‹ Vie de JésusChapitre 57 sur 102 · PARABOLE DU SEMEUR, 6S · texte numérisé non relu

PARABOLE DU SEMEUR, 6S

G^était vers le mois de noyembre ^e Jésus était venu en Galilée. Il y resta jusqu'à son second voyage à Jérusalem, c'est-à-dire jusque vers le mois de mars ou d'avril \ annonçant partout le r^e de Dieu. Plusieurs des événement racontés par les synoptiques se rapportent certainement à cette époque.

Ainsi, peut-être, est-ce alors que la vue des gens occupés à ensemence leurs terres lui suggéra la parabole du semeur *. Il voulut faire comprendre à ses auditeurs dans quelles dispositions ils devaient écouter son enseignement et quels sont les obstacles qui empêchent ordinairement la vérité de pénétrer jusqu'au cœur de l'homme et de porter des fruits salutaires. Il résulte de là que cette parabole n'est qu'une partie et une suite d'un enseignement plus étendu. En parlant de la manière dont il faut écouter la vérité, Jésus fait allusion aux choses qu'il a déjà enseignées et veut exhorter ses auditeurs à veiller sur eux-mêmes pour voir comment ils ont reçu ce qu'ils viennent d'entendre.

Il partage tout le monde en deux grandes classes, ceux en qui la vérité porte quelque fruit, et ceux en qui

prophète.— IVaprôs Luc, Jésus* ne fit aucun miracle. D'après les autres éYangUet, il en fit quelques-uns. Dan» ce cas , il laodrait admettre qu*il ne quitte pas Nazareth immédiatement et que, outre son discours dans la synago^e, il y eut encore d'antres choses qui irritèrent les gens contre luL Mais, en considérant les dispositions des Nazaréens, nous trouvons le rédt de Luc préférable. La tradition d'après laquelle Jésus fit quelques miracles pourrait bi^ provenir d'une idée fkusse.

' D'après le récit de Jean, il £aiut nécessairement rapporter ce voyage à la fête de Purim ou à celle de Pâques. Voy. plus loin sur Jean V, 1 .

« llaHb. xm, i; Haro IV, l ; Luc vm, 4.

66 PARAHOLB DU SEMEUR.

elle D^èn porte poiilt. Parmi ces derniers il distingue encore entre ceux qui sont Complètement dépourvus de réceptivité et ceui che2 qui la Parole trouve un accès, mais non pas comme il faut. La semence qui tombe sur le chemin et ne pénètre pas du tout eU terre, mais qui est emportée par les oiseaux ou foulée aux pieds par les Bommeft, c^est la Parole qui parvient aux persoUnes dépourvues dUntélligence spirituelle. Elle est aussitôt rejetée, avant d^avoir été comprise. Le terrain pierreux représente un esprit vif, mais léger et superficiel, chez lequel la vérité pénètre facilement mais non profondément et qui l^abandonne aussi promptement qu^il Ta reçue. La foi doit être éprouvée par la lutte avec le monde, par les tentations du dehors et du dedans. Le terrain couvert d^épines représente ces esprits chez lesquels la vie supérieure reste mêlée à des éléments impurs qui finissent par prendre le dessus et par étouffer la vérité. Enfin, de même qu^il y a dans la bonne terre plusieurs qualités différentes et plusieurs degrés de fertilité, de même, parmi ceux qui écoutent comme il faut il y a encore des degrés divers et les uns portent plus de fruit que les autres.

Quelle simplicité M en même temps qutUe profondeur 1 Et coidimn cette parabole représente admirablement le développement de la vie religieuse ! Remplie d'enthousiasme à Toui» de ces paroles, une hmaa» qui se trouvait parmi la foula s'écria, en s'adressant à Jésus : a Heureux le Mù, qfui t'a p6rté I HeUrMMB les

f PAftABOu BU Huonnu 67

« laèluftltes ^ t'oAt aUaiWl i» Mmb Mtus, r^jttaat cet kMHMga pVTMMttt eixtéiMvr qui dfvaît nudbmrwM- «Mnt fat^ t^t «'ioIrtciaiBre dras TEgUM et mettre olb- «t^ela au dévfile|^p$iiaBt4e la foi maate : « Noo ^ ré- « ]p0iidi^» tDttîa pkitèt kuBMMx caca qoi écontept la «F«r«l0 4feDîeii^qirfyéhMr¥«itI » Peaiéa aiudfgue è caUa q«'U ^maît da jpvâwitar 4au la parabole é

Lonqile la iMil* $'«itdtfpei»4ei Joa4Î8cî|4a8^ dameu* 1^ aetls owclaur Mattoa, hU demandait reapbcation de cette païaMe. Um» ae rend aasaitM àleor désir. Pour an les piuralMkB ne sont paa, oomme pow la ibole , un ^kHAbj maiiOttcaMtmireia JMtyeade coanattre la Tenté. Cette ykttàk qm deit êt«ala himîèredii monde ce «ootev ^ui demnt les preoMars la frire briller^ seulaaient il faut qu'ila s'appliqua»t i fmStar de tous les moyeos qu'ils eut de la comiattm afin dVancer toujours. « Personiie € tt'aU«ttia une ^hattdeUe pour la oiettre ensuite sous m wm boineaii a« «oiis une taUe , maia on la inet sur 4 tmehandalîar afin que oaini qui entre Yoie la lumière, e De riiôie la tériti donnée pour éclaicer les hommes « M àsik poiat ^ cachéei mais elle doit luire de tous « itMés à eeui 4)ui veulent entrer dans le royaume de « Dieu. — Car il n'y a rien de caché qui ne doiTÇ être € oonnu et iMAîCisté^ — C'est poorfuoi ^ igoute^-il y « proMc garda comment tous écoute^ car , à celui qui c a il sera donné , mais à celui qui n'a pas, on lui

1 Luc Xt, ^. Notig âoan6it>a8 plos loin M ndMns <iiil uouf ftat placer id ces parokft.

ti

68 PARABOLES DU FaET, DE l'iVRAIB.

« tien même ce quMl paratt a¥oir. » Ainsi Umi défend de la disposition aToe laquelle on écoute. Pour posaéder la Tenté dans toute sa plénitude et devenir ses organes , il faut que les disciples s'approprient ce quUls ont reçu et le développent par Tactirité propre de leur esprit»

(Test une chose admirable de voir comment Jésus- Christ contemple à Tavance le développemmit de la vie qu'il est venu apporter à l'humanité, et l'établissement progressif du royaume de Dieu À travers tous les obstacles qui en entravent la marche dès l'origine. Ce qui se passait autour de lui représmtait déjà ce qui devait * arriver plus tard, et le présent était pour lui l'image de l'avenir. Dès ce moment, il dut s'attacher à £ure comprendre aux apôtres que tous ceux qui venaient à lui n'étaient pas également qualifiés pour devenir de vrais disciples et qu'il y aurait toujours dans le royaume de Dieu des membres infidèles mêlés aux membres fidèles jusqu'au jour du jugement suprême. U compare le royaume de Dieu sous sa forme actuelle à un filet jeté dans la mer et qui prend des poissons de toutes sortes, jusqu'à ce que les pécheurs, l'ayant tiré sur le rivage , prennent ce qui est bon et jettent ce qui est mauvais \

Peut-être (aut-41 placer ici la paralx^ de l'ivraie. Quelqu'un des disciples aurait trouvé étrange que Jésus

^ Ifatth. Xni, 47, 48. Le texte ne dit pas : différentes sortes de poislonsy mais différentes sortes de choses. L*opposition semble être, non pas entre le bon poisson et le mauvais, mais entre le poisson et les matières Irangcrcs. (Trad.)

PARÀBOLK DE l'iVAAIB. 69

supportai Si loogienips avec patience des gens qui lui ptrâifiBaient iodignes. Jésus aurait alors saitti cette occa* sion pmir prémuDir les futurs Ibudateors et cCmducteurs de TEglise otusfre une coupable impatîeace ^i Tondrait empiéta sûr TcBûvre de Dieu. Car à Dieu seul appartient le jugemest. L'homme ne peut pas pronrae* èer a^ee certitude ; et, en voulant mettre dehors les infidèles y il courrait rkque cb diasser en même temps des membres fidèles ou qui peurent le devenir \ L'idée principale de la pandx^ ert c^e-ci : Pendaïit que le froment g^rme et mûrit, Tivraie est semée dans le champ et croit avee le bon grain jusqu'au moment de la moÎM^m, où il est facile de les distingua et de les sé^ parer l'un de l'autre. Ensuite le récit met en saillie l'impatknce des serviteurs qui Toqdraîent arracher im^ mééiatement l'ivraie. Faut^iU presser davantage les dé« taik et chercher un sens figuré dans ce trait : pendani fm h$ hommes dmrmaiini ? On pourrait supposer que Jésus Tout exhorter les conducteurs de TEg^se à veitteoi afin d'empêcher autant que possible le mélange des in-» fidèieft «vec les fidèles. Ibis comme cette exhortittion ne se IretrouTe nulle part ailleurs ; comme le mtiatige des méchants avec les bons est partout considéré comme un fait nécessaire et inévitable, nous croyons que ce trait n'a point de rapport avec le but spécial de la parabole et n'est qu'un ornement du récit.

« llatth. xm» Si.

70 LA fnirin a^améi.

Les fréquentes trâ^eraées sur le lac de Oénèomlli durent fournir aux disciples mainte occasion de Riieox sentir leur fiiiblesse, qui contrastait wmnont mtec le ealme im^érable de leur dinn Ibltre.

Un jour» par eieniple, qu'ils faisaient toile Tsts la rite orientale du lac, en compagme de <pidquei étcaii« gersS JésM ei^ra atec eux dans la barque^ sait tout simpleaaent pour les aeonnpagner à la pèck»^ aoit pour échapper un moment à la foule qui le pressait coustammout. PndiableiDent aeeablé de fiitigue, U ne tarda pas à s^endormir. Pendant ce temps un tirent erq^e s'élfcte et menace de submer^ la barque. Sabia à^d^ irm, les discî{des se hâtent d'aj^ler leur Maitwi » a^ coutumes qu'ils sont à implorer son aecom dans toutes les circonetances difficiles *• Jeans s'étetlle ; il rominnade aux tagues et i la met de s'apaiser^ et aussilèl le cabas lunatt. Puis, se tournant ters sasdieeiplea : « ûèdooe m est totre foi , leur ditnQ? Qu'esi-^a qu'une coniaMe k qui est si CM^lement ébranlée?» -"^ QetéiéneBient exéàê au plus haut point Tadmiratioa, non pat seulemMt des discipbsquicmuMissent d^'à la puissance de lésus, mais surtout des étrangers qui se troutent dus b baïque

i Luc Vin, 22-25. Matth. Vm, S8-S7. Marc lY, 86-41. Tous les érangélistes placent immédiatement après ce récit la goérison dn démo- Qîaqae gadarénien. £t comme il n*y a d'ailleurs aucon rapport entre las deux faits, c*est une preuve que ces fiûts se suivent et sont par conséquent historiques.

* rai changé ce passage, dans la présente édition, pour faire droit à une remarque de Strauss, et pour ne pas £5ûre dire ao rédi plus qu*il ne dit en effet»

«t qw 3'/SoriMit> tout lior9 4'mx-m6mfs : «Qvel q$j^ « dom: cet homme à q[m }« éléments mèvm obéis-

Mamteoant deToosiHQ!)» étal^Ur î^ up^ distiwttw «itre le faU tel qu'il 3'est pcu^^ et la manière ijbot il a été e^nço et rapporté par les témwis? On popnait ai r^réaenter la chose i peu près de la mamère suivautç : Jéfu» 3'é^iUe, Il rassure par ses paroles ceux qui Teatourentf la coofiauce renaît dans les espits. St comme aussitôt après la tempête s'apaise ^ les disciples se ûfpà^ rent que celui qui 4 porté le paix dans leurs âmes treu-* blées est le même qui a ramené le calme dans la nature^ Racoatant le fait aous cette impression^ il^ sont involimtairement conduits à Taltérer ainsi que les paroles pnh» noncées par l^ur Maître dans cette circonstance. Cette ex^ plication ne porte aucune atteinte au caractère de Jésus^ Il n'y a que le Fils de Dieu qui puisse produire sur les esprits une pareille impression et faire croire qu'il a le pouvoir de conmumder aux éléments?

Néanmoins cette explication ne nous parait pas ad* missihle* Si leç apôtres eussent ma} jugé le fait, Jésus* Christ n'aorait pas manqué de s'en apercoToir et de rectifier leur jugement. Il n'aurait certainement pas consenti à ce que la foi en lui s'appuyât sur une erreur, et spn autorité p'avait pas besoin d'un semhlable auxiliaire. Il aurait, au contraire, pris la parole pour les détromper

^ Dans Ifatth. (Vm, S7), ceux qui prononcent ces paroles sont formellement distingués des disciples p^ir oqs rapts : {^ ^ip^^oi.

72 LA TUirÊTR APAlSés.

en appelant leur attention sur la vérité, en leur disant que son œuvre n^était point de commander à la tempête, mais de faire descendre dans les âmes le repos et la paix ; que celui qui possède cette paix est par cela même au-dessus de toutes les puissances du monde. — T6ut dépend donc de Tidée que Von se fait de la personne de Jésus- Christ. S^il s^agissait de quelque homme éminent, de quelque saint personnage, il Eaudrait avoir recours à des explications de ce genre , parce que nous savons que rhomme ne peut pas gouverner les éléments. Mais quand il s'agit du Fils de Dieu la difficulté n'existe plus, et rien n'empêche d'admettre le fait tel qu'il nous est rapporté.

Quant au but moral de ce miracle, c'est, d'un côté, de frapper fortement l'esprit des étrangers qui sont dans la barque et qui, peut-être, ne connaissaient pas encore Jésus, et, d'un autre côté, de donner aux disciples une preuve de la toute-puissance de leur Maître, et de leur inspirer une pleine confiance dans le triomphe définitif du royaume de Dieu. De même que Jésus vient de commander maintenant à la nature, de même la vie qui sortira de lui se répandra malgré les obstacles , et finira par réduire à l'obéissance toutes les puissances du monde.

Cependant la barque était abordée non loin de la viUe de Gadara\ Beaucoup de païens habitaient les environs de cette ville, ce qui nous explique la présence;

» Matth. vin, «8; Marc V, 1 ; Luc Vnr, U,

LE BiImONIAOUB GAf^ARl^NIRN. 73

dans ces lienx^ d'un nombreux troupeau de pourceaux. Dans le même endroit se trouvait alors un prétendu démoniaque^ qu'on avait essayé vainement d'enchaîner. Les paroxysmes de rage lui donnaient une force telle qu'il rompait tous s^ liens et s'échappait toujours des mains de ceux qui le gardaient. Il se croyait possédé par une légion de mauvais esprits. Dépouillé de ses vêtements, fuyant la présence des hommes, il errait dans les lieux déserts et se retirait dans des cavernes qui avaient autreftMS servi de tombeaux *. Ce malheureux, attiré sans doute par le bruit qu'il entend sur le rivage, s'approche du lieu où les passagers venaient de descendre '. Il apprend que Jésus, dont il a sans doute déjà entendu beaucoup parler, se trouve parmi les arrivants. Cette nouvelle produit sur lui une impression profonde et caractéristique. Il se sent en même temps attiré et repoussé par la divine personne de Jésus. Il voudrait s'approcher de lui et pourtant il ne peut supporter sa présence. En proie à ces sentiments contraires, et s'identifiant avec les puissances malignes dont il se croit tourmenté, il s'écrie

< Yoy. vol. 1, page 208 et suivantes, ce qui est dit sur les démoniaques.

s Ces tombeaux se trouvent encore aujourd'hui dans les ruines d'Om-Reis, probablement l'ancienne Gadara. (Voy. Burckhardt, Voyages^ tome I, page 426. — Geskitos, Remarques, page 5118, et Bobuvsok, tome III, page 535). Origène soutient à tort qu'il ne peut pas être question de Gadara, parce que cette ville n'est pas sur le bord de la mer. (Voy. in Joarm.t tome VI, § 24.) Mais le récit ne dit point que la ville soit précisément sur le lac, mais seulement auprès.

' Dans Matthieu, il est question de deux démoniaques. C'est probablement parce que le démoniaque parle au pluriel, qu'on a supposé qu'il y en avait plusieurs.

74 LB DUI0MUQU8 a4»AAinV!l.

tout troublé : <( Qu'y ««-t^il min t#î et noM, FUs éà « Très-Haut? Qu'as-lu à ftôre ici? PowifQOÎ OB^to imm (( avant le temps, avant le dernier jngeneat, pour nom or Eure sentir ta puissance et pour noHS lourmettlMr^?» Evidemment, Tintenfion de Jésus n'est pas d'aniver au^ sitôt dans la pensée de cet homme et de lui ktsser eroira qu'il est possédé par les mauvais esprits. C'est à l'AonuM et non pas au démon qu'il s'adresse. Il cherche à !• détourner de son idée fixe et à lier avac lui un entra* tien qui permette à l'esprit de Dieu d'agir sursenâme. n commence donc par lui demander son nom* Maia le démoniaque ne peut pas sortir da sa malhemreusa illusion ; il persiste à s'identifier avec les pvussaneei dont il se croit tourmenté et répond en leur nom qu'il s'appelle Légion, c'estrà-dire qu*il y a mi lui une légion de démons. Il renouvelle sa prière qu'on ne le tourmente pas avant le temps; et, associant dans son esprit l'idée de démons avec celle de hâtes impures, il sollicite, toujours au nom des esfmts mauvau, qu'il leur soit p^mis de se jeter dans le troupeau de pourceaux qui paissent non loin de là. Il se figure probablement

* SoloQ toute appannce, le démoniaque est un païen # mais un païen qui a vécu en relation avec les Juifs. Il y a dans son esprit égaré un mélange d'idées juives et d'idées païennes. Quand il appelle Jésus, Fils du Très-Haut , c'est probablement dans le sens païen de ces expressions.

Quant à la forme primitive des paroles du démoniaque, il est très vraisemblable que c'est celle qui se trouve dans Matthieu. D'après I^uc YIIIi 29, Jésus aurait le premier pris la parole et commandé à Tesprit malin de se retirer ; mais tout porte à croire que c'est là une remarque ijoutée postérieurement, par celui qui a recueilli l$i tradition, pour expliquer la conduite du démoniaque.

LU wblMtMQUS OABA«illl£N. 75

qÊ$ kv éémom m pwirwt fm «râtor «ans être M^ cbét à w €9rp0. lÀ le iiécit préMiita nm lacune. Os na peut pa* décider ei I4sii9 l'eit effactivenaeDlaccoaunodé à l'idée dtt déiEMmiaqiie» au bien «i c'e«t Tétrange évém^ mmi wrveuu alors qui a donné lieu à cette suppoaitioa« Quoi qu'il en eçâtj le troupeau de pourceaux , coœoia pomaéi par iwe puiaeence invisible, s'élance tout à coup lw« le rivage et va se précipiter dans la mer , de sorte ifm phwienrs y pérâS8ent\

Dans tous kscas, il est bien clair qu'un homme, dont l'esprit était si profondément troublé , ne pouvait pas êtoe gvéri par le seul lait que Jésus se serait accommodé à ees idées ou par la vue d'un troupeau se précipitant dattslasDer, Itn'aiit pas prié Jésus comn»e il le fait, s'il ne se £àt senti en présence et sous l'influence d'un persMuage entraordinaire. La suite du récit prouve même que l'mivre produite en lui fut d'une nature plus élevée* (^loîque nous n'ayons point de détails, le résultat nous autorise à supposer qu'il y eut d'autres rapports entre

^ CPiestHi l6 point obscur dans cette histoire d'ailleurs si simple et st natprelto* Flunâurs ont, il est vrai, cru lever la dijQQcultéy en sapposant que c'est le démoniaque lui-même qui se précipite sur les pourceaux. Mils octtt expUcstion eit peu admissible. U n'est pas prtâMibto qœ l'impression reçoe par le démoniaque ait été si promptement suivie d'un paroxysme. D'ailleurs l'événement eût été , dans ce cas , sans influence sur l'esprit d« cet homme « et n'aurait pas pu lui faire croire que les démons étaient sortis de lui. Au contraire, il aurait cru sentir plus vhremeiit tour poisunee sur «m être. 11 foUait qu'il pût, tandis qu'il restait lui*môme tranquille, voir les pourceaux se jeter dans la mer, pour qu'il pût te croire déttvré. Telles étaient à cet égard les idées d» tasafe. Gomp. Josim» Arch,y 1. YIII, cbap. II, § 5.^L'étonnement des bergers ne se comprendrait pas non plus^ s'il ne s'agissait que d'un accèe et nge 4« aémoiikiq«t«

70 LC D^MONIAQUR GADARlhCHCN.

Jésus et lui. Ce qui était arriyé n'avait pu que prépa* rer Tesprit de cet homme ^ le rendre plus accessible à rinfluence de Jésus. Mais il faut qu'il ait continué de subir cette influence salutaire, car nous le voyons ensuite assis tranquillement aux pieds du Seigneur , écoutant attentivement ses paroles. Il a été si profondément ton* ché et pénétré, que désormais il veut s'attacher à son libérateur et le suivre partout. Mais Jésus, qui songe aussi à la conversion future des païens, le renvoie auprès des siens. Cet exemple nous montre combien le Seigneur agit différemment selon les circonstances, et combien nous devons nous garder de vouloir déterminer, d'après un seul cas, ses vues et les motifs de ses actions. Tandis qu'aux uns il ordonne de quitter tout, famille et patrie pour marcher après lui, il commande maintenant à cet homme qui veut le suivre de rentrer dans la vie ordinaire à laquelle sa maladie l'avait violemment arraché, de retourner dans sa famille, à ses occupations, à ses devoirs, et de glorifier, parmi les siens, le Dieu qui lui a £ait de si grandes choses. — Et tandis qu'à d'autres , après les avoir guéris, il commande de ne pas trop parler de ce qui leur est arrivé , il dit à celui-ci de le déclarer hautement. C'est qu'ici , il s'agit de païens qui devaient être amenés à la connaissance du vrai Dieu.

La guérison opérée par Jésus était une image de sa puissance rédemptrice, mais Timpression produite sur la population presque toute païenne de ce pays fut uniquement celle de la crainte. Elle ne disposa pas les<:<»urs

GUMMOM M L'ttiKORAROÏSSK. 77

à recOTmr FenseigmmeDt du Seigneur. C'était déjà pour Jé8U8 une raison suffisante de se retirer, quand il n'aurait pas eu d'autres motifs. Mais le témoignage de celui qui avait été guéri pouvait modifier peu à peu les sentiments des Gadaréniens et les conduire par degrés à la ccmnaissance du vrai Dieu. Malheureusement les données nous manquent et nous ne pouvons déterminer s'il en fut règlement ainsi.

Pendant cette traversée, une grande foule s'était assemblée sur le rivage que Jésus venait de quitter et attendait son retour avec impatience. Jésus arrive ; un chef de synagogue, nommé Jaïrus, accourt au-devant de lui. n vient le supplier en &veur de sa fille qui est sur le point d'expirer ^ Jésus se dispose à suivre ce père angoissé, mais il est arrêté par la foule qui se presse sur son passage.

Au pnilieu de cette foule se trouvait une femme afQigée depuis douze ans d'une perte de sang, et qui n'avait jamais pu être guérie. Cette femme n'ose pas s'adresser à Jésus, mais elle se figure qu'un pouvoir magique émane de toute la personne du Seigneur et qu'il lui suffira de toucher ses vêtements pour recevoir l'influence

1 Matth. IX, IS; Bfarc Y, 22; Luc VUI, 41. Le texte dit qae cette fille avait douze ans. Strauss suppose que ce Dombre est fkbnlenx et provient d'un rapprocbement arbitraire établi par la tradition entre Tâge de la fille et la durée de la maladie dont il va être question plus bas. Cela importe peu. Il se pourrait en e&et que Tun des nombres ne fût qu'un nombre rond ; mais rien ne le prouve. Rien ne prouve que le rédt de Luc ne soit pas littéralement exact. De pareils rapprochements se représentent souvent dans la vie ordinaire»

7R eUliRtMm DE L'ilteoMliMÉBM.

dte cette vertu mystérieuse* Qaoiqm btsét sur hm idée fensse, sa confiance n'est cependant pat trompée* Me qu'elle a tcmché Thabitde Jésus elleert itmnédisliiMBt délitr^ de sa maladie.

JésQg reconnatt anssitM q«e qttelqa^ttn à toiuM mu Tétement^ H demande qui cela est. Pierre, tmqéon le premier à prendre la parole et n'ayant pas pu remai^ qner Faction de la femme, répond Sfvec un étoftdMimt bien naturel. « Comment, au miKeu de cette ft>ttle> peuxa tu fkire une pareille question? » Bhis comme Jésos demande une seconde fois qui esWce qui Ta tottdié, la femme, qui n' avait pas osé parler, se croyant découterle, se jette à ses pieds toute tremblante et déclare devant tout le monde ce qui lui est arrivé. Et Jésus, se tournant affectueusement vers elle. «< Prepds courage, lui « dit-il, ta foi t'a sauvée ; va-t'en en paix*, n

Pendant qu'il est ainsi retenu sur la route, un mes-

< Le rôdt de Luo protient û'nn tAaiôia ooalaife. La aumièra aoat les détails sont rapportés, la question répétée de Jésus, la réponse de Pierre, tout le prouve. Nous devons lui donner la préférence sur celui de Matthieu qui attribue la guéfison, non à rattonchement de la feoutte, mais à la parole de Jésus. Mais le témoin partageait l'erreur de la femme. C'est pourquoi il se figure que Jésus a senti» non pas setdement qu'on a touché son vêtement, mais qu'une puissance est sortie de lui. (Luc YIII, 46.) Cette pensée est en contradiction avec les paroles qui suivent. Jésus n'attribue point la guériion à nae puisBaDOè nugique, il Tattriboe à la foi de la femme.

* On ne pent pas décider d'après le récit, si Jésus savait que la femme s'était approchée de lui et s'il Fa guérie volontairement, ou bien si la guéri son provient d'une action indépendante de sa volonté, n ne s'agit pas d'une action magique, mais la confiance de la femme pourrait bien être le tpioyen par lequel la gnérison a été opérée. La gaérison à son tour servait à justifier cette confiance.

tA riLLE DB JAÏRUS. 79

iignr «nive de là maMn de Jamis. Oit kki dire à Jéens de ne pas se domièr k peÎM de venir, qu'il n'y a plus rîm à fiûre et quf la jeune £Ue est morte \ Mais Jésus M ft^arrèle point pour cda« a Ne crains point, dit-il au « pèroi mate aie oenfiance en Dieu et elle sera sauvée. » Gomment Jéeus peul-tl parier aiosii et dans qud sens bmk^ Miletidre tes paroles? D'jq^ès oe qu'on lui avait dâl, reeomiaîesaît-il seulement que la mort n'était qu'apparente et qu'on pouvait, par certains moyensi ranimer la jeune fiUe? Mais il se serait bien gardé, alors, d'in*spwer one oonfianoe qu'il n'était pas certain de pouvoir justifier. Il aurait expliqué au père quels étaient ses motifr pour espérer eocOTe ; nais, dans l'incertitude du réeultat, il l'aurait en même temps exhorté à s'abandonner À la volooté de Dieu. Pour parler comme il a fait, il iallait qu'il te aenAt capable de ramener la vie dans le corps HWinimé* U arrive, il £ait retirer la foule des curieux ; il entre, accompagné seulement des parents de la jeune fiUe et (^ trob de ses disd]^, et, trouvant déjà rasaendUia dans la chambre les gens qui menaient deuil

* le ne >rote pèS dti tottt ponrqiK)!, de cê ^e laïc est ioi, eonime dans on refit frécédent (Voy. Luc VII, 1 et suiv., et M^fli. VIII , 5 et suiv.), plus explicite que Matthieu, on serait autorisé à conclure que ces détails wom% la^POUés. HmoA lei deux cas lerateiit «emblaMes, ctkt ne prouverait rien. Mais la différence nous parait d'ailleurs remporter sur la ressemblance. Le trait commun , t^est le message envoyft à Jésus pour qu'il ne se donne pas la peine de venir; mais, dans le premier cas, c'est dans la pensée que Jésus peut a^r de loin ; dans le second , on mxffom qvTil ae peut ptos riea ùire ? (M «œpéohe d'adcnèttra que, dans les deux cas, le récit plus circonstancié de Luc provient de témoins oculaires, tafidift qw e6Hti de MaUMeu n'est qu'une abréviation 1

80 LA FILLB DB JAÏRUS. — LB FUS DB LA VBUVB.

aux cérémonies funèbreSi il leur dit : « Ne pleurez poiat, <x car elle n'est pas morte mais elle dort. »

Ces paroles peuvent s'entendre de deux manières. Elles peuvent signifier que la malade est dans un état de faiblesse semblable au sommeil, — ou bien que, quoi qu'il en soit, le résultat sera comme si elle était endormie, c'est-à-dire qu'elle reviendra à la vie. Mais la manière dont Jésus agit ensuite résout la question. Ses paroles ne font pas allusion à l'état de la malade, mais à la délivrance merveilleuse qui allait être opérée ; bien que d'ailleurs tout porte à croire que la mort était seu-* lement apparente.

Après avoir fait éloigner tout le monde, excepté ceux ([ui l'avaient accompagné, Jésus prononce quelques paroles qui ramènent la vie dans le corps de la jeune fille. Puis il défend de rien dire à personne de ce qui est arrivé. C'est à tort qu'on a vu dans cette défense une preuve qu'il n'y avait pas eu miracle, et que Jésus youlait éviter qu'on prit pour un acte merveilleux ce qui n'était qu'un fait naturel. Il aurait alors prescrit seulement la manière dont il fallait parler de la chose. D'après ce qui précède , il est clair qu'il voulait qu'on envisageât cette guérison comme une oeuvre de la puissance de Dieu ; les circonstances et les dispositions des personnes furent sans doute les seuls motifs de cette défense absolue.

Peut-être faut-il rapporter à la même époque un fait analogue à celui qui précède (voy. Luc VII, H). Jésus ae rendait à la petite ville de Naïn, située dans les environs

LK FILS DE LA YRUVE DR NAÏN. — MESSAGE DE JRAN-BAPTISTK. 8!

du mont Tabor et non loin d'Endoi *. Arrivé à la porte de la ville, il rencontre des gens qui allaient ensevelir le fils unique d'une veuve. Emu de compassion en voyant la douleur de la pauvre mère, Jésus lui dit : « Ne pleure point. D Cette parole ne se concevrait point si elle n'était suivie d'un acte. Ce n'était pas en inspirant à la veuve une fausse coniiance que Jésus aurait voulu la consoler, et s'il lui parle de cette manière , c'est qu'il se sent ca* pable de lui rendre le fils qu'elle a perdu *.

Cependant Jean-Baptiste gémissait depuis plusieurs mois dans les cachots de Machéronte. 11 pouvait pourtant communiquer encore avec ses disciples , ce qui prouve que la crainte des troubles politiques était plutôt un prétexte qud la cause réelle de son emprisonnement. Dans ses derniers entretiens avant sa captivité, Jean avait fait entendre que Jésus se présenterait bientôt ouvertement comme le Messie, et serait reconnu pour tel par

^ G*e3t acuourd*bai un petit village habité seulement par quelques familles. Voy. Robikson, Palestina, t. III, p. 469. .

* Olshausen observe avec raison que la vie d'un homme ne peut jamais ètro prise comme un simple moyen. Il en conclut que la résurrection n'a pas pu être accomplie seulement en vue de la mère , mais aussi en vue du salut du jeune homme. Mais quand Jésus n'aurait pas su comment ce miracle pouvait contribuer au bien du jeune homme, du moment qu'il se sentait le pouvoir de Taccomplir, il devait croire qu'il était dans les desseins de Dieu, et également utile pour l'un et pour l'autre. C'est ainsi que le médecin doit croire que si Dieu donne efficace à ses remèdes, et permet que le malade guérisse, cette guérison est pour le bien du malade, quoiqu'on ne puisse pas savoir à l'avance quel usage cet homme fera de la santé. L'important est de se sentir organe de Dieu et appelé à opérer la guérison, soit par les moyens naturels, soit par les moyens surnaturels. Ceci une fois reconnu, il faut, pour les conséquences, s'abandonner à la sagesse de Dieu.

83 MESSAGE DE IBAN-BAPTISTE A lÉSUS.

les -véritables membres de la théocratie. Plus il entendait parler maintenant de Jésus et de ses œuTres, plus il de* yait attendre avec impatience rétablissement visible du règne messianique. Mais ce moment tant désiré n'ar* rive pas. LUncertitude commence à gagner Tesprit de Jean. Cependant, comme il ne doute point que Jésus ne soity dans tous les cas, un envoyé de Dieu, c^est de sa propre bouche qu'il veut savoir la vérité , et il envoie deux disciples pour lui demander s'il est le Messie qui doit venir ou s'il faut en attendre un autre ^

Pour toute réponse Jésus en appelle à ses œuvres. Les miracles qui attestent sa puissance sur le monde visible sont aussi une image de sa puissance spirituelle et révèlent clairement son caractère messianique. — a Exa«- « minez, leur dit-il : les aveugles voient, les boiteux a marchent, les lépreux sont nettoyés*, les sourds cornc mencent à entendre, les morts ressuscitent' et la

1 Luc yu« 19. Matth. XI, 3. Nous avons d^jà montré que ce £ait, loin d*ètre en contradiction avec celui du baptême de Jésus et du témoignage rendu précédemment par Jean -Baptiste, le suppose au contraire. Mais nous avons en même temps une preuve que les synoptiques sont formés par la réunion de relations détachées. Si Tauteur du présent récit avait su quelque chose du témoignage de Jean , il n'aurait pas négligé d'en faire mention dans cette circonstance.

> Quand bien même il serait prouvé que ces paroles font allusion à Es. XXXY, 5, 6, et L^I, 1, ce n'est pas une raison pour supposer qu'elles n'ont pas été prononcées sous cette forme par Jésus-Christ et qu'elles ont été altérées par l'histoire, dans le sens de la prophétie.

' Ce n'est pas à dire que Jésus ait fait tous ces miracles dans le moment où les disciples de Jean venaient à lui. Il en appelle aux oeuvres qu'il a accomplies dans le pays et qui sont connues de tout le nxonde. Il n'est pas même certain que la résurrection du fils de la veuve, dont Luc vient de parler, ait eu lien immédiatement avant.

FENSés DB nSUS SUR HAN-BAPTlSTB. 83

K bonne nouvellô du salut est annonoée aux pauvres et €f trouve accès parmi eux ^ x> Cest^^-dire que le Messie peut seul accomplir de telles choses, mais c^est parmi les pauvres qu'il exerce son ministère d'amour et de deli^ vrance; c'est aux âmes qui sentent leur faiblesse qu'il manifeste la puissance de Dieu. Il ne se révèle point avec éclat, comme l'attendent les Juife et Jean-Baptiste luimême, mais il se montre et se cache en même temps, afm que ceux-là seulement croient en lui qui saront disposés à le recevoir. C'est pourquoi il ajoute : « Bienheu- « reux est celui auquel ces signes suffisent pour me re- « connaître. Bienheureux celui qui ne se laisse pas « tromper ni scandaliser à mon sujet, parce que je ne « réponds pas à l'idée qu'il avait conçue du Messie. »

Lorsque les disciples de Jean se furent éloignés, Jésus s'adressa ainsi a la foule : a Qu'ètes-vous allés voir au dé- « sert? Etait-ce un roseau agité du vent, c'est-à-dire «( un homme dont l'esprit est ballotté comme le roseau « par le vent*. (Allusion négative à la fermeté de con- « viction et la puissance prophétique de Jean-Baptiste, « peut-être aussi à son indécision actuelle). — Ou bien

* Pauvres doit s'entendre dans le sens propre et dans le sens figuré: les pauvre£ et les humbles. Ces deux sens sont liés ensemble. C'étaient les pauvres qui recevaient le mieux TEvangile. La pauvreté les amenait à sentir leur faiblesse spirituelle, et à soupirer après la délivrance.

* n se pourrait que ces paroles dussent être prises à la lettre. Jésus voudrait dire alors que ce n'était certainement pas pour rien (pour voir un roseau agité par le vent) que les Juifs accouraient au désert, qu'un int^t puissant les y avait sans doute attirés. Mais, comme tout ce qui suit fait allusion par contraste au caractère de Jean, il est probable qu'il en est de même ici.

84 FENSÉE DK Jésus SUR JEAN-BAPTISTB.

« etait-ce un homme veto d'habits magnifiques? Mais « c'est dans les palais des rois et non pas dans les déserts « que ces hommes se trouvent. )> (Allusion évidente à la vie austère de Jean- Baptiste qui contraste vivement avec le luxe des courtisans) ^ Après ces caractères négatiCs, Jésus s'explique d'une manière positive à l'égard de Jean- Baptiste. Il l'appelle un prophète et plus qu'un prophète^ Il est le messager annoncé par Malachie (III, 1), qui devait marcher dans l'esprit d'Elie et préparer les voies au Messie promis. Personne, jusqu'à présent ne s'est élevé plus haut que lui, personne n'a possédé une connaissance religieuse aussi développée'* Néanmoins, le plus petit dans le royaume de Dieu, c'est-à-dire dans la société fondée par Jésus-Christ le Rédempteur, le plus petit des chrétiens est plus grand que Jean-Baptiste.

Ces paroles sont doublement importantes. Elles servent à caractériser le point de vue spécial de Jean-

^ Sans cette allusion, les paroles de Jésus ne se concevraient pas. Il i^ut donc qu'il y ait eu des circonsUnces qui anront^fàit ressortir Taustérité et la sévérité de Jean-Baptisie envers les princes, à côté de la lâcheté des courtisans. La captivité de Jean serait alors d'autant plus fadlc à expliquer.

> II n'est pas nécessaire, dans Matth. XI, 11, de sous-entendre après /ictÇwv le mot 7rpo^rr,$, qui n'irait pas avec ce qui suit. Ce mot, qui se trouve dans Luc, pourrait donc n'être qu'une glose ou une addition explicative aux paroles de Jésus. Mais il ne s'agit point ici de la valeur subjective ou morale des individus, auquel cas Jean-Baptiste ne serait certainement pas placé au-dessous du plus petit des chrétiens, il s'agit de la différence des points de vue religieux. Dans ce sens, le plus grand dans une période est encore au-dessous du plus petit de la période sui- Tanie. — Du reste, comme les prophètes occupent la plus haute place dans l'économie préparatoire, et forment la transition de rancienhe alliance à la nouvelle, le sens est au fond le môme que si l'on sous- enendait le mot is^offirru

nneiz De issus sur jeak-baptiste. 85

Baptiste, et le point de vue géoéral de TAncien Testa* ment, dans leur rapport a^ec la nouvelle alliance. A l'égard de Jean-Baptiste il faut distinguer deux choses, son infériorité vis-à-vis du christianisme et sa supériorité sur le prophétisme de l'Ancien Testament, Il est inférieur au christianisme par sa conception extérieure de la théocratie. Il n'a pas encore clairement compris que ce n'est pas avec une puissance irrésistible, mais par ses souffrances, que le Messie doit établir son règne dans l'humanité ; que ce royaume est avant tout spirituel, et que c'est en allant du dedans au dehors que la puissance divine doit peu à peu soumettre le monde. Sous ce rapport, le plus petit de ceux qui ont compris la nature spirituelle du royaume de Dieu et de son développement est plus grand que Jean -Baptiste. Mais si Jean n'avait pas eu lui-même une idée plus claire et plus spirituelle que les prophètes, s'il n'avait pas reconnu et annoncé le Messie, Jésus-Christ ne l'aurait pas élevé au-dessus de tousjes autres.

Si donc le plus grand des prophètes est au-dessous du plus petit des chrétiens, cela nous montre combien l'ancienne alliance tout entière est inférieure à la nouvelle, et combien s'écarte de l'idée de Jésus-Christ celui qui prétend trouver dans l'Ancien Testament la vérité déjà toute développée. Si Jean-Baptiste mêle encore à la vérité des éléments étrangers, s'il conçoit l'idée messianique d'une manière étroite et extérieure, s'il importe de distinguer, dans sa doctrine, le fond de la forme, à plus

86 PEIISÉE DE JÉSUS SDR IBAN-BAPTISTE.

forte raison fandra-t-41 le faire pour la doctrine de l' An* cien Testament. Il faudra distinguer entre la prophétie intentionnelle et la prophétie inconsciente, entre le sens idéal et le sens historique.

Il est facile maintenant de comprendre comment les paroles qui suivent se rattachent à ce que Jésus-Christ Tient de dire : « Depuis l'apparition de Jean-Baptiste « jusqu'à maintenant % les désirs des hommes ont 'été a tournés vers le ciel ; on se presse pour saisir le royaume n de Dieu, et ceux qui le cherchent de tout le cœur par» « Tiennent à y entrer*. Jean est TElie qui dcTait Tenir a préparer les Toies au Messie, si Ton Teut entendre la

^ Matth. XI , i2. Ces paroles supposent éyidemment que Jean-Baptistd ne prêchait déjà, plos lorsqull envoya ses disciples interroger Jésus. C'est donc à tort que Schleiermacber place révénement avant la captivité de Jean.— Tout le discouis de Jésus semble dateurs faire allusion au temps de Jean-Baptiste comme à un temps tout à fait écoulé. Ainsi, quand il parle du voyage des Juifs au désert, c'est comme d'un événement passé depuis longtemps. On n'est donc pas autorisé à prétendre que les mots : iit6 rw* r,/itpiàv iojovvov (Mattb. XI, 13) ne peuvent pas venir de Jésus-Christ et sont l'indice d'une rédaction postérieure. Dans tous les cas, cette opinion ne pourrait porter atteinte qu'à la forme et non au fond des paroles du Seigneur, car ces paroles se retrouvent dans Luc (XVI, 16), mais non pas à leur véritable place, liais il n'est pas même nécessaire , comme on voit , d'admettre cette conclusion. Le temps de Jean est passé dès le moment où le règne messianique commence.

* Ces paroles sont éminemment propres à faire sentir qu'il s'agit de lutter sérieusement, de déployer toute son énergie morale. Cette nécessité est de tous les temps. Il faut se livrer complètement pour pouvoir saisir le royaume de Dieu et lutter contre la sensuahté, l'égoisme et toutes les tendances mauvaises de la nature humaine. A cette époque, le grand obstacle dont la conscience avait à triompher, c'était le grossier messianisme des Juifs.— Que le mot ^ukÇccv doive s'entendre de cette manière, nous n'avons pas besoin de le prouver : on ne peut pas l'expliquer autrement.

LA SAGESSE JUSTIFIÉE PAR ^ES ERf AITTS. 8t

(( prophétie de Malachie dans le sens spirituel , au lieu <K de lui donner une acception littérale et grossière. »

Mais il n'y a qu'un petit nombre qui rayissent ainsi le royaume de Dieu et qui aillent par Jean-Baptiste à Jésus-Christ. La plupart les repoussent Tun et Tautre, et ni h Messie y ni le Précurseur ne trouvent accès auprès d'eux, a II en est ici, dit Jésus^ comme de ces enfants « qui jouent sur la place publique avec leurs compa* u gnons. Tantôt ib font entendre des airs gais, tantôt <c des airs tristes, mais en Tain. Us ne peuvent réussir « ni à faire danser, ni à faire pleurer les autres. La ma- <x nière dont ces enfants sont traités par leurs compa- (c gnons est l'image de l'accueil que Jean-Baptiste et le a Fils de l'homme trouvent auprès de la génération ac- « tuelle. Le sévère prédicateur de la repentance est venu ; (c on l'a traité d'insensé, à cause de son austérité et de « ses jeûnes. Le Fils de l'homme est venu, vivant a comme tout le monde, prenant part aux réjouissances « des hommes ; 11 n'est pas mieux accueilli ; on l'ap- « pelle un mangeur et un buveur. Cependant la sagesse « a été justifiée, c'est-à-dire reconnue juste par ses vé- « ritables enfants. Tandis que la plupart, aveuglés par « l'orgueil et par leur sens charnel restent sourds à la a voix de ceux qui leur parlent au nom de la sagesse c( divine, les cœurs bien disposés reçoivent humblement « les deux messagers. »

Après avoir ainsi distingué de la masse ceux qui ont le cœur ouvert à l'intelligence de la révélation, Jésus

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