‹ Vie de JésusChapitre 67 sur 102 · LA LOI ANCIENNE ET LA LOI NOUVELLE · texte numérisé non relu

LA LOI ANCIENNE ET LA LOI NOUVELLE

Après avoir, par ces exemples , fait connaître ce qui constitue la Téritable sainteté, Jésus veut montrer maintenant en quoi consiste la véritable piété. Et de même qu^il avait précédemment opposé à Pacte extérieur la disposition intérieure, il oppose ici Tètre au paraître, la piété simple , spontanée au zèle pompeux et affecté des pharisiens. Sa pensée ne pouvait pas être exprimée avec plus de force que par ces paroles : « Quand tu fais « Taumône, que ta main gauche ne sache pas ce que « fait la droite. » (Matthieu VI, 3.) C'est-à-dire qu'on doit être si éloigné de vouloir montrer aux autres le bien qu'on fait, qu'il faut pour ainsi dire l'ignorer soi-même, ne point s'attribuer aucun mérite , agir spontanément, sans réflexion, par une impulsion du cœur, comme s'il était impossible d'agir d'une autre manière. Et pour rendre plus sensible ce caractère de la piété vraie, Jésus l'applique aux trois espèces d'actes dans lesquels les pharisiens faisaient surtout consister la sainteté, savoir à Vaum^^y à la prière et au jeûne ^

Mais la justice apparente des pharisiens, qui procède de l'orgueil et de l'aveuglement du cœur, conduit à juger les autres avec d'autant plus de sévérité qu'on est plus in-

1 L*aumdne, la prière et le jeûne ne sont mentionnés ici que pour expliquer en rappliquant le principe général exprimé dans le y. 1 du cb. VI : Tiiv dcxaio^yigy fiii freiily Ifxjrpovdtv T6»y ivBpùnav* U résulte de là que tout ce que Tévangile de Matthieu ajoute, Toraison dominicale et les développements sur le caractère de la véritable prière,e6t étranger au sujet et n*appartient point à <^ passage. L*écrivain sacré a encore été induit en erreur par l'analogie des pensées.

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dalgeni pour soi-même. D^où Texhortation à ne point juger'. Celui qui comprend la nature de la véritable justice et qui sent combien cette justice lui manque sera sévère envers lui-même et indulgent pour les autres*. Jésus donne en même temps un critère pour que cbacun puisse reconnaître si sa justice est la véritable ou seulement celle des pharisiens : « Pour bien savoir où vous en êtes, €c il faut, dit-il, vous mettre à la place des autres et vous « demander si vous agissez envers eux comme tous vou- •( driez qu^ils se conduisissent envers vous. » — Il ne 8'agit point ici d'un principe de morale, car nous avons TU que le discours tout entier réclame la disposition et ne s^attache point directement à Tacte. U place constamment dans le cœur le principe de la moralité, tandis que ces paroles ne se rapportent qu'à une condition extérieure qui peut procéder de principes différents. Cela pourrait être une mesure de prudence et un calcul de Tégoisme : faire aux autres ce que nous désirons qu'ils nous fassent. Mais dans la morale érangélique, dont Pamour est le mobile suprême, ce précepte est une pierre de touche pour éprouver si nous ne nous faisons point illusion et si l'amour est bien, en effet, l'âme de

• Nou« rattachons les premiers versets du ch. VU immédiatemeot au V. i8 du ch. VI. L'enchaînement «»sl naturel et facile à saisir, et Luc s'accorde avec Matthieu pour placer le précepte relatif aux jugements dans le discfmrs de la montagne. Voy. Luc VI, «7. Mais tome la fin du ch. VI de Matthieu, depuis le v. 19, rompt la suite des id**es et appartient <^vidcmment à une autre circonstance.

' Matth. VII, «-Il est encore une addition étrangère au discours, Ls &uy du V. 12 se rattache directement au v. 5.

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notre vie. C'est pourquoi, Tamour étant raccomplissemenl de la loi, il en est de même de Pacte qui est la preuve de Tamour.

Tels sont les caractères que les fidèles doivent revêtir. C'est en vain qu'on prétendrait , en suivant une voie plus facile, sans luttes, sans renoncement, entrer dans le royaume de Dieu. 11 faut donc se garder avec soin des faux docteurs qui, séduisant l'esprit par de trompeuses promesses, détournent leurs disciples du chemin du salut *• Ces hommes qui, sans vocation divine et par motife intéressés, s'érigent en conducteurs des autres sont comme des loups déguisés en brebis*. Il faut les fuir; la chose principale leur manque , la disposition spirituelle sans laquelle on ne peut être un docteur de la vérité. Et comme la disposition se manifeste par ses fruits, c'est aux fruits qu'ils portent qu'on pourra distinguer du véritable prophète celui qui n'est qu'un séducteur '.

^ Les paroles relatives à la diffîcolté de la vie ipirHaelle (Matth. VII > 18, 14) sont reproduites aussi par Luc, mais dans une autre place qui SÊÊMt pius QonvwMà. Voy. Luc XUI, M. Oft pourrait penser qu'ici, comme plusieurs fois ailleurs, le rédacteur grec du premier évangile n'a pas bien cJbeervé Tordre réel des pensées. Mais une image aussi simple a très bien pu être employée plusieura fois par Jetas. Le but de la comparaison n^'est d'ailleurs pas tout à fait le môme dans les deux passages. Dans Luc, il est dit «qu'il faut s'efforcer d'entrer par la porte étroite « avant que le maître ne ferme. )> Dans Mattbien» a que la voiede la {wrdi- « t!on est large et facile à trouver, tandis que la voie du salut est étroite et a que peu la trouvent.» —Dans le premier cas, la pensée est qn*il n'y a qii*tiù petit sombre qui veolllent afiVonter les obstacles de la vie chrétiafiiw.-*Da<is le second, que la plupart se font illusion sur les obstacles el s< laissent aller sans eflbrt dans une voie facile, croyant -être dans la bonne TOle.

* Gomp. Jean ^, au commencement.

' Le V. 19 du chap. Vil est encore une addition de l'écrivain sacré. La

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