‹ Vie de JésusChapitre 49 sur 102 · Jésns chasse les tendeurs du temple · texte numérisé non relu

Jésns chasse les tendeurs du temple

Jésus était déjà depuis quelques jours à Jérusalem ; il y avait prêché sa doctrine et prouvé par des miracles la vérité de ses paroles* lorsqu'un jour, en entrant dans le temple il le trouva profané*. Pour faciliter aux Juifs étrangers les moyens de se procurer des offrandes, on avait dressé des boutiques dans le parvis. On vendait, on achetait. Des changeurs s^y étaient établis^ pour la

1 Les paroles des Jai& (Jean D» 18) supposent que Texpiilsioii des ven- •deurs n'est pas le premier acte du ministère de Jésus à Jérusalem, et que d*aotres (Buvres et d'antres discours avaient d^à frappé les esprits auparavant.

» Matth. XXI, 12 ; Marc Xî, 15 ; Luc XIX, 45 ; Jean U, 18. Ici se présente nne difficulté. Saint Jean place cet événement au commenoemant du ministère de Jésus , tandis que les synoptiques le placent à la fin. Et comme apparemment le môme fait n'est pas arrivé deux fois de la même manière, il faut admettre qu'il y a, d'un côté ou de l'autre , erreur de date. Quelques-uns pensent que Terreur est dans le récit de Jean. Pour pouvoir agir de la sorte, il foUait, dit-on, que Jésus eût acquis déjà une grande autorité sur les esprits, et l'on rappelle la dernière entrée de Jésns à Jérusalem. D'nn autre cAté, pins Tenthoasiasme du peuple était grand à Tépoque dont on parle, plus il parait probable que Jésus aurait évité de se mettre ainsi en avant de manière à favoriser les dusses idées que l'on avait sur sa personne, ou à donner prise aux accusations des pharisiens, par une apparence d'agitation populaire. On ne comprend pas que Jésus ait pu agir dès le commencement avec une si grande autorité; mais nous ne saurions déterminer ce que peut, dans un moment donné, sur les esprits, limpression immédiate du divin. Le récit de Jean est tout d'une pièce , et suit un ordre chronologique. Il serait difficile de comprendre qu'un anachronisme semblable ait pu s'y introduire. Il n'en est pas de mônic des autres évangiles. Us no parlent que d'un st^jour à Jérusalem. L'expulsion des vendeurs était conservée dans la tradition comme un Tait isolé ; ils la rattachent à ce dernier

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commodité des transactions. Les plus grands abus n^avaient pas tardé à s'introduire» La soif du gain attirait les marchands dans le temple; le lieu saint était deyenu le théâtre d'nn commerce proCane, et le bruit continuel des opérations mercantiles troublait les fidèles dans Texercice de leurs devoirs religieux.

Appelé à dénoncer le jugement de Di^u contre une théocratie dégénérée, Jésus devait se sentir pressé de s'élever contre une profanation qui révélait si clairement la décadence générale de l'esprit religieux. U saisit un fouet de cordes; il en menace les vendeurs et les force à sortir du temple, et dit à ceux qui vendaient des pigeons : a Otez tout cela d'ici : ne faites pas de la maison de mon il Père une maison de marché*. » Ces paroles ne condamnent pas seulement l'acte spécial dont il est ici question ; elles condamnent en même temps la tendance charnelle des Juifs qui avait transformé le peuple de Dieu en un peuple profane. Si Jésus tient un fouet dans la main ce n'est point qu'il ait l'intention d'employer la force. Son caractère ne permet pas de faire une pareille supposition ; et d'ailleurs qu'aurait pu un seul homme contre

séjour. La même question, adressée aax Juift dans les deux circonstances : Par quelle autorité foia-tn ces choses? (Comp. Jean U, 18 , et Luc XX, %,) a pu aussi favoriser cette confotion. Mais rien ne prouve que cette question, dans Luc, se rapporte à Tacte dont il est ici question. Elle peut se rapporter d'une manière générale aux œuvres et aux enseignements de Jésus-Christs

' Cette parole est tout au plus une allusion à Es. LVI, 7, et à Jérérn. VU, 11. Lee autres évangiles en font une citation textuelle. Nouvelle preuve en faveur du récit de Jean.

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cette foule? Le fouet est un symbole du jugement drvin qui menace les membres infidèles de la théocratie \ — Nous n'avons point ici un miracle dans le sens propre du mot, mais une preuye de Pantorité de Jésus-Christ, et un exemple de la puissance que la Yue de ce qui est saint et divin exerce sur les consciences, même les plus engourdies. Origène, qui trouve dans ce récit beaucoup de difficultés et penche à ne lui donner qu'une valeur symbolique', prétend que le fait, s'il était réel, serait un miracle plus grand qu'aucun autre, et même que la transformation de l'eau en vin; car Jésus aurait agi cette fois , non pas sur la matière morte, mais sur des êtres vivants et capables de résistance. Mais c'est précisément pour cela qu'il n'y a pas ici de miracle proprement dit. — L'homme possède une volonté , il est vrai , mais il possède aussi une conscience. Cette conscience il ne peut l'étoufier complètement, et la révélation soudaine de Dieu à sa conscience exerce sur lui une puissance à laquelle il ne peut se soustraire. L'histoire nous offre maint exemple de cette action irrésistible de Dieu sur l'esprit de l'homme, de ces faits que le vulgaire bon

* Voilà encore an trait qu'un écrivain de l'école d'Alexandrie aurait trouvé bien étrange, et qu'en tout cas il n'aurait certainement pas inventé. Aussi, pour Origène, ce détail était-il une pierre d'achoppement, qui lui fit mettre en doute la vérité du récit tout entier. C'est un nouvel argument en laveur de l'authenticité du quatrième évangile.

* Orig., in Jocmn.y t. IX.— Origène exagère le nombre des personnes que Jésus avait à chasser du temple. Les autres évangiles parlent de l'expulsion des vendeurs et des acheteurs. Jean ne parle que des vendeurs. Sous ce rapport encore, le récit du quatrième évangile est préférable comme plus simple.

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