‹ Vie de JésusChapitre 68 sur 102 · LB SERMON SUR LA MOKTÀGNB · texte numérisé non relu

LB SERMON SUR LA MOKTÀGNB

Paroles qui font allusion à renseignement des docteurs juifs et se rapportent très bien à Pépoque où la lutte avait déjà commencé entre Jésus et les pharisiens. — Puis, poursuivant la même pensée, Jésus en fait Tapplication à tous les croyants en général. U ne s^agit pas seulement de dire : Seigneur , Seigneur I de professer hautement que Ton croit au Messie, il faut de plus la disposition du cœur qui se manifeste par Taccomplissement de la volonté de Dieu\ Ainsi, en finissant, il revient à la pensée par laquelle il avait commencé et qui domine dans tout le discours, à savoir que ce qui importe avant toutc^est Tesprit, c'est le sentiment. Le véritable disciple est celui qui met en pratique les vérités qui lui ont été enseignées, et les auditeurs se jugent eux-mêmes par la manière dont ils reçoivent les choses qu'ils ont entendues.

t. Aalret actei du miiiiière de lém ea GaiSée.

Après ce discours qui dut produire sur tous les esprits une impression profonde, Jésus, sortant de la foule rassemblée autour de lui , descendit de la montagne avec ses disciples, précédé par le peuple qui se dirigeait

véritable place de te verset est dans la bouche de Jean-Baptiste. Voy. ch. m, 10.

1 Le V. 24 du ch. VII se rattache au v. 21.— Quant aux versets M et S3, il est difficile de déterminer s'ils sont ou non bien à leur place. Jésua semble faire allusion aux pouvoirs miraculeux de ses disciples ; or, à ce moment, ces pouvoirs n'avaient point encore été donnés. Mais peut-être est-ce un regard prophétique jeté sur l'avenir en général. Nous reviendrons plus tard sur ce siùet.

us LEPREUX 6UBRI. LA FOI DU CBNTURION. 145

vers Capernaûm. Sur la route se trouvait un lépreux ^ Cet homme apprend que celui dont il a tant ouï parler arrive; aussitôt, plein de confiance, il accourt vers Jésus, se jette à ses pieds et s'écrie : «( Seigneur, je sais que, « si tu le veux, tu as le pouvoir de me guérir. » Jésus se rend aussitôt aux désirs de cet homme» mais, se souvenant toujours qu'il est venu , non pour abolir mais pour accomplir, il lui commande en même temps d'aller se montrer aux sacrificateurs et d'offrir le sacrifice prescrit par la loi. (Lév. XIV, 1.)

Ck)mme il entrait dans la ville, des anciens de la synagogue vinrent encore réclamer son secours en faveur d'un centurion*. Cet homme était païen, mais comme beaucoup de païens de ce temps-là, il n'avait pu trouver dans la religion de son peuple la satisfaction des besoins de son âme. Vivement attiré par l'esprit religieux et moral du judaïsme, il croyait à Jéhovah. Nous ne savons s'il était ou non un prosélyte de la porte' ; quoi qu'il en

*• Matth. Vm, 1 ; Marc 1, 46; Lac V, 12. Le récit de Luc ne parle point du lien où s^accomplit l*évéoement. Nous sommes donc autorisés à suivre le récit de Matthieu, qni s'accorde en môme temps avec l*ordre chronologique. Conformément à la loi mosaïque, les lépreux se tenaient ordinairement hors des villes. Voy. Josiras^ C<m/r. App.y liv. I, ch. XXXI; Arch.f liv.m,ch.Xl,g3.

* Matth. Vni, 5 ; Luc VII, 1. Matthieu et Luc, qui ont évidemment puisé chacun à des sources différentes, s^aocordent cependant pour placer cet événement immédiatement après le discours de la montagne. Preuve de la réalité historique du &it. Nous suivons de préférence le récit de Luc, qui nous parait plus simple et plus objectif.

' Son indinatioD pour le Judaïsme et ses relations av€sc les Juifs feraient pencher pour Taffirmative, tandis que Tabsence des épithètes ordinaires 9iUfu*^f fo€ov/uvoi tàv Uiv sembleutdevoir conduire à Popinion contraire.

Il 10

liG LÀ roi Dt' CENTURION.

soity il avait fait consiruire^ à ses frais, un^ synagogue pour les Juifs de Caperaaûm. Sa tendre sollicitude pour un esclave témoigne de l'heureuse influence que la piété avait exercée sur son caractère ^ Cet esclave était tombé dangereusement malade pendant Tabsence de Jésus. Le mal était à son plus haut degré d'intensité^ et la mort était imminente, lorsque le centurion apprend que Jésus est de retour. Transporté de joie, il veut, sans perdre un instant, implorer le secours du Maître. Mais son origine païenne lai fait craindre de se présenter lui-même devant celui qui jusqu'à présent ne semble vouloir avoir de relations qu'avec les Juifs. Il a donc recours à l'intervention des anciens de la synagogue qu'il s'est attaché par ses services •. Bientôt ii apprend que Jésus, cédant à sa prière, approche de la maison. Alors cette pensée lui

• Comme, dans Matthieu, le mot 7raî$est toujours accompagné de Tarticle, il semblerait plus convenable da le tmdpire ptr «âkj» que ptr «esclave,» à moins d'admettre que le centurion n'avait qu'un esclave, on que celui-ci lui était particulièrement cher. L'affection toute paternelle de cet homme pour son malade, et le double aens du mot hébreu

7^0 et du mot grec n*u auront bien pu &ire croire à l'évangéliste qu'il s'agit en effet du fih du centurion.

• Strauss, et avec lui de Wette , croient que la narration simple de Lac n*e8t qu'une ampllfl'^ation de celle de Matthieu. En voyant l'humilité du centurion, dit Strauss, on a pensé qu'il était impossible que cet homme eût osé se présenter lai-môme devant Jésos. Il a donc fUlu imaginer un message confié aux Juifs du Keu. — Mais, & supposer que c^tte opinion pût w concilier avec U simplicité des récits érangéliques, un« altération de oe genre pourrait convenir à la tendance judaïque de Matthieu , mais non pas à l'etprii paulinSque éo Lue. Dans Luc, le récit est d'un naturel parfcùt. Du reste, il est Cicil» 4« concevoir «pie le premier cvangilu, en abrégeant le récit, ail repréBeoté le oiptorion venant lui-même au-devaut du Jéëus.

LA FOI t>tl CENTURION.* i 47

vient : « N'est-ce pas trop exiger que de vouloir faire « veoir cliez toi te Fil» dte Wcu? IVest-ce pas trc(p pré- « somer de toi*-mème, comme si tu étais digne de le < recevf^, et n'est-ce pas le rabaisser, comme s'il ne « pouvait pas , pour guérir ton esclave , envoyer tout « simplenient un des esprits innombrables qui le ser- « veut? » Ce n'est pas tant parce qu'il est païen que le centurion a des scrupules ^ mais parce qu^il sent vivement son indignité en face de la divine grandeur de Jésus-ChristS II nous représente un de ces bommes rares qui réalisent les conditions de la véritable foi, à savoir la conscience de leur propre misère et le sentiment de la force qni est en Jésu8*Christ. Aussi combien est précieux et encourageant le témoignage qni lui est rendu ! Jésus déclare à la foule qu*il n\i pas trouvé même en Israël une si grande foi. — Nous voyons d'après ces paroles que Jésus avait fait impression sur les esprits, qu'il avait trouvé de la foi che2 quelques-uns , mais non une foi comme celle de ce païen. La foi des Juifs restait toujours embarrassée dans les idéeS' messianiques ordinaires et ne pouvait pas s'élever jusqu'à reconnaître la grandeur

< Strauss prétend que les deux meesagas du centurion (Luc VU, 8 et VII, 6) ne s'accondent pas, et quHI faut donner la préférenee an récit de Matthieu. (Hattb. VUI, 8.) Nous croyons préoiiémeni ie contraire; Quelqu'un qui eût voulu inventer n'aurait pas eu Tidée de raodilior un message par un autre, mais il aurait présenté le premier mn$ une autre forme. On comprend parfaitement, au contraire, que le centurion^ tout préoccupé de la maladie de son esclave, ne songe d'abord qu'à faire venir Jésus. Mais lorsqu'il apprend que ses vcsux ^nt être exaucés, alors la pensée de son indignité et de la majesté de Jésus se présentât à son esprit.

148 LA FOI bU CENTURION. AVBUGLBIUNT

surnaturelle du Fils de Dieu. Mais le centurion, au contraire, regardait Jésus comme le chef du monde spirituel. Il était déjà parvenu à un point que les apôtres euxmêmes ne pouvaient atteindre que plus tard par le déyeloppement de la consdence chrétienne : ce qui nous fait déjà pressentir que le vrai caractère de la personne de Jésus serait plus tôt et mieux apprécié par les païens que par les Juifs.

Mais plus Jésus faisait impression sur Tesprit du peuple, plus il excitait la haine de ses ennemis. Blessés dans leur orgueil et dans leurs intérêts, les pharisiens résolurent de détruire à tout prix une influence qui devenait chaque jour plus redoutable. II n'y avait pas de temps à perdre ; il (allait saisir la première occasion. Jésus venait de guérir un insensé qui errait ça et là, affectant de ne rien voir et de ne rien entendre *. Aux yeux du peuple, cet acte paraissait une preuve manifeste du caractère messianique de Jésus. Que faire? On ne pouvait nier le fait. Les pharisiens n'osaient pas non plus soutenir que cette guérison eût été accomplie par les moyens naturels.

1 Luc XI, 14 ; Matthieu XII, 23 ; Marc III, 20. Je suppose que rinfirmité était affectée et non réelle, parce que c'est le seul cas où elle soit attribuée à la puissance du démon, et où la guérison physique soit coasidérée comme le résultat immédiat de Fexpulsion de Pesprit malin. Luc dit seulement que te démoniaque était sourd-muet ; Matthieu lyoute qu'il était aveugle. 11 a pu affecter d'être Tun et l'autre; mais il est possible aussi que le premier évangile confonde deux guérisons, dont l'une est déjà mentionnée ch. IX , V. 27. En effet , un trait caractéristique de l'évangile de Matthieu , c'est que le même récit s'y trouve quelquefois répété. Nous en avons un example dans le récit qui nous occupe et dont le ch. IX, V. 82-84 n*e8l, selon toute apparence, qu'une reproduction abrégée.

VOLONTAIRE DES PHAtlSIKNS. 449

Forcés de reconnaître Taction d'une cause surnaturelle^ au lieu d^une bonne ils en supposent une mauvaise etin- Tentent cette accusation de magie y longtemps soutenue ensuite par le fanatisme jui^^ « C'est le prince des dé- « monSy disent-ils, qui donne à Jésus le pouvoir de chas- « ser quelques esprits subalternes afin de séduire plus « focilement les hommes et de les amener au faux pro- « phètequi vient établir le règne du mal dans le monde.» D'autres, moins audacieusement incrédules, n'osent pas articuler une aussi odieuse accusation ; ils refusent seu-^ lement de voir dans la guérison du démoniaque une preuve irrécusable du caractère messianique de Jésus ; ils demandent un témoignage plus éclatant, quelque signe du ciel, quelque voix mystérieuse, quelque apparition surnaturelle, en un mot, une déclaration directe et évidente de Dieu en faveur de son envoyé *•

Jésus répond à ses accusateurs en leur montrant qu'ils

se contredisent eux-mêmes : « Il est impossible d'ad-

« mettre que, du mal puisse procéder immédiatement

a quelque chose de bon, que le mal puisse être vaincu

«i par le mal et qu'un démon puisse être chassé par la

* G*est anz* JuiU que Celse Ta empruntée.

s La pensée qu'un phénomène extraordinaire devait annoncer Tavénonent du règne messianique était si profondément enracinée dans Teiprit des Juifs, qu*eUe se trouve eneore chei TAlexandrin Philon, qui ne croyait pourtant pas au Messie personnel. Philon pense que les Juifs de tous les pays seront un jour rassemblés en un même lieu par un signe du ciel : Scvayoû/Acvot itpài nvoç ^ttoripa^ ^ xMrel fùvt» àv6f«?riyi;v

i''>0 AVRUGLKIIE1ST VOLONTAIRB

« puissance des démons. Le mal ne serait plagnud akurs^ « car ii produirait les mêmes effets que le bien ^ — Si a Ton appliquait aux disciples des pharisiens^ qui font le « métier d'exorcistes et qui prétendent ausft chasser le» « démons , le raisonnement que les pharisîôns ap{^« <c quent eux-mêmes à Jésus-Christ, ilsneuiaûqueraîeni « pas de montrer que cette accusation est contradictoire* ; « ils feraient observer que la puissance de Dieu peut seule « accomplir de telles œuvres. — Si donc, ajoute Jésus» « c'est par la puissance de Dieu que je chasse les dé- <c mons, c'est la preuve que le royaume de Dieu est venu « plus tôt que vous ne Tattendiez. & Le seul fait de la guérison d'un démoniaque prouve qu'il est entré dàUè le monde une puissance victorieuse du mal , et qtie le royaume de Dieu va maintenant commencer à s'établir. '/

^ Sans doute le mal est, daiw un seoti en cootradicUoil ptrpéiddle avec lui-môme ; mais il faut pourtant qu'il y ait une unité relatite, qu'il 7 ait dan» tout ce qui est mal un caractère commun , à sa?oir le contraire du bien. S il n'en était pas ainsi, et que Satan pût (aire uie chose réellement bonne, comme guérir un homme possédé du démoa, le royaume du mal serait anéanti par cela même. Cette proposition ai donc contradictoire. Le mal peut, il est vrai, servir à amener un résultat bon ; il peut être on fnoyen de bien , mail II ne peut jamais être 'A source du bien. Un royaume, une famille, peuvent encore subsister maigré des éléments de division, pourvu que l'unité ne soit pas complètement détruite, sans quoi ils cessent d'exister. Ainsi en est-H de l'empin du mal. D'ailleurs, comment Satan ferait-il servir son pouvoir à préparer l'avènement de celui dont le royaume ne peut s'établir que sur lis ruines du sien? Il cesserait, par le fait, d'être l'esprit du maL Ces observations me paraissent lever les difficultés que de Wette a cru rencoitrer dans l'interprétation de ce passage. Seulement , le sens des paroles de Jésus-Christ n'est pas à la surface, mais dans la fond.

s Allusion à ce passage : «Vos fils par qui les chassent-ils; c'est pourquoi ils seront vos juges. » Matth. XII, 27 ; Luc XI, 19. (Trad,)

W» FliAlUSlSN8. 4fy1

<« Tant qu'ua hûannefortyoillei sous les arniesi oo ne « peut pas piller sa maison > à moins qu'il ne surYieniie ^ uu plus fort ^ui le terrasse, le fisse priseoiûer et lui a, enlève tout ce qu'il possède, après TaToir dépouillé de « son armure» » De même le mal n'aurait pas pu être vaincu dans ses effets (les possessions), s'il n'avait été vaincu auparavant dans son prinoipe par une puissance supérieure. Le règne de Dieu a donc manifestement commenoé. Mms il résulte en même temps de là qne toute expulsion de l'esprit malin qui ne provient pas de le même cause n'est qu'apparente et illusoire. U ne sert et rien d'écarter les symptômes du mal si l'on ne guérit pas le mal lui«>même« La maladie ne semble disparaître un instant que pour revenir bientôt après avec plus d'intemnté^ Quand Jésus a fait allusion aux guérisons opérées sur les démoniaques par les exorcistes, il parlaitsefon fhomme^ il ne voulait point dire que ce fussent de vélitablee guérisons : « Celui qui n'agit pas dans là com- « munion avec lui, parla puissance de l'Esprit de Dieu, « agit dès lors contre lui et contre Dieu, et celui qui ne trace vaille pas à rassembler les âmes pour le royaume de Dieu a les détourne de la voie du salut et sertie règne du mal « en paraissant le combattre.» Ainsi les exorcistes qui, par leurs artifices, imitmt les effets de la puissance de

< Ces! comme ai un médedn se propose seulement de ikire disparaître les efitets du mal sans agir sur la cause. Ses remèdes, qui auront produit un soulagement momentané, n'auront fait peut-être en réalité que donner plus de force au principe môme de la maladie.

152 AVKUGLKMBMT VOLONTAIRI MES PHAAimiCS.

DieU) ne font, en réalité, qu^angmenter la puissance du mal\ Si Tâmedu démoniaque n'a pas été guérie, si FEsprit de Dieu ne lui a pas communiqué une Tie noû- Yelle, Tesprit malin ne disparait qu'un moment pour reyenir tourmenter plus cruellement sa Tictime*.

1 Ces paroles se troavent également bien placées dans Mattbiea XII, 80 ; mais le ^là reCro (Mattb. XII, 31 ) ne se lie pas naturellement à ce qui précède , non plus qu*à ce qui suit , et doit être placé après ce qui est dit Luc XI, 23-S6. (Gomp. Mattb. XU , 48-45.) G*est une conclusion générale du discours de Jésus en réponse à Taccusation nainnipii^i» des pbarisiens. L^encbalnement des idées tel que saint Luc Ta reproduit est à la Ibis trop cacbé et trop profond pour être le résultat d*nne combinaisoB artificielle. Je ne puis donc accepter les conclusions de la dissertation , d*ailleurs très bien faite, du professeur Elwert. ( Voy. Studien der GeisU lichkeit Wûrtembergs, 9* année, n*l, 1886.) Elwert n'admet pas que Luc XI, 23 se rattacbe à ce qui précède immédiatement. Il applique ces paroles à Tindécision de la foule, qui, après s*ètre déclarée atec enthousiasme en faveur de Jésus, se laisse tromper si facilement par des accusations mensongères. Mais, outre qu*il ne convient pas, lorsque Técrivain sacré donne lui-même Tencbalnement des idées, de repipteoer cet encbalnement par les combinaisons de la critique, les mots : « Celui qui n'assemble pas avec moi disperse» se rapportent, non pas à une disposition, mais à un acte. Il s*agit d'une œuvre qui prétend rassembler poar le royaume de Dieu, mais qui en réalité disperse, parce qu'elle ne rassen- Ue pas avec Jésus. Elwert reconnaît lui-même que, rigonrousement iaterprétées, ces paroles contrediraient son bypotbèse, mais il allègue b caractère proverbial de l'expression , pour avoir le dn^t de rejeter h signification littérale.— J'ai suivi dans ce passage les excellentes observa» tions de Schleiermacher, dans son ouvrage sur les écrits de Luc. Quai^ au rapport entre Luc XI, S8, et IX, 50, nous en parierons plus tard.

* Dans Matthieu XII, 48, ce dernier passage a un autre sens : «Puis- « que le peuple n'a pas voulu obéir aux exhortations qui lui ont été « adressées, il va retomber dans une misère d'autant plus profonde.» Ce sens convient également à la comparaison , qui s'applique d'ailleurs à tous les cas dans lesquels un progrès apparent a été bientM suivi d'une décadence plus rapide.— Mais l'application immédiate a pour objet la guérison apparente des démoniaques par les exorcistes. La manière dont Matthieu emploie cette comparaison prouve, oo qui du reste s'entend de soi-même, qu'il s'agit ici d'une image, et qu'il ne faut pas prendre la chose à la lettre.— Autrement, il faudrait supposer, contre toute vraisemblance, que des hommes enclins à tout matérialiser ont , dans cette circonstance, spiritualisé les paroles de Jésus.

LS riumé mRémssiBLR. 1«53

^prèt âYoir nKmtré combien sont insoutenables les ^aeciuati^BS des pharisiens, Jésus devient accusateur à son tour. Il dénonce le motif des absurdes calomnies dont il est Tobjet et prononce condamnation contre les coupables dispositions de ses ennemis \ — <x Puisque « TOUS mentez sciemment en disant que je chasse les « démons par la puissance des démons ; puisque tous « ne croyez point TOus-mémes à cette accusation et « qn'il TOUS est facile de Toir que je ne puis faire ces « œuTres que par la puissance de TEsprit-Saint, tous • « TOUS condamnez Tous-mémes de la manière la plus 0 terrible — car, sachez-le bien, autre chose estd'ou- « kager le Fils de Phomme par ignorance, autre chose a de le feiire Tolontairement. Si ceux-là sont coupables « qui méconnaissent le Fils de Dieu sous son humble « apparefice et refusent de me reccToir pour le Messie, « qu'ik s^attendaient à Toir paraître dans tout Téclat de « la gloire terrestre, combien n'étes-Tous pas inexcusables « TOUS qui résistez au témoignage intérieur du Saint- « Esprit et qui attribuez à Tesprit malin les œuvres que « Totre conscience tous force de rapporter à Dieu *.» —

i Matth. XII, SS; Marc III, 28; Luc XII, 10.

* Il y avait parmi les Juifs des bommes qui s*éloignaient de Jésus , plutôt par ignorance ou par préjugé, que par mauvaise foi, et qui pouvaient, dans un moment favorable, être sincèrement touchés et gagnés. C'est ainsi que plusieurs, repoussés d'abord par l'humble aspect du Fils de rhomme, furent plus fadlement amenés à la foi quand ils eurent vu agir dans le monde Tesprit du Christ glorifié. ^ Mais queUe sûreté et quelle divine profondeur de coup d'œil ne fallait-il pas à Jésus, pour pouvoir discerner dans le moment même et si exactement les diverses classes d*adversaires que rencontrait son ministère , et que son œuvre devait rencontrer dans tous les temps !

154 LE PÉCHR laURlUt^BLB. LA M^tS

Celui qui outrage le Fils de rhomoM 8aM la c6iiiAttre peut encore revenir et obtenir le pardon de ms pédié»:; mais quand l'esprit de mensonge s'eêt emptfé d'an hommoi la repentance n'est plus posâble ûi par coot^ quent le pardon. Jésus ne dit pomt qiie ks phâritienfi soient déjà parvenus à ce degré d'enduroisieaiwit moral qui exclut toute possibilité de retour, il décrit BMlemeit l'état désespéré dont les rapprochent leurs dispositiois mauvaises. Leur conduite ténuMgne des sentiments de leurs cœurs ; c'est parce qu'ils sont animés de ces dîtpesitions mauvaises qu'ils se montrent si méchants en paroles et en œuvres. Les paroles^ comme les oeuvres, ne sont que l'expression de l'état intérieur, et c'est daiM ce sens que Jésus prononce condamnation contre les paroles*.

Comme il finissait de parler, on vint lui anaoocer que sa mère et ses frères le cherchaient, mais ne pouvaient percer la foule pour arriver jusqu'à lui*. Quelques pharisiens, voulant mettre fin à une scène qui menaçait d'avoir pour eux des conséquences fâcheuses, et redoutant l'effet que pouvaient produire sur la foule les re-

^ MaUhlen XII, 88 et suiv. Ces paroles doiTent certainemetit être placées id , quoique liatthien y en ajoute beaucoup d'autres qui sont dee réminiscences du discours de la montagne.

Cette maDière d*«nvelopper dans une même oondsmnatiofi les paroles comme les actes contraste parfaitement avec la morale des pharisiens, qui distinguaient à rinfini.

« Vcy. Matth. XII, 47; Marc m, 81; Luc Vllt, 19. Le mot Km signifie peut être seulement « hors de la foule, o Peut-être aussi 8*agit-U d*un lieu fermé ; mais il n^est pas probable que ce lieu fût une maison.

RT LB& FainSS or JÉiiUS. 155

proches sévères qui leur étaient adressés,- fireat courir le bruit que Jésus était hors de sens* (Marc 1II| 21). Les expressioas étranges et paradoxales de Jésus pouvaient prêter à Taccusation un certain caractère de vraisemblance (JeanXy 20). Elles avaient toujours paru aux frères du Seigneur des énigmes indéchiffrables» parce qu'ils n'avaient pas encore compris le fait capital qui expliquait tout. Les insinuations des pharisiens pouvaient donc, un instant, trouver accès dans leur esprit*. Gela se concevrait plus difficilement de Marie; mais la mère du Seigneur pouvait avoir d'autres sujets d'inquiétude à l'égard de son ûls. — En apprenant que sa mère et ses frères le cherchent, Jésus ne s'empresse point de quitter la /ouïe qui l'entoure pour aller aunlevant d'eux ; mais, toujours occupé de son œuvre, toujours attentif à instruire ceux qui l'écoutent, il saisit cette occaéon pour déclarer que la parenté selon la chair et celle selon l'esprit sont choses fort différentes, et que ceux qui lui

^ Ce que Marc rapporte dans ce passage ne ressemble nullement à nn détail arbitrairement ajouté par la tradition on par Marc lui-même, mais provient sans doute de qaelqa*an de ces documents spéciaux qoe Marc senn ble avoir quelqueibis oonsullée. Gomment la tradition anrait^le Jamais imaginé de mettre un pareil jugement sor le compte des frères de Jésus ? n n'est pas moins difficile d'admettre que Marc n'avait pas compris Taccusation des pharisiens contre Jésus, et avait mis cee paroles dans la bouche des frères du Seigneur ; car, dans aucun cas, on ne pouvait entendre que le pouvoir de chasser les démons fût attribué à un homme possédé lui-môme par l'esprit malin ; tandis qu'on comprend très bien dans quelles vues les pharisiens pouvaient ajouter cette nouvelle calomnie & la première.

* Une chose digne de remarque, c'est qu'il y a dans l'évangile de Jean un passage relatif à la même époque, dans lequel il est expressément dit que )» frères de Jésus ne croyaient pas en lui (Je«n VU, 5.)

ir»6 LA M^RF. ET LES PRRRRS PB s{»V9. LR MIRACLE

tiennent de plus près par les liens du sang ne sont pas pour cela en communion spirituelle plus étroite avec lui : « — Qui est donc ma mère et qui sont mes frères, s'écrie- « t-il? » et, montrant ses disciples et la foule attentive qui se presse autour de lui : « Voici, dit-il, ma mère « et mes frères ; car, quiconque fait la volonté de mon « Père céleste, est pour moi un frère, une sœur ou une

« mère*.

Il y avait encore une classe d'auditeurs auxquels Jésus n'avait pas répondu, c'étaient ceux qui demandaient un signe du ciel pour constater le divin caractère du Messie. Il leur déclare que leur demande ne sera point exaucée parce qu'elle procède d'un cœur incrédule; ils n'auront d'autre signe que celui du prophète Jonas*, que la manifestation de la divinité dans la personne du Fils de l'homme*. Ce signe est la lumière du monde, et,

^ Ces paroles sont rapportées par Luc (VIII , 21) dans an autre encbalnement; d*ailleurs assez naturel ; mais elles nous paraissent mieux motivées dans les récits de Matthieu et de Marc. Ajoutons que, à la place que ces paroles devraient occuper dans Luc, c^est- à dire tu v. S7 du ch. XI, nous trouvons une pensée analogue (Luc XI, 27-28). Les deux récits ont, dans le fond, assez de rapports entre eux pour avoir pu être échangés Tun pour fautre. C'est de cette hypothèse que nous sommes partis quand nous avons rapporté le passage inséré ici par Lac Voy. p. 67.

• Voy. vol. I, p. 191 et 192.

> Matth. XII, 89; Luc XIV, 29. Le rapport que Matthieu établit entre ces paroles et la résurrection de Jésus est tout à fait étranger au but que le Seigneur se propose. Il s'agit seulement de la révélation de Dieu , telle qu'elle se montre en général dans la vie de Jésus, aux yeux de tous ceux qui rentourent ; mais la résurrection n'eut pour témoins que des croyants et n'était destinée qu'à eux. Elle devait viviâer la foi, mais non la produire. Pour ceux qui n'avaient pas cru auparavant, la résurrection était un signe, non pour eux mais contre eux, le signe du triomphe de

DE JONAS. L*UYPOCiUSlB DES PHARISIENS. |57

de même qu'on ne met point la lumière sous le boisseau mais sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison, de même la gloire de Dieu, qui brille en Jésus-Christ, ne peut point être obscurcie : elle doit briller aux yeux de tous. Mais il faut pour cela que Toeil soit sain. La conscience de Dieu est pour Tâme ce que Toeil est pour le corps. Si la lumière intérieure s'éteint, si la conscience, si l'élément divin dans l'homme disparaît, alors tout devient ténèbres; la lumière de la révélation extérieure ne peut plus servir de rien, parce que l'âme est dépourvue d'organes pour la percevoir. — Voilà pourquoi les Juifs incrédules demandent toujours de nouveaux signes; c^ n'est pas la lumière qui leur manque, mais leurs yeux sont fermés : comment verraient-ils?

En ce moment survient un pharisien qui, moins hardi ou plus habile que les autres, cache sa haine sous le voile de la politesse. Il invite Jésus à venir manger dans sa maison, sans doute dans la pensée de l'observer attentivement pour découvrir dans sa conduite quelque chose qui pût servir à le faire accuser. Ainsi, dès le commencement, on se montre scandalisé de le voir se mettre à table sans s'être lavé les mains. Jésus s'en aperçoit et saisit cette occasion pour démasquer l'hypocrisie de ses adversaires. « Vous autres, pharisiens, leur dit-il, vous

KcBUvre da Dieu, malgré les machinations des hommes. Cette pensée aurait détourné les auditeurs de la pensée principale; nous devons donc la considérer comme un commentaire postérieur, ayant pour but de d»Welopi>cr, indépendamment de la circonstance, la pensée frénérale.

^58 l'hypocrisie des pharisiens

« faites comme ceux qui nettoient les dehors de la coupe et « du plat tandis que rintérieur reste malpropre. — Ain^ <( vous paraissez purs audehors^ mais an dedans vous êtes c pleins d^avarice et de méchanceté* . Insensés, le dehors « et le dedans n'ont^ls pas tous la même origine» le « même auteur? Ils doivent donc aller ensemble. La « vie doit procéder du dedans au dehors ; c'est la dis- « position qui constitue l'essence de la véritable piété*. »

1 Gomp. Mattb. XXm, i»; 8t Luc XI, S9. Au prami«r abord las émx metobres depbrases paraissent, dans Luc, ne pas se correspondre, le IÇuOcv M rapportant aux plats ot le U^n aux personnes. Dans Matthieu, au contraire, il semble y avoir correspondance : « Vous nettoyer le debors « des plats, mais en dedans ils sont pleins de rapines et dlnjustiœ, u c'est^^HlJre de oe qui a été acquis tnjttiteiDent. » Jésut Mpfoobemit alors au pharisien d*avoir obtenu par de manvais moyens les choses quMt préieateà ses hôtes.— Mats le sens est peu fralsemblable. --Gehii de Luc est bien plus naturel : « Vous nettoyez le dehors dds plats, mais « vous êtes impurs en dedans. » Seulement il y a deux autres membres du phrase soufl-eatendus : k eonséqueat du pramiar ti Vtm^eéûtni du second ; et la phrase complétée devient telle que nous Tavons mise dans le tsxtt. IVaHteafs, pour que Tautre interprétation puisse se soutenir, il faut lire dans Matthieu XXJII, 25 : nSiy.'uH ; tandis que si on adopte la lectio recepta : ou(p<x.yioLç (intempérance) , on ne peut plus rapporter le mot qu*aux penoones eC non aux plats. Or, cette dernière leçon doit être préférée comme étant la plus difllciie et comme expliquant Torigine des autres.

* Ici se présente un passage diflicile (Voy. Luc XI, 41) qu'il fiint expliquer avant d'aller plus loin : Le t«^ ivàvrot, correspond dans tous les cas à f7o*0cv du verset précédent, et foi t opposition à iÇuScv. Mais faut-il prendre ces paroles dans le sens naturel ou dans un sens ironique ? Si Ton adopte la première opinion , il peut paraître étrange que , dans le moment où il n'est préoccupé que de la dlspositkm, Jésus commande on acte qui pouvait être si facilement interprété comme un opus operatum. Il faut alors considérer cet acte comme étant une application spéciale de la disposition que Jésus réclame, à savoir de Tamour. Néanmoins, si Ton songe que c*est précisément sur Tanmône et sur le jeûne que les pharisiens faisaient reposer leurs prétentions à la sainteté, il est difficile de comprendre que Jésus ait précisément choisi cette application qui pouvait le mieux fournir une apparence d'excuse à ses adversaires; à moins

ET DES DOCTEURS DS LA UH. i59

fat w$ pftfoln fléfèceS) Jésus aeoable les pharieieiis qui Çftdiiîeiit h mécfattieeté de ienr coeur sous les apparences tPOipMMee de la {rfélé et de la looralité; il oondamne l#i» hypocrite eiaotîtude à Cidre raumône et à payer la dtmedetowlenfi rerennSy tandis qu'ils négligent la justice et la elMrtté* Enfin il met à découvert leur vanité rt leur «rgueil en Isiur reprochant de eheroher partout les premières places. — U les compare à des sépulcres bien blanchis au dehors et qui ressemblent à tout autre chose qu*à des tombeaux^ mais qoi^ malgré leur belle apparence ne sont pleins que d'ossements et de pourriture.' Aloi^, un des docteurs de la loi lui ayant demandé si ces reproches s'adressaient aussi à lui et aux siens, Jésus protite de cette occasion pour s'élever également contre Torgueil et Thypocrisie des docteurs'.

de snppoeer qne l^^varice fûl le ^Ice dominant des pharisiens qui fenlouraient alors, et que le manque d*amour se montrât surtout chez eux par le manque de générosité. —Ou bien il faut admettre que le narrateur n'a pas reproduit fidèlement les paroles de Jésus ; mais, comme nous l'avons vu , l'application «pédale de la pensée à l'aumône est trop peu naturelle an premier abord , pour qu'on puisse songer à la mettre sur le compte. de ta tradition. ~ Toutes les difficultés seraient levées si Ton admettait que Jésus parte Ici, non de son point de vue, mais de celui des pharisiens : « Pour ce qui est du dedans, faîtes seulement des aumônes, et puis « toutes eboees tous sont pures; » c'est-à-dire, vous croyez que cela suffit pour vous rendre purs. J'avoue que cette interprétation n'est pas conpiéiement satisfaisante, mais je ne vols pas de raison suffisante pour la refNweserattsei formellement que le font quelques modernes commentatmre et de Wette lui-même. — Ce qui suit s'accorderait très bien avec cette «iplieatlon : «r Vous croyei être justes parce que vous faites Tau- « mône ; détrompes- vous t Votre ftiusse apparence de justice ne pourra « tous eouetfftire au jugement de Dieu; mais, au contraire, malheur à « Tom I... etc. » Puis vient un autre caractère de la justice des pharisiens, le paifeoient de la dime.

* Il y avait une différence entre les vofii/oi et les pharisiens proprement

i60 l'hypocrisie des pharisiens et d^ doctbcrs.

Il est possible que ces entretiens, commencés d^^ibord a table, se poursuivirent ensuite dehiurs après le rqM». Vivement irrités, les pharisiens accablent Jésus de questions insidieuses, épiant la moindre occasion de le. trouver en faute et de se venger des humiliations qu'il leur a fait subir \ Peu à peu d'autres auditeurs surviennent; une foule nombreuse se rassemble autour de Jésus, eiks

dits. Peut-être les premiers se distinguaient-ils des antres en ce que, sans rejeter Tantorité de la tradition , ils étaient plus attachés & l*Ecriture. (Peut-être forment-ils la transition à ce qu*on a appelé plus tard la secte des coréens.) Ils espéraient, d*après cela, que Jésus serait moins sévère à leur égard ; mais Jésus, qui connaît leur étrcHtesse, leur orgueil de ^voir et leur sévérité envers les autres, mais non envers eux-mêmes, ne manque pas de les accabler à leur tour. Cette distinction établie entre les vo/itxoi et les autres pharisiens, est une preuve de la vérité du récit de Luc. Strauss et de Wette prétendent au contraire que ces interruptions fréquentes qui fournissent à Jésus Toccasion de varier ses discours , ne sont qu'une addition du fait de Tévangéliste. Mais comme ces interruptions conviennent parfaitement au caractère des interrupteurs, je ne vois pas pourquoi on en fait une objection , au lieu d*eu faire un argument en faveur de la réalité du fait. — Il est naturel qu'un entretien pendant un repas, soit fréquemment interrompu; et Ton comprend que ces entretiens* flrappant vivement Tesprit de ceux qui les entendaient, aient été racontés plusieurs fois, et se soient fidèlement conservés dans la tradition.

^ En comparant Luc XI, 58 avec XII, 1, nous voyons que l'entretien a dû se prolonger après le repas. S'il fallait voir dans la forme vive et animée du récit qui pré<!^e un effet de l'imagination de Luc, on ne comprendrait pas comment un historien qui vient de se montrer si habile le parait si peu dans ce qui suit , et nous bit passer sans observation , sans transition aucune, à des discours qui ne peuvent avoir été prononcés qu'en plein air, au milieu d'une foale nombreuse. Mais en revendiquant le caractère historique de ces discours, nous ne voulons piis affirmer qu'il ne s'y soit mêlé aucun élément étranger, aucune parole appartenant à d'autres circonstances. Il en est comme du discours de la montagne ; la tradition a conservé les traits généraux de l'entretien de Jésus avec les pharisiens. Ce cadre une fois trouvé, on y a fiiit entrer plusieurs paroles isolées dont on ne pouvait plus déterminer l'occasion ni la date, et qui semblaient se rapporter au même siget. Ainsi» par exemple, le passage XI , 49 , qui appartient au dernier discours de Jésus contre les pharisiens. Voy. Matth. XXIIl, 84.

ET DBS DOCTEURS. l61

pharisiens se retirent enfin. Alors Jésus s'adresse à ses disciples; il profite de ce qui vient d'arriver pour les prémunir contre les pièges des pharisiens et pour lès encourager en même temps par la perspective du triomphe définitif et certain du royaume de Dieu. Il les exhorte d'ab<Nrd à se garder du levain des pharisiens, c'est-àdire de Phypoerisie qui, semblable à un levain actif, pénètre, transforme et corrompt tout ce qu'elle touche. Qu'ils prennent bien garde de se laisser séduire par ces hommes trompeurs qui cachent souvent leurs mauvais desseins sous les dehors de la bienveillance ^ Puis, pour

* Cet avertissmnent fait évidemment allusion à rhypocrisie. du pharisien qui avait invité Jésus à manger chez lui, en apparence pour mieux profiter de son enseignement, mais en réalité pour lui tendre des pièges. Dans Matthieu XVI, 6, ces paroles sont détournées de leur véritable sens» Nous avons déjà vu que le rapprochement des pharisiens et des sadducéens est particulier à Matthieu et manque de vraisemblance. Supposons qu*il s^agisse de la doctrine, comment Jésus aurait-il associé deux sectes aussi opposées? D^ailleurs, la doctrine des sadducéens n^était pas populaire; elle n*avait point pénétré dans la classe dont les disciples faisaient partie, et ceux-ci n'avaient pas besoin d'être prémunis contre elle. — L^applieation aux pharisiens se comprend mieux. Schneckenburger prétend, il est vrai (voy. Shtdien der Geisflichkeit Wûrtcmbergs VI, 1, p. 48), que Jésus recommande ailleurs la même doctrine. Voy. Matth. XXIII, S. Mais, dans ce dernier passage, il s'agit des préceptes des pharisiens par opposition à leur conduite relâchée. Il faut suivre les uns et ne pas imiter Tautre; il faut que lajustice des disciples surpasse celle des pharisiens, et qu'ils observent la loi dans toute son étendue et non pas seulement dans les apparences.— Mais quelquefois la doctrine des pharisiens est prise dans un antre sens; elle est opposée i\ TEvangile et à l'esprit de la loi : il s^agit alors des idées charnelles au sujet du royaume de Dieu, n serait donc très permis d'entendre par le levain la doctrine des pharisiens. Mais l'application est bien plus claire et plus naturelle dans saint Luc, d'autant plus que Jésus vient de parler de Thypocrisie des pharisiens. Ajoutons que cette interprétation est la seule qui puisse convenir aa récit de Marc. Quand Marc parle (ch. VIII, ^5) du levain d*Hérode^ il est bien clair qu'il entend par là non pas la doctrine, mats

IG2 l'hypocrisie des pharisiens.

rassurer les esprits que ces pressentiments auraient pa troubler, il leur annonce la viétoire future de la mérité, qui doit triompher enfin de tous les obstacles et se ré* pandre parmi tous les peuples. « Il n'y a rien de caché <K qui ne doive un jour être manifesté, ni rien de aeerst a qui ne doive être connu. Ce que les disciples ont re* « cueilli de la bouche du Maître, ils doivent le préchi^ « du haut des maisons pour que tout le monde puisse a Ten tendre \ Qu'ils se rassurent donc et qn'appuyés « sur ces promesses ils s'avancent hardiment, prêts à a combattre avec courage pour la cause de la vérilé*. » Les accusations élevées contre Jésus pendant son sé-

l'hypocrisie d'Ilérode. On pourrait croire alors, en prenant pour baie le récit de Luc, que Matthieu a, selon son habitude, joint les ^adducéens aux pharisiens, et que Marc, corrigeant à son tour le rédt de Matthieu, a mis Hérode au lieu des sadducéens. H n*y aurait dans ce cas qu'un seul récit original. Mais il est possible aussi que Jésus ait répété plusieurs fois, sous des foinnes un peu diiïérentes, le mémo avertisiement. On sait qu Hérode désirait voir Jean , mas par pure curiosité, et non dans des vues sérieuses; il n'était donc pas inutile de prémunir les disciples contre lui aussi bien que contre les pharisiens. U faudrait supposer alors que Marc a suivi, lui aussi, une tradition originale. Cette opinion est plus vraisemblable que Tautre, laquelle, pour se rendre plausible, e^ obligée d'admettre qu'Hérode était sadducéeu.

> Ces paroles sont rapportées par Matthieu (cb. X, M, %l) à la première mission des apôtres. Elles nous paraissent mieux à leur place dans Luc ; mais, d'un autre côté, elles sont plus fldèiemeat reproduites dans Matthieu X, S7 que dans Luc XII , 8. Ici il y a t « Ce que tous avec dit»; là : Ce que Je vous disi>. Or, les disciples n'onl pas encore paHé entre eux de ces choses ; ils ne les avaient pas asses comprises; ils les ont seulement reçues du Maître.

* Beaucoup des paroles qui suivent, dans Luc, se rapportent à d'antres circonstances; ainsi, par exemple, ce qui est dit du péché contre le Samt-Esprit (voy. plus haut p. 158).— Car je ne puis pas adopter Ha terprétation de Schleiermaclier, d après laquelle ces paroles m tnm%)iraient ici à leur véritable place.

Page 1