‹ Vie de JésusChapitre 74 sur 102 · PIERRE REPRIS PAR J&US · texte numérisé non relu

PIERRE REPRIS PAR J&US

éclairés eux-mêmes pour pouToir instruire les autres. Les Mis ne le prouvent que trop. En entendant Jésus parler de ses souffrances^ Pierre s'écrie : a A Dieu ne plaise' l» Sans doute c'est Paffection pour son Maître qui le fait parler ainsi, mais une affection mal éclairée , incomplètCy rattachement à Thomme Jésus et non à la divine personnalité du Rédempteur. L'intérêt spirituel du royaume de Dieu ne domine pas encore dans son âme tous les mobiles humains. C'est pourquoi, autant Jésus a précédemment élevé Pierre, autant il l'abaisse maintenant à cause de sa disposition charnelle. Il repousse avec une sainte horreur cette affection mal entendue qui voudrait le détourner du grand et unique but de sa vie et le faire manquer à sa vocation divine'. Cette dernière déclaration nous aide à comprendre le véritable sens de la première, et les deux ensemble font ressortir par leur opposition même la fidélité des narrateurs.

Après avoir, par cette sévère réprimande, imposé silence à Pierre, Jésus s'adresse à tous les disciples et leur montre quelles conditions il faut remplir pour être en état de le suivre et d'entrer dans son royaume. Il faut être prêt à tout sacrifier ; il faut renoncer à soi-même '•

t Mattb. XVI, 22; Marc Vm, 83.

* Les floGtuatioDS de reeprit de Pierre sont fecilee à expliquer prfcho« logiquement. Nous ne devons donc pas nous étonner d'entendre Jésos porter sur son apôtre, à des intervalles si rapprochés, deux jugenoents q>posés. La suite des idées, telle que la présentent les évangélistes, n^oftn pas de difficultés. L*opinion de Schleiermacher, dans son ouvrage sur les écrits deLuc(OEuYreBooropl.,t. II, p. 107), ne nous parait pasjustiBée.

» Matth. XVI. «4-25; Marc Vm, 84-S5; Luc IX, 23-84. Cette vérité générale était de nature à se retrouver plusieurs fois dans Tenseigne-

INSTRUCTIONS DR XSSUS A SES AFÔTHEfi. 901

Du reste le moment approche où ce royaume doit paratti*e. 11 y en a plusieurs d'entre eux qui le verront. Cette promesse était propre à les encourager ; mais ils n'étaient pourtant pas encore capables de bien la comprendre, jusqu'à ce que le Saint-Esprit> qui est la véritable lumière de la prophétie, leur en eût révélé le sens.

A ces instructions et à ces directions spéciales de Jésus relativement à la vocation future des apôtres se rapportent plusieurs passages épars dans les évangiles et qui, sans avoir peut-être la même date renferment du moins la même pensée.

Les disciples sont envoyés comme des brebis an milieu des loups , c'est pourquoi Jésus leur recommande d'unir la candeur et la simplicité des colombes à la prudence des serpents (Matth. X, 16)\ S'il leur promet les secours de l'Esprit de Dieu, il ne veut pas que cette confiance soit un oreiller de paresse et leur fasse négliger les moyens humains. Us doivent mettre prudemment à profit toutes les circonstances, afin d'assurer autant qu'il est en eux le succès de leur ministère. Jésus sait que son royaume ne doit point s'établir tout d'un coup sur le monde entier, mais s'étendre peu à peu, par l'emploi des facultés que Dieu a données à la nature

ment de Jésus-Christ. — De ce que les passages Matth. X, S8-S9, et Jean XU, S5-S6 renferment la même pensée, cela ne prouve donc pas qoMls soient inaathentiques, — mais il se peut aussi qu'une parole profondément empreinte dans Tàme du narrateur se soit présentée plusieurs fois sous sa plume.

^ Les écrite de saint Paul font plusieurs fois allusion à cette pensée dn Seigneur. Voy. Rom. XVl, 19 ; 1 Cor. XIV, «0.

INSTRrCTlONS DE JKSU^ A SES APOTRES. — PARABOLE

humaine. Mais en recherchant la prudence on pourrait oublier la simplicité : Jésus recommande Tune et l'autre; c'est-à-dire qu'il ne faut employer aucun moyen qui ne puisse se concilier avec une loyauté parfaite. — La prudence n'est pas la ruse, de même que la simpli-^ cité n'est pas l'ignorance et comporte le développement le plus élevé. Jésus unit dans un principe supérieur les qualités qui) autrement, se combattent ou s'excluent.

A ce précepte se rattache la parabole de l'économe infidèle ^ . L'idée saillante de cette parabole , ce n'est pas la bonne administration des biens de la terre ; mais elle se trouve exprimée dans ces mots du v. 8 : «c Les enfants a du monde sont plus prudents y à leur point de vue , « que les enfants de lumière. » Les enfants du monde savent mieux choisir et employer leurs moyens que les enfants de lumière; aussi réussissent -ils mieux. Jésus propose la prudence des premiers en exemple aux derniers* Telle est la pensée générale. Considérée de ce point de vue , l'explication de la parabole ne présente plus de difficultés. Jésus veut qu'on déploie dans le bien la même habileté que d'autres déploient dans le mal. Il ne s'agit pas ici de la dispositicMa avec laquelle on travaille mais de l'aptitude qu'on y apporte. Les en£uitd de lu<^ mière doivent agir avec ce zèle continuel et dévorant

t Luc XVI, 1 et niiv. Le pranier verset noos dit déjà que c'est aut di^ ciples que iéêut idreiee cette parabole (aux disciples en général, non pas seulement aux apôtres). l\ ne faut donc pas se laisser induire en erreur par le verset 14, et oroire que ces paroles sont dirigées contre kê pharisiens. Ce n*est pas le but que le Seigneur se propose ici.

DR l/ÉCONOMR INFIDÈLE. M3

qui caractérise les enfants du monde, les yeux toujours fixés sur le but, y fsdsant contribuer toutes les circonstances qui se présentent, tous les moyens dont ils dis* posent, ne se laissant jamais détourner de la Toie. Et comme exemple de cette persévérante babileté, Jésus cite la conduite de l'économe infidèle. Il veut montrer combien seraient grands les succès des enfants de kimière s'ils étaient aussi sages dans leur sens que les enfants du monde le sont dans le leur ; il ne peut donc pas prendre pour terme de comparaison la conduite d'un homme juste, mais celle d'un homme méchant. Maintenant, cette prudence nécessaire dans tout le cours de la vie chrétienne est appliquée à un cas particulier, savoir au bon usage des richesses. De même que l'économe infidèle, prévoyant le temps où son emploi lui sera ôté, se crée des amis pour le recevoir dans sa disgrâce, de même les enfants de lumière doivent employer les biens de la terre à se faire des amis qui les reçoivent, quand ils mourront, dans les demeures éternelles. Mais pour que ces amis puissent les y recevoir, il faut qu'ils y soient eux-mêmes; il ne s'agit donc ici que des bienfaits qui ont pour objet les fidèles. Or Jésus ne veut certainement pas dire que les fidèles aient le pouvoir de faire part ds la félicité du ciel à ceux qui leur ont fait du bien sur la terre, ni que l'acte extérieur de l'aumôiie puisse effiider les péchés, sanctifier et sauver les âmes. Il propose aux enfants de lumière l'exemple des enfants de ce siècle ; il suppose donc que ceux auxquels il s'adresse sont déjà des

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enfants de lumière ; il leur demande seulement de se montrer tels. Tout revient donc à ceci : il exhorte les disciples à montrer Tamour qui doit les animer en faisant part de leurs biens temporels aux autres membres du royaume de Dieu. Jésus aurait pu s^exprimer ainsi : « Montrez-Tous dignes y par votre active charité , dlia- « biter les demeures éternelles avec ceux que vous asn sisterez dans leurs besoins durant le temps de leur « pèlerinage terrestre. » Mais la parole qui précède détermine la forme particulière que le Seigneur donne à cette pensée, ainsi qu^aux instructions qui suivent sur la manière dont les enfants de Dieu doivent faire usage des richesses. Les biens de la terre sont désignés sous les noms de (iLa(x.(ta>vaç tyjç â^ixiocç, a^ucoç pLaft^xcavaç, parce qu^ils sont généralement acquis par de mauvais moyens et employés dans un mauvais but ; parce que le monde, tant qu^il n^a pas été transformé par Ffispritde Dieu, est considéré comme asservi au maP, peut-être aussi parce que, dans la parabole précédente les richesses dont il est question sont des richesses injustes. A ce Mammon de Finjustice sont opposés les véritables biens qui n^appartiennent qu'aux enfants de lumière*. Les fidèles sont étrangers sur la terre; lés biens de )a terre

^ (Test daas oe sens qw Sataa est appelé xo9/Miep«r<i«p.

* Le mot âiutov étant opposé à oLXrMàv, on pourrait croire quMl signifie les faux biens, les choses qui ne sont bonnes qu*en apparence et non pas en réalité, liais le sens général de la parabole précédente et Tezpression />a^« ftm&ç tm ÀiinioLç nous font préférer Tautre signification. — (Biens injustes.)

PARABOLE DB l'CCONOMB INnDBLE. 205

leur sont donc étraqgers; leurs pensées et leurs affections sont tournées Ters une autre demeure, vers le ciel; c'est là que sont pour eux les biens Téritables, ce n^est que là qu'ils cherchent et quUls trouYcnt la yie*.

Enfin, Jésus termine ce sujet par une pensée qui explique clairement le but et le sens de la parabole : « Conduisez-vous fidèlement dans Tadministration des « biens de ce monde afin de mériter qu'on vous confie a des biens plus précieux. Celui qui est fidèle dans les « petites choses, qui fait servir tout ce qu'il a reçu à l'a- « vancement du règne de Dieu, sera fidèle aussi dans « les grandes choses. En administrant bien les unes, il « se montrera apte à bien administrer aussi les autres. « Mais celui qui est infidèle dans les petites choses le sera « aussi dans les grandes. Si vous n'administrez pas bien « le Mammon de l'injustice, qui voudra vous confier « les vrais biens? Et si vous n'êtes pas bons dispensa- <x teurs de ce qui vous est étranger, qui voudra vous <x donner ce qui est à vous, ce qui constitue pour

< Ce passage nous montre le rapport qu'il 7 a entre l'ébienitisme et le christianisme, dans la manière d'envisager les biens terrestres» L'ébionitisme regarde Satan comme le prince de ce monde dans le sens matériel du mot; il regarde comme un mal de posséder des biens au delà du nécessaire ; c'est un honunage à l'Esprit du mal. Pour le cbristianisme, les biens de la terre ne sont pas non plus des biens véritables ; ils sont, comme le monde entier, sous la puissance du mal ; mais comme le monde doit être transformé, de royaume du mal en royaume de Dieu, de même les richesses doivent être sanctifiées par le but auquel on les fait servir. Le talent de les bien employer constitue précisément la prudence des enfants de Dieu. S'il n'est question ici que de la bienfaisance, c'est qu'à cette époque il n'y avait pas encore d'autre manière de bien employer les richesses. Voy. le Commentaire de de Wette sur llaith. XIX, SI.

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