LE SEL DE LA TERRE
non pas être cachés^ mais luire au loin. Ils sont le sel de l'humanité. De même que le sel assaisonne les aliments et les garantit de la corruption , de même ils doivent , par le principe divin qu'ils portent en eux , communiquer à la vie naturelle la saveur qui lui manque et qui peut seule la garantir d'une corruption inévitable. Le christianisme est la sève de l'humanité ; sans lui la vie spirituelle s'altère et se perd , et, partout où il cesse d'agir, nous voyons aussitôt la civilisation faire de nouveau place à la barbarie. Mais si le sel venait lui-même à s'affadir, s'il perdait la saveur qui lui est propre , on ne trouverait plus rien pour l'assaisonner. Si les chrétiens, qui sont le sel de la terre, perdent la vie qu'ils doivent communiquer au monde , il n'y a plus moyen de renouveler en eux celte vie. Ceux qui étaient placés à la tête de Thumanilé descendront alors au rang le plus bas et perdront tous leurs privilèges. — Jésus-Christ n'a pas seulement le sentiment de la puissance du principe nouveau qu'il apporte dans le monde pour le transformer et pour triompher de tous les obstacles ; il prévoit aussi les altérations que doit subir la vie nouvelle dans son développement; il annonce le sort qui attend un christianisme affadi , réduit à de pures apparences et pétrifié dans des formes sans vie; paroles prophétiques dont l'histoire de l'Eglise nous donne le plus riche et le plus frappant commentaire.
Après ces exhortations générales à l'activité, il ne restait plus à Jésus qu'à montrer par quelques exemples
i32 LE SERMON SUR LA MONTAGNE.
comment les disciples devaient agir pour glorifier leur Père céleste dans le monde. Us ne devaient pas se conduire d'après les idées juives ordinaires , ni se proposer d'imiter la prétendue sainteté des pharisiens. Jésus saisit cette occasion pour repousser le reproche qu'on lui adresse de vouloir porter atteinte à l'autorité de la loi. Mais il ne se contente pas de réfuter, il se justifie d'une manière positive en montrant le rapport de l'économie chrétienne à l'économie juive. Il fait comprendre, par des exemples, le caractère de la nouvelle loi ^ et montre qu'elle est le véritable accomplissement de l'ancienne. En effet, le commandement qui résume toute l'ancienne loi, c'est d'aimer Dieu par-dessus tout et son prochain comme soi-même; or ce commandement renferme la loi éternelle du royaume de Dieu. — L'amour dominant toute la vie , tel est donc le but de l'ancienne alliance ; mais ce but, elle ne pouvait ellemême l'atteindre; seulement toute la loi et les prophètes y tendaient ( Matthieu XXII, 40). Il fallait pour le réaliser qu'un nouveau principe fût entré dans le cœur, non plus seulement pour commander l'amour , mais pour le communiquer. La loi est la même ; mais , d'extérieure qu'elle était, elle devient, dans la nouvelle économie, une loi intérieure et spirituelle. En outre, le particularisme politique de la théocratie juive avait emprisonné la loi dans des formules étroites qui ne lui permettaient pas de se développer librement et complètement. Jésus-Christ a brisé ces liens, il a affranchi la