‹ Vie de JésusChapitre 77 sur 102 · II H · texte numérisé non relu

II H

210 LA CANÀIUÉENlIi.

Fils de David. — ^La conduite de Jésus parait étrange au premier abord et si Ton ne tient pas compte des circoiistances spéciales dans lesquelles il se trouve» On s'étûnae de Tentendr e déclarer que son minisière n'a pour objet que les Jui&, parler des paîena avec tàok de mépris et repousser si durement la prière de ht Cananéenne. Mais^ outre qu'il ne faut jamais perdre de vue qm nous n'avons qu'un récit abrégé de l'événement, beaucoup de difficultés disparaissent dès que nous cherchons à nous placer au point de vue du Seigneur. Quand il dit qu'il n'est envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'biaél, il ne s'agit pas de son œuvre en général, mais de son ministère personnel qui devait en e&t être limité au peuple juif; mais cela ne veut pas dire qu'il n'ait pas aussi, dans une autre bei^erie, des brebis destinées à faire un jour partie de son troupeau. Il est vrai cependant qu'il a plusieurs fois ailleurs déployé en faveur des païens sa puissance miraculeuse * ; nous devom donc admettre qu'il avait des motifs particuliers pour agir autrement dans la circonstance présente. Remarquons d'abord qu'il voulait rester inconnu et ne rien faire qui attirât dans ce moment sur lui les regards de la faufe. De plus, quand il était en Judée ou en Galilée, ce qu'il

^ On lèverait cette difficulté en supposant que Jésus a modifié son plan, et qu'après avoir d'abord exclus les païens, il les a ensuite compris dans son oeuvre; mais cette opinion est inadmissible, car Tévénement dont U est ici question se rattache nécessairement au voyage de Jésus après la première mission des apôtres, et par conséquent après que des païens avaient déjà éprouvé les effets salutaires de la puissance du Seigneur.

LA CAlVAIffeNNB. 211

ayait foit en faveur des païens ne tirait pas à conséquence ; mais ici un seul miracle pouvait conduire vers lui des multitudes et le forcer à exercer dès lors son ministère parmi les païens, ce qui était en contradiction avec son plan. En même temps sa conduite avait pour objet te Uen des disciples et celui de la femme. Son intention était d^exaucer la Cananéenne, mais après Pavoir éprouvée et lui avoir fait montrer une foi qui devait humilier des Juifs et leur faire comprendre que les païens réalisaient aussi les conditions nécessaires pour avoir part uu royaume de Dieu. Maintenant, Jésus voulait-il, en effet, dès le commencement, accorder ce qu'on lui demandait, ou bien son intention était-elle d'abord de refuser et n'a-t-il cédé qu'aux instantes prières de la Cananéenne? Cette dernière oppinion n'est nullement inadmissible ; elle ne porte aucune atteinte au véritable caractère du Seigneur; car Jésus était homme et, de quelque manière que nous nous le représentions, nous ne pouvons pas ne pas supposer que le changement des circonstances occasionnait aussi un changement dans ses résolutions. — Ces paroles : «11 ne faut pas ôter le pain « aux enfants pour le jeter aux petits chiens, » sont une image. — Elles ne signiflent pas autre chose que ceci : a Les bénédictions destinées au peuple théocratique ne « doivent pas être données aux païens. » — Mais ce n'est pas à dire que les circonstances ne puissent pas changer ni que les païens soient exclus pour toujours. La preuve que, sous ces dures paroles, la Cananéenne sent un cœur

212 LA CANANEENNE.

rempli d'amour, c'est qu'elle renouvelle avec confiance sa demande, tout en reconnaissant la vérité de ce que Jésus vient de dire. Assurément la réponse de cette femme ne doit pas être considérée comme un acte d'abaissement qui dénoterait une âme servile ayant abdi« que tout ce qui constitue la dignité de la nature humaine, ou disposée à ramper afin d'obtenir ce qu'elle désire. Il ne faut pas perdre de vue la position spéciale du peuple juif sous le rapport religieux et moral. La Cananéenne se reconnaît indigne de faire partie du royaume de Dieu, et elle s'humilie non pas devant un homme mais devant celui en qui elle a senti Dieu se révéler à elle. En Jésus-Christ elle voit la manifestation de la puissance de Dieu. Sentiment de son indignité propre, abandon complot à la {Hiissance et à la grâce divine, voilà ce que nou« trouvons chez cette femme, et voilà le double élément qui constitue la véritable foi chrétienne et la condition des bénédictions de Dieu. Aussi voyons-nous se réaliser ici la maxime : a Qui- « conque s'abaisse sera élevé ; » Jésus rend à la Cananéenne un témoignage qu'il ne rendit jamais aux Juifs : a Femme, dit-il, ta foi est grande. » Il la présente comme un modèle de cette foi sur laquelle devait s'établir le royaume de Dieu parmi les païens.

En comparant les divers enseignements du Seigneur, nous voyons que la disposition essentielle pour les fidèles est celle d'une humble confiance en Dieu tel qu'il s'est révélé en Jésus-Christ. Ce précepte fondamental est en

LA CANANEENNE. LA TRANSFIGURATION. â13

contradiction complète avec l'orgueil naturel de Thomme et avec les idées de Tancien monde sur le véritable but delà nature humaine. Aussi ^[>e parviendra4-on jamais, quoi qu'on fasse, à réduire le christianisme aux proportions d'une religion ou d'une morale rationnelks. Mais combien une telle pensée, combien la conduite de Jésus à l'égard de la Cananéenne ne sont-elles pas propres à consoler ceux qui gémissent dans les combats ou les tentations du monde, en leur rappelant que le sentiment de notre faiblesse est le secret de la force, et que l'amour de Dieu se cache quelquefois sous l'apparence de la dureté I

Six jours après ces choses arriva ce que l'on appelle la transfiguration de Jésus-Christ ^ On peut concevoir cet événement de deux manières : comme un fait objectif, comme une communication de Jésus avec le monde des esprits, ou comme un fait subjectif qui doit s'expliquer psychologiquement. Le réctt de Luc, qui est certainement le plus simple et qui porto le cachet d'une histoire vraie, semble décider en faveur de cette dernière opinion. — Admettons qu'il s'agisse d'un fait objectif; ce fait n'aurait pas été destiné à être connu, car les apôtres, qui en furent témoins, se trouvaient alors dans un état qui ne leur permettait ni de le bien observer, ni par conséquent de le raconter ûdèlement aux autres.

1 Matth. XVU, i; Marc IX, 2; Luc IX, 28. Matthiea compte six jours et Luc huit. Cette différence, qui provient de la manière de compter, est une preuve de plus de l'exactitude historique des écrivains sacrés.

:2ii LA TRANSFIGURATION.

Néanmoins nous ne pouvons pas nier absolumeiit la possibilité d'un fait dont le but peut nous être inoonau; seulement, au lieu de nous perdre dans des hypothèses arbitraires ou dans des réyeries spéculatives^ il vaut mieux avouer notre ignorance quant au véritable caractère de ce fait. <— Que si nous adoptons la seconde hypothèse, voici à peu près comment il faut, d'après Luc, nous représenter ce qui s'est passé :

Un soir, Jésus se retira sur une montagne^ avec ses trois disciples favoris, Pierre, Jean et Jacques, pour prier en leur présence. Cette prière était sans doute relative aux choses dont il les avait entretenus les jours précédents, au développement de son royaume et à sa passion dans Jérusalem. Quoi qu'il en soit, elle produisit une profonde impression sur leur esprit : la majesté de leur Maître se dévoila tout d'un coup à leurs regards ; il leur parut revêtu d'un éclat surnaturel. Cependant, accablés de fatigue, ils ne tardèrent pas à «'endormir. Alors les impressions qu'ils avaient reçues se réfléchirent dans leurs rêves; Moïse et Elie leur apparurent environnés de lumière, s'entretenant avec celui qui est la fin de la loi et des prophètes et lui annonçant la destinée qui Pattendait à Jérusalem. Là-dessus ils s'éveillèrent, Tesprit encoro rempli de ces visions, et entendirent le reste.

< Nous ne savons pas assez exactement dans quel pays Jésus 8*était retiré, ni combien de temps il y resta, pour pouvoir déterminer quelle est cette rnootagoe , ^ c'est THermon ou le Panée duquel la ville de Gésarée tirait son nom (Panéas). L^ancienne tradition qui désigne le Tabor n'est pas moins incertaine.

Si Boas adbptoDS eetle explication y te ^d*i\ y a 4e remarquable alors^ c'est Timpressioii profonde qu'avaient produite sur rftme des apôtres y même à leur insu , la personne et les paroles 9e Jésus , et en partiodier les derniers entretî^is qu'ils venaient d'avoir avec loi. — Mais le difficile est de concevoir que le même phénomène psychologique se soit présenté sous la même forme à l'esprit des trois disciples; à moins d'admettre, comme Pierre est mis sur le premier plan, que ce soit de lui seul que k récit émane ^

Revmus à eux, les apôtres ne songèrent pas davan-tage, pour le moment, à cette apparition. Les entretiens de Jésus, les événements qui suivirent tournèrent promptement leur attention d'un autre côté. Ce fut seulen^nt après la résurrection, lorsqu'ils se mirent à repasser dans hm mémoire les principaux événements du ministère de leur Maître, que la transfiguration vint occuper une

^ Mous avons d^à observé plusieurs fois qu'on ne peut rien conclure du silence gardé par Jean sur un fait de Thistoire évangélique. Cependant, quand le fait tend à rehausser Tédatde la personne de Jésus , et quand Jean a été lui- môme témoin, le silence de Tévangéliste a lieu d'étonner. Il n'y a que deux suppositions possibles : ou bien il ne se sentait pas capable de raconter exactement ce qui s'était passé, parée que^ tocaMé de sommeil, il n'avait pas pu bien <^l)8erver; -«• ou bien la chose n^ayant pas pour lui de réalité objective, il n'y attachait que peu d'importance. -^ D'après Schneckenburger {BeiUrœge xur Einleintung in das Neue Tettamerd)^ saint Jean a gardé le silence là-dessns, poar ne pas fournir un nouvel argument aux doctrines des docètes. Nous ne sommes pas de œt avis. Le silence aurait plutôt nui à la cause que Jean voulait défendre; il n'aurait pas, en tout cas, empoché les docètes de s'appuyer sur le fait dont il s'agit. Nous pensoDsque, dans ce cas, l'apôtre aurait au contraire parlé, aûn de pié venir par une relation fidèle de fausses interprétations.

SIC l'bub qui dbvajt venir.

place importante dans les circonstances qui avaient précédé la passion de Jésus-Christ*.

D'après un fragment relatif à la même époque, nous voyons que le prophète EUe occupait aussi alors une grande place dans la pensée des disciples'. Gomme Jésus leur parlait des souffrances qui Tattendaient à Jérusalem et qui allaient signaler Tavénement du règne messianique, ils lui demandèrent comment donc les docteurs de la loi disaient-ils qu'il fallait qu'Elie vint premièrement pour introduire le Messie auprès du peuple» théocratique. Jésus leur répondit qu'en effet les docteurs avaient raison y qu'Elie devait venir préparer les voies au Messie; et disposer toutes choses pour le recevoir; mais ils se trompaient en prenant cette prophétie dans un sens grossièrement littéral y comme si Elie lui-même detaît paraître de nouveau sur la terre. Il s'agissait seulement d'un personnage semblable à EHe, et ce personnage c'était Jean-Baptiste, a Je vous le déclare : Elie est déjà « venu , mais ils ont refusé de le reconnaître; ils l'ont d traité comme ils ont voulu'. C'est ainsi qu'ils traite-

^ Voy. Luc IX, 36. La relation do Luc se recommande par sa simplicité. Lorsqu^on eut pris Thabitude de regarder la transtiguration comme un événement objectif et réel, on voulut expliquer le silence gardé si longtemps par les apôtres. On supposa donc, et cette tradition a été suivie par Matthieu et par Marc, que Jésus leur avait lui-même défendu de rien dire jusqu'après la résuri'ection.

2 Matth. XVII, 10 ; Marc IX, 11. Nous considérons ce passage comme un fragment. Il est facile de reconnaître en effet qu*il ne se rattache pas immédiatement à ce qui précède.

' 11 résulte clairement de ces paroles, que Jésus attribuait aux machi« nations des pharisiens co qui était arrivé h Jean.

GUiRIMN d'un DillIONIAOCnE. 2f 7

« ront aussi le Fils de rHomme. » Le même esprit d'èâxntesse et d'orgueil égoïste, qui 1^ a empêchés de reconnaître Jean-Baptiste pour TElie qui devait venir et ne leur a inspiré d'autres désirs que celui d'être délivrés d'un censeur incommode, les empêchera aussi de reconnaître dans le Fils de l'homme le Messie promis par les prophètes, et les portera à se débarrasser de lui comme de Jean.

Lorsqu'ils furent descendus de la montagne, ils trouvèrent dans la plaine les autres disciples environnés d'une foule nombreuse. Un fait tout particulier venait de se passer, qui avait mis tous les esprits en émoi^ Un habitant de ces contrées ayant ouï parler de la puissance merveilleuse de Jésus, avait conduit son fils pour le faire guérir. Ce jeune homme était atteint d'idiotisme et tourmenté en même temps de convulsions épileptiques. Dans ses moments de crise, il essayait de se détruire, il se précipitait soit dans l'eau soit dans le feu. — ^En arrivant au pied de la montagne y le père n'y avait point trouvé Jésus, mais seulement les disciples. Ceux-ci, se croyant peut-être revêtus de la puissance de leur Maître, voulurent entreprendre de guérir le malade ; mais ils durent faire l'expérience de leur incapacité et comprendre combien ils étaient encore éloignés de pouvoir ser-

* Comp. Marc IX, 14 ; Luc IX, 87. Le fait qui suit est d*autant plus digne de foi que les relations des trois évangélistes proviennent de trois sources différentes. Mais le récit le plus simple et le plus naturel est celui de Marc, et nous n'y voyons aucune trace des exagérations que Strauss prétend y trouver.

Î16 adÊmm v*un

vira iéêm d'organes fidèles. Leurs eSbrte n^eorent aucun résultat. De là grande rumeur; une inaltîtade s'assemble autour d'eux , et qudques doeieurs qui se trouTsôent parioi la Coule profitèrent habileinent de cette circonstance pour mettre en doute la puissance miraculeuse et la Yocatiou divine de Jésus-Christ ^ .

Sur ces entrefaites Jésus arrive; sa présence dans ce moment produisit sur la foule une impression d'autant plus vive % les uns espérant qu'il ferait ce que n'avaient pu faire ses disciples, les autres impatients de savoir s'il n'échouerait pas à son tour. Un trait remarquable du caractère de Jésus c'est la manière admirable dont il sait allier avec son amour sans bornes une juste sévérité : nous en avons ici même un exemple. Il se plaint de l'endurcissement de cette foule qui , poussée pigr une vaine curiosité ou par un intérêt terrestre, lui demande toujours des miracles et ne parait avoir aucun souci des biens spirituels qu'il est venu apporter au monde ' : a 0 race incrédule et perverse , inaccessible au sentie

< La présence des docteurs jaifs fait supposer que la scène se passe eo Galilée. La montagne dont il « été question serait alors ni le Panée ni i'BennoDi naais une montagne de Galilée.

> Marc ÎX, 15 : t$(6a/A€^6i]. Cette eispression sa comprend très bien et n'ofHre, quoi qu'en dise Strauss, aucun caractère d^œagération.

^ Les parotoi de Jéevs ne s'adressent point aux apôtres. Le Seigiioar n'aurait pas repris ses disciples aussi sévèrement pour avoir manqué de puissance ; et cenz-d n'auraient pas interrogé leur Maître, comme ils le font un instant après, s'ils eussent pris le reproche pour eux. — Ces paroles ne s'adressent pas non plus exclusivement au père du jeune bonune, mais & l'incrédulité du peuple en général. Jésus se plaint de la race incrédule (ytyià).

GUBRISON d'un DiMOMli^^t tt9

a ment des choses divines! jusques à quand sertt?-je « encore ayec vous et vous supporterai- je î » — Alon on fait approcher le malade. La personne de lésos produit de nouveau cet effet caractéristique auquel nous avons rendu attentif en d'autres circonstances. — Elle attire à la fois et repousse le démoniaque, et détemikM une crise violente. Pour préparer Tesprit du père, Jésus se fait raconter par lui les détails de la maladie , et le malheureux père, hrisé de douleur en voyant son fils qui se débat dans les convulsions , s'écrie : « Si tu peut « quelque chose , aie pitié de nous et aide-nous I » Ces paroles expriment un léger doute en môme temps qu'une ardente prière; aussi Jésus s'attache-tr-il à fiedre sentira cet homme son manque de loi. «Tu me dis : Si tu peux a quelque chose j sache donc que c'est toi-ménœ qui « peux tout si tu croisy car la foi est toute-puissante\ » Ce dopx mais juste reproche va au cœur du père qui , pénétré du sentiment de sa faiblesse, s'écrie aussitôt en pleurant : a Oui, Seigneur, je crois , mais ma foi n'est « pas, je le sens bien, telle qu'elle devrait être; Sei^ a gneur ! subviens à mon incrédulité 1 » Soudain , à la parole de Jésus , une nouvelle et violente crise s'opère. Le malade tombe épuisé et comme mort; mais

< Je traduis librement le passage difficile Marc IX, sa, oomma la sens général me parait Texiger. — Jéeos reprond les paroles da père. T* it jéMweci signifie : quanta ce fueiu triensdedire (rà) : Situpeux, moi Je je te dirai que cela dépend de toi. Quant au mot Tri^rcG^Ai, je le regarde eomme une glose. Ce moKimMjaqw dans le Codex VâHem, et dans le Codex Ephrcem. JkKfipt,

SiO GuiiÎRifiON d'uk DélIOinAQl^.

Jésus le prend par la main et aussitôt il se relève plein de santé et de vie.

Cette circonstance fournit à Jésus Poccasion de faire comprendre aux disciples ce qui leur manquait encore pour Texercice de leur ministère futur. Deux choses leur étaient nécessaires pour opérer la guérison dans laquelle ils ont échoué : une foi ferme et une communion intime avec Dieu y constamment nourrie par le recueillement et par la prière. Ges deux choses sont corrélatives et chacune d'elles produit et suppose l'autre, a Vous <v n'avez pas réussi parce que vous manquiez de foi\ « car si vous aviez gros de foi comme un grain de mouce tarde *, vous diriez à cette montagne : Transporte-tôi « d'ici-là et elle s'y transporterait •, et rien ne vous sea rait impossible\ » Puis un peu plus loin il ajoute' : a Ges sortes de maladies dans lesquelles la puissance du a mauvais esprit se manifeste à un degré aussi élevé ,

1 La foi est ici la confiance vivante dans les promesses divines, la certitude de la communion avec Dieu et de la vie étemelle en Jésus-Christ, et de la divinité de leur vocation ; c^est la foi pratique qui triomphe des doutes et des difficultés.

* Le grain de sénevé qui devient un grand arbre, représente l'énergie de développement contenue dans la foi.

^ Selon l'usage des Orientaux, Jésus exprime une idée générale sous une forme concrète. Le sens est : Par la foi on triomphe de toutes les difficultés et même des obstacles qui paraissent insurmontables.

* Bien entendu quMl faut, comme toujours, s'attacher à Tesprit des paroles de Jésus. Ces paroles portent leur mesure avec ^les. Tl s'agit de la toute-puissance des disciples, en tant qu'organes de l'esprit de Dieu. Bien loin de donner une puissance arbitraire, la foi exclut tout arbitraire : c'est l'abandon à la volonté de Dieu.

> Le récit a été probablement abrégé dans cet endroit ; les paroles qui suivent ne venaient pas immédiatement après les autres.

LA PUISSANCB DB LA FOI. 2Si

« ne peuvent être guéries que par la prière et par le « jeûne. » La véritable prière exige un esprit recueilli, exempt des préoccupations du monde, uni étroitement avec Dieu et ne se laissant pas distraire par les jouissao* ces ou par les soucis de la vie matérielle \ —Dans une

^ Gh6z les juifs et les premiers chrétiens, les temps consacrés spécialement à la prière étaient aussi des temps de retraite et de jeûne. Voilà pourquoi Je jeune est adjoint à la prière comme expression de la piété. Jésus Teut foire sentir aux apAtres quMls manquent de la préparation spirituelle sofiBsante.

Il résulte de ce que nont avons dit, que les deux propositions contenues dans Ifatth. XVIT, SO et Si se lient intimement Tune à Tautre. Ce qui est dit dans Matthieu de la puissance de la foi se retrouve dans Marc XI, S8 et dans Luc XVII, 6. Mais dans le passage de Marc Tidée n'est plus la même, et la malédiction prononcée contre le figuier stérile n'avait certes pas pour but de faire comprendre la puissance positive de la foi. — Dans le passage de Luc, c'est l'image qui est diflérente ; il n'est plus question d'une montagne, mais d'un mûrier; comme d'ailleurs la pensée est très importante , on peut très bien admettre que Jésus l'ait exprimée plusieurs fois pous différentes formes, pour la graver dans l'esprit des disciples. — D'un autre c6té il est étrange que Marc, dont la relation est ici plus exacte et plus simple que celle des autres évahgélistes, ne fasse aucune mention des paroles de Jésus touchant la puissance de la foi, tandis qu'il rapporte ce qui concerne la prière et le jeûne. Cela est d'autant plus étrange que, dans le verset SS il cite, à propos de la foi, un mot de Jésus qui ne se trouve pas dans Matthieu. — On pourrait supposer d'après cela que Matth. XVII, 20 est une addition. Le narra* tour, appliquant les mots race incrédule aux apôtres, aurait placé ici ce que Jésus dit ailleurs de la puissance de la foi. — Mais il est possible aussi que, comme il est à deux reprises question de la foi dans la gnérison du démoniaque, Matthieu et Marc aient, l'un et l'autre, négligé d'en faire deux fojs mention. Ainsi s'expliquerait la différence qui existe à ce sigct entre les rolations des deux évangélistes (Comp. Marc XI, SS avec Matth. XVII, SO). Une double remarque nous confirme dans cette opinion : 1** le passage relatif à la prière et au jeûne a certainement sa place ici, et les deux évangélistes sont d'accord là-dessus ; 2« le passage) Luc XVn 5, n'est pas dans son enchaînement naturel. — II faut qu'une occasion spéciale ait donné lieu à l'expression de cette pensée. Pour que les apôtres aient demandé à Jésus de leur augmenter la foi, il fallait que quelque chose leur eût fait sentir combien leur foi était faible. Dès lors le verset 20 de Matthieu vient naturellement prendre place à côté du verset 21.

SSl QUI IM: U PLUS MAKI)

autre ciKonslance, Jésqs avait déclaré que le temps de jeûner n^était pas venu poar ses disciples ^ ; les paroles qui précédait signalent le coromeiieeiiient d^nne noorelte époque dam la vie des apMres; ih doîvent dorénavant se préoccuper sérieusement de ce qui ktir manque pour élever leur esprit à la hauteur de leur vocation future. Depuis que les apôtres étaient de retour de leur premier voyage missionnaire, Jésus s^était attaché, dans ses entretiens avec eux, à combattre plus directement qu'autrefois leurs fausses idées touchant le règne messianique. Mais les préjugés judaïques étaient encore trop proCoodément enracinés dans leur esprit pour leur permettre de renoncer si facilement à leurs espérances terrestres» Aussi leur attachement au règne de Dieu étaitil encore mêlé de vues intéressées et égoïstes. En voici un exemple : Pendant qu'ib étaient en chemin pour revenir à Capernaûm une discyssion s'éleva entre eux pour savoir lequel était le plus grand en fait de zèle pour leur Maître*. Aussitôt arrivés, Jésus leur demanda de quoi ils s'étaient occupés en chemin ; mais eux, tout

i Voy. p. ai.

* Loc IX, 46 ; Marc IX, 88 ; Matth. XVIII, 1. II ne fôut pas confondre cette première discussion a^ec une autre dont il sera parlé plus tard. Ici il ne s^agit pas encore de Tavenir, mais seulement du présent, de la place qu'assignent à chaoun ses qualités personnelles. — Aussi la réponse éb Jésus est-elle toute autre que sll se fut agi de la première place à obtenir dans le royaume de Dieu. Cest pourquoi le récit de Luc et celui de Marc nous paraissent plus naturels que celui de Matthieu. Matthieu insère, selon sa coutume, des mots qu'il a tirés d'ailleurs. En outre, il est plus naisemUable que ce soit Jésus qui a le premier interrogé les disciples sur Toljvt àe leur discussion, et Ton comprend focilement comment la version de Matthieu a pu naître des deux autres.

c«ifti8, n'oaMsal kû répondre. Alom, YQyani qu^ls se séfiluent repris dans knr cnnacHtnce, Jésus ne tenr adresse pcâni de reprodbuQS, bmûs U kor fait néaanoins comfinndre combien leurs pemées sont eu contrftdîo* tien afvsc les sentimente qaà doivent animer ks mes»bies du royaume de Dîea. U prend un enfant, il le place an milisn d'eux et leur dît : «Que cet enfant tous serre a de Modèle. Plus ^oostoi r^sembterex en sirnjdicité^ « «i^ina TOUS autea de prélentinos , n^na tous réfléa cbkes à Totre mérite personnel ^ moins tous soogerex. a à TOUS faire i^loir , plus tous sevez grand au point « de vuA du royaume de Dtai^ » Puis, ayant pris Tenluit dans se^ bras ^ il ajoute : « Quiconque re$oèt « cal enfiu^ en mon nom me reçoit , et quiconque me <i reçiît, reçc^ celui (|ui m'a envoyé '« )» La valeur d'un acte BS dépend pas du résultat , mais de h di8{)osition dans kqufiUe il est aecompli.. Agit-on ou n'agit-on pas a» ncn de Christ, à cause de Christ, toîlà la question. Rapporter ce qu'on (edt à Christ, c'est-à-dire à Dieu ,

1 Nous suivons ici Luc, qui nous parait reproduire le mieux la forme originale des paroles de Jésus. Seulement Tordre des propositions y est roDiFeraé (y. 48). Oa le reconnaît an yàp ajouté après coup pour établir un lien artificiel. Mais on le reconnaît surtout à la question de Jean, qui se raj^porte non pat à la in mais au commmceneat du verset 4& 8IIa seconde pensée eût été en effet exprimée la dernière, elle était trop importante pour que saint Jean eût pu ht laisser aussitôt de côté pour s^^nger à celle qui précède.

* Nom trouvons une pensée analsgtit dans Matthieu X, 4». Jésus a égaré à ceM fpA donne à ses cfoeiplee la plus petite chosif, ne fût-ce qnVn verre d*ea«. Pomrquoi cela ? i^wce qmMl regarde au ccaiir. L^act» dépend à» elreoMtsooee eatérievfes» la âispentioB dépend de l'individtt et donne seide Is waie mesofe de mi vie.

224 CELUI QUI n'bST pas OONTRl VOUS

c^est le moyen d^ètre agréable à Diea. ToQt e8piit de rivalité est à jamais exclu. Il faut regarder à CSirift et non pas à soi-même ; c^est Tintention qui mesure la valeur de TactioUy et que Ton fasse peu ou beaucoup, peu importe, pourvu que Ton ait travaillé dans la mesure de ses forces et que Christ soit le but. Mais les disci[de8 étaient encore trop bornés jpour comprendre aussitôt ces profondes paroles. Un mot seulement frappe d^une manière plus vive Tesprit de Jean \ : « Il &ut agir au nom < de Christ. » Il se rappelle un fait qui lui paraît en contradiction avec le précepte de son Maître. En voyant opérer des choses extraordinaires par Tinvocation du nom de Christ , des hommes qui ne faisaient pas partie de la société des disciples s^étaient mis aussi à chasser les démons de cette manière. — Mais les apôtres les en avaient empêchés ; ils ne trouvaient pas convenable qu'on s'arrogeftt une pareille autorité sans une mission spéciale. Mais leur zèle n'était pas pur; il y avait de Toi^ueil et de l'égoisme dans leur conduite; ils prétendaient avoir seuls le droit d'exercer la puissance mystérieuse attachée au nom de Christ. — Lors donc que Jésus déclare que le toutest d'agir en son nom, Jean se dit en lui-même : « Mais s'il en est ainsi ^ n'aurions-nous « pas eu tort de reprendre ceux qui chassaient les dé-

^ Noos suivons à peu près Topinion de Scbleiermacher. Strauss re* proche {Vie de Jésus, I, p. 615) à Scbleiermacher de supposer cbei les disciples un trop g<^md développenient intellectud ; mais c*est tout le contraire : c'est à cause de leur ignorance qu'ils ne saisissent qu'une parole détachée et ne comprennent pas le sens général du discours.

BOT poum vous. 2S5

« mous au oom de Christ? x> Si les apôtres eussent bien compris leur Maître, ce n'est point à cela qu'ils auraient pensé. Jésus ne youlait point parler de l'invocation purementextérieure et pour ainsi dire magiq ue de son nom , mais de la disposition intérieure du cœur qui rapporte toot à lui. Il y avait cependant quelque rapport entre les deux choses ; celui qui attribuait au nom de Christ une vertu si grande pouvait être conduit à mieux connaitre Christ lui-même et à croire véritablement en lui ; l'invocation extérieure pouvait servir de transition à un service spirituel et vivant. C'est pourquoi Jésus condamne la conduite de ses apôtres. « Us n'auraient pas « dû imposer silence à ceux qui invoquaient son nom , « car, dit-il , celui qui n'est pas contre vous est pour <x vous; celui qui a fait un miracle en mon nom n'ira « pas aussitôt mal parler de moi \ » La vue du miracle pourra conduire celui qui l'opère ou ceux qui en sont témoins à s'attacher réellement à Clu'ist. Les apôtres peuvent apprendre de là quelle conduite ils auront à tenir dans l'exercice de leur ministère. Il ne £aul pas exiger une adhésion immédiate et complète, il faut laisser la foi se développer librement. Si un homme confesse le nom de Christ et veut le glorifier parmi les hommes , quand même il ne le ferait pas exactement comme eux, quand même il ne se joindrait pas à eux, ils doivent le supporter et non le repousser.

1 Ces derniers mots sont une addition de Marc (IX, 39). Us n'épuisent pas le sens de la pensée, mais ils servent cependant à IVxpliqucr.

226 CELUI QUI n'est pas pour vous, etc. — jisus

Cette parole semble être en contradiction avec une autre que nous avons déjà rencontrée : <t Cehii qui H n'est pas pour moi est contre moi\ » Mais il suffit , pour les concilier, de tenir compte de la différence des circonstances. Dans le premier cas, il s'agissait d'actes qui paraissaient ressembler à ceux de Christ par les résultats , mais qui , loin d'être accomplis en son nom , procédaient d'un principe contraire et serraient en réalité la cause du mal et non pas celle de Dieu. — Dans le second cas, l'action, quoique imparfaite encore, est cependant de nature à pouvoir conduire à la communion avec Christ. D'un côté il y a , sous une apparence d'accord, une opposition radicale, de l'autre un commencement de vie, ou du moins une préparation à la vie qui vient de Christ. Les deux passages, au lieu de se contredire, ne renferment qu'une même pensée, à savoir que pour apprécier l'acte extérieur il faut regarder à la disposition intérieure qui l'a produit.

Cependant le temps était passé ( le mois d'Adar, mars) auquel on payait chaque année l'impôt religieux établi par la loi de Moïse ( Voy. Ex. XXX ,13; comp. 2 Chron. XXIV, 6 ). Le voyage qu'il venait de foire avec ses disciples n'avait pas permis à Jésus de le payer encore ; lors donc qu'il fut de retour à Gapemaûm , eelui qui était chargé de percevoir demanda à Pierre :

» Voir p. 15Î. Comparez rexcellenlc dissertation du professeur Elwert {Studien der evangelischen Geisllidikeit Wûrtembergsy IX, n* 1). Elwert me paratt avoir mieux réussi dans Texplication du présent passage que <lars celle du premitr.

FÀii LIS imRAamaH. 927

« Votfee maUre ne n propo6É-t**il pas de payer tes di- € dradiDies\ )» Bien que Jésus 8'aoi|iiittàt très aaeléw nMirt dé testes les obligatiooe cirUes on religieuses , espeddaol comne on sairait q«'U se donnait d^ ma^ rerlemMi pour le Messie ^ en poaviit supposer qu'il piétendaii être exempté de l'impôt. Pierre y de son côté, <aarait sons doute été également disposa à le croire ; mais il Tenait d'entendre Jésus déclarer qu'il n'était pas Tenu fonder un règne extérieuty mais un mgaa spirituel ; il l'avait entendu parler des inufiraiwea qui lui étaient réservées. D'£q)rçs c^Iai il s'imagina done que Jésus avait bien l'intention de payer, et il répondit afiir^ mativemeot à la question qui lui était adressée.

Mais Jésus, qui se propo^t en effet de 8esoiiniettt*eà la loi en ce point comme en tous les autres, voulait m même temps faire comprendre à Pierre que cette âoumissîon âait parfaitement libre et v<dontaire, couuiif en général l'abaissement du Fils de l'homme pendant sa vie terrertre. Les rois des nations, dit^il, n'eiigeoi point que leurs enfiuits paient les impôts ; ainsi le Messie, qui est

1 V07. MaUh. XVU, 14-37. L*iinp6t était d'an demMde. Le didrachme avait la même valeur. — Le fait dont il s'agit se place très naturellement ici. U faut seulement supposer alors qu'on n'exigeait pas rigoureusement Timpôt à Tépoque prescrite ; car le mois d'Adar était déjà passé. — Sinon, Je récit de Matthieu doit venir immédiatement après celui du repas miraculeux. Il serait possible en effet que ce fût en entendant le peuple parler de proclamer le Messie que le percepteur de Timpôt eût conçu des doutes sur Tintention de Jésus. — Quant à admettre avec Wieseler qu'il s'agit du tribut à payer aux Romains, cela ne nous parait pas possible. Le sens du récit déjpend du caractère religieux et non politique d« l'impôt.

Î28 JBSC8 PAIE ^BS DlDRACHiaS.

le Fils de Dieu, la fin de toute la théocratie, n'est point obligé de payer on tribut pour le culte qu'il est venu remplacer. Si les Juifs eussent reconnu son divin caractère y ils n'auraient point exigé de lui ce qu'ils exigeaient des autres^ ; mais comme ils ne le reconnaissaient pas, Jésus ne veut pas qu'on puisse l'accuser avec quelque apparence de raison de ne pas observa* la loi. Il ne reiuse donc pas de se soumettre ; il ne déploie pas non plus sa puissance miraculeuse pour se procurer la somme dont il a besoin. — U n'a recours qu'aux moyens ordinaires. Pierre est pécheur, il reçoit l'ordre de jeter l'hameçon à la mer. Assurément Pierre ne pouvait pas espérer de se procurer de suite assea de poissons pour lournir la valeur d'un sicle ; mais la Providence y avait pourvu et Jésus le savait bien. Dans le premier poisson qui fut pris on trouva précisément un statère, et le disciple put acquitter aussitôt sa dette et celle de sou Maître'.

Cette conduite de Jésus était en même temps un enseignement pour les apôtres ; elle leur apprenait à sacrifier leurs droits et leur liberté lorsque cela était nécessaire au bien des autres, et, pour satisfaire à ce qu'on exige-

1 De Wette explique la condaite de Jésus par le devoir de robéissanoe aux autorités supérieures. Voy. Rom. XIII, 6. — Mais cette explication n'est pas exacte. Il ne s'agit pas ici d'un devoir politique, mais d'un devoir religieux au point de vue de la théocratie juive.

< Nous ne pouvons pas attacher grande importance à la lettre du récit, car le fait n'est raconté ici que d'une manière très abrégée, -et le narrateur n'insiste pas davantage 8ur le miracle.

JÉSUS PAIE LES mMACHlIBS. 229

rait d^eux» à se servir avec confiance des moyens ordinaires, persuadés que Dieu saurait bien> quand il le faudrait faire , réussir ces moyens au delà de toute espérance.

SECTION X!

VOTAGB DB JÉSUS A JÉRUSALEM A LÀ Pl^TB DBS TÀBBIMAGLES,

Dix-huit mois avaient été consacrés à jeter parmi les Galiléens les fondements du royaume de Dieu et à développer l'intelligence spirituelle des apôtres. Pendant ce temps, Jésus, qui d'ordinaire ne manquait pas de monter à Jérusalem aux trois grandes fêtes , était resté éloigné de la capitale. L'époque étant venue à laquelle on célébrait la fête des Tabernacles (le mois d'octobre) , il résolut de reparaître enfin, de proclamer ouvertement son divin message au milieu de ses ennemis, et de fortifier par sa présence la foi de ceux^jui avaient commencé à s'attacher à lui\ Mais il était bien loin de vouloir s'exposer au danger quand il pouvait s'y soustraire sans manquer à sa vocation divine. Il résolut donc de se montrer subitement , avant que le Sanhédrin eût pu prendre aucune mesure pour s'emparer de lui, et lorsque la foule serait déjà rassemblée'. Les frères de Jésus,

< Jean VU, i et suit.

* On reconnaît facilement que le récit da quatrième évangile est celui d'un témoin oculaire. La tradition , qni tendait toujours à glorifier le caractère de Jésns, n'anrait pas inventé ce fait.

*2')0 JRSrS A LA FÉTB DU TAMRIUeLIS (iBAM Vil).

le voyant rester encore en Galilée tandk que tout le monde montait à la fête , lui en exprimèrenl leur éton** nement. <x Pourquoi , lui dirent^ils , pannstes-tu à éè^ a meurer caché? Si tu fais de si grandes œuvres \ tu ne a dois pas rester ici ; il faut que tu ailles à Jérusalem mon- « trer tes miracles à tes disciples et te faire reconnaître « par le peuple. » Ces paroles révélaient des dispositions trop équivoques pour que Jésus se confiât à ses frères et leur fit part de ses intentions. Ils n'étaient pas eu état de le comprendre. Il se contenta donc de leur dire que sa conduite n'avait pas les mêmes principes que la leur, qu'il avait des précautions à prendre qui, pour eux, étaient inutiles, parce qu'ils n'avaient rien à craindre de la part du monde. C'est pourquoi il ne monte pas maintenant avec eux ; quant à ce qu'il se propose de faire plus tard, il ne leur en parle point. « Le moment n^est a pas encore venu pour moi de paraître publiquement à a Jérusalem. Quant à vous, il n'en est pas de même ; le a moment est toujours favorable ; vous n'avez rien à a craindre de la part du monde. Le monde ne peut pas <c vous baîr, car vous vous considérez comme lui apparce tenant; mais il me hait, moi, parce que je dévoile son ce impiété. Montez donc sans moi à la fête; je n'y vais a pas maintenant; mon heure n'est pas encore venue. » Mais lorsque ses frères s'en furent allés, il partit lui-

* Le passage Jean YH, $-4 suppose que Jésus a fait en Oaliiée des flMvree doot révaogélista ne parle pas. Bien loin d*ètre en eontnUttotion avec les synoptiques , il nous découvre lai-mème une tocane qui est comblée par ceux-ci.

JBSUS A U FÉTB D«S TABBRNAGUS (JBAN Vil). S3I

lùéme secrètement et apparut tout à coup dans la ville au milieu de la fête, au moment ou tout le monde s'entretenait de lui, et où Ton se demandait s'il ne Tiendrait point racore. On ne doit point trouver étrange que les souvenirs de Tavant-dernière Pâque fussent encore si vivants. La guérison du paralytique de Béthesda, la prétendue violation du sabbat, avait fourni aux pharisiens la première occasion de rupture, et était devenue le point de départ de leurs accusations contre Jésus.

La puissance des paroles du Seigneur ne tarda pas à se manifester de nouveau. Ceux qui étaient le plus prévenus contre lui ne purent s'empêcher de témoigner leur étonnement. Gomment un homme qui n'avait pas été instruit par leurs docteurs pouvait«*il expliquer ainsi les Ecritures? Mais ils étaient trop aveuglés par leurs pré* jugés pour conclure que cet homme avait dû recevoir un enseignement supérieur. Ce qu'on n'avait pas appris dans leurs écoles ne pouvait pas être la vérité ; quiconque n'avait pas été instruit par eux n'avait pas le droit d'instruire les autres. Tel était le sens général de leurs discours; voilà pourquoi Jésus leur répond : « Ne vous <x étonnez point de me voir enseigner sans avoir été « élevé dans vos écoles, car ce que j'enseigne n'est pas « le produit de l'intelligence humaine, mais une révéla- « tion de celui qui m'a envoyé. Vous pourriez vous en « convaincre par vous-mêmes , si vous aviez un désir a sincère d'obéir à DieuV Celui qui s'applique à faire

« Jean vu» !?• Je me range ici da côté de Lûcke et de Scbott. On

232 Jésus A LA F^TK DES TABKRNACLRS (jEAN VII).

c( la volonté de Dieu connattra si ma doctrine vient de « Dieu, ou si je n'exprime que Topinion incertaine des a hommes. Il verra que les mobiles humains n'ont au- « cune place dans mon ministère, et que je cherche seucr lement à glorifier celui qui m'a envoyé. Mais vous, a vous ne pouvez me recevoir, parce que votre cœur « n'est pas droit devant Dieu. En effet, vous voulez pac raitre des observateurs zélés de la loi de Moïse, et vous « invoquez cette loi pour me poursuivre, moi qui ne « cherche que la gloire de Dieu. »

En entendant Jésus parler de cette manière, sans que ses adversaires osassent mettre la main sur lui, le peuple fut saisi d'étonnement. On se demandait si les membres du Sanhédrin auraient reconnu que cet homme était le Messie. — Mais les préjugés ne tardaient pas à reprendre

rapporte ordinairement ces paroles à la preuve expérimentale de la difini té du christianisme (testimonium Spiritus Sancti) ; mais il ne s'agit point ici de la volonté de Dieu révélée par Jésus-Christ; il s'agit de la volonté de Dieu telle que les pharisiens la connaissaient alors ou avaient pu la connaître. Faire la volonté de Dieu et chercher la gloire de Dieu sont synonymes, comme faire sa volonté propre et chercher sa propre gloire* Si Jésus avait eu affaire à des gens retenus loin de la foi par des doutes sérieux et invincibles, il aurait pu leur dire : « Atta- « chez- vous seulement à pratiquer les choses que je vous enseigne et <( auxquelles votre conscience rend témoignage, et la pratique fera dispa- « raitre vos doutes : Vous ferez Texpérience de la puissance divine de « ma parole ; ce témoignage lèvera tous les obstacles. » .— Mais il a devant lui des gens qui ne sont nullement disposés à croire. U ne peut donc pas les l'envoyer au témoignage do Texpérience, mais seulement à la preuve objective de la divinité de sa doctrine. Mais pour être firappé d'une preuve quelconque en faveur de la vérité religieuse il faut oeriaines dispoM tiens qui manquent aux pharisiens. C'est ce que Jésus veut leur foire sentir. Ils ne sont pas attachés sincèrement à la volonté de Dieu. Le sentiment religieux leur manque, sans lequel toute démonstration est inutile.

JRSCS A LA fAtB M» TABIHNACU» (lIAN Tll). 233

leur empire sur les esprits, n N^est-ce pas, s^écriaitron, « le fils du charpentier de Nazareth? Gomment pourrait^ « il être le Messie? Ne savons-nous pas que le Messie « doit se montrer tout d'un eoupdans sa gloire^ de mate nière que chacun puisse le reconnaître? » — et II est « yrai| répond Jésus, tous me connaissez et tous savez « d'où je viensi et cependant vous ne le savez pas réelle- « ment; car vous ne connaissez pas le Père qui m'a enci voyé| et c'est pourquoi vous ne pouvez pas non plus a me connaître. » 11 n'y a que celui qui connaît Dieu, qui lui est attaché par le coBur et qui désire foire sa volonté, qui soit capable de discerner la divine origine et le divin caractère du Fils de l'homme. Ceux qui, dépourvus d'affection pour les choses divines, croient connaître Jésus en s'arrétant à l'apparence, ne le connaissent réellement pas.

Cependant les paroles et les actes de Jésus produisaient sur la foule une impression toujours plus profonde , qui augmentait la jalousie et la haine de ses ennemis. Les orgueilleux pharisiens, accoutumés à dominer seuls, voyaient avec rage s'élever une nouvelle puissance qui menaçait la leur d'une ruine complète. Jésus avait si souvent triomphé de leurs calonmies par la seule force de la vérité , qu'ils n'osaient plus renouveler leurs accusations, de peur d'être de nouveau confondus, n ne leur restait plus qu'à employer la violencOé Us cherchaient donc une occasion favorable pour se saisir de lui. Jésus, qui s'aperçoit de leurs machinations et qui

Î34 jiaVê A hk FÂTB M» TABMHiâWJW (j9AI| VU).

cQ .prévoit déjà le tragique résultat^ leur adfeMe ce» pro* phétiques parole» ; « Je ae suis plus avec tous que pour K uu peu de temps, et puis je m'en raïs vers le Pèfe qui (f m'a envoyé ; vous me chercherez un jour, nais voua t ^Q me trouverez pas, parce que vous ne pouvez v^nir « où je serai. «> Si les Juifs ne mettent pas à profit lea courts moinents qui leur restent, ils ne pourront échapper aux maux qui les menacent. Dans leur détrasae^ ils soupireront après un Sauveur; ils regretteront celui qui pouvaitêtre le libérateur, le Messie* —Hais en vain ; — ils ne le trouveront plus, il s'en sera allé et ils ne pourront le rejoindre \

Comme La fin de son ministère approchait et que c'é* tait la denûère grande f<Me qui devait précéder sa mort, lésus^ sachaoi que cette foule qui allait bientôt se disperser ne devait plus le revoir, voulut qu'ils emportas- ^eait du moins avec eux quelques paroles destinées à rester dans leur esprit conmie un aiguillon salutaire, et à fixer leurs pensées et leurs sentiments sur celui qui pouvait seul leur dispenser la vie. Peutrétre prit^il oocaûon du moment où, selon l'usage, les jHrdtres apport^ent en grande pompe à l'autel l'eau de Siloé , pour s'adresser au peuple accouru dans le temple : « Voici » a leur cria^t-il , la véritable source d'eau vivel Que a celui qui a «oif vienne a moi et qu'il boive. Si quel->

> n paratt, d'après Jean VH , 85 , qae les Juifs commençaient à pressintlrla undance valvamUflU dalftdoetrkiede JéM». Bo «itanAsatsai obscures paroles : « Vous ne pouvei Yçnir où je vaiSi » ils se demandent ^ Jésus se propose d*aller chez les paient.

sisVS A -tA fAtB m TABtRIfACUS {sWtM TM R flll).

« qu'un tvoit «n moi , soa <$œur defîœdra luMnètne m une aoarce cToii s'épaocheront . de» torrents d^tan c vive ^ » Un pan plus kîn il présente la même pemée •om mie imtre imaffe : « ie soit la iumièrs 4u monde; « Celui qui me snit ne marehera point dans leslénè^ 0 bres, mais il recevra la lumière qui Tient de la tîo èl « qui conduit à la vie '. v Akurs ks {^riaieDS loi ob« jectent qu'il rend témoignage de lui-même et qne^ fKt conséquent^ son témo^age ne peut pas aToir de Taleur*. Jéaus leur répond que ee qui est vrai de tout avtre ténMtt|na|^ ne Test pas du sien. Pour lui , îl parie avec une pwrfoite certitude de sa communioD avec IMeii (Jean VIII, <4). Ceet un rayon de la Imoitee éteraeUû qui l'éclairé ; sa cdnviotâon n'est sujette à aucun doute* « Quoique je resde témoignage de moinnéme , mo» « témoignage est véritable, parce que je sais d'où je « viens el où je vais. » Le jugement des pharistens lee farompe^ parce qu'ik n'ont pas le sens du divin et que, i^en tenant à l'apparence, ils ne chercbeot pas, etpar

^ Jésus ne parle point, 11 est vrai, d'un fait à venir^ mais de ce que la foi produit immédiatement dans le cœur. Cependant, comme cette parole n'a été entlànmesi accomplie que lorsque la commumoa 4les eroyanta fut réalisée par Teffusion du Saint* Esprit, saint Jean a pu, avec raison, rappliquer à Tévénement qui devait signaler Tavénement de la Vis non- "velle pour tous lea siècles (Jean VU, 89.)

* Jean VIII, 12. Jésus- Christ se donne ailleurs comme le pain, c'est-à- 4irs ommie ralCment de la vie (p. IQS). Iciil s'appelle la lamière qai donne la vie. Il y a entre ces deux idées un rapport intime. Jésus est d*abord la lumière, parce que c'est lui qui éclaire le monde et le conduit de la mort 4ia via; nak» parla méneieiaoBtil estaussilavie. JLavie da la lunidra jou la liunière de ia ?ie na sont qu'une saule et mène chose.

296 lises A LA pars m» tabiiiivaglbs (iban rm). conséquent ne peuvent pas saisir la réalité. Son ju^ment à lui est juste , parce qu'il ne parle pas comme un homme abandonné à lui-même , mais Dieu parle en lui. Il a pour lui deux témoignages : son témoignage personnel dans la communion a^ec le Père, et Iç témoignage objectif que le Père lui rend par le caractère divin quHl imprime à sa personne et à ses œuvres. — Mais ^ toujours aveuglés par leur sens charnel , les pharisiens ne comprennent point. « Où est ce témoignage , lui a demandent-ils ? Fais-nous entendre la voix du Père ; « fjBÛs-nous voir sa (ace. » Jésus leur répond que la connaissance du Père et celle du Fils sont inséparables. Us ne connaissent pas le Fils parce qu'ils n'ont pas connu le Père ; et ils ne connaissent pas le P^ parce qu'ils ne veulent pas connaître celui que le Père a en« voyé. — Puis il leur renouvelle l'avertissement prophétique qu'il leur a déjà adressé : « Je m'en vais et vous me chercherez. » — Mais ils le chercheront en vain ; ils ne le trouveront point, parce qu'ik ne peuvent point arriver à la foi ^, parce que leurs péchés les éloignent du ciel, parce qu'il y a une barrière infranchissable entre ceux qui appartiennent au monde et ceux qui appartiennent à Dieu. — Quant aux paroles qui suivent, elles nous transportent devant un autre auditoire, a Quand « le Fils de l'homme aura été élevé, vous connaîtrez qui

* Les malhears qui fondirent tar eux n^élefdrent point te Jnift vert 1«8 choses BpiritoeUes. Ce fut toajoors un libôrateor terrestre qoHls attendirent dans le Messie.

tiÊOê A LA PÉn M8 TABIMACLBS (iRAM Tlll). 337

« je mis I et qm je n'annoiioe rien que ce que j'ai reçu « du Père (Jean Vlll, 28). i» des paroles s'adretMBt à des gens qui méconnaissent, il est Trai, le ditin caractère de Jésus , qui pèchent contre le Fils de rhomme (voy. Matth. XII , 32) ; mais il leur reste pourtant quelque réceptivité pour les choses divines ; lorsqu'ils verront FEsprit de Christ agir dans le monde avec une puissance irrésistible, leurs préjugés tomberont, et au lieu de pousser Taveuglemrat volontaire jusqu'à ce péché redoutable qui n'obtient pas de pardon, ils se laisseront conduire à la foi par le témoignage de l'Esprit.

La manière victorieuse dont Jésus confondait ses adversaires et les réduisait au silence produisit parmi le peuple une grande sensation et adieva chez pkisieurs l'œuvre d^ commencée, liais quelque sincère que fût 4'enthottsiasme dont il était l'objet , le Seigneur ne croyait pas devoir beaucoup compter sur ces impressions du moment ; il savait combien la plupart étaient encore éloignés de la véritable foi, combien ils serairat prompts à se détourner de lui quand ils ne verraiœt pas se réaliser les espérances qu'ils fondaient sur la venue du Messie. Il voulut leur montrer quels étaient les caractères des vrais disciples et ce qu'on devait attendre ou ne pas attendre de lui. « Si vous persévérez dans ma « doctrine, leur dit-il (Jean VIII, 31 ), abrs vous serez a véritablement mes disciples ; alors aussi, qnand vous « en aurez fait l'expérience , vous connaîtrez la vérité , n U vie vous conduira à la connaissance , et cette con-

936 mm a. la iétb ms tabimiabiib (uuk m>. «( naîgsam» à son tawr, re(«e d'une nmnière rindwà^j icyam fdadm purticipaots de la Tiaie liberté. » Lee Jnife , égarés par lee erreurs de iwim de Gamala et Ai aéfetîstne, se figuraient que le Vksaie Tiesdmit les délt^ Yrer du joug des Romains. Jésus TeuLdélmin cas fausses espérances ; il Teut faire comprendre à ceux qui clievcheraieflt en lui un ehef temporel que la Traie liberté est intérieure et spirituelle; elle ne s'acquioi peint exl^ rienrement, par la domination ou par la conquête, mais seulement par la Tie dans la Térité* Voilà la liberté qu'il est venu apporter au monde. Mais ses enne mis troUTent encore à redire dansées demièros paroles. Eux qui y d'ordinaire, ne fimt que gémir et se plaindre de la servitude que des païens font peser sur eux, ib ne peuvent sooirir que Jésus les traite d'esdaves et leur dise qu'ils ont besoin d'être affranchis. Jésns s'élève oontre oei (Nrgoeil qui fiait dépendre les privilèges tbéo- ^eratiques d'une condition purement extérieure : le titre d'enfemts d'Abraham. « Celui-tà est esclave qui commet s le péché. Or, l'esclave ne demeure pas toujours dans - « la maison, il peut en être chassé par sa faute; le fils, « au contraire , y demeure toujours et il peut même af- « firanchir l'esclave et le mettre au nombre des mem- « bres libres de la famille. Gardez-vous donc de re- « garder vos droits au royaume de Dieu comme un « privilège inaliénable; vous êtes des esclaves, et si t <r vous ne vous montrez pas serviteurs fidèles vous serez ' « chassés avec justice. Mais si le Fils de Dieu vous af-

^ÉftUS A LA Wtm MS TABiMNACLBS (lËAf« vm). S39

«f franchît I lui qui préside, au notti de son Père, au ^ gouvernement de la tliféocratie , alors vous serez irérîir tablement libres; tous ne sere* phis comme des escîa^ « ves, mais comme des eiifants. » CTest à tort , d'ailleurs , que les pharisiens s'energueitlissent d*étre les enfants d'Abraham ; la manière dont ils se conduisent à Végard àe la yérité et de celui qui ^annonce montre qu'ils sont bien plutôt les enfinits de Satan \ car ils ressemblent bien pim à Satan qu'à Abraham, au père du nrâl et du tnenseoge qu'au père des croyants. Us Veulent feire mourir edui qui était Tc^t des espéirances d'Abraham. Et cttmme les Juifs ne eomprenneot pas cette parole , Jéswi prend occaeioo de leur méprise pour relever A\thtaniphn le divin caractère du Messie. Mais il ne f^it que les acandaliaer et qile les irriter dàTantage el se ftrtre ae*- QQser d'impiété^.

,^Hè8 h £Me, Jésot resta encore quelque temps à lé^ rusaleai» Mais la haine des membres du Sanhédrin ne -ooDOaissatt déjà plus de bornes. Ils auraient eu immé^

1 Voy. 1. 1, p. 107, à la aote.

s Ck)mp., pagas 121 et 149. La ciQqqaDtième année était une époque saillante; elle marqnaH la fin de Tàge virif et le moment o6 les lévites termioaieait leur service dans le temple. Nombres IV, a et VIH, ift. Voilà pourquoi, bien que Jésus ne fût qu'à sa trentième année, les Juifs lui dkent t « Ta m'as pas enton cinquante ans, ta n'ies paa mluie à Tige « mûr, et ta prétends avoir vu Abraham, qui est mort il y a tant de « siècles ! ^ -* Cette explication généralement adoptée est tout à fait .fioffîsanta» et Varbi traire seul a pu conduire Weisse et Gfrcerer H oonolare que, d'après le quatrième évangile, Jésus était, lorsqu'il commença son niMitère» beAOOMp plus Agé que ne le foM les «fnoptlqtics* — XSstte erreur avait déjà commencé à se répandre dans la tmditioB primitive. Voy. dans mon Histoire du Siècle, apostolique y 3* éd., le t. U, p. 539.

240 liBOB A LA fItB du TABBMIACLI8 (iBAH VU).

diatemant. recours aux mesures yiolentes pour arrêter 800 influence sur le peuple si une dispute ne se fût élevée entre les modérés et les fanatiques du parti. Déjà pendant la fête on aurait voulu le saisir, mais on avait craint la foule^ Jésus gagndt tous les esprits par la puissance irrésistible de ses paroles, et les gens envoyés par le Sanliédrin pour le prendre étaient revenus pleins d'admiration en s'écriant : <k Jamais homme n'a parlé « comme cet homme. » Il y avait dans le conseil des membres, tels que Nicodème, qui étaient secrètement attachés à Jésus et d'autres qui, sans avoir les mêmes dispositions , demandaient cependant que Ton dnervât la loi et qu'on ne condamnât pas un homme avant de l'avoir entendu (Jean VU , 51 ). La plupart s'irritaient -de cette modération et la trouvaient su^^ede ; mais ne pouvant pas réussir à faire condamner immédiatement leviv ennemi, ils voulurent du moins prendre une mesure qui arrêtât le succès de la nouvelle doctrine; ils prononcèrent l'excommunication contre quiconque oserait désormais déclarer que Jésus était le Messie. Le Sanhédrin se considérait comme le tribunal suprême en matière religieuse ; lui seul était donc compétent pour reconnaître et pour proclamer un envoyé divin et le Messie en particulier. Et quoiqu'il ne se fût pas encore prononcé catégoriquement à l'égard de Jésus, il regardait comme coupable quiconque osait se prononcer avant lui et sans lui. Ce fut là le premier décret retUhêofficieHement camtre J^nM( Jean IX, 22).

GUiRISOlf DE l'aVEUGL^-N^ (iBAlf IX). 241

A ce moment, ua autre miracle accompli le jour du sabbat vint augmenter encore la haine d^ ennemis du Seigneur et fournir un nouveau prétexte à leurs accusations.

Gomme Jésus sortait du temple avec ses disciples, ils rencontrèrent sur leur passage un aveugle-né qui demandait Taumône (Jean IX). Les disciples, tout entiers encore sous Tinfluence des préjugés judaïques , et concevant de la manière la plus grossière le rapport entre le mal moral et le mal physique ' demandent à leur Maître si c'est pour les péchés de ses parents ou pour les siens propres que cet homme est ainsi affligé. Dilemme qui repose sur une idée bien fausse et bien obscure pour l'interrogateur lui-même, car elle suppose la croyance à la préexistence^ à moins que les apôtres n'ignorassent que cet homme fût aveugle depuis sa naissance. Mais Jésus condamne aussitôt ces idées étroites de la théodicée juive. Ce n'est ni à cause de ses péchés , ni à cause de ceux de ses parents que cet homme est aveugle' ; sa maladie doit servir les desseins de l'amour divin envers lui et envers les autres ; elle va faire éclater la puissance de la grâce de Dieu. Non que la personne de cet homme soit prise comme un simple moyen ; c'est lui d'abord qui est le but. La guérison de son infirmité corporelle est des-

« Voy. vol. 1, p. 200- ÎW.

< Si Je narrateur eût inventé ce trait, il n'aurait certainement pas manqué de mettre ici dans la bouche de Jésus uneréfatatioo plus explicite de ridée juive.

II i6

âtô lisUS A LA ftftrt tRS TABERKACLRS.

linée à guérir raveuglement spiritnei dans lequel il est plongé ; mais cette délivratice a aussi pour objet le salut des autres. Puis^ après ces paroles, Jésus ajoute aussitôt : a Pendant qu^il est jour il faut que je fasse les œuvres « de celui qui m'a enroyé; la nuit -rient dans laquelle «I on ne peut plus travailler \ Pendant que suis dans le ^ monde, je suis la lumière du monde (Jean IX, 4-5'. » Alors il touche lés yeux de Taveugle et il le guérit, non pas tout d'un coup cette -fois, et par une seule parole, mais progressivement et après l'avoir enveyé se laver dans le réservoir de Siloé'.

1 Le jour est le moment da tratalL La seoft e&i : «Je n'ai que peu de « temps à rester sur la terre ; pendaut que j'y suis, il faut que je mette « le temps à profit SAns me laisser srrôtar ptr rien ; il ûmt que j'aooom- « plisse ce que je puis seul accomplir. » Et de môme que le jour désigne ici le temps de ractivitè rédemptrice de Jésus sur la terre, la nuit signifie Tépoque prochaine à laquelle cette actîTitô doit fiôir.

> Pendant que Jésus est dans le monde, il ne peut pas être autre chose que la lumière du monde : c'est sa nature. Il fkut donc qfi'il répande sans interruption autour de hii les biens spirituels et corporels dont il dispose. La guérison de Taveugle était une de ces bénédictions. U est vrai que, dans un sens, le Mgnenr n'a jamais cessé d'être la lumière du monde, mais il ne s'agit ici que de l'action immédiate et visible produite par sa personne.

> Voici un trait qui n'aurait pas ptt être inventé, car au lieu de relever le miracle, il semble au contraire le rabaisser. Que si on prétendait que le rSolt patient du sens mystique donné au mot Siloô, la manière brève dont la chose est racontée répond suffisamment à cette objection. — Quant à Texpiication ajoutée : b ipfiyivirjzTai ccTrsffrscJl/Aévo^. nous la considérons comme authentique quoiqu'elle soit inexaete. Une interprétation mystique ne regarde pas de si près à la forme grammaticale, et le sens donné ici par Jean a pu très facilement s'appliquer à Tun des canaux qui sortaient de la fontaine de Siloé (comp. Néh. lU, 15, où le mot se rapproche par la forme du sens qui lui est donné ici). Gomme nous l'avons déjà dit, un écrivain postérieur qui aurait voulu inventer ne s'en serait pas tenu là. On conçoit très bien, au contraire, à moins de vouloir faire disparaître totalement l'individualité de Técrivain sous Taction du Saint-Esprit, qne ,

GOÉklSON DE L*AVÉUGLK-Ni (jKAN IX). îAS

Grande fut rémdtion de la foule quand elle aperçut cet homthe, bien connu de touspotir un aveugle, sejpromener partout librement et voyant clair. Les artifices du Sanhédrin pour détruire l'impression cjuè ce miracle avait produite demeurèrent sans effet. Ce fut en vain qu'on essaya d'arracher à Faveugle ou à ses pareùts quelque parole qui pût servir les mauvais desseins des ennemis du Seigheur. La sincérité du pauvre mendiant se révolta à la pensée dedénaturer par un mensonge Tactiôn merveilleuse dont il aVait été l'objet (v. 24-25) ; atissi se trouva-t-il lui-même exposé à la vengeance des orgueilleux pharisiens. — Mais dette épreuve devait le préparer à recevoir une bénédiction nouvelle, à voir Jésus se révéler tout entier à lui. Déjà il avait reconnu que cdui qui l'avait guéri ne pouvait être qu'uil prophète revêtu de la puiââÂhice divine; il ajpprit bietitôt après, de là bouche de Jésus lui-même, que son bienfaiteur était le Messie (v« 35 et 8Uiv.)« — La conduite de cet homme, ignorant

plus était insignifiant en lui-même Tordre donné à Taveugle d'aller se laver dans Teau de Siloé, plus saint Jean ait été porté à lui donner un caractère mystique, et à voir dans celte ea« un symbole de i*Bnwyé céleste qui pouvait seul rendre la vue à Taveugle.

Saint Jean ne mentionne poiht de gradation dans la guériton, mais son récit permet de la supposer ; car il ne nous dit point comment Paveugle vient à Siloé, et nous devons, pour combler cette lacuno, expliquer le ùâU Si Ton rejette notre bypotbôee, il ôiut dans tons les cas en l'aire une autre : par exemple que Taveugle se fit conduire , ou qu'il avait Hiabitode de fIBUre oetté routd. Le manque de détails ne prouve point contre le caractère historique du récit. Tout ce qui vient après montre assez clairement que la relation est faite par un témoin oculaire. Si Jean passe rapidement sur les circonstances du miracle^ c*est qu'il a bâte d'en venir aux résultats. Sa pensée se porte principalement snr les entretient qui stiitent.

244 Jésus A LA pftXB DES TABSRHACLSS.

mais simple, et celle des orgueilleux pharisiens représentent les résultats opposés que produit dans le monde la révélation de la vérité selon la disposition des témoins, a Je suis venu dans le monde, dit Jésus, pour exercar ce « jugement que ceux qui ne voient point voient et que c< ceux qui voient deviennent aveugles. x> Tandis que Faveugle est rendu à la vue, les pharisiens ferment volontairement les yeux pour ne point rendre témoignage à la puissance miraculeuse de Jésus. Et tandis que le miracle devient, pour celui qui a conscience de sa misère, un moyen de guérison spirituelle, les pharisiens, plus éclairés mais enflés de leur connaissance, au lieu d'être remplis d'humilité, s'éloignent toujours plus de la véritable lumière dont Téclat les blesse. Tel est le résultat que produit partout l'œuvre de Jésus-Christ. La vérité opère entre les hommes une séparation toujours plus tranchée, selon les dispositions des individus. Ceux qui ne voyaient point voient et ceux qui voient deviennent aveugles. Blés* ses par ces paroles , sentant bien qu'elles sont dirigées contre eux, les pharisiens s'écrient avec une fureur concentrée: « Et nous, sommes-nous aussi des aveugles?» Mais Jésus n'avait point dit qu'ils fussent aveugles, mais qu'ils le devenaient par leur faute. « Si vous étie? réelle- « ment aveugles, leur répond -il, votre incrédulité et « votre inimitié contre moi ne seraient pas coupables , c< votre ignorance vous rendrait excusables. Mais en a vous glorifiant de voir, vous vous condamnez vous- « mêmes, vous montrez que, si vous ne voyez pas, à

PARABOLE DU BON BERGER (jEAN x). 245

a TOUS seuls en est la faute; votre aveuglement est votf lontaire. »

Les paroles qui suivent (ch. X) se rattachent immédiatement à cette pensée. Jésus signale les pharisiens comme de mauvais conducteurs qui entraînent Je peuple à sa perte; il se présente lui-même comme le seul véritable chef de la théocratie. Peut-être la vue de quelque troupeau qui paissait non loin de là détermina-t-elle le choix de Pimage dont il se servit. Quoi qu'il en soit, cette image était parfaitement propre à exprimer la pensée qu'il voulait graver dans l'esprit de ses auditeurs*.

Le voleur qui entre dans la bergerie, non par la porte mais par-dessus la clôture, représente ceux qui, de leur propre mouvement et sans aucune mission divine, s'érigent en docteurs du peuple. Le berger, c'est Jésus- Christ, le vrai, le divin conducteur, le chef du royaume de Dieu. Il trouve accès dans les âmes; il les connaît, elles reconnaissent sa voix, elles le suivent. Il marche devant elles pour leur montrer le chemin et les conduire là où elles doivent trouver la véritable nourriture, la satisfaction de tous leurs désirs légitimes. Mais les véritables brebis ne connaissent point les voix étrangères qui cherchent à les séduire. Au lieu de venir elles fuient alors, parce qu'elles sentent bien que ceux qui les appellent n'ont pas en vue leur salut.

1 Sur le rapport des paraboles de févangile de Jeao avec celle des synoptiques. Voir vol. I, p. 155.

246 lésUS A LA FÂTB DES TABERNACLES.

En reprenant cette parabole povir Texpliquer ^ay^ntage, Jésus est conduit à y ajouter quelques trait3 coiqm^ nous en trouvons dans les synoptiques, mais qui coippliquent Timage et viennent grouper autour de la pensée première d'autres pensées pop moins importantes. LMdée qui dominait d'abord c'était Toppositiqu entre ceux qui entrent par-dessus la clôture et osl^i qui entre par la porte,, entre le berger et les larrons, mainten£int c'est la porte qui occupe le premier plan. Jésus-Gbrist sç désigne lui-même comme la yéritable porte, comme le seul moyen par lequel on puisse avoir accès au royaume de Dieu. De même qu'il est le bon berger il est au^si la porte de la bergerie. C'est par là qu'il se distingue des autres bergers, c'est-à-dire des autres conducteurs, docteurs ou prophètes; il n'est pas seulement le moyen, il est aussi le but, et c'est à lui que conduit le vrai chemin du royaume de Dieu. Il est la porte des bergers en même temps que celle des brebis. Il insiste particulièremçqt sur le premicir sens. Tandis qu'il s^ désignait d'abord comme le seul vrai conducteur, par opposition aux pharisiens, il distingue maintenant deux classas de conducteurs, les bons et les mauvais. Tous ceux qui ne cherchent qu'à former des partis, qu'à se faire valoir eux-mêmes auprès du peuple, et attirent les âmes vers eux au lieu de les attacher au Messie, tous ceux-là sont des larrons et des voleurs. Us se sont introduits furtivement dans la bergerie. Aussi ne trouvent-ils aucun accès auprès des esprits travaillés par le besoin du salut. — Mais celui qui

PABiBOLE DU BOlf BBUCSa (iEKS X). 347

eqtre par h pprte, le \rai docteur qui ue chercha qu'à conduire les âmes à Jésus-Chrit, celui-là n'a pas k craindre le châtiment qui menace le larron, il enip^ et sort librement, il a toujours accès dans la bergerie et il a la joie de Toir les brebis accourir à sa Toix et trouver auprès de lui la pâture qu'elles désirant.

Ici un nouveau trait vient s'ajouter à la parabole 4 Jésus ne s'oppose plus seulement aux larrons, ipais aussi aqx mercenaires. C'étaient deux classes distinctes de conducteurs. Tous les pharisiens n'étaient pas des hommes exclusiveinent dominés par l'égoïsme et sacrifiant le bien du peuple à leur propre intérêt. Quelquesuns désiraient sincèrement le salut des âmes; mais ils n'avaient ni l'amour pi le courage nécessaires pour tout sacrifier à cela, et pour en faire le grand et unique but de leur vie. Ils n'osaient pas résister à la puissance du parti dominant et, cédant à la crainte, ils abandonnaient le pauvre peuple à la merci des méchants et des sectaires. A cet égard, Jésus se présente comme le berger auquel les brebis appartiennent, qui les connaît et qui en est connu. Il leur est uni par les liens d'upe affection profonde et réciproque et il donne sa vie pour elles. La pensée de son sacrifice lui ouvre alors une perspective sur le grand développement dont sa mort doit être le point de départ. Son regard prophétique aperçoit déjà des brebis venant d'une autre bergerie ; il contemple des hommes de toutes les nations accourant à sa voix et se rassemblant de toutes les contrées du monde

248 JÉSUS A LA FÂTE DES TABBRMACLES (jBAN x).

pour fermer un seul troupeau sous la conduite du bon

De nouvelles dissentions éclatèrent parmi le peuple à l'occasion de ces paroles (t. 19-21). Tandis que les uns s'aveuglaient toujours plus à mesure que la vérité brillait plus vivement à leurs yeui, et refusaient de voir, dans les sublimes élans de la pensée de Jésiïs, autre cbose que Texaltaiion du fanatisme, d'autres se sentaient de plus en plus attirés. Ce qu'ils avaient Vu et entendu leur révélait suffisamment un personnage extraordinaire. Mais les ennemis du Seigneur ne craignaient pas de se montrer audacieux; ils savaient qu'ils pouvaient compter sur l'appui du Sanbédrin. Jésus se voyant donc de plus en plus menacé, voyant son ministère de plus en plus entravé à Jérusalem, sortit de la capitale et revint pour la dernière fois fixer son séjour à Capemaûm*.

*■ 8i noa8 voulions nous en tenir uniquement au rédt de Jean , U fou* drait admeltre que Jésus ne quitta point encore Jérusai«m et qu'il y resta jusqu'à la fête de la Dédicace. H est vrai que Jean ne fait pas mention de cette prolongation de séijour qui Mait pourtant un fait ezceptionnei (Voy. Jean X, 2i). liais cette omission est cependant plus facile à comprendre que le silence de révangéiiste au sujet du départ de Jéeus. Cette manière de concevoir les choses présenterait beaucoup d'avantages. Le précédent voyage de la Galilée à Jérusalem serait alors le dernier, et les discours par lesquels Jésus prépare ses disciples au tragique événement qui va le séparer d'eux, sembleraient mieux placés immédiatement avant la passion. Les pensées des disciples ne seraient plus distnâtes de ce grave sujet par les circonstances d'un nouveau voyage. En un mot^ l'enchaînement des faits paraîtrait plus simple et plus naturel.

Jusque-là nous partageons pleinement Topinion émise par B. Jaeobiy dans son article déjà cité sur la chronologie de la vie de Jésus d'après saint Jean. Mais il y a, pour la distinctiun des deux voyages, des arguments plus puissants encore qu'en faveur de Tidentité. D'après Luc IX, 51 et 5S, la dernière fois que Jésus vint de Galilée à Jérusalem, il passa par

SECTION XII

DniflBE SÉJOUR DE JfiSUS A CAPERNAUM, ET RETOUR A JERUSALEM PAR LA SAHARIS*

Jésus ne resta que peu de temps à Gapernaûm , et prit bientôt de nouveau , pour la dernière fois, congé des lieux qui avaient été le centre de s<m activité dans la Galilée. — Il voulait retourner à Jérusalem pour la fête de la Dédicace (fin de décembre) , afin de fortifier encore les âmes qui s'étaient attachées à lui et que la crainte des pharisiens pouvait facilement Caire chanceler dans leur foi. Il voulait en outre profiter de ce dernier voyage pour

la Samarie, avançant lentement, visitant les villes et les bourgades pour y annoncer TEvangile. D'un autre côté, il est bien vrai que Luc comprend ici lui-même deux voyages différents (Gomp. Luc XIII, 22, avec XYII, il). Mais il y a néanmoins des traits qui ne peuvent, dans tous les cas, se rapporter qu'au dernier voyage à Jérusalem. Voy. XIII, 81-8S. Or, le voyage par la Samarie ne peut être que le dernier, car nous avons vu que, lors de la fête des Tabernacles , Jésus s'était rendu secrètement en Judée (page 281).— Il n'est d'ailleurs pas vraisemblable que le Seigneur fût resté si longtemps dans la capitale, surtout lorsqu'il savait que son ministère allait finir, sans en profiter pour agir avec encore plus d'activité qu*à l'ordinaire.

En adoptant cette opinion, nous ne nous mettons pas en contradiction avec saint Jean ; nous comblons seulement une lacune que nous supposons exister dans le quatrième évangile. Du reste, les rechercbes ultérieures de la science feront mieux ressortir la valeur des deux hypothèses que nous venons d'examiner. On peut se demander par exemple si, lorsque Jean dit (VII, 10) que Jésus quitta secrètement la Galilée pour se rendre à Jérusalem, cela ne pourrait pas signifier simplement qu'il ne suivit pas la voie ordinaire et traversa la Samarie, province qui n'avait aucune relation avec les Juifs. On s'expliquerait par là le retard de Jésus et son arrivée au milieu de la fête. Cette opinion, adoptée par Krabbe et par Wieseler, concilierait les deux récits et lèverait les plus grandes diflicultés.

âoO LES SOIXANTE-DIX DISCIPLES.

semer autour de lui la parole de vie et s'attacher le plus grand nombre possible de gans. Il prit le chemin qui passait par la Samarie y où il avait déjà autrefois été favorablement accueilli. Sa marche devait donc être beaucoup plus lente qu'à l'ordinaire ; c'est pourquoi il quitta Capern^um p)if8 t0t qii'il a'était néceseaifo, s'il savait d4 se r^dr^ directement à 1^ fét^. A ce moment il était d^à tout rempli de la pensée de sa mort prochaine et des conséquences qui devi^i^qt ep ré«ilter, et, comparant la grandeur de TpBUvre avec 1^ petit nombre d'quvriers qu'il y avMt eapqre , il dit à ses disciples : <f La moisson est grande, m^is il y a peu d'ouvriers; <{ priez donc l^ maître de la moisson d'envoyer plus « d'ouvriers à la moisson. » Lui-même choisit quelques-unçi des disciples pour les envoyer devant lui prép^er les esprits à 1^ recevoir et à le reconnaître *. Le nombre de ces envoyés était de soixante-dix , à l'instar peut-être des soixante-dix anciens du peuple , ou des soixante-dix membres du grand Sanhédrin, ou bien des soixante-dix langues de la terre, selon l'opinion reçue par les théologiens juifs. Dans le dernier cas, ce serait une accommodation formelle. Jésus n'aurait point entendu confirmer eette idée arbitraire ; il l'aurait seulement employée cpmme un symbole pour (aire oompreadre que ses messagers n'étaient pas destinés seulement au peuple juif, mais à tous les peuples du

* Luc X, 1 et 8uiv.

LES SOIXANTE-DIX DISCIPLES. S5t

monde ^ . Et comme Jésus est yenu fonder une société spirituelle, comme ses organes ne doi^eat pas 9gir isolément, mais dans uqe cpmmunioii yiyf^pte, e\ ^ compléter 1^ uns les c^utrçs, U enyoie ses iq^^ers deux à deux pour prêcher de concert la bonne nouyelle ^\\ royaume. Il leur donne des direçtioqs analogues à cell^ qu'il avait déjà données aux apôtres % et leur anaonce

1 Quoique le choix des soixante-dix disciples ne soit mentionné que par I4IIC, ce n^est pas une raison pour mettre oe fliût en doate. Noos ne voulons pas attacher trop d*importance à d*autres documents qui nous parlent de ce fait, parce (fu'ils y mêlent beaucoup de fables. Ainsi, Thistoire de la conversion du roi Ab^^ar, écrite en langue syna<j[ue et con* servée aux archives de la ville d'Edesse (voy. Eusèbe, Hist. ecclés.^ I, 18), et le cinquième livre des Hypotyposea de Clément d'Alexandrie (EusisE, 1 , 12) ; mais renchsdnement historique dans lequel ce fait se trouve ici est tout à fait naturel; et les paroles de Jésus sont bien mieux à leur place et bien mieux expliquées que dans les passages de Matthieu, — Comp. Luc X, 2 avec Matth. IX, 87-38. — Les passages qui suivent sont mêlés par IfatthieD aux paroles adressées aux douie lorsqu'ils partent pour leur mission d'épreuve. Les instructions données aux soixantedix diffèrent de celles données aux douze, en ce qu'elles font allusion à des circonstances moins favor^les. Le teiqps n'est plus oà les esprits recevaient sans préventions la bonne nouvelle ; le jugement a commencé, les méchants se sont élevés contre Jésus , et las envoyés rencontreront maintenant beaucoup d'obstacles. — De même , la condamnation des villes incrédules est bien mieux placée ici que dans Matthieu (XI, 20), à la suite du blâme prononcé contre Jean-Baptiste- U est clair, (^'ailleurs, que Jésua en appela d'autres que les douze à s'attacher à lui et à le suivre, et nous loyons en effet, après sa mort, plusieurs disciples léanis aux apôtres. Tout cela fait supposer que Jésus avait formé autour de lui un cercle de disciples, indépendamment de celui des apôtres ; car cette société spéciale ne se composait pas de la totalité de sas adhérants , qui étaient déjà au nombre, non-seulement de cent vingt personnes (Act. I, 15), mais de plus de cinq cents. (1 Cor. XV, 6.) On pourrait dire, à la vérité, que le nombre de soixante-dix est une détermination postérieure de la tradition chrétienne. Quand cela serait, il ne faudrait pas pour ce motif rejeter le fait général rapporté par Luc; mais rien d'ailleurs ne prouve qu'il en soit ainsi, et Ton ne doit pas remplacer l'affirmation du narrateur par une hypothèse purement arbitraire.

* Quoiqu'il soit possible que la tradition ait confondu, sur plusieurs

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