LA FEMME ADULTERE
resté seul avec la femme, la voyant accablée^ elle aussi , par le sentiment de sa faute, lui annonce le pardon et la renvoie en Texhortant seulement à ne plus pécher désormais.
 mesure qu'on approchait de Jérusalem, les grands événements qui allaient bientôt s'accomplir devenaient de plus en plus l'objet des préoccupations de Jésus. Le Seigneur connaissait le sort qui l'attendait, mais il marchait avec courage au-devant de la mort. L'impression que ses discours et ses œuvres produisaient sur les esprits lui représentait les fruits que l'Evangile devait porter dans le monde; il contemplait avec un saint enthousiasme l'avenir magnifique réservé à son œuvre. Cependant il ne pouvait songer sans émotion aux angoisses par lesquelles il lui faudrait passer, et dans ce moment commencèrent dans son âme les combats qui devaient à chaque instant devenir plus douloureux jusqu'à ce que tout fût accompli.
En considérant le petit troupeau qui était alors autour de lui et qui devait s'étendre jusqu'à embrasser un jour tous les peuples de la terre ; en voyant combien d'ignorance il y avait encore chez les disciples , et quelle prodigieuse transformation allait s'opérer bientôt en eux pour les rendre capables de porter dans le monde le flambeau de la lumière divine , Jésus est conduit naturellement à parler de la puissance merveilleuse de la parole de vie qui pénètre peu à peu l'humanité tout entière. Cette puissance est représen-
PARABOLSS DU GRAIN BB SBNBVi, BU LEVAIN, ETC.
tée par les deux paraboles du grain de sénevé et du levain *.
L^idée commune qui est à la base des deux paraboles est celle de la force irrésistible d'expansion que possède la vérité divine. Une fois entrée dans Fesprit, elle agit d'une manière progressive et continue; et ses effets ^ d'abord imperceptibles, finissent par devenir tout-puis-* sants. Mais à côté de l'unité il y a aussi la différence. Lia parabole du grain de sénevé représente surtout le développement du royaume de Dieu en étendue , celle du levain le côté intemif de ce même développement. Là c'est l'Eglise qui s'étend peu à peu sur toute la terre ; ici c'est la vie divine qui, déposée dans le coeur, pénètre par degrés, en se l'assimilant, la nature de l'homme dans toutes ses facultés, et la transforme en organe fidèle de la révélation de Dieu.
 ceci se rattache une autre parabole que l'Evangile de Marc seul nous a conservée * : « Il en est du royaume « de Dieu comme d'un homme qui jette la semence sur a la terre. Pendant qu'il dort ou qu'il veille, que les « nuits et les jours s'écoulent, la semence germe et
< Luc Xin, 18; Matth. Xm, 81 ; Marc IV, 80. Ces paraboles ne sont évidemment pas à leur place dans Matthieu. Elles n*ont été placées là que parce qu*il y a d^autres paraboles. Mais ces autres ne renferment plus la même pensée et ont un but tout dififêrent. Gomp. vol. I, p. 18B.
* Marc TV, 86. U suffit de lire cette parabole pour voir qu'elle n'est point une altération de quelque autre. OrdiDairement, lorsque deux paraboles renferment la même pensée, elles ne se trouvent pas dans le môme évangile. Gela peut servir à expliquer comment les deux images qui servent à représenter la puissance intensive de la Parole de Dieu se trouvent séparément, Tune dans Luc, l'autre dans Marc.
S70 PARABOLE BE LA SEMBHCB (mARC IV ^ S6).
« devient un grand arbre , sans que le semeiur sache a comment. Car la terre produit d'elle-même le fruit» « d^abord Tfaeilie, pw Fdpî, enfin le grain mtff dans c( répi ; et quand le grain est mûr, tm appelle aussitôt « les moissonneurs, car» voici» la moisson est arrivée. » C'est-à-dire que l'important est de répandre la vérité. Une fois semée elle germera et se développera d'ellemême. Les prédicateurs de la Parole sont les instruments d'une puissance dont ils ne peuvent mesurer ni calculer les résultats* Qu'ils s'appliquent tout simplement à annoncer cette parole» et bientôt» par la force qui lui est propre^ elle {produira dans l'humanité des effets dont ils seront eui-noémes étonnés. Rien n'était plus propre que cette parabole à combattre la théorie chamelle des Juifs sur le règne du Messie» comme aussi à faire ressortir la puissance objective de la Parole divine» contrairement à l'idée qui faisait aux organes de cette Parole une part trop grande dans l'établissement du règne de Dieu.
C'est à propos de ce développement progressif de son règne que Jésus dit encore à ses disrîples : « Je suis « venu pour jeter un feu sur la terre» et que demandé- « je de plus s'il est déjà allumé* ? » La Parole divine est une sainte flamme qui » une fois allumée dans les cœurs » gagne de proche en proche » purifiant tout ce qui est dans l'homme » et consumant ce qui est mauvais. Cette
* Lac Xîl, *9é
FMSiBIlTIIflIfT d'une LUTTB PROGHàm. 97i
flamme comiDence déjà à luire et personne ne peat plus Féteindre. a Que toux de phis? Ma mission sur la terre « est accomplie) mon but est atteint. » Puis> passant de ce qu'il a fait à ce qui lui reste encore à faûv, il parle de ses soaffiranees. Il les désigne comme un baptême auquel il doit se seamettre ; soit qu'il fasse allusion aux douleurs nos nombre dont il doit être comme inondé , 8oH qu'il regarde sa mort comme la dernière et su* ppéme inauguration de son caraxstère messianique dont le baptême de Jean était l'inauguration préparatoire. U « me reste à recevoir le baptême des souffrances^ et com- « bien mon âme est oppressée jusqu'à ce qu'il soit ac- « compli^ )» Ici encore il rejette formellement toute conception extérieure du règne messianique» C'est par
Wl y a une autre interprétation de ces paroles qui est phis généralement adoptée. On fait correspondre ri ^iXu à tt&t <ruyixo/Ao(i et d 4^>j AHif$fi à lèK «u rtlcffd^ : v Je Suis 'venu pour jeter un fea sor la terre, « et combien je voudrais qu'il fût déjà allumé ; mais j'ai encore un c< baptôme à recevoir, et combien je suis pressé jusqu'à ce qu'il soit ac- « compli!j> Tout se rapporterait alors au développement futur. Et en effet, Jésus pouvait bien , dans un sens, dire que le feu qu'il apportait n'était fu escom allumé. La grande crise que le christianisnie devait déterminer dans la vie de l'humanité n'était pas encore commencée. La mort de Jésus devait en être le ))oint de départ, et Jésus, désirant avec ardeur l'établissement du règne de Dieu, aurait souhaité de voir arriver bientôt pour lui le moment suprême. — Mais les paraboles du grain de sénevé, du levain, de la semence, font toutes allusion à quelque chose qui existe déjà. U est donc probable qu'il en est de même iei. Dans le fait, la flamme de la vie a déjà commencé à brûler dans le cœur des disciples. De cette manière, le sens de r( HXta est le plus naturel. L'au tre sens de t( n'a guère d'analogues. (La leçon ri est douteuse dans JUatth. VII, 14.) Notre interprétation a été suivie, dans l'antiquité chrétienne, par Euthymius Zigabenus. Ainsi expliqué, le mot aovlxofMn nous révèle déjà le commencement de la lutte qui va se livrer dans l'âme du Seigneur.
272 PftB98BMTIMRNT d'uNE LT7TTB PROCRÀIMB.
elle-même que la Parole dWinedoit deyenirune flamme déyorante, et Jésus ne doit point assurer le triomphe de son œuTre par la force matérielle en paraissant tout à coup dans sa gloire et en accablant ses ennemis ; la victoire doit sortir d'une défaite ^ c'est sa mort qui doit signaler dans le monde Tayénement de la vie nouvelle. — Les disciples ne doivent donc pas s'attendre qu'il les mette en possession d'une vie paisible ^ Bien loin de là, la vérité se manifestera comme un principe de division et portera la guerre au sein des relations sociales et domestiques. C'est au milieu des oppositions et des luttes que doit se réaliser l'unité supérieure apportée par le christianisme. Le regard prophétique de Jésus contemple à l'avance les effets que la vie nouvelle doit produire au sein des peuples et des familles.
Les pharisiens lui ayant un jour demandé quand viendrait le règne du Messie * , Jésus-Christ leur répondit : « Le règne de Dieu ne viendra point de manière à « pouvoir être aperçu par les yeux de la chair. On ne « dira point : Voici le Messie qui est ici, ou le voilà qui « est là, voici paraître son règne en tel ou tel lieu; car a le règne de Dieu est au milieu de vous *. x) Puis, pour-
« Blattfa. X, 14.
« LucXvn,îo.
' Le IvT^ ufA&v pourrait, il est vrai, se traduire par : an dedans de \oas; mais ce sens ne convient pas ici, car les personnes auxquelles Jésus s*adresse sont encore étrangères au royaume de Dieu , qui n*entre dans les cœurs que par la foi. 11 faudrait donc interpréter ainsi le passage : Le royaume de Dieu doit être au dedans de vous ; c^est un royaume intérieur et spirituel. Mais alors Jésus ne se serait certainement pas
L AVtfMmRHT DU MBSSIB. 273
suivant sa pensée en s^adressant à ses disciples, il leur annonce qu'un jour ils désireront de le revoir au milieu d'eux, mais cela ne leur sera point donné. Mais ce désir pourrait les induire en erreur et leur faire attendre trop promptement le retour personnel de leur Maître \ Qu'ils ne se laissent pas tromper par des paroles mensongères. Le retour de Christ n'aura pas lieu de manière à ce qu'on puisse en être averti par les autres; mais il sera immédiatement visible pour tous , comme l'éclair qui brille d'un bout du ciel à l'autre bout, de sorte que sa lumière frappe tous les regards *. Il leur déclare qu'il a encore beaucoup à souffrir, et qu'il faut qu'il soit rejeté par cette génération. Quand le Fils de l'homme apparaîtra pour juger le monde, ce sera d'une manière tout
exprimé en des termes aussi équivoques. Les pharisiens n'étaient que trop disposés à profiter du malentendu pour se croira tels qu'ils devaient être. Il leur eût bien plutôt fait sentir la nécessité de chercher ce royaume, d'y attacher leurs cœurs, au lieu de s'informer curieusement de l'époque à laquelle il devait paraître.
Que si nous adoptons l'autre interprétation, il n'y a plus de difficultés. Les pharisiens ne doivent pas chercher au loin ce qui est auprôs ; le royaume de Dieu est au milieu d'eux s'ils veulent le voir; c'est en Jésus qu'il se manifeste et qu'il s» donne à ceux qui croient. Comparez Matthieu XU, 28.
t C'est une erreur dont les apôtres ne surent point, en effet, se garder. Ils attendirent beaucoup trop tôt le retour de Jésus ; et, sans Tavertissement qui leur était donné, ils se seraient probablement égarés bien davantage.
< Jésus donne à entendre que le fait de son retour n'aura pas lieu selon l'analogie des événements qui arrivent dans le monde. Ces paroles auraient dû être pour les chrétiens un avertissement salutaire et les empêcher de s'attacher d'une manière étroite et puérile à la lettre des expressions apostoliques, puisque les apôtres n'avaient eux-mêmes aucune idée exacte du fait dont il s'agit.
II i8
à fait inattendue; îl surprendra les hommes au sein de leur Vie crimindle. Quant aui difiTérentes phases de cette révélationi Jésus n'en parle point ici ; il présente PéTénement tout en Moe aux regards de aes disciples ^ Son but était seul^oÊient de les prémunir contre une attente précipitée, et en même temps de les engager à se tenir toujours prêts, à vitre dans une vigilance continuelle et dus le renoncement. C'est de cette dispontion que tout dépend; c'est d'après elle que les hommes seront jugés; c'est k cause d'elle que des individus placés dans des poaitiûns identiques selon le monde auront des destinées oentraires. L'un sera sauvé et pris dans le royaume de DtieUi l'autre sera laissé, e'est-À-dire abandonné au jugement. Et comme les disciples ne comprennent pas cette dernière parole : a Laissé, disent-ils, comment en- « tends- tu cela? Où sera-ce, Maître? » Et Jésus leur répond : «Là où est le cadavre, là s'assemblent les oiseaux « de proie ^. » Le châtiment atteindra toujours ceux qui l'auront mérité. C'est pourquoi il exhorte les fidèles à veiller sans relâche pour attendre le moment auquel le Seigneur viendra dans son Eglise % et où ils auront à rendre compte de leur ministère. Ce moment doit rester pour eux complètement incertain, comme pour le maître d*une maison le moment auquel le voleur doit venir.
^ Voir plas bas, quaad il sera question des derniers discours de Jésus.
« Luc XVU« 8S. Qes i^rotos sont raiUchéae par lUtthisu à un «oUe discours de Jéfos qui s pluaisore rapports «irec celui-cL Voy. Ilatth. XXIV, U.
' Luc XII f se.
LE^PÀRB DR FAMltLI VfOlLAlfT. — tl IU6S INIQUE. !i75
Jésus peut tarder jusqu'à la troisième teille, jusqu'à ce que la plus grande partie de la nuit soit passée ^ Alor» Pierre Tinterrompt pour lui demander si cette parabole s'adresse spécialement aux apôtres ou bien à tout le monde ensemble. La réponse de Jésus te (routé dans les Tersets 47 et 48. Plus est grande la connaissance qu'on a reçue, et plus on est coupable si Ton n'en pro^ flte pas. A celui qui a reçu davantage il lui sera aussi redemandé davantage. Les apôtres pouvaient voir d'a^ près cela comment les paroles du Mattre s'appliquaient à eux.
Puis Jésus exhorte les disciples à ne point se décou*» rager dans la lutte contre le péché et contre le monde^ mais à se confier dans la justice du Père céleste qui ju<* géra entre eux et leurs persécuteurs *. Il faut qu'ils puissent des forces dans la prière. Si un juge injuste, qui n'a égard à rien, finit cependant par céder à la requête d'une pauvre veuve et par lui ftdre justice afin de se débarrasser d'elle, comment Died laiiseraii^il inexaucéè la prière de ses élus qui l'implorent? Quoique sa longanimité semble différer, cependant le jugement est certain et ne tardera même pas à s'accomplir*. L^t justice divine
1 Gomp. 1 Thessal. V, 1.
•LnoXVm.l.
• Les paroles Luc XVTO, 1 ne noxH paraissent pas correspondre parfaitement à ee qui soit. Le bot de Jésas ii*est pas préeisément é'e3ClK>rtef les disciples à persétérer dans la prière, mais à se eonfler dans la Justice de^ Diea, ne doutant pas qo^etle ne s*aooomptisse. 11 s^adresse ft des per* sonnes qui ont cherché leur refbge en Diea ; 11 tes engage à né polfit 86 troubler, quand même ils ne Toient pas leurs prières immédiatement
276 hhortatkhis a la vigilaii€k.
86 déclarera d'une manière de pins en pins manifeste en ûtTeor du yéritable peuple de Dieu contre la fausse théocratie.— Du reste^ ce désir de Toir la justice se révéler dans le monde et décider entre le bien et le mal, et la pritoe qui a pour objet le salut des ennemis mêmes du royaume de Dku, ne s'excluent nullemaity mais doivent au contraire marcher constanmient ensemble comme expressions également légitimes et également nécessaires du véritable sentiment chrétien.
Et comme le jugement définitif dmt tarder à venir, conmie les fidèles doivent vivre continuellement dans l'attente 9 Jésus leur demande s'ils sont bien résolus à persévérer, s'ils ne se laisseront pas séduire par des espérances trmnpeuses, et si le Fils de l'homme, quand il viendra, les trouvera encore dans la foi ^
Quant à ceux qui se pressent en foule autour de lui, il les exhorte à profiter du peu de temps qui leur reste pour laisser pénétrer dans leurs âmes la repentance et la foi, afin d'échapper à ce jugement inévitable dont il
exaucées. L*idée saillante de la parabole n*e8t pas que le juge finit par céder à Timportunité de la veuve et que, par conséquent, Dieu exaucera aussi quiconque le priera avec persévérance. Le sens est : Si un juge injuste finit cependant par faire justice à une personne pour laquelle il n*a point d'égards, mais qui lui demande avec instances, combien plus Dieu qui est Juste fera-t-il Justice à ses enfants I
^ Luc XVUI, 8. Ce passage se rattache naturellement à ce qui précède, et nous ne voyons pas de raison pour admettre qu'il fut ajouté plus tard, lorsque les fausses espérances que Ton avait conçues de la venue prochaine du Messie eurent été renverïtées. Si Jésus a voulu que ses disciples ignorassent le moment de son retour, il a dû leur adresser des paroles semblables ; et quand saint Paul parle des derniers temps, il fait aussi allusion à des avertissements de ce genre.
LA PORTE LARGE ET LA PORTE irROlTE. 277
Tient de parler et qai Ta bientôt fondre sur le peuple juif. — n ne s'agit pas de témoigner seulement quelques dispositions bienTeillantes ou une confiance superficielle. Tout cela n'est rien : il faut receroir en soimême et mettre en pratique la parole du Fils de l'bomme ; il faut perséTérer dans le renoncement. On ne peut arriver à la Tie que par cette étroite issue \ L'accès au royaume de Dieu est difficile. Plusieurs s'efforceront d'y esnttev et ne le pourront point. Il s'agit d'une fausse recherche, de celle qui n'a pas pour principe les dispositions ^irituelles et qui ne s'attache point à remplir les Térrtables conditions de la Tie. Une pareille recherche ne saurait jamais aboutir.
Tel est le caractère de la Térité chrétienne. Elle se présente sous des formes tout à fait différentes, selon les personnes auxquelles elle est adressée. Quand Jésus a dcTant lui des âmes traTaillées et chaînées qui gémissent sous le fardeau de la loi et des ordonnances des pharisiens, il leur présente son joug comme doux et léger, parce que c'est une loi d'amour et que l'amour rend tout facile '. Mais quand il parle à des gens qui se font de la Tie éternelle une idée grossière, et qui se figurent obtenir cette Tie à bon marché, il leur déclare que le chemin du royaume de Dieu est pénible et que la porte est étroite. Tout dépend des dispositions du cœur. Ce qui
1 Luc XIII « 84. Corop. ce qui est dit plus haut, p. 14d, à propos de Matth. VII, 18-14.
* Voy. plus haut, p. 89.
S78 LBS aiGlfBS DBS TBIfPS.
est impossible aux uns est très aisé pour les autres. Aussi, tandis que plusieurs, enflés de leurs prétendus privilèges, mais égarés par le matérialisme, se Yerront exclus du royaume, il en viendra de toutes les contrées du monde qui seront, par la foi, rendus participants de la yie étemelle.
D^aufares sont adressés par lui aux signes des temps pour connaître le sens de sa venue. De même qu'ils disent, quand les nuages s'amoncellent que c'est un signe de pluie , et quand le vent du sud souffle que la chaleur va venir, ils peuvent discerner dans les signes des temps l'approche du jugement de Dieu , pourvu qu'ils observent les événements de l'histoire aussi attentivement que les phénomènes de la n&ture. Leur fimte consiste surtout à s'avancer avec légèreté, sans réflexion, au-devant du redoutable avenir qui se prépare. Ceux qui s'excusent sur leur ignorance sont des hypocrites ; ce qui leur manque, ce n'est point la connaissance des choses nécessaires au salut, mais une disposition sérieuse; ils ne veulent pas comprendre, ils ferment volontairement les yeux à la lumière et laissent passer inaperçus les signes des temps les plus manifestes ^ Ne pouvaient-ils pas comprendre, sans avoir besoin
^ LucXti,54. Le même passage se retrouve dans Matth. XVI, 1. Les pharisiens demandent à Jésus de prouver, par un signe du ciel, la divinité de sa mission, Jésus répond en leur reprochant leur aveuglement volontaire : si leur cœur n'était pas profondément endurci, fis ne lui feraient pas cette question ; ils sauraient discerner le signe du ciel qui leur est donné. Mais Tintelligence spirituelle leur manque, et tandis qu'ils sont très habiles à pronostiquer le bon ou le mauvais temps, d'après l'ap-
LBS SISMIi DM TIIIM. 1T9
qu'oa le leur rappelât \ que le plus fureisiat peur êVk était de s'accorder aYec le Messie pendant qu'ils étaièut avec lui sur la terre , afin de ne point tomber sous le jugement de Dieu et d'échapper au chàtinient térriMe qui menace le pe«ple juif '»
Déjà les événements du présent étaient un atttEiiiso^ ment salutaire du redoutabk atenir qui le présentait. On Tint rapporter à Jésus ' que Pilate avait fait mettre à mort plusieurs Galiléens pendant qu'ila offiraient leui^ sacrifices dans le temple. Sans doute eenx qui
parence du ciel, ils ne savent point observer les signes des temps dans l*hlstoire ou antour d'eux. — Us toe prottentent poltit la venue pn^ chaîne du royaume de Dleo, ni le jugement terrible qui in6nac« la théo> cratie déchue. G^est en vain quMIs demandent d^autres signes, il ne leur en sera pofait donné. « La rtce Impie dmabde un signa du del, mais o il ne lui en sera point donné d'autre que celui du prophète Jonas. n Gomme Jonas dans Ninive, Jé&ni a parti au inilien deë Juifs, téu^ dénonçant par ses paroles et par sas œuvres le prochain jugamant de Diau. S'ils avaient voulu être attentifs, ils se seraient amendés, comme firent les Ninivitas. Mais ce sont des hypoerltatt ils demandtiit dat témoignages et ils ont refusé d'ouvrir las yeux à la vérité.
UsB circonstances auxquelles Matthieu et Luc rapporteut cette parole sont semblables, mais non identiques. Il est possible que Jéaus se soit exprimé deux fois de la sorte. Dans les deux cas, l'enchaînement est assez naturel, quoique plus obscur ches Luc. D est vrai que Matthieu place le récit immédiatement après un autre qui n'est pas historique, celui du SBcond repas miraculeux ; mais les paroles de Jésus répondent Inen directement à la question des pluurisiens et expliquent comment il est fkit mention du prophète Jonas.
^ Luc mi, 57. Le àfimnAv pourrait signiSer t Ge que les pharialetta peuvent sentir par eux-mêmes, sans le secours des témoignages extérieurs. C'est l'opinion de Schleiermacher. Mais ce qui suit semble vouloir dire que les pharisiens auront maintenant assez vu poitr eonoattre par eux-mémêi les moyens d'échapper au jugement de Dieu.
• Luc XII, 58-a9. Ces paroles le trouvent aussi, mail mal plaoéee, dans Mattb, V, SStS. Gomp. p. 117. C'est à tort qu'on les a quelqueftrfs rapportées à la destinée de l'homme après la mort.
* Luc XUI, 1.
3M LES SIGHES DBS TEMPS. — LAZARE
talent ce fait le feisaient ayec légèreté, sans comprendre combien il se rattachait étroitement au misérable état d'abaissement dans lequel les Juifis étaient tombés par leur faute ; ou bien peut-être , conformément à leur étroite théodicée , ils se figuraient que les victimes de cet acte de cruauté deyaient être plus coupables que d'autres \ Mais Jésus détourne leur esprit sur les péchés de tout le peuple ; il leur déclare que s'ils ne se repentent, ils seront traités de la même manière *. Et de même ceux sur lesquels la tour de Siloé est tombée n'étaient point plus coupables que d'autres ; mais ce qui est arrivé à quelques-uns est un présage du châtiment réservé à tout le peuple incrédule.
La cause de cette incrédulité et de cette légèreté avec laquelle les Juifs considèrent les grandes choses dont ils senties témoins, réside dans leurs dispositions mondaines et dans l'endurcissement de leurs cœurs. La parabole de Lazare et du riche (Luc XVI , 49) a pour but de montrer que cette disposition rend toute révélation inutile, que les miracles les plus éclatants ne peuvent avoir d'effet durable, parce que la foi a pour condition essentielle la repentance et le changement du cœur. Les moyens de grâce ne servent de rien à qui n'a pas le désir d'en pro-
1 Gomp. p. 241.
* Peut-être est-ce pendant ane fête que les Galiléens étaient venus sacrifier dans le temple. Dans ce cas il faudrait admettre que Tévénement dont il est parlé a eu lieu plus tôt, et lorsque Jésus n'était pas à Jérusalem ; récrivain sacré aurait confondu deux circonstances différentes , mais qui renferment une pensée commune.