ET LE MAUVAIS RICHE
fiter. La manière dont les Juifs se conduisaient à Tégard de la révélation de l'Ancien Testament, montrait d'avance comment ils recevraient celle qui est en Jésus- Christ. Telle est Tidée fondamentale de la parabole : a Celui qui n'a pu être amené à la repentance par « Moïse et parles prophètes, ne le serait pas davantage « quand il serait témoin de la résurrection d'un mort \ » Cette incrédulité se montre surtout (et c'est la seconde idée de la parabole) chez ceux en qui les richesses ont étouffé le sentiment des choses spirituelles. L'opposition établie entre le riche et le pauvre n'a ici pour but que de faire ressortir le matérialisme du premier. La parabole ne s'occupe pas directement de Lazare, et ne l'introduit que pour rendre plus saillants les traits sous lesquels elle veut dépeindre le riche *.
*■ Luc XVI, 81. Ce dernier passage ne fait certainement pas allusion à la résurrection de Jésus-Christ, mais cette allusion eût été facile à chercher et à introduire après coup dans le récit, comme Ta fidt Tévangile de Matthieu pour le passage relatif à Jonas. Cette réserve est une preuve de la fidélité du narrateur. D'un autre côté, le principe ici énoncé explique pourquoi Jésus, après sa résurrection, n'est an^paru qu'à ceux en qui la foi avait déjà commencé à jeter des racines. Quant aux autres, la lumière, au lieu de les éclairer, n'eût fait que les aveugler davantage.
< Quelques théologiens, et Strauss entre autres, prétendent que la parabole n'a point pour but d'établir la rémunération après la mort, d'après les dispositions morales des individus, mais d'enseigner que les inégalités de la vie présente trouveront compensation dans la vie future. C'est l'idée ébionite qui regarde la richesse comme un péché et la pauvreté comme un mérite, en sorte que lesrûles seront intervertis dans le monde à venir. Ceux qui ont été riches et heureux souffriront à leur tour, et les malheureux se réjouiront. On allègue en faveur de cette opinion que le passage ne dit rien des dispositions de Lazare ni du riche, et ne renferme aucune parole d'approbation à l'égard de l'un ou de blâme à l'égard de l'autre; il n'est question que du changement de condition pour chacun. Mais quand il est dit que Lazare, malade et affamé, attend en vain à la porte
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Jésus n'était pas encore sorti de la Galilée lorsque des pharisiens vinrent) qui, voulant paraître s'intéressera lui, lui dirent de partir au plus vite parce qu'Hérode Antipas voulait le faire mourir (Luc XIll, 31). Disaient-ils la vérité, ou bien était-ce une fiable inventée pour éloigner plus proipptement un ennemi dont la présence leur était incommode? Cette dernière supposition parait au premier abord la plus plausible ; elle s'accorde parfaitement avec ce que nous savons des pharisiens. D'un autre cdtéy il ne semble pas qu'Hérode eût contre Jésus des sentiments aussi hostiles. — En entendant si souvent parler de lui, il avait témoigné le désir de le voir; il espérait peut-être que Jésus ferait quelque miracle en sa présence, et il se réjouit plus tard lorsqu'une occasion
les miettes qui tombent de la table du riche , et que ce sont des chiens qui lui procurent le soulagement que les hommes lui ont refusé, n*est-ce pas la plus forte preufe qui pût nous être donnée de la dureté et de Tégolsme du riche ? — Ces mots : « Tu as eu tes biens dans la vie, « c*est pourquoi tu souffres maintenant, » font d'ailleurs allusion à la conduite du riche sur la terre, et la sdf qu*il éprouve est une image du tourment que lui cause le souvenir de sa vie passée et le sentiment de l'insuffisance des biens auxquels il avait livré tout son oœur. — Quand il demande que Laiare soit envoyé vers ses frères pour les avertir, cela montre quHl sent qu'il aurait pu lui-même éviter le ohàtiment, et que s'il est malheureux c'est sa faute. — Moïse et les prophètes n'enseignaient pas non plus qu'on ne pût obtenir le bonheur qu'en se dépouillant de ses biens ; ils ne condamnaient pas les richesses» mais les mauvais sentiments qui s'y rattachaient d'ordinaire. — U est vrai que la parabole ne parle pas des dispositions de Lazare, et nous avons vu pourquoi. Le personnage de Lazare n'a pour objet que de (aire ressortir par contraste le caractère du riche. Néanmoins, cet homme opposé au mauvais riche, et couché après sa mort dans le sein d'Abraham, est évidenmient une image du juste souffrant sur la terre. ^ Il est possible du reste que la conception suk^jective du narrateur ait quelque peu modifié la forme de la parabole et efiacé certains traits qui lui appartenaient primitivement.
lisus wakd par hbrodb. 383
spéciale amena devant lai ce personnage extraordinaire. Mais s^il était vrai qu'Hérode fût innocent et que les prétendus dangers qui menacent Jésus ne fussent qu'une invention des pharisiens, comment le Seigneur s'en serait-il pris à Hérode et non aux pharisiens ? Ou bien prétendrait-on que c'est aux pharisiens que s'adressent en effet les paroles de Jésus, et qu'en appelant Hérode un renard il fait allusion à la conduite astucieuse de ses ennemis ordinaires? Cette attaque détournée ne paraît pas convenir au caractère de Jésus. Rien d'ailleurs ne nous autorise à penser que les dispositions d'Hérode aient été toujours les mêmes, qu'il n'ait pas subi successivement l'influence des divers partis religieux. Si ce qu'il entendait dire de Jésus ne fit d'abord naître en lui qu'un sentiment de cfiriosité, il a pu concevoir plus tard quelque ombrage en voyant la foule se jeter avec enthousiasme sur les pas du nouveau prophète. Et, sans avoir réellement l'intention de le faire mourir, peut-être fit-il répandre ce bruit à dessein afin de déterminer Jésus à s'éloigner plus promptement. L'épithète de renard que Jésus donne à Hérode correspondrait tout à fait à cette conduite. — Mais comme les pharisiens et lui ne s'aimaient point, ce n'est certainement pas eux qu'Hérode avait choisis pour confidents ni pour exécuteurs de ses projets. Il est probable que les pharisiens étaient venus de leur propre mouvement, soit qu'ils fussent du petit nombre de ceux qui portaient au Seigneur un intérêt véritable, soit qu'ayant été informés des desseins