DR LA PREMIÈRE ÉDITION
qui me parait Trai ou Traisemblable. Celui qui apporte quelque chose de bon doit parler , comme dit Luther, et laisser le diable piailler ensuite tant qu^il voudra. Il y a deux partis opposés qui ne manqueront pas d'être mécontents : ceux qui veulent tout renouveler et dont la folle présomption prétend ébranler le rocher des siècles lui-même, — et ceux qui, aux dépens de la sincérité, voudraient , quoi qu'il en coûte , maintenir ou ramener ce qui a vieilli et qui s'est survécu à soi-même. Je serai mal . reçu des hypercritiques qui sacrifient l'histoire évangélique aux subtilités et à l'arbitraire du subjectivisme, et de ceux que scandalise toute critique , ou du moins toute critique par arguments internes. Ces deux tendances sont l'une et l'autre contraires à la candeur , et compromettent, le progrès normal dans la connaissance de la vérité. Tout ce qui a le caractère d'une histoire doit être soumis à la critique. Pour moi , je suis convaincu qu'une critique impartiale n'est nullement en contradiction avec la foi enfantine, sans laquelle il n'y aurait plus de christianisme , et par conséquent plus de théologie chrétienne^; mais que, au contraire, la foi , qui donne seule à l'esprit la rectitude , lui donne en même temps la pénétration et la vraie profondeur.
1 II est inatile de dire qae la théologie n^est pas seulement de la critique : inutile de dire combien le théologien doit veiller sur ses dispositions spirituelles, s'absorber toujours plus profondément dans la contemplation des choses saintes, et lire TEcriture non plus seulement avec les yeux du critique, mais avec le cœur du croyant. Sans cela, la prédominance de rélément critique enlèverait toute saveur au sel de la théologie.
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La critique sera alors comme un feu salutaire qui éprouvera la foi du théologien. Car aujourd'hui , dans nos temps de luttes , la tenlatio doit accompagner Voratio et la medilalio y la critique doit marcher avec Phumilité d'esprit et le respectueux amour de la vérité. Hors de là il n'y a plus de théologie. Le vrai sacerdoce consiste dans une consécration silencieuse de l'esprit à Dieu. Quant au bruyant et vain babillage selon le goût du monde , la théologie n'a rien de commun avec lui.
Je trouve dans la manière dont Dieu se révèle à nous par l'Ecriture la même loi que dans la création. Partout je vois un Dieu qui se montre et se cache en même temps , un Dieu qui ne se fait trouver que de celui qui le cherche sérieusement. C'est l'idée que le grand Pascal , le sage de tous les siècles , a si bien développée dans ses Pensées , malgré les erreurs où le conduisent parfois le catholicisme et la doctrine de la prédestination absolue \ Pcrtout excitation à la foi et au doute, dualité universelle dont l'âme pieuse a seule la solution, et qui nous révèle la volonté divine soumettant les créatures à la grande loi de l'épreuve et exigeant que , dans le domaine spirituel aussi , l'homme mange son pain à la sueur de son visage.
1 Nous deTons remercier vivement Texcellent M. Faugère de la peine qull a prise pour nous donner les Pensées dans leur forme originale.
D' NÉANDER.
Berlin,lel8 juillet 1887.
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