‹ Vie de JésusChapitre 70 sur 102 · LE PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

LE PARALYTIQUE

l'ignorons; mais, quoi qu'il en soit, la douleur physique et la douleur morale semblent iei ôtre corrélatives ' • Pour opérer une g«érison complète, il Mlaitdonc agir à la fois sur le corps et sur l'esprit. Quoique le mal fût certaine* ment réel et non pas imaginaire , il fallait cependant que le malade fût délivré de son trouble intérieur, autrement il restait toujours en lui un des éléments de la maladie; et, d'un autre côté, comme cette maladie lui paraissait un châtiment , pour qu'il pût croire au pardon de ses péchés, il fallait que son infirmité lui fût 6tée. Pressés d'arriver auprès de Jésus, et ne pouvant pénétrer à travers la foule, les porteurs se décident à prendre une autre voie. Il;s montent par l'escalier qui conduit depuis le dehors de la maison jusque sur la plate-forme*, et

* L^empreesement que Ton met à porter le paralytique fait supposer à Schleiermacher que Jésus-Christ était sur le point de partir. Mais on peut aussi fiûre une supposition contraire et expliquer le récit de Marc (eh. II, 1) en admettant que Jésus vient d'arriver après une longue absence, en sorte que beaucoup de malades sont impatients de profiter de son retour. Peut-être y avait-il aussi dans l'état momentané du paralytique quelque chose qui motivait Tempressement de ceux qui le portaient.

* Les récits de Luc et de Marc sont parfaitement simples et naturels, et portent le cachet de la vérité. G^est à tort que Strauss les considère comme une amplification du récit de Matthieu. Il est bien plus vraisem* blable que Matthieu , voulant seulement insister sur les paroles de Jésosy ne donne du reste qu'une relation abrégée. Selon Strauss, Luc ne suppose que les porteurs ont percé la toiture, que pour expliquer Téloge que Jésus accorde à leur foi. Mais la supposition inverse est pour le moins aussi raisonnable, à savoir que Jésus loue la foi de ces gens parce que son regard profond a lu dans leur âme, on parce que leur conduite en cette circonstance témoigne de leurs sentiments. De cette roanièra^ ie récit de Luc explique et complète celui de Matthieu. Dans les premiers temps de TEglise , tous les croyants attribuaient à Jésus le pouvoir de lire immédiatement dans les cœurs; la tradition n'était donc pas dispo-

LB PARALTTIQUR. 165

ayant découvert une partie du toit, ils descendent par cette ouverture le lit du paralytique \ Jésus commence par annoncer au malade le pardon de ses péchés , et la confiance quUl lui inspire par ces paroles est le point d'aj^pui de l'action divine pour opérer la guérison complète» Ici les pharisiens ne manquent pas de crier au seandale — Jésus vient de s'attribuer un pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu seul, le pouvoir de pardonner les péchés! Mais Jésus, connaissant leurs pensées, établit sur un fait irrécusable l'autorité de sa parole, a II est « sansdoute facile, dit- il, de dire à quelqu'un : tes péchés « te sont pardonnes , car le résultat n'étant pas de na*

lée à imaginer un fait extérieur quelconque pour expliquer comHient Jésus pouyait connaître la foi des personnes qui se présentaient devant lui. En admettant quil y eût ordinairement une porte pour conduire depuis la plate-forme dans Tintérieur de la maison, on peut toujours supposer que cette porte fut trop étroite pour donner passage aux quatre hommes qui portaient le paralytique, en sorte quil faUut néanrocHns découvrir une partie du toit. Mais Texistenoe de cette porte n'est rien moins que prouTée. Le passage de JotiniB, Arch.^ liv. XIY, cb. xv, § 12, semble prouver au contraire qu'il fallait découvrir le toit pour pénétrer dans respace situé immédiatement au-dessous. II s*agit de la prise d'un village par Hérode !«', et d*nne troupe de soldats ennemis qui, s'étant réiugiés sur les toits des maisons, y furent découverts et faits prisonniers. A ee ti^et» Josèpbe. raconte qn'Bérode roW ipà^ot rtt» o2x«y x0eToc9x«brr«»r, tft,nXta réc, xâro» rm 9Tp«rt«tTdy i^pa «Bfàoti iitiiXvi/ifnhùiv. Quand bien même Marc aurait noonté d*après Luc, il faut bien admettre qu'il savait comment étaient constraites les maisons en Orient, et qu'il ne se serait pas exprimé comme il le fait au v. 4, s'il y avait eu un moyen ordinaire de descendre dans la maison depuis le toit. Mais il est plus pr(d»able qu'il a suivi, ici comme ailleurs, des documents spéciaux, quoique je ne puisse pas adopter l'opinion qui D^it de cet évangile l'évangile primitif et la source des deux autres.

* II est tout à fait déraisonnable de trouver surprenant que dos étrangers se soient permis de découvrir ainsi le toit d'une maison \ attendu que les rapports du malade avec les possesseurs de la maison nous sont entièrement inconnus.

iOt LK PARALYTIQUB. GuéglSONS ACCOMPLIES

« ture à pouvoir être extérieurdmeat consfaUéi on pout « s^attribuer fausseiuent un tel pouvoir saiia risquer (c d^être contredit par hs faits \ Mais celui qui dit ou a même temps: Lève toi et marche, doit posséder réel<- « lement le pouvoir d'agir comme il parle ^ aatreneot < le résultat viendrait aussitôt le convaincre ^ de œmi- « songe.» Puis, se tournant vers le paralytique et r»* menant, par une parole, Tardeur de la vie dans see os desséchés, Jésus montre clairement qu41 a auisi le pouvoir d'accomplir ce qu'il avait d'abord promis, et de communiquer à l'âme engourdie nne ooufelle vie spirituelle *.

Un jour de sabbat, probablement à la même époque , Jésus trouva dans la synagogue un homme qui avait une main sèche'. Peut-être les pharisiens avaient- ili eux-mêmes conduit cet homme pour servir leurs mauvais desseins. Les yeux fixés sur Jésus, ils brûlent d'im** patience de savoir ce qu'il va faire* Jeans , qui a péné-* tré leurs sentiments , agit néanmoins avec un calme et une confiance très caractéristiques. Sans paraître faire aucune attention à ses aatuôeux efinemis , il fait avan*

> G*en de la parole qtfil 8*agit etiiott de Tàctiofi. Il 6^ plas fkdle en effet de dire à quelqa*an que ses péchés lui sont pardonnes que de loi dire : « Lève-toi et marche. »

* Les paroles Luc V, U, et Matth. IX, 6 : « Le Fils de rhomms a « Tautorité de pardonner les péchés sur la terre » renferment cette pensée sous-entendue : c*est Dieu qui pardonne dans le ciel.— Jésus» le Fils de l'homme, annonce et apporte aux hommes le pardon des péchés de la part de Dieu.

» Matth. XII, d ; Marc lU, 1 ; Luc VI, 6.

LB AMJR DU SAMAT. 107

œr le nialMle an milku de la synagogue; puis il se tourne Teri les pbannenA, eAf n'attendant pas qu'ils Tin-^ temigent f il les prévient lui«mème en leur posant ce dileautte : « Que faut«'il fisire le jour da sabbat » du « biett 00 dn mal? Doit-«on laisser périr un homme ou « lui sauyer la vie? » La question est posée à dessein sous une Ibrme qui ne permet pas aux pharisiens de répondre d'une manière ambiguë. 11 ne s'agit pas de ehoisir entre faire et ne pas faire ^ mais entre faire du Uen on dn mal. On aurait seulement pu objecter que^ dans le eas présent ^ la question était mal posée , puisqu'en réalité le choix était entre faire ou ne pas faire* Mais Jésus part du principe que les péchés d'omisfûm sont aussi des péchés de ammiêsion. Celui qui néglige de faire le bien qu'il pouvait faire est tesponsable du mal qu'il n'a pas empêchée S'il peut sauver la vie à son prochain » il le doit f et s'il ne le fait pas^ il est digne de iMrl\ Jésus voit un homme infirme ^ il a le pouvoir et la mission de le guérir , s'il ne le fait pas il est donc coupable. Les pharisiens enseignaient eux-mêmes dans tem^ écoles qu'on doit, si Toccasion s'en présente, sauver la vie de son prochain, même le jour du sabbat ; Jésus s'empare de ce principe et le développe selon le véritable esprit de la loi, et montre que ta loi du

1 U ndion sUéyoée par WillM dsot aoa Swmgiié prmitif, p. 191 , jKfor nitÊÊt la Itçon AuMniHu. n^tot pas oonolnante. Jésus emploie ft ce dessein ce mot pour accentuer sa pensée. Il affirme que, dans un cas pareil, ne pas sauver c^est tuer.

i6S GUBMSOHS ACG0IIPLIB3

sabbat ne doit pas être prise à la lettre , mais qu'elle doit être observée d'une manière plus Traie et plus spirituelle. — En parlant ainsi, il se tourne vers les ^larisiens, et comme tous gardent le silence et qu'aucun n'ose lui répondre , il ordonne au malade d'élradbe sa main et d'un mot il le guérite

Un autre jour de sabbat, Jésus enseignait dans une sy* nagogue* lorsqu'une femme qui, depuis dix -huit ans, marchait toute courbée, attira son attention. Il l'appela aussitôt et , lui ayant imposé les mains, il la renvoya guér^ et gloritiant Dieu. Le chef de la synagogue, n'osant pas s'en prendre directement à Jésus, s'adressa aux assistants et leur reprocha de choisir précisément le jour du repos pour venir se faire guérir de leurs maladies, au lieu de venir pendant la semaine. Mais Jésus, connaissant bien que le reproche s'adressait à lui, répond aussitôt d cet homme et lui montre combien sa propre conduite est en contradiction avec le faux aàle qu'il af-

^ En comparant Luc VI, 6, et Marc UI, 1, avec Matth. XII, 9 , on voit que les deux récits proviennent de deux sources différentes, œ qui garantit d'autant mieux la réalité du fait. Le récit de Luc nous paratt plus exact dans les détails ; ainsi, par exemple, quand il nous montre Jésus prévenant lui-même les pharisiens. La manière dont Matthieu repréeente la chose est moins naturelle. Nous trouvons d'ailleurs ches Matth. XIU IS , dans ces mots : ârrt fÇivrt toXç sAUoivi naXéi 1rol<^ , une allusion à la question de Jésus dans Luc VI, 9.M}uant au passage Matth. XII, 11» on pourrait le regarder comme une de ces transpositions si fréquentes dans le premier évangile, et supposer par exemple que oe sont les paroles que nous retrouvons à leur véritable place dans Luc XIV, &. Mais il serait possible aussi qu'elles se rapportassent à quelque autre drconstunce qui nous est inconnue, ou même à la circonstance présente, «t qu'elles complétassent la pens^ de Jésus dans Luc VI, 9.

« Luc XIII, 10.

LB MW mi SAMAT. 169

fidifiàrégMNlileJakM. «Hyp^M^rite^ kiidît-*!), penoaoe « d'entre tovs se fûi41 flcrapole de détadter, le jour « du saUiât, 8QR bœuf ou son àue de la crèche pour le « meuer à l'abreuTotr? Et cette fiUe d'Abraham , qui « était liée dqMiie dîirhuit aus par la puiieaDce du mal, c n'aurait-elle pas pu être dâivrée de ses liens daos un « pareil four^?»

Nous aTons d^à vu que la haine des pharisiens se cachait parfois sous les dehors de la bienveillaBce, mais que Jésus, ppéTenimt les attaques de ses ennemis, les réduisait au silence par la puissance de la vérité. Nous en avons un nouvel et frappant exemple dans le fait raconté par Luc, chap. XIV, 1 et suivants. Un pharisien avait invité Jésas à manger chei lui. Que le moment fût ou non choisi à dessein, cela se trouvait un jour de saUmt. Survient un hydropique pour être guéri. Jésus, se tournant d'abord vers les pharisî^is leur demande s'il est permis de guérir le jour du saUat, et comme tous gardent le silence, il impose les mains au malade et le renvoie bien portant, puis se tournant de nouveau vers les [diarisiens, qui commençaient peut-être à se scandaliser, il leur dit : « Si l'âne ou le bouf de quelqu'un « d'entre vous tombe dans une dteme, ne se hftte-tHUi

^ On pourfiiit croire^ diaprés 1m expratsioBS dont Jéaw 8e aert, que cette femme éUdt ane démoniaque, et qae sa maladie diait un effet de régarement de son esprit. Les mots da y. il» irvtO/ut« «««tvciocc, sembleraient oonâfiner cette opinion. Mais il se peut aassi que J^bos fkase seulement allusion à Tidée commune des Jui& et au lien général qui existe entre le mal et le péché.

170 U lECHERCM M» MMÉM» PLACR9.

<f fNW ^ Téti reiirar» fikt-oe méiM a« jcMir4«^Mbb«it# — Sur ce9 mtrofiiitds y \ê mosiMt 4e ie flMttm à table étant af rivéy on tit éclater la vanité dés pharbièÉi. Par* d(mna m vcmlait ôtra aam après ka sotrea, tooi ppé« tenikieDt la première plfda. Ha lataiaiaot paraître , dana ce cas particalier» la diflpositkm qui domioaU tovia leur vie et quMIs apportaient surtout dans le domaina apiri* tuel. Toujours attentif i instruire et à corriger^ iésus ^aiatt cette occasion pour attaquer le fice capital des pbarisiensy Torgueil. €et oi^eil s'est montré aMS qm forme particulière, c'est aous cette foroM que iéÊm ta le combattre ; mais son but est de détruire le principe avec ses manifestations^ de s'attaquer aurtOQt à Torguaii spirituel des docteur* Il se sert du langage figuré qm convient à ta circonstance ; il repréaanto la véritable aa« gaase du royaume de Diau aeiu l'image de la pnidaMe qw doit aaeotrai erini qui est invité à un fisstio* 11 ne doit point reeherober la première plaœ pour ne paa s'exposer à la honte de descendra ; qu'il ae moHa au oavtraire m dernier nuig afin d'être honoré de tom lee convives quand ThMe viendra la prier de moatar à un rang supérieur* Maus-Ghrist ne voulait paa eaulenaesl denfier une règle de conduite pour les ralràaos aocîalas, il voulait faire comprendre à ses auditeurs cette pensée générale, eiprimée an v« 1 1 ^ que l'humilité devant Dieu est la condition de toute vraie grandeur spirituelle, comme l'orgueil est la source de la misère et de la confusion. Une autre funeste disposition des pharisiens, qui dépen-

dait 4e la pr^mîèi^ c'était TégMliBo^ JTabsffioa daten» timents igéiiéreux* JéMs trouve aiHaai^ J« inayaa 4t toa rapraofdre à cet éffixà pemUot la rcfla». Saua k fiteiM d'un coiueil donaé à son hètai il 0|p|KMa à la e^tûiék^ %oïste de ces hommes qui oa dooaeat que pwr 190^ vair, celle du fidèle qui doQua par amour et saaa àtiaiia' espoir de récompeuae (LuoXlV, 12-14)* A ealui-ci aeur sont réservés les vrais bieui savjpir la rayauiM da Diau. — Là-dassus uu des convives # délirant paut-^èka dé-^ tourner Tentretien sur des choses aïoini désagréa* blés à entendre, prend oacatton des derniàras patolaa de Jésus pour s'écrier : « Bienheureux celui qui aui^ < une place parnû les hôtes du royaume des cièux^ a Cette interruption fournit à Jésus ToccaMon da dévdop* per une nouvelle pansée etda faire comprendra aux pha^* risiensy qui se croient assurés d'avoir part aux béuédîc* tiens messianiques , coq^bèan ils sent dépourvus dea dispositions nécessairesi rt combien iia sont au«daflsous de ceux qu'ils méprisant. La diose essentielle c'est d'é« tre disposé à bien accueillir l'aononoe du r^^ da Diau et à tout quitter pour courir vers la biaft qui nous ait piéMEité. — Tel est la sens de la parabole du rqpas daa Mcas« Lea premiers invitée repirésanteat las {dbMurisiana qui| enflés de leur justice légale^ se Croîaàt assuifés du royaume des deux. Us ne sont point accusés ici de dispo-

^ n n'est p*s dit si ces fÊtfAm as sont qa'mid itdag« effiprttiit^ h la dnoiHtMiM, da ti eUss soat rsKpresikm da qMtqoe thô^ le royaume de Diea.

173 LKS I^IS AMIAClrfâ

9itioA8 hostiles, Jésus leur reproche seulement leur indiffireiice à Tégard de ce qui devrait aToir le plus grand prix & leurs yeux. Ils ne savent pas apprécier Thonneur qu^on leur bit en les inritant, et an lieu d^accepter avec empressement et reconnaissance^ au lieu de tout quitter imoiédiatemràt, ils rasent TinTÎtation sous prétexte d^aller à leurs affaires. — Tels sont les hommes qui sont trop absorbés par leurs intérêts pour écouter les paroles de Jésus-Christ. — Les pauvres, les aveugles et les boiteux, appelés à prendre la place des premiers conviés, ce sont les péagers et les gens de mauvaise vie que Jésus accueille à la place des orgueilleux pharisiens qui s'éloignent dédaigneusement de lui ; et comme il y a encore place au festin après que ceux-ci y sont entrés, le maître envoie diercher dans les carrefours et dans les rues les étraagers , ceux qui ne font pas partie du peuple théocratîque, c'est-à-dire les païens.

QtoM encore une autre circonstance relative au sab« bat. C'était le premier sabbat après la Pâque , dans la première ou la seconde année du séjour de Jésus en Galilée ^ ; les Ués étaient déjà mûrs, et, coonne Jésus passait dans un champ, les disciples, pressés par la bim, se mirent à arradiar dés épis et à les manger après les avwr hisyés Amn leurs Baains*. Les pharisiens ne i

> Yoy. HMIà. XH«1;lfaffc 0^11,61 Luc VI, «. Nom afQM«jà ▼•

• Gtto M fUl ambli.iiHi»i><Ti«K Ynv. ioianow, P^uHm^ t. H* p. 419 et km.

LB JOUR DU SàBBÂt. 173

quèrent pas dd repréflenter cet acte comme ooe Tkriatîpo du sabbat. Biais Jésus preod la parde pour repousser Taccuai^n. Use défeod comme à sod ordtaaire en jetant une lumière nouvelle sur le précepte dont il est qoes^ tion, et en ramenant la pensée an sens réel et q^tMl de la loi. Si Ton prend la loi dans son Moeptîon tigon-' reusement littérale , elle a été tiolée par David qui, dans un cas pressant, et ne trouvant pas d'autre nour«riture, fit manger à ses gens les paii» de pcpposition réservés aux seuls sacrificateurs (1 Sam. XXI.) La Im mosaïque elle-même rend nécessaire la violation du saUNit pour le service du temple. D'où il résulte évi« demment que la loi sabbatique n'interdit pas teuU $s^ péce d'occupation. Si donc on peut s'écarter de la lettre de la loi à cause du service du temple, à pl^s forte raison le peutp-on à cause de celui qui est plus grand que le temple*. Puis, s'appuyant sur Osée, VI, 6 : « Je « veux la miséricorde plutôt que le sacrifice, » il s'élève contre le matérialisme des pharisiens. S'ils avaient compris que le sentitnent est plus que l'acte extérieur, et l'amour plus que les cérémonies du cuUe, ik ne se seraient pas tant pressés de condamner dps gens qui ne sont pas coupables*. Les apôtres sont innocents parce qu'ils ont ainsi agi à cause du Fils de l'homme, de celui qui est mettre de toutes choses, et par oonséqueat maître du

* Voy. vol. I, p. IS».

* Le yàpy dans liatth. Vil, 8, paoi m rapporter «i ▼. 7 on an v. S. - Dans toM les cas, le ▼. S se lie aa ▼. S.

m CONDAMTfATldN DU FORKALISUR

tonij))e et en sabbat ^ Le sabbat est poar rhomme et non pas rhomme pour le sabbat ^. Le sabbat n*est qa^ùn moyen poHrle<léveIoppement religieux de Vhomme. Maintenant ee but est attehrt; la perfection est apparue, le type de l*kfmnanité a été réalisé, et désormais la vie intérieure de l^omme est affrancbîe des limites du temps et de Pespaoe*.

La liberté des disciples dans leur manière de vivre devait aussi fournir aux pharisiens mainle occasion d*ac- €user leuiP Mattre. Ainsi, un jour que Jésus enseignait le poupie^, ils Tabordenl au milieu de la foule et lui demandent pourquoi donc ses disciple méprisent les traditions des anciens et négligent d'accomplir, avant leurs repas, les actes ordiaairas de puriflcation. Jésus répond en condamnant la piété extérieure et Thypocrisie de ses ailferafttreB ; il leur reproche d'anéantir la loi de Dieu par leurs ordonnances arbitraires et de retnpiacer les règles de la vie spirituelle par une subtile casuistique. H s'adresse ensuite à la foule, et, à cette occasion, il la prémunit contre la tendance des pharisiens, contre cette funeste disposition trop commune parmi les Juifs à faire disparaître sous une multitude de prescriptions exté*

*■ Remarqtiez le xal roO vaSeârov, dans Luc VI, 5.

U y a entre les mots homme et Fils de Vhomme ane relation naturelle qull est bien difficile d^attribuer à la tradition postérieure.

* En comparant ce passage à quelques passages analogues, nous nous croyonf pMèntnieiil autorité A développer ainsi la pensée ^n Seigneur.

* Voy. Matth. XV, t.

DES ruAiiisuucs. 175

mttr» 9 W prUieipe îutérirar ai ipirttuftl d« k rtlîgioD. « Coosîdéfe^ bîtu^ laur diWU, cpM oe n'est pas ce qui A «iitfe ikm k lioiieli*^ mab ce qui sort de la bwcha « qui sooUk TboBune» » Ici, eamme souvttit aitleurs, Jéew^ pkin du sentiiaeot de «a divine autorité, i»i tieu de s'attadier a adoucir ce qae TexiNraftion de k vérité pouvait avoir de chocpuini potur ks pharisien^ remplis 4k préj«|^y donne au contraire à sa pensée une forme tovjoiirs plus inmive sans «'inquiéter de roRet qu'elle pvodttîra eut ses eonemk. Aussi ke pharisiens sont-ils encore plus scandalisés par eetle espUcation, et les discipks» qui s'eaaperçerrmt, k font remarquer à leur Naître. Msfts ks engage à ne paa s'en préoccuper. Tout ce qui m vient pas de Dieu et n'a d'antre origine que l'arbitraire des hommes périra infoiUiUement ; k pbariealsMe hti-*méme penche déjà vers sa ruine. « Ne vous « inquiètes pas de leur discours, s'éerie-t-il, oe sont « des aveugles qui conduisent d'autres aveugles; les « oendueteurs et ceux qui ks suivit courent à une perk « owlaine, w Ce n'ékii pas là préàsément k réponse que ks diseipks demandaknt. Us étaient eu-wémes eneese trop eous l'inAuenee des idées juives pour hien oomprasdre ce que Jésus avait Touki diio. L'iwige leur veiait k pensée au lieu dé k leur expliquer. U folkil que l'Espr^ de Diesi fàt venu ks éekirer pour qu'ils oMipfiseent que tout est pur quisort de k main créatrice de Dieu. C'est pourquoi Pierre prend la parole pour interroger son Maître. « Quoi! vous auasj, s'écrie

176 LA PRBMlàAB MISSION DES DOUZE.

« Jésus, étes-Tous sans intelligence! Est-il possible que, « depuis le temps que vous êtes avec moi, vous n^ayez « pas fait plus de progrès dans la connaissance reli- « gieuse? Ne voyez-vous pas que ce qui entre dans la « bouche ne peut souiller Thomme, car cela n^a aucun « rapport avec la vie spirituelle? Ce qui le souille c'est « ce qui sort de b bouche et qui exprime les dkposi- « tiens du cœur. » Cette vérité, immédiatement appKcable à la circonstance, était aussi susceptible d'une application plus étendue, mais qui ne devait que plus tard se révéler à Tesprit des disciples ^

Pendant son séjour en Galilée, Jésus s'occupa aussi avec soin de former ceux qui devaient plus tard lui ser-^ vir d'organes et continuer son œuvre sur la terre. Jusqu'alors le rôle des apôtres avait été complètement passif, Jésus voulut les éprouver et voir comment ils agiraient par eux-mêmes. Il les envoya annoncer le règne de Dieu dans toutes les villes et bourgades de la Galilée*. Cette mission n'est pas la même que celle cpi'ils remplirent plus tard. Ils n'étaient pas encore capables de prêcher le salut à l'humanité ; il leur aurait fallu des lumières qu'ils ne possédaient point encore et que le Saint-Esprit seul devait leur fournir. Tant que Jésus fut sur la terre, il n'y eut pas d'autre docteur que lui. Mais les apôtres devaient proclamer la veoiie du règne de Dieu et rendre les Galiléena attsiyîii à la grande grâce q«i

« Gomp. 1. 1, p. ISS.

« Mfttth. X, 1 ; Mafts VI, 7;Liic IX, S.

PRBmàRB MISMON DBS DOUZB. 177

leur était faite de voir au milieo d'eux le fondateur de ce royaume. C'était une mission préparatoire; ilseommen* çaient à devenir les organes de la parole, de Tesprit, de la puissance de leur Mattre. Mais comme les facultés surnaturelles que Jésus possédait avaient pour principe la vie divine qui était en lui, les apôtres ne pouvaient être ses organes fidèles que dans la mesure dans laquelle ils participaient à la même vie.

Ce qu'ils avaient à faire pour le moment c'était donc seulement d'amener les hommes vers leur Maître. Les miracles qu'ils allaient opérer devaient, en légitimant leur mission auprès du peuple, attirer l'attention sur celui qui les avait revêtus d'une telle puissance et sur la grande époque qui allait commencer. Us n'avaient pas autre chose à faire; aussi, ne reçoivent-ils aucunes directions plus étendues sur ce qu'ils doivent enseigner. Leur mission ne s'étend qu'à la Galilée, et s'il est vrai, comme Matthieu le rapporte (Matth. X, 5) S que Jésus leur recommande de ne point aller vers les païens, ni vers les Samaritains, mais seulement vers « les brebis perdues d'Israël, » il n'y a rien dans cet ordre qui doive nous étonner, ni qui soit contraire au caractère universaliste du pkin de Jésus. U ne faut pas considérer le fait isolément ou le détacher de l'époque à laquelle il se rapporte.

« Il est vrai qae Matthieu ajoute ici plusieurs choses qui appartiennent à cme époque postérieure, notamnnînt plusieurs des instructions qui fuf«nt plot taid données aux soixante-dix disciples; mais d'un autre c6té, le récit de Luc (IX, 1 et suiv.) semble n'être qu'une relation abrégée dont celle de Matthieu pourrait nous donner le complément.

Il ^2

Mià PRBHIÀRB HlSâf6N DES DOUZE.

Le ministère de Jésus-Ohrist, peudant sa vie terrestre, ne devait avoir pour objet que les Juifs. Jusqu'à sa mort et jusqu^à la descente du Saint-Esprit, les apAtres n'avaient pas la pleine conscience de la vérité divine ; Hs ne pouvaient pa^ annoncer le royaume de Dieu aux païens sous sa véritable forme; ils n^avaient pas encore saisi le rapport entre Taneienne et la nouvelle économie. Rien n'eût été plus préjudiciable à eux et à leur œuvre que d'agir avec trop de précipitation. S'ils eussent conunencé, avant d'être suffisamment préparés, leur ministère parmi les païens, ils n'auraient pas su mettre leur prédication en rapport avec l'esprit et les besoins des auditeurs; et à supposer même qu'ils fussent parvenus à faire adopter leiir christianisme imparfait et, par conséquent, à per-r suader les païens d'entrer dans le judaïsme, ce succès apparent n'aurait fait que compromettre gravement le véritable progrès de la vie et de la doctrine chrétiennes. La connaissance, nous l'avons déjà dit, ne pouvait pas être donnée tout d'un coup aux apôtres, la vérité ne pouvait pas leur être communiquée du dehors comme un eaput mùrlu%Mi; mais elle devait peu à peu se révéler à eux par le développement de leur vie iiilérieure sons l'influence du Saint«-Esprit. Le germe de la connaîss|uiOB était caché dans la vie et devait s'épuMMiir avec elle. La défense d'aller encore vers les païens était donc tout à fait conforme au plan de Jésus. On pourrait demander maintenant pourquoi donc Jéeus fiaisait«il cette déCsnee sans en expliquer les motifs^ — Nous qe aowfpef ^fts

pnEUlkllE MISSION DES DOCZE. I7î)

obligés de répondre à cette question. La mission des apdtres ne noas est racontée que d'une manière très générale et nous ne connaissons pas les circonstances qui Pont accompagnée. Nous ignorons donc si Jésus, en donnant ses instructions^ les a ou ne les a pas motiyées. ^Maîs, en outre, il est probable qu*il n'a pas donné h ses disciples d'antres explications parce qu'ils n'étaient pas en état de les comprendre; ils ne pouvaient être en« core que d^areugles instruments de sa volonté. Le jour n'était pas encore venu où ils agiraient avec liberté et intelligence, comme des amis et non plus comme des esclaves.

Aussi les apôtres n'annoncent-ils point aux Juifs une doctrine nouvelle. Ils n'auraient fait que remplacer une erreur par une autre plus difficile ensuite à déraciner. Leur point de vue était d'ailleurs encore le même que celui de la plupart des Juifs. Ils se rattachent aux espérances messianiques généralement répandues. Ils annoncent seulement que le terme de ces espérances est arrivé et donnent seulement aux idées juives, par suite de l'influence qu'ils ont reçue, une spiritualité plus grande*.

Les apôtres ne pouvaient donc pas aller vers les païens, et comme c'était seulement une épreuve que Jésus voulait leur faire subir, il est naturel également qu'il ne les

* n est possible qu^en parlant des brebis perdues de la maison d*Israâi, Jéeoacki^t «lora dans la pensée qo*il y avait aussi d'autres brebis que celles-là pour former le troupeau qu'il était venu rassembler sur la terre. Voy. Jean X, 16.

180 PREMiàRB MISSION DBS DOUZE.

envoyât qu'en Galilée et non dans la Samarie. D'ailleurs il eit possible que les apôtres n'euasent pas non plus été capables d'accommoder leur enseignement à l'esprit des Samaritains et de répondre aux questions qu'on leur aurait adressées. Nous en avons la preuve dans la manière dont âe conduisirent, dans une certaine circonstance, Jacques et Jean, fils de Zébédée (Luc IX, 54). Du reste, les apôtres ne pouvaient pas se méprendre sur le sens de cette défense; ils savaient quelle afiection Jésus avait montrée aux Samaritains quand il s'était trouvé au milieu d'eux, et ne pouvaient dans aucun cas supposer que l'intention de leur Maître fût d'exclure ce peuple de la participation au royaume de Dieu. Cette pensée devait les conduire à ne pas interpréter non plus dans un sens rigoureux la défense d'aller vers les païens. L'idée que les païens, en se plaçant, bien entendu, sous la loi, participeraient aussi au royaume de Dieu, n'était nullement étrangère à l'esprit de l'ancienne économie % et la conduite de Jésus en toute circonstance ne permettait pas non plus de supposer qu'il accordât moins aux païens que les Juifs ne leur accordaient eux-mêmes.

Nous avons vu que cette première mission des apôtres avait pour but de les éprouver et de les préparer pour leur vocation. Aussi Jésus s'attache-t-il à leur inspirer une disposition qui leur sera plus tard bien essentielle, la confiance en Dieu. Il veut qu'ils s'accoutument à être sans inquiétude sur l'avenir. Il leur recommande de ne

< CuiDp. vol. I, p. Ii5.

OPINIONS DIVERSES DU PEUPLE SUR jfeus. 481

point prendre de provisions pour le voyage, d'aller tels qu'ils sont, se reposant sur Dieu du soin de pourvoir à leurs besoins. Là où ils trouveront bon accueil qu'ils y restent, qu'ils ne cherchent point à changer, mais qu'ils exercent de là leur ministère autour d'eux. Le résultat montra que Jésus n'avait point trompé ses envoyés. (Voy. Luc XXII, 35.) Us n'avaient point encore de luttes à livrer, point de dangers à courir. Le peuple de Galilée était favorablement disposé en faveur d'eux et de leur Maître. Us n'avaient encore rien enseigné qui pût soulever contre eux la haine et le fanatisme.

Pendant ce temps la renommée de Jésus s'était répandue dans tout le pays et le peuple était partagé à son sujet \ Un petit nombre seulement le reconnaissaient pour le Messie ; l'opinion commune était que le Messie apparaîtrait dans l'éclat d'une royauté terrestre et que ce serait dans la capitale même de la théocratie et non pas dans un coin obscur de la Galilée qu'il ferait son apparition. — D'autres, sur lesquels la personne de Jean- Baptiste avait produit une impression profonde, voyant paraître, aussitôt après sa mort, un personnage plus extraordinaire encore, se figuraient que Jean était ressuscité. — D'autres croyaient que c'était Elie ou un autre prophète, en un mot quelque précurseur du Messie. Enfin on le regardait comme le personnage le plus grand après le Messie; car le motif dont nous avons parlé empêchait généralement de croire que ce fût le Messie lui-même.

* Voy. MaUh. XIV, I ; Marc VI, 14; Luc ÎX, 7.

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