LA LOI ANCIENNR ET LA LOI NOUVELLE
loi de ses entraves. En même temps qu'il donne les moyens de l'accomplir, il la fait comprendre dans toute son étendue; il assure dans tous les sens son libre développement dans la conscience comme dans la vie'.
Jésus commence par déclarer qu'il n'est pas venu abolir la loi ni les prophètes*. Ces paroles désignent l'Ancien Testament tout entier. Jésus n'en veut pas plus abolir une partie que l'autre : sous tous les rapports il veut accomplir. En général, c'est pour accomplir et non pour abolir qu'il est venu*. Il ne doit pas tomber la
< < Ck)mparez ce que nous avons dit tome 1 , p. 18S.
* Gfrœrer prétend (voy. Heilige Sage^ n, p. 84 et suiv,) que ces paroles ne peuvent pas avoir été prononcées par Jésus- Christ, et qtrelles lui ont été attribuées par quelques judatsants, pour appuyer leur polémique contre Paul. Cette opinion a déjà été exprimée par le docteur Rœth, dans sa dissertation dont le sujet est : Epistolam ad Hebrœos non ad Hebtvgos^ sed ad ChrisHanos génère Gentiles scriptam esse, Francfort, 18S6, p. 214. Gfrœrer allègue que ces paroles n*ont jamais été opposées à Paul par aucun des zélateurs de la loi, car il n'en est jamais question dans les épttres de l'apôtre des Gentils : preuve, selon Gfrœrer, qu'elles sont d'une date postérieure. — Cette opinion nous parait inadmissible. La pensée générale, ici renfermée, se lie étroitement avec ce qui suit. H faudrait la sous-entendre^ si elle n'était pas exprimée. Saint Paul savait bien comment il fallait comprendre ces paroles, et qu'elles ne favorisaient pas le légalisme. S'il ne réfute pas en détail les fausses idées qui avaient pu s'y rattacher, il le fait assez par le développement général de sa doctrine.
• De Wette, dans son commentaire sur Matthieu VII, 12, et sur XXII, 40, cherche à établir que ces mots : La loi et les prophètes, désignent seulement la loi morale en général, contenue dans l'Ancien Testament. Nous pensons qu'il y a plus que cela, et qu'il s'agit du caractère spécial de l'Ancien Testament; seulement, l'amour, qui est l'accomplissement réel de toute loi, est donné comme le résumé de toute l'économie juive. « Personne, dit de Wette, ne pouvait penser que Jésus voulût se «c donner pour le Messie, contrairement aux prophéties; il n^avait dont « pas besoin de le déclarer. Aussi ne parle-t-il ensuite que dé la loi. » — Cette ol]jection aurait de la valeur, si Jésus n'avait voulu que prémunir ses disciples contre une erreur. Mais s'il a voulu repousser une accusation
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moindre parcelle de l'Ancien Testament; tout doit être exactement accompli, jusqu'à ce que soit arrivé le royaume de Dieu qui est le but suprême de la loi *. Ici encore nous voyons dans quel sens abolition et accomplissement sont des idées corrélatives. Ce qui était contenu en germe dans l'économie préparatoire se trouve accompli dans l'économie supérieure. Mais, alors aussi, ce qui n'avait qu'une valeur momentanée et ne servait qu'à préparer, doit disparaître dès que le but est atteint. Ce qui est accomplissement dans un sens est abolition dans un autre. Le royaume de Dieu absorbe tout en luimême : c'est le dernier terme de toutes les promesses*. Après avoir parlé de l'Ancien Testament en général, Jésus s'attache spécialement à la loi et, appliquant le principe qu'il vient de poser, il réclame une justice bien supérieure à celle des zélés pharisiens. La place de chacun dans le royaume de Dieu dépend de la manière dont il accomplira la loi. Car le principe coomiun qui doit animer la vie de tous les disciples n'exclut point les différences de degrés, selon que chacun est plus ou moins
de ses adversaires, od comprend qa*il ait afBrmé expressément qu'il ne voulait aller ni contre les prophètes ni contre la loi. De Wette est d^ailleurs obligé de reconnaître qu'il y a dans le v. 18 (ch. V) une allusion à la prophétie. Le plus naturel est donc de supposer que cette aUusion existe déjà dès le commencement dans la pensée de Jésus.
^ Comparez Texcellente exposition de Matthieu Y, 18, par Tholuck.
* En se donnant pour celui qui accomplit la loi «t les propbètM, Jésus s'annonce par cela même comme le Messie; et comme ces ptrolas font partie inséparable du discours, et ne peuvent être répétées, elles renversent Thypothôse de Strauss, d'après laquelle Jésas n'aurait pas eocora été décidé à proclamer sa mission divine.