait beaucoup à celle de Vempire chinois.

PLAN DE JÉSUS. i^b

sort de Jérusalem (LucXIII, 34, 35), ce n'est pas qu'il eût prévu de meilleures choses, mais c'est pour avertir et pour ramener ceux qui seraient encore disposés à écouter sa voix.

Cependant, il importe de ne pas méconnaître que l'idée du royaume de Dieu est présentée par Jésus- Christ sous deux faces, dont l'une correspond à la réalité et l'autre à l'idéal. Insister exclusivement sur l'un de ces deux caractères , c'est s'exposer à ne pas comprendre les paroles du Seigneur, ou à les trouver contradictoires. Le royaume de Dieu devait commencer par s'établir intérieurement. C'est une communion d'hommes animés du même esprit, reconnaissant tous Jésus pour Rédempteur et pour. Roi. Jésus est l'âme et le chef de cette socié.té, et de même qu'il la dirigea visiblement pendant son séjour sur la terre, il doit la diriger toujours par son esprit. Par cet esprit, elle se met à part et se distingue du monde, c'est-à-dire de l'humanité ennemie de Dieu. — Mais elle ne demeure point inactive. Semblable au sel ou au levain, elle doit faire pénétrer peu à peu la vie nouvelle dans Thumanité tout entière. Organe fidèle de Jésus-Christ, elle doit lui servir à étendre, à manifester de plus en plus son royaume, à amener le monde entier sous sa domination. C'est dans ce sens que les fidèles sont appelés à régner sur le monde. Enfin, le terme de ce développement est l'établissement définitif, complet, et par conséquent la réalisation extérieure du royaume de Dieu.

i^ PLAN DE JESUS.

Un monde nouveau doit paraître un jour, dans lequel Jésus-Christ régnera sans partage. C'est dans ce sens que le royaume de Christ ressemble au royaume théocratique, et voilà pourquoi Jésus se sert souvent des expressions et des images de TÂncien Testament. Il voulait ainsi amener les hommes à la conscience de la vérité contenue et enveloppée dans ces figures ^ Il est vrai que les disciples prirent d'abord ces expressions dans le sens littéral; mais l'impulsion que le Maître leur avait communiquée devait les élever peu à peu à un point de vue supérieur et à des idées plus spirituelles. La ma-« uière dont Jésus avait blâmé le sens charnel des Juife, ce qu'il leur avait dit bien souvent sur le développement intérieur et invisible de son royaume , tout cela dut éclairer peu à peu leur intelligence. C'est ainsi qu'il faut compara: entre eux les discours de Jésus , pour nous préserver nou»*mèmes des idées charnelles*. En général y quand nous trouvons dans les paroles d'un personnage illustre quelque chose qui ne s'accorde pas avec le reste de ses idées^ ou bien nous concluons que l'expression n'a pas été comprise, — ou bien, s'il n'y a pas de raison suffisante pour admettre cette conclusion, si ces expressions portent évidemment un cachet d'ori-

^ Les paroles figurées, citées par Matthieu et par Luc, ne sont donc pas uniquement, comme on l*a prétendu, une altération de ia pensée de Jésus, sous l'influence des préjugés judaïques des évangélistes. Et la preuve, c'est que nous trouvons chez saint Paul des allusions évidentes à ces expressions du Seigneur. — Voy. 1 Cor. VI, î.

* Cette question se présentera de nouveau quand nous aurons à parler de l'éducation dm apôtres par Jésus-Christ.

GOIIPÀRÂISON AVEC l'iDÉE TUBOCRATIQUE. i%l

ginalité, alors nous les comparons aux autres paroles du même homme, et nous cherchons, par cette comparaison, à nous élever à un point de vue supérieur qui nous permette de concevoir les unes et les autres. G^est méconnaître gravement le sens et Tesprit de Thistoire, que de prétendre qu^un esprit créateur, qu^un génie supérieur à son époque ne doive être apprécié que d'après les idées dominantes de son temps , et qu'il Caille lui attribuer, sans plus ample examen, les paroles ou les pensées que ses contemporains lui ont attribuées \

SECTION II

COMPARAISON ENTRE LE PLAN DE JÉSUS-CHRIST ET L'iDÉE BU ROYAUME TBÉOCRATIQUE.

Le caract^ distinctif du plan de Jésus-Christ ne consiste pas précisément dans l'idée d'un royaume universel. Déjà l'Ancien Testament annonce une époque où la connaissance de l'Etemel se répandra en tous lieux, et Jean-Baptiste avait fait entendre aux Juifs que, s'ils ne se montraient pas dignes de leur vocation, Dieu leur ôterait leurs privilèges 'pour les donner aux païens. Ce qui pouvait étonner, ce n'était donc pas que les piuens fussent appelas à la foi et aux bénédictions messianiques, mais qu'ils le fussent directement, sans avoir besoin de passer

' Gomp. ce que dit Schleiermaofaer daos son Herméneutique^ p. SO, sur rinterpréUtion historique, et p. 82, sur l'asalogie de la foi.

i28 PLAN DE JÉSUS.

par la loi mosaïque. Voilà ce que les judaïsaats rigides ne pouvaient ni admettre ni concevoir. Les ébionites en particulier invoquaient Texemple de Jésus-Christ , qui s'était constamment soumis à la loi. Ils rappelaient les passages du discours de la montagne où le Seigneur déclare qu'il n'est pas venu pour abolir, mais pour accomplir, et que la loi doit être observée jusque dans ses moindres parties. Il ne suffît pas de répondre que Jésus place l'essence de la religion dans la disposition intérieure (Matth. XV, 11; Marc VII, 15,). L'Ancien Testament en fait autant, comme le prouve le passage d'Osée VI, 6, cité par Jésus lui-même, et le témoignage du scribe, Marc XII, 33. Mais on pouvait, tout en reconnaissant la nécessité de la disposition, regarder l'observation extérieure de la loi comme également indispensable ^ On pourrait crdire que Jésus, ne songeant qu'à la chose essentielle, ne s'est pas préoccupé du reste et a laissé subsister la loi telle quelle, sans examiner davantage si elle devait ou non subsister toujours. Si Jésus n'était qu'un réformateur, ce serait l'opinion la plus naturelle. Le véritable esprit réformateur, en effet, ne consiste pas à nier mais à affirmer une vérité nouvelle. — Il est vrai que Jésus a condamné les ordonnances des pharisiens , mais c'est précisément parce que ces ordonnances étaient contraires au sens primitif et à l'esprit de la loi ; et lui-même n'a-t-il pas observé

1 Philon . malgré son idéalisme, était de cette opinion. — Voy. son livre : />e migratiow Abrahami.

COMPARAISON AVEC l'iDBE THÉOCRATIQUE. iM

avec une parfaite exactitude la loi tout entière? ( Gai. IV, 4.)

Mais Toici qui ne porte pas seulement sur les prescriptions pharisaïques : voyez Mattti. XII ^ 6-8, comparé avec Marc U, 28. On lui reproche d'autoriser la violation du sabbat « Mais vous-mêmes, leur dit-il , ne re- « connaissez-vous pas que les prêtres qui servent dans a le temple sont obligés de violer la loi? Us sacrifient « Tobservation littérale de la loi sabbatique à quelque « chose de supérieur, savoir le service du temple, qui « sans cela ne pourrait se faire. — Or je vous dis, ajou- « fe-t-il, qu'il y a ici quelque chose de plus grand que « le temple ^ » Ces paroles expriment plus qu'elles ne disent*. Si nous considérons quelle valeur avait pour les Juifs le temple, comme le seul lieu où l'Eternel était adoré, comme le siège de la Schechinah, nous comprendrons quel sens profond avaient les j^aroles de Jésus. Elles signifient que le temple et son euHe n'ont pas

A La leçon fuV^ov , adoptée par Lacbmann , est évidemment la leçon véritable. Cependant nous ne croyons pas, avec de Wette, que ce mot ne se rapporte qn*à Tœuvre messianique de Jésus. Il s^agit de la personne et de l'œuvre de Christ tout ensemble. — Voy. le v. 8, et comp. Luc XI, 30 et saiv.

* Le D' de Gœlln, dans son ouvrage intitulé : Ideen ûber den itmeren Zuêammenhang der Glaubenseinigung und Glaubensreiniffung in der evangelischen Kirehe, Lëpzig, 1894, p. 10, dit avec raison : «Celui qui, « par Pétude des langues et de Thistoire, est parvenu à se rendre un a compte ^act du sens de TEcriture, reconnaîtra pourtmt qu'il y a dans « les paroles du Sauveur une profondeur et une richesse de pensées que « les siècles ne peuvent épuiser. » C'est parce que ces paroles sont susceptibles d'un développement indéfini, qu'il faut, pour les comprendre, posséder l'esprit de oehii qui les a prononcées ; et voilà pourquoi ceux qui o« regardaient qu'^ la tolire ne les comprenaient pas. 1 9

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