PREMIÈRE PARTIE
Histoire de JésnsChrist depiis le MHaeiweiDeit de sa vie publique josqn'à soi eitrée tmnjktk à kmtkn.
SECTION I
JÉSUS BSYIEIIT DU DtSBET. — TÉM0I6NAGB DE JBAIV-BÀPTISTB.
Après s'être préparé dans la solitude pour l'œuvre qu'il allait entreprendre , Jésus revint vers celui qui l'avait consacré à son divin ministère et lui avait donné par le baptême le signe que son heure était venue. Ce n'est pas qu'il pût s'établir, entre lui 'et Jean- Baptiste, des relations plus étroites. Fidèle à sa mission prophé* tique et préparatoire, Jean devait continuer à travailler jusqu'à ce que le Messie se montrât dans^sa gloire et fondât une théocratie visible et universelle. Jusqu'à ce moment il ne croyait pas devoir abdiquer. Mais parmi les jeunes Galiléens qui avaient suivi le Précurseur, Jésus pouvait espérer de trouver des cœurs accessibles à ses paroles , disposés à s'attacher à lui et capables peutêtre de devenir un jour ses organes dans le monde
iS JESUS REVIENT DU DÉSERT.
Giclait dans le champ préparé par Jéan-Baptiste que la semence nouvelle pouvait germer le plus facilement.
En ce temps-là, Jean-Baptiste se tenait avec ses disciples, alternativement sur Tune et l'autre rive du Jour« dain. Au moment dont nous partons, il était sur la rive orientale, dans la Pérée, et dans un lieu nommé Béthanie ou Béthabara'. Le Sanhédrin, tribunal duquel relevaient toutes les affaires ecclésiastiques Tavait d'abord laissé prêcher librement. Maisle succès croissant de sa prédication , Tinfluence qu'il acquit bientôt sur Tesprit du peuple, le bruit qui commençait à se répandre que Jean était le Messie, tout cela émut le tribunal suprême. La chose avait maintenant trop d'importance ; il fallait Pexaminer de plus près. On envoya une députation vers Jean pour recueillir de sa propre bouche les explications que Ton jugeait nécessaires*.
Jean ne donna pas d'abord de réponse précise aux questions qu'on lui adressait, il se contenta de déclarer qu'il n'était point le Messie et ne prétendait point se donner pour tel , et quand les messagers le pressent et lui demandent : Qui es-tu donc ? Lequel des précurseurs de ce Messie qui doit venir? Il répond toujours le plus brièvement possible. Naturellement très laconique dans
* Ce soni de«z boidb éiflSrantB donnés aa même eûdroit àdilBIrentes époques. Us ont le même sens. Béthanie : domus navis^ et Bethabara : dofkus traruitus.-^^éXaii le lieu où Ton 8*embarquait pour traverser le fleuve. Voy. Jean I, Sft. Comp. le Commentaire de tâcfce 8«r ce patsage, et le Biblisches Realtoœrterbuch de Winer, 8« éd., 1 1, p. 167.
« Jmn I, it-38.
TBMOMHAGB DB JlA»«AtTlfn. f ^
80D langage, il le deyient encore plus qu'à rordinaire. il avait peut**ètre des raisons pour se défier des intentions du Sanhédrin. De là son eitrème réserve. ^— Quoiqu'il fût l'Elie spirituel, c'est-à-dire le Précurseur du Messie, brsqu'on lui demande s'il est le prophète Blie, il répond négatirement, parce qu'on attadiait à cette question un sens tout à fait charnel. Pour ne donner lieu à aucune méprise , il se désigne seulement d'une manière géné^ raie comme la voix qui exhorte, de la part de Dieu , le peuple à se prépat^r, par la repentance, à l'avènement du règne de Dieu. Il ne veut pas que les regards se portent sur sa personne; c'est pourquoi, au lieu de parler davantage de lui-même, il appelle l'attention sur un personnage plus puissant qui doit adminisker un baptême plus efficace. Le Messie vient; il est déjà au milieu des Juifs, quoiqu'on ne l'ait pas encore reconnu. Ce qui veut dire que lui, Jean-Baptiste, l'a déjà reconnu; il fait allusion au baptême de Jésus.
Or, précisément le lendemain* du jour où ces choses s'étaient passées, il arriva que Jésus, sortant de sa retraite, apparut au milieu des disciples de Jean-Baptiste. Aussitôt que Jean l'eut aperçu : « Voilà, s'écria-t-il , l'Agneaa « de Dieu qui porte les péchés du monde. » Ces paroles font allusion au chapitre LUI d'Esaïe et renferment le pressentiment des soufflrances expiatoires du Messie. Jean- Baptiste, nous l'avons déjà vu, avait compris que le Messie aurait une lutte à soutenir contre la partie cor-
» Jean 1, 29.
90 jism ftBviBirr m) dbsuit*
rompue de la nation juive. De cette idée résultait naturellement celle d^un Messie souffirant , et souffrant pour les péchés du peuple^ mais triomphant par ses souffrances mêmes. Et lorsque Jésus se présente à lui comme rimage vivante de la douceur, de la paix \ de Tabnégation y doit-on s'étonner que le Précurseur ait pro* nonce les paroles qui nous sont rapportées, et que Tidée prophétique du Messie ait acquis alors dans son esprit la plus haut degré de clarté? Quant au sens précis que Jean-Baptiste attachait lui-même à cette idée , nous ne pouvons pas le déterminer. Il ne faut pas oublier que nous n'avons pas ici un dogme produit par le développement de la conscience chrétienne, mais seulement une intuition prophétique * dans laquelle la vérité pouvait encore être mêlée à des éléments étrangers.
i De là Tient que Jésus est comparé à un agneau et non point à une autre victime —Ce que nous diaons montre aaseï pourquoi nous n*adoptons pas les explications de plusieurs autres commentateurs. Comp. surtout Lûcke sur ce passage.
^ Aussi ne pouvons-nous pas admettre que Jean-Baptiste ait eu une idée aussi claire que celle que lui prête Tévangéliste. (Voy. Jean 1, 29 et suiv.) Il se pourrait que nàif/uoç (v. t9) fût la traduction foite au point de vue chrétien, du mot hébreu Q^ (peuple). Nous ne devons pas attendre qu'une individualité comme saint Jean s'attache beaucoup à séparer de sa propre manière de voir le point de vue objectif du Précurseur. Plus Tévangéliste avait de respect pour son ancien maître , plus il devait être disposé à chercher dans ses paroles un sens supérieur à celui qu'elles avaient dans Tesprit de Jean-Baptiste. Et combien n'était-il pas facile que cette interprétati#n réagit ensuite sur la mémoire du narrateur et occasicmnàt une légère altération dans la forme des discours qu'il voulait reproduire! Il n'y a rien dans cette opinion qui puisse porter atteinte à l'authenticité du quatrième évangile, ni à sa valeur historique. Mais il faut toujours examiner si celui qui parle ne se confond pas avec ceux quMl fait parler et ne leur prête pas quelque chose de ses propres idées. Du reste, la preuve que l'histoire est fidèle, c'est que les discours de Jean-
T&iOlGT^AGR DR IEAN*B4PTISTE. 21
Après aToii" y de cette manière , désigné Jésus à ses disciples , Jean^Baptiste renouTeUe le témoignage qu^il avait déjà rendu au Messie y lorsqu'il ne le connaissait pas encore, a Voici y dit-il , celui dont je voulais parler « quand je disais : Après moi vient un homme qui tient « un rang plus élevé , parce qu'il est d'une nature su* «I périeure \ » •
Baptiste ont ici le môme caractère que dans les autres évangiles. C'est la même briôyeté, la même forme sentes tieuse et facile à conserver dans la mémoire des auditeurs. Quant au passage qui nous occupe, nous avons déjà vu que Jean-Baptiste, comme Siméon, avait entrevu la participation de» païens au royaume de Dieu. Dans tons les cas , il n*ôtait donc pas éloigné des idées universalistes qui lui sont ici attribuées.
* Jean I, 30. Le caractère en igma tique de ces paroles est une preuve qu^elles ont bien été prononcées sous cette forme et ne sont pas une invention du narrateur. Mais c'est aussi ce qui rend Tinterprétalion difficile. Le ifiTtpovHv fiw yéyoycy 86 comprend encore. Dans la langue grecque, comme en général dans toutes les langues, la préséance de temps DU de lieu sert à marquer la supériorité de rang. « Quoiqu'il soit venu après moi, il m'a cependant devancé (en dignité).» La cbose est si positive pour Jean -Baptiste, qu'il en parle comme d'un fait déjà accompli Cyéyevcv).— Maisilest plus difficile d'expliquer les motsinpinét /iw ^y. Si on les rapporte au temps, et qu'on traduise : «Car il était avant moi, » c'est une allusion à la divinité de Jésus. Le Messie existait quant à sa nature divine avant de se manifester sous la forme humaine. Cette interprétation peut se soutenir. Il ne suflit pas, pour la renverser, de prendre que Tévangéliste a substitué sa pensée à celle de Jean -Baptiste. L'idée de la personne du Messie est étroitement unie à celle de son œuvre et de son règne, et un esprit profondément religieux avait bien pu parvenir à cette idée à l'aide de l'Ancien Testament seul. Quand Jean- Baptiste parle d'une habitation spéciale de l'Esprit-Saint en Jésus, cela suppose, sinon une idée claire, du moins un sentiment réel de la divinité et de la préexistence du Messie.— Néanmoins , on se demande s'il n'est pas plus naturel et plus conforme à l'esprit général fies paroles de Jean-Baptiste de rapporter le irpôroç à la supériorité de nature. C'est le sens que j'ai adopté. U n'y a pas pour cela de tautologie. La supériorité actuelle est déduite de la supériorité virtuelle. Il y a ^ et non pas i^ri. parce que la supériorité acquise par Jésus était une conséquence de l'excellence de sa nature. Il était déjà ce qu'il est ensuite devenu. Cette pensée correspond ainsi à celle qu'exprime ailleurs Jean-Baptiste.
22 lises rivunt du d^irt.
Ces paroles frappèrent deux jeunes Galiléenç, Jean et André , disciples de Jean-Baptiste , et les déterminèrent à suivre ^ celui que leur maitre annonçait d'une manière si solennelle. Il était environ quatre heures après midi. Saisis d^un profond respect, les jeunes gens marchèrent d^abord en silence, n'osant pas interrompre Jésus ^dans ses réflexions. Jésus s'en étant aperçu, se tourne vers eux, et d'une voix affectueuse leur demande ce qu'ils désirent. — a Maitre, répondent-ils timidement, « où demeures-tu? » Ds n'osaient pas encore solliciter la permission de rester avec lui. — Mais Jésus vient au devant de leurs désirs , il les invite à l'accompagner, et ils passent avec lui le reste de la journée. De ce jour datent les premières impressions qui les attirèrent peu à peu vers leur nouveau maître. Ainsi fut amené, peu de temps après, Simon , dont l'âme forte se révéla dès l'abord au regard profond de Jésus. Ainsi se forma, en un mot, le premier cercle des disciples qui accompagnèrent le Seigneur à son retour de la Pérée en Galilée, mais sans être encore attachés définitivement à sa personne *.
(MatUi. m, il.)* Si Ton adopte notre interpréUtion, il £uittot^oarB airoir bien soi» de distinguer entre le sens cpie le Préeurtear donnait à oes parolee et celui qa^y attadiait rétangéliste qui les rapporte. 4 Jean I, 87.
* Ainsi, saint Jean lui-même nous donne à entendre que Jésus n*appela pas ses disciples tout d'un coup, dès la première rencontre. Il laissa rœuvre de Dieu se faire peu à peu dans leurs cœurs avant de les attacher définitivement à lui. Jean ne parle pas, il est vrai, de la formation successive de la société des apôtres, mais en comparant son récit avec celai des synoptiques, on parvient k combler en partie cette lacune.
SECTION II
COMHERCEMElfT DU MINISTÈRE DE JÉSUS EN GALILfiB.
A son retour en Galilée^ Jésus commença aussitôt à prêcher sa doctrine, non pas dans les syni^ogues, mais parmi les personnes qui s'assemblaient autour de lui. Il parait qu'il n'alla point d'abord à Nazareth où demeurait sa famille. Il sa^t que les honmies ne jugent que selon les apparences et qu'un prophète est moins honoré dans son pays que partout ailleurs» U se rendit donc directement à Gapemaum. Les jeunes gens qui Payaient suivi depuis la Pérée étaient de Capemaûm «t de Bethsaîda. Il voulait saisir une occasion d'entrer avec eux dans des relations plus étroites. Cette occasion ne tarda pas à se présenter.
Un jour qu'il marchait le long de la rire occidentale du lac de Génézareth, une grande troupe s'assembla autour de lui *• Près de là deux barques étaient amarrées au rivage. Les pêcheurs qui avaient travaillé toute la nuit sans rien prendre étaient descendus à terre et raccommodaient leurs filets. Jésus étant entré dans l'une de ces barques, pria Simon Pierre, à qui elle appartenait, de mettre un peu au large, ce qui lui permettrait de se faire entendre de tout le monde à la fois*. Lorsqu'il eut fini
iLucV, i.
> La réalité da feit ressort de la comparaison de Luc Y avec Ifatth. lY, 18. Ce sont deux récits indépendants l'un de Tautre. Celui de Mat-
^ COMMBNCKHBNT DU lOinSTàRB DK ii&V».
de parler il se tourna vers Pierre sur qui ses discours avaient sans doute produit une impression profonde, et lui commanda de jeter le filet en pleine eau. Quoiqu^il eût trayaillé en vain toute la nuit, Pierre se disposa cependant aussitôt à obéir. Cette confiante soumission montre quelle valeur avaient déjà pour lui les paroles de Jésus et confirme le récit de Tévangile de Jean '. Rien n'était plus propre à faire impression sur Pesprit d'un pécheur que le résultat subit et merveilleux de cette pèche après les efforts infiructueux d'une nuit entière. La manière dont Dieu agit dans cette circonstance, se révélant à un homme dans l'exercice même de sa profession, est caractéristique. C'est la loi de l'action divine dans
thieu est abrégé ; celui de Luc est plus étendu, plus précis, et provient d'un témoin oculaire. Les paroles citées par Matthieu : « Je vous ferai pêcheurs d^hommes, » font d'elles-mêmes allusion à quelque ciroonstanoe particulière. A quoi se rattachent-elles? Le récit de Luc nous le montre. Quiconque ne yeut pas soumettre la vie à des conceptions abstraites, ni renfermer la multiplicité infime des phénomènes dans le lit de Procuste des formules logiques, reconnaîtra ici les caractères d'une narration vraie, et non pas ceux d'un mythe. Quiconque a étudié l'histoire de la propagation du christianisme trouvera dans toutes les époques des traits analogues. Schleiermacher a donné, par la manière dont il a traité oe sujet, un nouvel exemple de la sûreté de tact avec laquelle il sait distinguer du mythe les éléments historiques. Voy. son Traité sur les écrits de Luc, œuvres complètes, t. Il, p. 58. — Honneur Jt la mémoire de Thomme dont l'esprit éminemment dialectique se courbait néanmoins, plein d'huroiliié et de droiture, devant la puissance de l'histoire!
1 La manière dont j*expose les faits montre assez que je n'admets pas qu'il y ait entre Matthieu , Lcc et Jean une contradiction insoluble. Je ne veux pas dire cependant que les évangélistes se représentassent les faits exactement comme la comparaison des divers récits nous permet de nous les représenter. Dans ce cas les récits auraient eu une autre forme. Il n'y a dans tout ceci rien qui puisse étonner quiconque est accoutumé à chercher la vérité par la comparaison de documents historiques diflérents.
LA PiCBB MEACULIWB. • 9S
tonte rhistoire du cbristianisiae* G'ert ainsi que Phomme est élevé pea à peu, des choses matérielles aux choses spirituelles ^ Cette fois l'impressioD produite sur l'esprit de Pierre est décisive. Jésus lui apparaît si grand qu'il n'ose plus rester auprès de lui. Accablé par le sentiment de sa misère morale, il ne voit dans la divinité qq'one majesté sainte et terrible dont la pensée le remplit d'ef» froi» C'est ainsi que les choses devaient apparaître du point de vue légal. Le pécheur sentait qu'il y avait entre Dieu et lui une barrière infranchissable. Ce trait présente un caractère incontestable de vérité et se rapporte parfaitement à l'une des phases du développement psychologique de Pierre. Certainement Tintimité avec Jésus n'était pas de nature à affaiblir le sentiment du péché, mais bien plutôt à l'augmenter. Mais tandis que ce sentiment produisait d'abord la crainte, la communion avec Jésus tendait à remplacer la crainte par un attrait irrésistible ^ L'homme ne se sentait plus seulement re-
1 Ceux qui croient à ane action providentielle de Dien sur le monde, en Tue du royaume de Dieu ^ seront sans doute disposés à mettre ce ftiit au nombre de ceux qui ferment la transition entre le monde actuel et le monde surnaturel, de sorte qu'on ne peut pas bien déterminer en quoi ils appartiennent à Tun ou à Tautre.
* Ces indices de Tétat spirituel de Pierre nous empêchent d'admettre que Tévénement dont il est question ait eu lieu après le premier voyage de Jésus à Jérusalem, lorsque Tapôtre avait déjà mieux connu son Maître. Nous ne croyons pas non plus devoir placer cet événement après les noces de Cana , quoique cependant on ne puisse pas déterminer exactement quelle impression le miracle de Cana produisit d*abord sur Tesprit des disciples.
La manière dont nous établissons la suite des faits semble en contradiction avec Jean I, 44 comparé avec I, 46. Mais cette contradiction n^est qu'apparente. Saint Jean ne dit point que la vocation de Nathanaël et
9ê coMMsticaÊÊÊKt wy wsmÊiAn w rfscs.
pooué comme pécheur, maïs attiré en naême temps, par Télément divin qui était en loi, vers la source de la irie divine. Il bisait TeiqpérîeDoe que Jésus avait les pardes de la TÎe éternelle. La puissance rédemptrice se rérélait à lui de plus en plus et il apprenait à considérer le divin, non plus seulement comme une chose extérieure, mais comme une action intérieure. Sa conscience était devenue un foyer ou se omcentraient et d'où jaillissaient les divers rayons de la lumière divine ; aussi toutes choses lui apparaissaient-elles dès lors sous un autre aspect. L'effroi de Pierre sert à Jésus de point d'appui pour agir dans l'âme du disciple et pour l'élevar à des sentiments plus spirituels. « Ne crains point, lui dit-il, et « ne t'éloignes point, mais aie confiance en moi. Désor- «( mais tu vas rester avec moi. Tu verras de plus grandes « preuves de ma puissance. Toi-même tu feras par moi « de plus grands miracles que celui-ci. Tu vas dès « maintenant laisser là tes filets et devenir pécheur
celle de Philippe se rapportent au même temps et aa même lieu. (Na~ thanaël était de Galilée. Voy. Jean XXI, %,) U dit qae Jésus voulut retourner eu Galilée, mais il ne parle pas davantage du voyage. Peut-être en faisant mention de BethsaTde a-t-il confondu les deux faits ou négligé d'observer que la vocation de Natbanael n'avait pas eu lieu dans le même endroit.— Voir la dissertation déjà citée de Bleek dans les Çtudien und Kritiken^ année 1888, n*'^.— A cela B. Jacobi objecte, avec beaucoup de raison, ce semble (Voir dans le même journal, année 1838 , n» 4, p. 852.), la précision avec laquelle les temps et les lieux sont déterminés par Jean. Mais cette exactitude ne s'étend pas à tout, mais seulement à ce qui concerne les disciples de Jean-Baptiste. Or il n'est pas prouvé, tant s'en faut, que Nathanaël fût de ce nombre. La manière dont Philippe lui parle du Messie, sans lui rien dire du témoignage du Précurseur, semble prouver le contraire. Ceci une fois admis prouverait à son tour que ce n'est pas sur les bords du lac, mais en Galilée, que Nathanaél fut rencontré par Philippe* Gomp. ce qui suit.
VOGÀT^H m HATSAHàlL. 17
d* hommes. » Dès ce moment, Pierre s^attacha définitif vement à Jésus , ainsi qu'André, Jacques et Jean, témoins comme lui, de la pêche miraculeuse '.
Tandis que l'âme de saint Jean avait d^abord subi l'influence directe de la personne de Jésus , et que les circonstances particulières, n'avaient fait que rendre cette influence décisive , d'autres , comme par exemple Nathanaël, devaient être amenés par une voie tout opposée. Il fallait qu'un événement extraordinaire commençât par dissiper leurs préjugés , pour qu'ils consentissent à venir vers le Seigneur et pussent recevoir des impressions plus spirituelles. Philippe annonce à Nathanaël que Jésus de Nazareth est lé Messie *• Nathanaël a peine à croire qu'un si grand personnage puisse sortir du fond de la Galilée. Mais an lieu de discuter avec lui, Philippe l'engage à venir juger par lui-même. Nathanaël se rend à cette invitation. Quelque grand que soit, sur son âme, l'empire du préjugé, l'amour de la vérité l'emporte. Il s'approche, et Jésus qui a reconnu la droiture de ses sentiments : « Voici, dit-il en le voyant venir, un véritable mem- « bredu peuple théocratique, un israélite sans fraude!» — Ces paroles étonnent Nathanaël. Comment un homme
1 Diaprés I^uc, les deux fils de Zébédée , Jacques et Jean, étaient avec Pierre. D*après Matthieu, ils étaient près de là, occupés avec leur père à racconuBoder leurs filets.— Ces deux récits sont d*autantpluB faciles à concilier, que Luc fait mention de deux barques, et dit en passant que les pécheurs étaient occupés, non pas, il est vrait à raocommoder lents filets, mais à les nettoyer.
« Jean I, 46.
SB coiWBMCiimfT DU MmiMteR M lisus.
que lui oe connaît pas peut-il si bien le connaître ? Et comme il ne peut cacher son étonnement, Jésus achève de s'emparer de son esprit en lui donnant une preuve fim éclatante de sa connaissance surnaturelle. Les limites de Pespace ne sont' rien pour lui. 11 a vu Na« thanaël sous le figuier avant que Philippe fût venu le trouver. Peut-être ces paroles iaisaient-elles allusion aux préoccupations secrètes de Nathanaël dans sa solitude. Quoi qu'il en soit, les préjugés du jeune homme s'évanouissent à ces paroles. « Maître , s'écrie-t-il, tu « es le Fils de Dieu, tu es le Roi d'Israël ! — Mais, en rendant hommage à la sincérité du nouveau disciple y Jésus donne en même temps à entendre que cette croyance est d'une nature inférieure et que la véritable foi doit avoir un caractère bien plus élevé. La foi qu'un événement a produite, un autre événement peut la renverser, il suffit que les espérances qu'on avait conçues ne se réalisent pas. La yéritable foi est celle qui nous transporte au centre même de la révélation ; c'est l'intuition immédiate du divin dans sa nature et ses manifestations, le contact immédiat de l'homme avec Dieu, de telle sorte qu'il n'y ait plus de place pour le doute. Nathanaël n'avait encore reçu qu'un rayon isolé de la lumière spirituelle. Désormais il apprendra à mieux connaître le Fik de l'homme. Il verra dans son nouveau Maître celui sur qui le ciel est ouvert, et au-dessus duquel les anges montent et descendent. — C'est Jésus- Christ en efifet qui ouvre le ciel ; c'est lui qui rétablit la
VOCATION ME NàTHANABL. 39
comiïiumoq entre le ciel et la ierre. Il est lai-méme en communion par&ite et non interrompue avec le monde mviftible. Sur lui et en lui reposent toutes les puissances célestes. Les caractères divins qui se reconnaissent en lui ne sont que des manifestations de la yie qu'il possède dans toute sa plénitude.
SECTION m.