LES NOCES DE XANA
( Jfean II , 1 et 4utv.)
Trois jours après, les noces de Cana fourniss^t à Jésus l'occasion de se révéler dans tout Téelat de sa puissance divine \ Le vin étant venu à manquer, Marie prie son fils de déployer son pouvoir en faveur de ses h6tes. Si elle regardait Jésus comme le Messie, elle devait le croire capable de faire des miracles , et ce qui s'était passé dans les derniers temps était bien propre à exalter ses espérances. Marie attendait avec impatience le moment où son Fils se montrerait à fous les yeux dans la majesté de son caractère messianique. Mais quelque saintes que soient les afiections naturelles, Jésus veut qu'on sache y résister quand la gloire de Dieu l'exige. Cette loi qu'il a donnée il est le premier à l'exécuter, et
^ Il ne faut pas oublier que Natbanaêl, le même personnage que Bar- Ibélemi ou BarUiolmal (fils de Tholmal. Gomp. MaMh. X. S, et les parallèles avec Jean I, 45, et XXI^ S) était de Gana. Ce foit est un argument en feveur de Tordre que nous suivons.
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bien loin d^obtempérer aussitôt à la demande de sa mère il oommeoce par blâmer sévèrement la disposition qui a donné lieu à cette demande, cr Femme , dit-il, nous ne ^ Toulofls pas Ton et l'antre la même chose! Ma puisait sanca ne doit pas servir un bat terrestre ni des vues a humaines. Les motifs qui me dirigent sont d'un ora dre plus élevé. C'est un plan conçu par une sagesse a supérieure. Là chaque chose a sa place et son temps « déterminé. — L'heure où je dois me révéler pleined ment à tous les yeux n'est pas encore venue. )» Jésus fait entendre par là que son intention était de ne sortir que peu à peu de son obscurité. Il était loin de vouloir, comme Marie l'aurait désiré, se montrer tout d'un coup, dans sa gloire messianique. Cependant peut-être les paroles ou même le visage de Jésus firent-ils penser à Marie que sa demande serait exaucée, quoique pour d'autres raisons et d'une antre manière qu'elle ne l'avait pensée Le miracle se fit en effet, mais il se fit sans éclat et sans que la gloire du Messie se manifestât avec évidence à tous les yeux.
Mais nous ne sommes pas de l'avis de ceux qui regardent le fait dont nous parlons comme la manifestation la plus éclatante de la puissance miraculeuse de Jésus. On se représente quelquefois la chose comme si Jésus, par nn acte créateur, avait produit le même résultat qui ne
* Néander ftût aHosion à ces paroles de Marie : «Faites tout œ qn*i] vous éira. » Ces paroles sappoeent, en effet, une espérance que la réponse de Jésus ne semblait pas propre à feire naître. (TWwf.)
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s'obtient ordintirenieDt que par le concours de la yégé** tatioQ du c^ et de VactÎTité de Thomme. Mais rien ne nous autoriM à supposa que l'eau ait été transformée en la substance mèatb que nous appelons vin. — Nous devons smilement admettre ^que, par un effet immédiat de sa puissance > Jésus a communiqué à Peau une vertu toute semblable à celle du vin et pouvant produire le même résultat \ Cette manière de concevoir la chose correspond mieux que l'autre à la signification spirituelle du fait. -^ Le miracle de Jésus aurait alors de Tanalogie avec certains phénomènes de la nature dans lesquels l'eau acquiert des propriétés qui lui sont ordinairement étrangères. Telles sont les eau minérales ; telles sont en particulier certaines sources mentionnées par d'anciens écrivains, et dont les eaux avaient une vertu enivrante analogue à celle du vin*.
Pour ce qui est du but du miracle et de sa valeur morale*, il ne suffit pas de dire, d'une manière générale,
^ Je Mrais très haortoz é mon oplnk» pondait s^appttyer sur qaélqiie autorité dans Tancienne Eglise. Baumgarten Grusius a cru Taycir trouvée dans une ancienne hymne de Epiphania Dominif où on lit ces mots : « Vel hydriis plenis aqua vint saporem %nfunder%s,fi — Voy. Danibl, Thesawuf hymnologieutj I, p. 19. Mail cette interprétation ne peut guère se soutenir. Viniioporem infltndere est loi synonyme de in vênum mutare.
« Voy. Athenmu Deipnosophùt», liv. II, § 17, 18 : fcIloAAaxoC^cM
f8t»c Toùç 2v%6Apleu$ vitonlvtvt «pov lÀvrocf. » Et Théopompe dit , en parlant d*une autre source : « Toù$ vlvovroLç aura /aOuTxevOou , x«Oà xod rov$ rèv otvov.
3 Si le quatrième évangile avait pour auteur un philosophe d'Alexandrie, enclin .aux idées gnostiques , il ne serait pas facile de comprendre comment on tel hemme aurait placé le premier miracle dao» de pa-
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que Jé8U8-Ghi*i8t voulait , en manifestant sa puissance, amener les âmes à croire en lui. Pour bien compren«dre ce fait, nous derons le rattacher à la réyélation personnelle I c'est-à-dire à la Tie morale de Jésus- Christ, sans laquelle la puissance et la gloire du Messie ne sont rien. Nous devons rechercher comment il réfléchit Tesprit de Jésus-Christ et eut expliquer Texistence et le caractère. Jésus, avant de paraître en public s'était retiré dans la solitude. Il y avait mené une vie austère. Au premier aspect il devait ressembler assez au sévère prédicateur de la repen tance. Aussi, dès l'entrée, s'attache-t-il à montrer le contraste qu'il y a entre sa tendance et la tendance légale de Jean-Baptiste. Son but n'est pas d'opposer le monde spirituel au monde visible, mais de faire pénétrer l'esprit divin dans toutes les relations sociales, dans toutes les manifestations de la vie naturelle. Il assiste à une noce; il se mêle à une compagnie joyeuse, et c'est alors qu'il manifeste, pour la première fois, sa puissance miraculeuse. Il sanctifle ainsi les sentiments, les relations, les joies humaines et montre clairement que la morale chrétienne s'applique
roilles circonstances. Le but, le lien, la société, lui en cassent paru également indignes de Jésus. Quoique les paroles du maître d'hôtel niaient aucune valeur ici et qu'il ne faille pas croire que la plupart des hôtes fussent près de rivresse, il est certain néanmoins qu'un philosophe d'Alexandrie n'aurait jamais eu la pensée d'inventer ce détail. Celui qui aurait écrit pour exalter le caractère de Jésus, d'après son idée ou les idées du temps, au lieu d'imaginer un récit tel que nous l'avons, aurait bien plutôt cherché à l'altérer en l'ornant à sa manière s'il l'avait trouvé dans la tradition. Ou bien, s^ avait eu l'intention de faire un récit symbolique, il n'eût pas manqué d'indiquer Itti-méme le sens qu'il cachait sons les faits.
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à toutes les actions, à tous les états ei que Tesprit nouveau doit pénétrer la vie de Thomme dans toutes ses ramifications. — Ce miracle est encore très important comme symbole. De même que Jésus ne détruit point la substance de l'eau mais lui communique une vertu supérieure, de même en général le christianisme a pour but, non d'anéantir, la nature, mais de Pennoblir, de la glorifier, de déposer en elle un principe nouveau propre à lui faire produire ce qu'elle n'aurait point produit d'elle-même. Considéré à ce point de vue, le changement de l'eau en vin a donc une signification profonde. Mais si le séjour de Jésus en Galilée, après son baptême, exerça sur le développement religieux des disciples une influence si grande et si décisive, il ne paraît pas qu'il ait produit aucun effet durable sur l'esprit du peuple. Il n^y avait pas chez tout le mopde la même droiture que chez Nathanaël. Les préjugés aveuglaient les plus clairvoyants. Pour que ces préjugés tombassent, il fallait que Jésus se fût montré publiquement dans la capitale de la théocratie et qu'il y eût proclamé victorieusement sa mission divine. Jusqu'alors on ne voyait en lui que le fils du charpentier, et l'on donnait raison au proverbe : qu'un prophète n'est rien dans son pays\
^ C'est à cette époque qu'il faut rapporter ces paroles (Jean IV, 44), qui dès lors ne présentent plus de difficulté , surtout quand on songe à la manière dont le mot yâp s'emploie en grec. — Ainsi Jean lui-même donne à entendre que Jésus avait d'abord enseigné dans la Galilée.
SECTION IV
PBEMIER YOYÀiiE À JÉRUSALEM.