LA PARABOLE
yeau y afin de conduire peu à peu ceux qui Técoutent du judaïsme au christianisme. C'est ce qu'on a appelé Taccommodation formelle.
Dans Jean XVI , 25, Jésus dit à ses disciples qu'il ne leur a jusqu'à présent parlé que par figures, mais que le temps vient où il leur annoncera ouvertement ce qu'il doit leur révéler de la part de son Père. Les paraboles contenaient donc les mêmes vérités que le Saint-Esprit devait plus tard faire connaître aux apôtres. Lorsqu'elles furent prononcées, elles ne pouvaient donc être bien comprises de personne. Cela ne doit pas nous surprendre. S'il en était autrement, Jésus ne serait pas le Fils de Dieu et le docteur par excellence. Son enseignement est un trésor inépuisable. Plus on y cherche plus on y trouve, et le devoir du chrétien est de s'en pénétrer de plus en plus, pour y découvrir des vérités nouvelles \ La forme paradoxale des paroles de Jésus était comme un aiguillon pour exciter les esprits, pour provoquer la réflexion et réveiller la conscience religieuse, et en même temps pour graver plus facilement dans la mémoire des auditeurs ce qu'ils ne comprenaient pas encore et qui devait leur paraître plus clair à mesure qu'ils se développeraient davantage. Sa doctiine ne devait pas être déposée dans la tradition comme un captU mariuum; elle devait se transmettre par le moyeu de l'activité libre de l'esprit,
* Le progrès n'est pas autre chose qu'une intelligence plus claire et une appropriation plus complète de ce qui est en Christ.— Yoy. Scbleub»- XACHER, Christliche SiUerUekre^ p. 72.
ÎO
146 l'enseignement de jesus.
par une conyiction personnelle et vivante. Tout s'expliquait du point de vue de la conscience religieuse supérieure^ mais seulement de ce point de vue, et c'est pourquoi la conscience^ en se développant, pouvait seule donner la connaissance de la vérité.
U résulte de là que l'intelligence dépendait de la réceptivité des auditeurs. Pour être portés à réfléchir, il fallait qu'ils eussent le désir de connaître le sens caché des paraboles. Alors ils s'attachaient à Jésus et ils le suivaient à l'écart avec les apôtres pour l'interroger (Marc IV, 10). Ils fournissaient ainsi au Seigneur une occasion de s'expliquer plus clairement, le maitre et les disciples apprenaient à se mieux connaître et à s'unir d'une manière plus étroite. Quant au reste des auditeurs, ils n'éprouvaient point le besoin de pénétrer plus avant. Ils ne cherchaient point la vérité sous son enveloppe. Ils ne sentaient pas qu'ils étaient dépourvus d'intelligence, et c'était pourtant la condition indispensable. Ainsi, tandis qu'elles étaient un stimulant pour les uns, les paraboles étaient pour les autres un voile qui leur cachait le sanctuaire. Attirant les uns, repoussant les autres, elles établissaient parmi la masse des auditeurs une distinction bien tranchée (voy. Jean VI, 60). En voici un exemple qui nous le fera mieux comprendre.
Jésus vient de raconter une parabole. Poussés par une sainte curiosité, les disciples s'assemblent autour de lui et lui demandent de leur expliquer ce qu'il a voulu dire (voy. Luc VIH, 10; Marc IV, 11), Jésus leur en té-
LA PARABOLB. 447
moigne sa satisfaction. «A ceux qui obéissent ainsi à l'appel intérieur de Dieu, qui ouvrent leur esprit aux choses divines, à ceux-là il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu. Quant aux autres, il faut leur parler en paraboles, afin qu'ils voient de leurs yeux et n'aperçoivent point, qu'ils entendent de leurs oreilles et ne comprennent point.)» U s'agit ici d'une loi fondamentale de la vie morale et d'un jugement de Dieu. C'est de la disposition intérieure que tout dépend ; ceux qui ne l'ont pas ne comprennent rien, et la vie tout entière de Jésus-Christ n'est pour eux qu'une parabole inintelligible *. Pour ceux du dehors (Marc IV, 11), c'est-àdire ceux qui n'ont pas éprouvé le besoin de s'approcher davantage, ou, ce qui revient au même, qui
* * Voy. Matlh, Xffl, 10, Marc fV, ii, et Lnc Vffl, lo. H y a une différence entre les synoptiques. D'après Luc et Marc, les disciples demandent le sens de la parabole; d'après Matthieu, ils demandent pourquoi Jésus parle au peuple en paraboles. D'après Lqc, Jésus fait seulement allusion à Es. YI, 9; d'après Matthieu, il cite textuellement le passage. Sous tous les rapports, nous donnons la préférence au récit de Marc et de Luc, comme le plus naturel. Ce qui intéressait les apôtres, c'était bien plutôt le sens de la parabole que le motif pour lequel leur Maître parlait toujours de cette manière. Mais comme la réponse de Jésus paraissait donner ce motif, on en fit Tobjet réel de la question. De même la tradition a pu facilement transformer une allusion à TAncien Testament en une citation textuelle. Ces modifications correspondent parfaitement à la tendance judaîsante de Tévanglle de Matthieu. Du reste, il n'y a là qu'une difiTérence de forme. L'hypothèse d'après laquelle Matthieu aurait eu sous les yeux le récit de Marc ou tout autre, et l'aurait altéré dans son sens, n'a point de fondement. Le récit de Matthieu , pris en lui -même, est tout à fait naturel. Si Jésus parle en psraboles, c'est à cause de la grossièreté et de l'endurcissement du peuple. Cette conduite n'a rien d'arbitraire. U ne veut pas jeter les perles devant les pourceaux. Ses paroles sont une lumière ou un voile. Le résultat dépend de la réceptivité des auditeurs.
148 l'bnseionembnt db jbsus.
sont exclus de la communion avec Jésus , pour ceux-là tout doit demeurer et demeure caché. La vérité divine est un mystère, c'est-àrdire une chose cachée, inaccessible à ceux qui n'ont pas le sens spirituel pour la reconnaître, quelque clt^ire qu'elle puisse être pour les autres ^
Jésus saisit cette occasion pour insister auprès de ses disciples sur la disposition avec laquelle ses paroles doivent être reçues. 11 n'est pas venu pour cacher la lumière , mais pour la faire luire au sein des ténèbres de l'humanité (Marc IV, 21). Il parle pour faire connaître la vérité. Ce qu'il exprime sous forme voilée doit peu à peu se manifester et éclairer^le monde (comp. Jean XVI, 25). Mais tout dépend de la manière dont cette vérité sera reçue par ceux qui doivent lui servir d'organes. « Prenez bien garde à ce que vous écoutez. Selon ce « que vous comprendrez il vous sera révélé davan- « tage. y> D'où cette conclusion générale (Matth. XIII, 12; Marc IV, 25; Luc VIII, 18) : «A celui qui a, « qui possède réellement, qui s'est approprié ce qu'il a « reçu , il lui sera donné davantage ; mais à celui qui a ne possède pas de cette manière, qui n'a qu'une « tradition extérieure et morte , on lui ôtera même ce « qu'il parait avoir. Le néant de sa vaine connaissance
^ Comparez renseignement de saint Paul sur Thomme naturel et la connaissance des choses divines (voy. i Cor. II, 14). On i^oit d'après cela que la doctrine de Tapôtre n'est pas autre chose que le développement des paroles de Jésus-Christ.