‹ Vie de JésusChapitre 32 sur 102 · PLAN DE J80II · texte numérisé non relu

PLAN DE J80II

nm valeur absolue. Jésus^hriit e«t une révélalion supérieure de la majesté divine. Il apporte à rbumanité uae maniera plus pure d'adorer Dieui un culte eu eiprit ei en vérité. U est pour aasdîaoiples phia que le temple ou bien le temple par teoellence. bi donc le service du temple pouvait dispenser les prêtres d'c^senner la bi du sabbat I combien plus les disciples de Jésus pouvaient* ils s'en dispenser à cause de lui?

Ce 0ont probablement des expressions analogues qui avaient conduit Etienne à penser que Jésus viendrait un jour détruire le temple et abolir la loi (Act. \% 13**14)« Assurémenti si le Seigneur n'avait pas parlé dans ce seAs, ni Etiennoi ni surkHft saint Paul qui est si explicite sur ee si;yet) n'auraient professé une telle croyanccé Et quand Jésus déclaré qiie son joug est aisé et son fiardeau léger (Mattb« XI| 30) 9 oe n'est pas èeulemeaipour (aire âUu» sion m rigorisme et au formalittne des pharisiens^ mais o'est pour opposer la liberté de la vie cbrétienne à l'es* clavage de la loi. Ce que dit saint Paul sur les rapports de la loi avec TEvangile n*est que le développement de ces panriea\

1 Oa a soiivsot oomparé Jésus-Christ à SooratSt si r«a a voulu établir qus Is rapport entre la doctrine de Jésus et œUe des apôtres, et en partiottUer de saint Paul, est le Bième qu^eitre renseignement de Soorate ei oelui de ses disciples. U faut lire i4-desBus les eioeUentes remarqies de Sohleîerosacber, dans son ihrmémutique^ p. li. Il est Trai que Soorate, non pins que Jésus» n*a .rien écrit, et cependant ses idées se reconnaissent dans les systèmes divers de ses disciples. ^ « Maisi observe Schleier- « Diaolier, la reesemblanos est plus grande entre les apôtres» parée quUi y « avait en Jésus un principe d'unité plus puissant Ceux ches lesquels (c Tindividualité est pUis forieaient promNwée» rapportent aésBOK^ins

COMPARAISON AVEC l'iDÉE THÉOCRATIQCE. 131

Jusqu'ici nous n'avons parlé que des paroles de Jésus contenues dans les trois premiers évangiles. Nous avons évité de mentionner celles que renferme Pévan^ gile de Jean^ parce que leur authenticité 9 souvent été contestée. Mais maintenant que nous sommes parvenus à déterminer le sens général des enseignements du Séi*« gneur, nous pouvons examiner l'entretien avec la Samarîtaîne. Nous y apprenons que, sous l'économie chré^ tierniC) la religion ne doit être limitée à aucun lieu particulier. Cette pensée n'a maintenant rien de nouveau pour nous. Elle s'accorde parfaitement avec ce que nous avons d^ vu. Aux pharisiens orgueilleux qui le méprisent, Jésus déclare « que le Fils de l'homme est plus « grand que le temple et qu'il est maître du sabbat, n A la Samaritaine ignorante, mais confiante et dépourvue des préjugés pharisaïques, il annonce que « le temps c( vient et qu'il est déjà venu où le service de Dieu ne « sera plus attaché à un temple visible , mais où les « vrais ad<nateurs adoreront le Père en esprit et en vé- « rite. » Ces paroles ne sont-elles pas un commentaire de la première pensée qu'il y a maintenant dans le monde quelque chose de plus grand que le temple ?

Cependant si les idées antijudaïques de saint Paul doivent être considérées comme le développement des

« leurs doctrines exclusivement à leur Maître. Ainsi la doctrine de la con- « version des païens, que saint Paul est cependant le premier à mettre en « éridenoe. Si saint Paul eût tiré cette doctrine de lui-même, et non des « enseignements de Jésus, les autres apAtres ne l'auraient certainement « pat rec<Hina pour un chrétien, encore moins pour un apdtre. »

i32 PLAN DE jÉSUa.

enseignements de Jésus, nous devons eu dire autant des doctrines des chrétiens judaïsants. 11 fallait qu^elles trou* vassent un point d'appui non-seulement dans la conduite mais aussi dans les paroles de Jésus. Ici se présente le passage où le Seigneur dit qu'il est Tenu non pour abolir mais pour accomplir la loi et les prophètes (Matth. V, 17). On ne peut pas établir dans ce passage une distin<;tion entre la loi morale et la loi cérémonielle. Au point de vue de l'Ancien Testament cette distinction n'existe pas et les paroles de Jésus-Christ n'en font aucune mention. Au contraire, cette expression : la loi et les prophètes, désigne évidemment l'ancienne alliance tout entière. Jésus ne venait pas pour abolir mais pour accomplir la loi dans son ensemble. Mais il y a ici deux choses : l'idée générale qu'il n'est pas venu pour abolir mais pour accomplir, et l'application spéciale de cette idée à la loi juive. L'œuvre de Christ n'a absolument rien de négatif; elle est à tous égards une œuvre de création, d'accomplissement. Rien de ce qui appartient à la nature humaine ne sera détruit, mais au contraire les limites apportées par le péché vont être enlevées, les lacunes vont être comblées, tout arrivera à la réalisation de son idée et au but primitivement assigné par le Créateur. Mais cet accomplissement emporte nécessairement l'abolition de ce qui n'est que négation ou que limite. Or la loi mosaïque est dans ce cas. C'est l'expression, mais i'expression temporaire et imparfaite de la volonté éternelle de Dieu et des lois du développement thcocralique. Le

COMPARAISON AVBC l'iDBS THÉOORATIQUE. 433

royaume de Dieu ne ponyaît arriver à sa parfaite réalisation qu'en brisant cette forme. La loi morale et la loi cérémonielle avaient pour but de conduire à la véritable ^txauxruvv]. Mais ce qui était le but de Tancienne alliance, Jé9us-Christ Ta accompli. L'esprit est maintenant délivré de ses entraves, il peut désormais aspirer à la perfection. Affranchi, il peut se donner ; il a recouvré la liberté, condition de Tobéissance. L'abolition n'est donc qu'une condition, qu'une seconde face de l'accomplissement. C'est ainsi que Jésus-Christ abolit la prophétie en l'accomplissant; il abolit ce qui n'était qu'une forme de l'idée messianique en réalisant parfaitement l'idée elle-même ^ Les passages tels que Rom. III, 31 et VIII, 3-4, monti-ent que si les paroles de Jésus ne purent pas être comprises des ébionites, elles devinrent, pour saint Paul, qui en avait saisi l'esprit, la base et la source d'un enseignement fécond.

La tradition a conservé une autre parole fort renuirquable que Jé8us*Christ aurait, dit-on, prononcée au sujet de la loi sabbatique*. Ayant rencontré un homme qui travaillait le jour du sabbat: « Tu es bienheureux, ô hom- « me, lui dit-il, si tu sais ce que tu fais, mais si tu ne « le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la loi. » 11 ne faut pas oublier que plusieurs paroles du Seigneur

* Voir, dans le second volume, Texposition du discours de la montagne.

* Vo^. Cod. Cantabrig. après Luc YI , 4 : Tj «ùrj y,/A4poc a«flw«/*iyi« Tiva lf7aÇ6/xîyov t« ^aêêcéru fi;r«v avrw* ûv^pwTTs, et ^àv olcocf ri Trotîîj

134 PLAN »R jibus.

qui ne se trouvent pts dans les évangiles canoniques s'étaient conservées dans la tradition. Nous en avons un exemple Actes XX^ 35. — Il pourrait en être de même des paroles ici rapportées. Elles n^ont rien qui ne s'accorde avec Tesprit général de Taiseignement de lésus. Bienheureux est celui qui a compris que le culte en esprit et en vérité est indépendant des temps et des lieux, et qui dès lors ne se sent plus obligé d'observer la loi juive du sabbat. Mais celui qui ne s'est pas eaucore élevé à ce point de vue supérieur, et qui, par des motifs d'in^ térét humain, se laisse entraîner à travailler le jour du sabbat, agit contre sa conscience et prononce lui-même sa propre condamnation. Néanmmns cette tradition, quoique admissible à priori, ne nous paratt pas vraisemblable.-—Et d'abord il est difficile de croire qu'à cette époque, et dans la Palestine, un Juif eût impunément osé violer le sabbat. De plus on ne conçoit guère que Jésus-Christ eût approuvé cette violation arbitraire. Il aurait pu être justement accusé de mépriser la loi. Or, il considérait la loi comme divinement établie, comme un moment nécessaire dans le développement du royaume de Dieu, jusqu'à ce que la vie nouvdle fût entrée dans le monde. Ce n'est que par son accomplissement pariait dans le christianisme que l'ancienne théocratie devait être abolie. Mais cet accomplissement n'était point encore arrivé, et c'est pourquoi Jésus, tout en méprisant les traditions des pharisiens, donna lui-même l'exemple d'une observation exacte de la loi. Il se borna à faire

allusion an moment prochain où un esprit nouveau, descendant dans le monde^ allait faire toutes choses non-* Telle3. Il n'aurait donc certainement pas approuvé un acte prématuré d'indépendance» qui n'était propre d'ailleurs qu'à exercer sur ceux qui en auraient été témoins une fâcheuse influence. €ette action violait les lois de la Mberté chrétienne, tittct que salât Paul les a défeloppéesdamiCor. VIU.

Il résoite de Ut que kt paroles attribuées à lésiis^ Cbrkt ne nooi poraisseotpM authentiques. Des passages, tels qof Rom. XIV , 12*29 , auront peut^^tre donné lieo à «ne tradition senblaUe. En comparant avec Ois taditioBS apocryphes les discours de Jésus dans les évangiles, 0OUS reconnaissons encore la différence entre l'histoire et la action.

Terminons ces dl>6ervations par une remarque importmte et qui sera féc<Mide en applications.

En considérant la manière dont lésus oppose la loi nouvelle à l'ancienne, on voit qu'il distinguait soigneu^ sèment entre la vérité divine contenue en germe dans l'Ancien Testament et la forme imparfaite et transitoire de cette vérité. Il conserve l'une et rejette l'autre. Cette remarque nous sera très utile quand il s'agira de déterminer le sens que Jésus attache aux figures dont il se sert pour caractériser le règne messianique.

idê TRAHBfeMlATlON Dl t'im MBSSIiUliOra.

SECTION III

TtANSPORlIATKRf DAIfS l'iDÉB DE LA PEBSONNE DU BOI THÉOCRATIQUB.

Ainsi y Jé8U8«^rist se rattache à T Ancien Testament, mais en Téclairant d'une lumière nouvelle. U en tire, ou plutôt il y fait entrer un sens supérieur. Nous Tavons vu à propos de Tidée du royaume de Dieu; nous allons le \(àr à propos de la personne du roi théocratique. Les noms de Fils de Vhûfnme et de Fils de Dieu servaient bien d^à à désigner le Messie, mais ils prennent dans la bouche de Jésus une signification bien supérieure à celle qu'ils avaient parmi les Juifs. Dans le langage théologique d'alors (Voy. Matth. XVI, 16; XXVI, 63; Jean 1 , 50) , le nom de Fils de Dieu était le plus fréquemment employé pour désigner le caractère spécial de la personne du Messie. Quant au nom de Fils de l'homme, il renferme bien aussi une allusion au Messie, comme l'indiquent le chapitre VU de Daniel et les paroles de Jésus devant le souverain sacrificateur, mais il n'était cependant guère en usage. Aussi , quand Jésus se désigne par le nom de Fils de l'homme, on se demande quel est ce Fils de l'homme, et si ce n'est pas un autre que le Messie (Jean XII , 34). Il est remar-, quable que ce nom ne soit jamais employé par aucun des apôtres pour désigner le Seigneur, et que , à

TftAi«vomuTiO!i DB l'id^b iiisbianiqub. 137

partie passage Actes VII\ il ne se trouve nulle part ailleurs que dans les discours de Jésus lui-même. Il follait donc que Jésus eût des raisons particulières pour employer ce nom avec une |»référence et une insistance marquée. Il ne suffirait pas, pour l'expliquer, d'observer que le Seigneur, ne voulant se révéler que peu à peu , devait choisir de préférence les noms qui le désignaient le moins directement comme le Messie*. La véritable raison nous paraît être dans le rapport de Christ avec l'humanité. Le Fils de l'homme, c'est l'homme qui est venu glorifier et sauver l'humanité dans 3a personne. C'est l'homme dans le vrai sens du mot, l'homme par excellence, l'homme-type. (Comp. Matth. XII, 8; Jean 1,52; III, i 3 ; V, 27 ; VI, 53 \ ) Cette idée, Jésus-

^ L^ezpression employée ici exceptionnellement par Etienne s^explique, comme le remarque avec raison Olshausen, par l'apparition vivante et réelle de Jésus à Tesprit de son disciple.

* Je me rang» ici du côté de Schleiermacher, Tholack, Olshausen et' Kling (voy. Studien und Kritiken, 1836, n" 1, p. 187), contre Scholten, Luckeet de Cœlln {Dogtnatique biblique^ t. II, p. 16). «Jésus-Christ ne se «serait pas appelé le Fils de l'homme, s'il n'eût pas eu la conscience « d'être entièrement participant de la nature humaine, mais non plus «s'il n'eût pas été homme dans un sens spécial et exclusif.» — (Voye* ScHLEisRMACHSi, Glaubenslchre , 8* éd., t. II, p. 91). Il y a ainsi plusieurs expressions qui ont, dans la bouche du Seigneur, un sens bien plus profond que dans le langage ordinaire. C'est un des plus beaux titres de gloire du grand théologien que nous venons de citer, d'avoir mis cette vérité en évidence en face d'une théologie sans vie et sans profondeur. Le mauvais esprit, qu'il était parvenu à chasser, revient maintenant avec sept autres esprits pires que lui, pour prendre de nouveau possession de l'époque; mais, s'il plaît à Dieu, il n'y réussira pas.

* Dans le premier passage de saint Jean, le sens est que Jésus a glolifié la nature humaine en la remettant en communication avec le ciel. Dans le second, c'est qu'il a manifesté dans la nature humaine sa nature divine, et qu'ainsi l'homme, en lui, vit dans le ciel. Dans le troisième,

138 nuNiPoniATiOM di t'iuém mMumQinL

Christ ne Ta oerlaiiiement pat empruntée aai dootrioes ^rangères nées da mélange de rheUénitme a?ee le ju'* daismey eomme à edie dn logos de la phîk»o[Aîe dieauindrine^, oo à la distinetioo philooîeDne enlre rhomme de Tidée et rhoimne de Tappareiice f on en*' Gore à la doctrine cabalktiqna d^Adam Kadmon^ bien qn'il faille d'ailleurs reconnaître un rapport entre ces doctrines et la simne. Ce n'est pas non pins l'idée jniYe da second Adam. C'est une idée qui émane de la aNft«science propre de Jésus-C!lmst| et qui s'est rattechée à l'ancienne expression prc^hétique en lui donnant an sens pins clair et plus profond. Dans toute autre bouche, la prétention d'être l'homme par excellenoe serait un blasphème. Celui qui s'est appelé lui-même le Fils de l'homme n'a pu le faire que parce qu'il s'est révélé en même temps comme le Fils de Dieu. Fils de l'homme et

c*est que Jésns, comme homme, juge Thumanité. Enfin, le qaatrième passage signifie qne Christ ayant manifesté Dieu dans l*hiimanité, nous devons nous approprier sa chair et son sang, c'éet-à-dire sa nature humaine tout entière, — Sur le passage de Matthieu, Toy. p. 129. Le passage Matth. IX î 8 renferme aussi une allusion à Thumanité spéciale de Jésus.

C'est une chose digne de remarque, que Texpression de Fils de rhomme non-seulement se trouve dans Tévangile de Jean cçnmie chez les synoptiques, mais s*y trouve plus clairement déterminée. Il en serait autre* ment, si Tauteur du quatrième évangile avait surtout pour but de nous montrer en Jésus le Logosj c'est-à-dire la divinité, et de laisser Thnmanitô dans l'ombre. On ne saurait trouver ici aucune trace de la philosophie alexandrine. 11 n'y a d'ailleurs, ni dans le caractère ni dans les épltres de Jean, rien qui puisse lui faire attribuer aucun penchant pour cette philosophie. On comprendra sans peine qn'avto ta nature oontemplatite et son attachement pour son Maître, le disciple llivori aitélé particiriièrement frappé des expressions qui mettaient en nM le caractère spécial de la personne de Jésus.

TNAllirOIIMATlOM BR hwéM MMIAmOUI. I3i*

FiU de Dieu sont deux expresskms corrélatives. Chacune d'elles renferme implicitement Pautre. C^esl dans le sens profond , complet et exclusif que Jésus se les apfdique à lui-même. C'est surtout à l'évtngile de Jeen que noi» derons celles de ces expressions qui se rap* portent d'une manière spécide à la nature divine de J6su». n n'en résulte nullement , comme nous Favons tu , que cet évangile ait transformé les discours de son Maître dans le sens de la philosophie alexandrine. Il suffit, pour s^ convaincre^ de voir avec quelle simplicité il fût en même temps ressortir l'humanité du Seigneur. Du reste , les quelques passages des synoptiques qui se rapportent au caractère divin de Jésus s'accordent parfaitement avec ceux que saint Jean nous a conservés. Ainsi Matthieu XI) 27 9 qui nous montre un rapport mystérieux entre le Pits et le Père; ainsi Matth. XXII , 41 , que nous examinerons plus tard j ainsi encore Matth. VIII, 5. Le centurion païen considère Jésus comme un être supérieur qui a d'autres esprits à son service. Cette croyance ne lui venait point des Juifs : c'était le résultat de l'impression qu'il avait reçue du récit ou de la vue des actes merveilleux de Jésus. Or, Jésus , qui repousse toujours les honneurs qu'on lui rend quand ils procèdent d'une idée erronée (Luc XI, 27; XVUI, 19), propose au contraire la foi du centurion pour modèle* Au reste t il y a dans la personne de Jésus, telle que les synoptiques nous la représentent , une majesté surhumaine qui renverse complètement les théories ébionites,

440 TRANSFORMATION DB l'iDÉB MBSSIAKIQUR.

et qui nous fait déjà entrevoir les divins caraetères mis en lumière par saint Jean.

Enfin y la christologie de saint Paul serait tout à fait inexplicable si Jésus n'avait pas parlé de lui-même dans le sens des discours de saint Jean. Et , en général y les diverses formes de la doctrine chrétienne, qui commencent à se développer à partir du siècle apostolique, supposent au point de départ non-seulement une tendance judaïsante comme celle de Matthieu , ou une tendance antijudaïque comme celle de Paul, mais encore une tendance mitoyenne comme celle de Jean^

SECTION iv;

DBS MOYENS EMPLOYÉS PAR jfiSUS POUR ÉTABLIR SON ROYAUME.

Les moyens employés par Jésus répondent au but qu'il voulait atteindre. Il est venu fonder un royaume spirituel ; ses moyens sont aussi d'une nature purement spirituelle. — Il avoue à Pilate qu'il est roi ; mais il ajoute que son règne n'est pas de ce monde et qu'il est seulement venu rendre témoignage à la vérité. En rap-

* Lucke fait remarquer avec raison la différence tranchée qui existe entre Tesprit créateur, les tendances classiques du siècle apostolique et le développement postérieur de ces tendances. La doctrine de TEglise chrétienne suppose nécessairement au point de départ la doctrine apostolique, el entre autres celle de Jean. C'est méconnaître complètement l'esprit de l'histoire, que de faire sortir l'évangile de Jean de cette dernière tendance qui, dès lors, se trouverait sans point de départ.

UOYKNS EMPLUiBS PAu JBSt'S , BTC. 141

prochant ces trois propositions, nous reconnaissons que le seul moyen que Jésus veut employer, c'est le témoignage de la vérité. Ce témoignage, il l'a rendu par ses paroles, par ses œuvres, par sa vie tout entière. Il a pu dire lui-même : « Je suis la vérité. » Il est donc luimême le moyen par excellence; il est le Prophète; c'est son œuvre prophétique ou révélatrice qui doit amener peu à peu ceux, qui l'écouteront à le reconnaître comme le Messie. Nous avons donc ici à considérer l'activité prophétique, c'est-à-dire l'enseignement divin de Jésus. Comme la forme de l'enseignement variera selon les lieux, il importe de nous rappeler que Jésus a exercé son ministère en deux endroits, dans la Galilée et à Jérusalem. L'éloignement des Juifs pour l'Evangile avait une source commune, c'était l'étroitesse d'esprit, un désir grossier de voir des miracles (Voy. 1 Cor. I, 22). C'était chez le peuple tout entier une disposition générale, et c'est pourquoi l'apôtre Jean, écrivant beaucoup plus tard, désigne les pharisiens et les Galiléens tous ensemble par le nom commun de iouJaîbi. — A cei>tains égards, l'esprit plus simple et moins prévenu des Galiléens était plus accessible à l'influence de la vérité. Mais un prophète n'est point honoré dans sa patrie, et des esprits aussi bornés ne pouvaient pas facilement consentir à reconnaître l'envoyé de Dieu dans le 61s du charpentier de Nazareth. C'est pourquoi Jésus dut d'a- . bord se montrer à Jérusalem jwur revenir ensuite prêcher dans la Galilée. Jean IV, 44, 45. Nous le trouvons

142 MOfBNS BMPLOIBS PAR JBSUS, BTC.

donc enseignant tantôt à Jérusalem à la Tête de Pâques, au milieu de la foule accourue de toutes les contrées du monde pour célébrer la fête, tantôt sur les bords du lac de Génésareth. Des multitudes accourent d'abord pour le Toir et pour l'entendre. La plupart s'éloignent bientôt de nouveau ; quelques-uns, mieux disposés, restent auprès de lui, et apprennent ainsi à mieux le connaître, et se pénètrent de plus en plus de son esprit. Ici vient se placer le choix des apôtres. Cet événement est d'une grande importance. A la mort de Jésus, personne n'avait encore bien compris sa doctrine ; si donc il avait abandonné à ceux qui l'écoutaient le soin de transmettre au loin le témoignage qu'ils avaient reçu , sa doctrine ne nous serait parvenue que très imparfaite et son image que très altérée. Nous manquerions ainsi du moyen indispensable à rétablissement du règne de Dieu. Il semble, il est vrai, que la meilleure manière d'écar«ter tous les obetacles, c'eCLt été que Jésus lui-même laissât par écrit une exposition de sa doctrine qui eût servi pour tous les âges de l'Eglise. Mais il est très important d'observer que ce qui aurait pu avoir lieu n'eut pas lieu en effet Nous pouvons conclure de là que le dessein de Dieu n'était pas de nous communiquer la vérité divine sous une forme absolue et immuable. Cette vérité devait nous être transmise par le moyen d'individualités différentes, se complétant l'une l'autre, et, quoique animées de l'esprit de Dieu, portant toujours cependant le caractère de l'imperfection humaine. Dieu voulait par

MOYKNS IMPLOlés fAA MSI», ETC. i^

là provoquer l^ustivité libre de Pe^t» afio de Timeafir à une adhésion libre et vivante. Cette intention ressort tira clairement des prtncîpet ^ de la méthode d^enaoignement du Seigneur* -^ « GW Teeprit qui vivifie, la « chair ne sert de rien. » Ces paroles et la conduite de Jé%tts (Luc XI, 27), quand on lui rend un homniage qui est purement extérieur, montrent combieti est cou-* traire à l'eiprit de TEvangile toute tendance qui s'attache à la forme au détriment du fond, et donne à la première une valeur exclusive ou indépendante» Et qui aurait pu mieux favoriser cette tendance qu'une expression litt»« raie de renseignement de Jésus-Christ? Et puisque Jésus n'a laissé aucun monument de ce genre, il lui importait d'autant fixé de se choisir des organes fidèles pour établir son royaume dans le monde et pour transmettre sa doctrine à tous les siècles. Aussi l'éducation des apdtres forme-t-eUe une partie considérable de son enseignément.

D'après cela, nous considérerons d'abord l'enseîgneïboibA de JésttS*Christ quant à la méthode et quant à la forme. Nous parlerons ensuite du choix et de l'éducation des apôtres» et enfin des miracles.

SEGtION V. .

DB L'iNSBlGlfBMBlfT DE JÉSUS-CHRIST , QUANT À LA HÉTBODB BT QUANT A LA FOIMB.

L'eneeignement de Jésus se trouve caractérisé en di"

144 l'bnsbignemem db jbsus.

vers endroits par Jésus lui-même. Ce soiît ces passages

que nous devons d'abord examiner.

Dans Matthieu Xlfl, 52, après avoir raconté et expliqué plusieurs paraboles aux apôtres, qui déclarent avoir compris, Jésus leur dit : «Apprenez donc, par ma maa nière de faire, que tout scribe qui est devenu un dis- « ciple préparé pour le royaume de Dieu, est semblable « à un père de famille qui tire de son trésor des choses « nouvelles et des choses vieilles. x> De même qu'un père de famille qui montre à ses hètes ses objets précieux, mêle habilement les choses nouvelles aux choses vieilles, et commence par présenter les choses connues pour aller par degrés jusqu'aux objets les plus rares, de même celui qui enseigne la vérité divine doit tirer du trésor de sa connaissance les vérités anciennes avec les nouvelles, afin que les unes préparent peu à peu ses auditeurs à recevoir les autres. Les docteurs de la nouvelle économie n'imiteront pas le littéralisme servile des rabbins ; ils doivent varier à l'infini la forme de leur enseignement selon la diversité des développements et des caractères, et entrer successivement dans le point de vue de chacun. Jésus, dans ses paroles, en donne lui-même l'exemple. C'est ainsi qu'il emploie d'ordinaire le langage parabolique ou figuré, c'est-à-dire qu'il se sert des circonstances ou des objets familiers pour faire comprendre à ses auditeurs des vérités supérieures et nouvelles. C'est ainsi qu'il emploie les expressions de TAncien Testament, mais en les animant d'un esprit nou-

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