DE LA PREMIÈRE ÉDITION
En publiant mon Histoire de V Eglise apostolique , j'ai expliqué quel était le rapport de cet ouvrage avec mon Uistoire générale de l'Eglise. Il me restait encore une chose à faire : c'était de remonter jusqu'à l'origine de l'Eglise apostolique elle-même , et de raconter la vie du divin fondateur du christianisme. De divers côtés on m'a réclamé ce travail comme le complément nécessaire de tous les autres. Mais les mêmes raisons qui m'ont fait différer longtemps de tracer le tableau de l'église primitive , la grandeur et la sainteté du sujet , avaient ici bien plus de force encore. Cependant, une partie de mon grand ouvrage se trouvant maintenant terminée et me laissant un peu plus libre , les signes des temps et l'incertitude des choses humaines me déterminent à mettre enfin la main à l'œuvre en m'abandonnant au secours de Dieu. L'entreprise est redoutable ; qui pourrait ne pas le sentir? a Moi , disait Herder à Lavater, moi écrire la a vie de Jésus I Les évangélistes eux-mêmes ne l'ont ja- « mais écrite comme elle doit et comme elle peut l'être. « — Ne songeons pas à écrire mais à devenir. — Et a. d'ailleurs , qui oserait , après saint Jean , se char- 1 I
2 PRÉFACE
« ger d'une pareille tâche*?» Ainsi encore, Marie de Schurmann déclarait avec raison que vouloir raconter la vie de Jésus c'est vouloir représenter le soleil avec un charbon. C'est la vie des chrétiens , ajoutait-elle , qui est le meilleur portrait du Christ*. Mais pourquoi l'histoire ne s'occuperait-elle pas du plus grand événement qui se soit accompli dans le monde , quoique la description doive nécessairement rester bien au-dessous de la réalité? L'artiste trace bien une iniage du Christ sans aucune donnée historique, et guidé seulement par un pieux enthousiasme pour son idéal. Or, nous possédons des fragments dans lesquels les traits du Christ historique ont été conservés , et il suffit de l'intuition historique pour rassembler ces traits épars et recomposer l'image tout entière. A chaque époque nous éprouvons le besoin de considérer l'idéal éternel sous le point de vue nouveau auquel nous place le développement de la vie et de la science. L'image de Christ n'est ni d'aujourd'hui ni d'hier ; néanmoins elle se renouvelle sans cesse , à mesure qu'elle transforme l'humanité en la pénétrant plus profondément. Ce que Photius a dit des peuples peut se dire aussi des époques. Chaque époque, comme chaque peuple, éprouve le besoin de reproduire pour son pro-
1 Vo^. Beitrmge sur naheren Kenntnisê La»ater^ê, par Ulrich Hegener. Leipzig, 1836. Puissent les braves Zuriquois qui, par leur zèle religieux et leur résistance à Tarbitraire, se sont, de nos jours, montrés si dignes de leurs ancêtres {dogma christianum dogma populare, Avausmi .) , élever à la foi chrétienne un monument national, en publiant la correspondance de Lavat«r, autant que cela est possible !
* Voy. Rbinoàid» Ikber den Plan Jesu, 5* édit.,^. 1.