BB LA PREMIÈRE ÉDITION
prc usage les traits vivants de Jésus. Aujourd'hui nous sommes à une époque de crise et d^enfantement. Nous nous trouYons placés entre deux mondes dont Tun va disparaître et dont Tautre va surgir à la Toix de T Evangile étemel. Pour la quatrième fois le christianisme fait luire à Thumanité l'aurore d'une vie nouvelle. C'est dans l'attente que nous vivons. Les travaux des hommes ne peuvent maintenant avoir pour but que de préparer cette rénovation glorieuse de la science et de la vie, et de hâter le moment où de nouvelles langues de feu annonceront les œuvres merveilleuses du Seigneur *.
Mais la nature des sources permet-elle d'entreprendre une exposition historique de la vie de Jésus ? A cela nous répondons que la conscience chrétienne conserve toujours une intuition générale de la personne du Rédempteur. Le but de la science est de rendre cette vue d'ensemble plus claire , plus précise ; de la rectifier et de la justifier. La conscience chrétienne est la source de tout ce que l'Eglise a produit dans le domaine de la science comme dans celui de la vie. C'est elle qui unit entre eux tous les organes grands ou petits , et c'est par elle que nous nous sentons en communion avec les chrétiens de tous les temps. La conscience chrétienne ne doit certes pas être confondue avec les idées et les sentiments y qui varient selon les époques ; elle est au coh-
^ L'auteur sent mieux que personne la vérité de ce que disait son bienbaoreuz ami Bemhard Jacobi (voir le Norddeutsche Kirchenfreund) ^ à ** savoir combien cet ouvrage porte le cachet de Tépoque dans laquelle il a été composé, époque de crise, d'isolement et de douloureux travail.
i PRÉFACE
traire le seul élément positif et invariable sans lequel l'Eglise , livrée à la merci de l'esprit des temps , gémirait dans le plus triste des esclavages. Il est vrai qu'aujourd'hui tout est à recommencer. L'exégèse du Nouveau Testament, la critique biblique, les recherches sur la formation du Canon , nous placent à un point de vue nouveau. L'ordre chronologique en particulier soulève de grandes difficultés*. Cela ne doit pas nous décourager, mais bien plutôt nous stimuler. Seulement il ne faut trop tôt perdre l'espoir et nous laisser entraîner par les idées anciennes ou par les nouvelles. Puisse donc ce faible travail contribuer pour sa part à préparer, dans cette partie de l'histoire , l'avènement d'une nouvelle époque ! Quant à ceux qui , ne voyant dans la tradition évangélique autre chose que des^ mythes , ne croient pas qu'il soit possible d'écrire l'histoire de Jésus, j'ai essayé de réfuter leurs principes dans le cours de cet ouvrage , et je n'ai pas à m'en préoccuper ici.
Je me suis expliqué dans la Préface du premier volume de V Histoire du siècle apostolique sur ma position vis-à-vis des divers partis théologiques. Après des recherches faites avec conscience et avec un profond respect pour les choses saintes , je déclare franchement ce
> On m'a reproché mon indécision. Il est vrai que le peut-être n'est guère de mode aujourd'hui dans la science ; mais, lorsque je n'ai pas de raisons suffisantes pour me prononcer, pourquoi craindrais-je d'avooer mon incertitude? Puissent, au contraire, les belles paroles de Niebuhr sur la manière d'affirmer (Voy. Lebensnachrichten^ vol. Il, p. 208) aller au cœur de tous les jeunes gens qui se vouent à l'étude!