‹ Vie de JésusChapitre 81 sur 102 · JÉSUS MENACE PAR HBRODB · texte numérisé non relu

JÉSUS MENACE PAR HBRODB

d'Hérode ils en profitassent avec empressement pour tâcher d'éloigner Jésus et se débarrasser d'un censeur incommode et d'un rival dangereux.

Dans sa réponse, Jésus laisse entendre qu'il a pénétré les desseins de l'artificieux monarque, mais qu'on n'a pas besoin de se donner tant de peine pour le bire partir. Le Seigneur n'a plus qu'un temps très court à rester en Galilée ; mais il n'en sortira point avant que ce temps déterminé soit accompli. Jusqu'alors \\ n'a rien à craindre des hommes ; sa mission lui a été tracée et mesurée de Dieu. Une dispensation divine le conduit à Jérusalem ; c'est là que doit se terminer sa carrière terrestre. « Allez cr et dites à ce renard : Voici, aujourd'hui et demain a (c'est-à-dire eneore un peu de temps), je chasse les a démons et je guéris les malades, et le troisième jour a (quand mon temps déterminé sera accompli) je c< termine mon ministère. Mais il faut que je travaille a encore aujourd'hui et demain^ et puis que je parte, a car il ne peut pas arriver qu'un prophète meure c( hors de Jérusalem '. »

1 Luc XIII, 83. Ce passage n*offre un sens intelligible qu'autant qa*on intercale après ecCpiov, à Tinstar do la Peschito» le mot ipyàÇtffOou, ou un équivalent.

Ces dernières paroles ne sont pas une simple répétition de ce qui précède, elles en établissent la néeessiié (iit fu). Le sens est : «Ne croyex f( pas qu'aucune puissance bumaine puisse abréger la durée de mon « ministère. La volonté de Dieu est que je travaille encore un peu de « temps ici, pour aller ensuite mourir à Jérusalem.»

< Le pnssnge qui suit dans Luc (ch. XHI, 84-85), se trouve dans Matth. XXIII, 37-39. A quel enchaînement devons-nous donner la préférence? Gomme les mots oUoç ù/a^v ne désignent pas nécessairement le

Jl^SUS MENAGE PAR HERODE. 28«^

On s'étonnera peut-être d'entendre Jésus s'exprimer d'une manière aussi absolue, surtout si Ton songe que l'homme qu'il a\ait lui-même désigné comme le plus grand des prophètes n'est point mort à Jérusalem. Mais il ne s'agit pas ici d'une loi invariable qui ne comporte aucune exception; Jésus voulait seulement mettre en saillie l'esprit jidoux et vindicatif des docteurs de Jérusalem, qui avaient dans tous les temps persécuté les témoins de la vérité. — Et quoique Jean- Baptiste n'eût point exercé son ministère dans la capitale, nous avons vu cependant que c'est le parti pharisien qui fut la véritable cause de sa mort \

A son retour de la première fête, Jésus avait annoncé la bonne nouvelle dans la Samarie; à son dernier voyage il voulut y passer une seconde fois ' . Les soixante-dix

temple, et peuvent D*étre qu'âne espèce de locution proverbiale» il se pourrait que les paroles eussent été prononcées à propos du départ de Galilée, et que ce fut par suite d*Qne méprise qui les appliquait au temple de Jérusalem qu'elles ont été mises à la place que Matthieu leur assigne. Mais la manière étroite doot le v. S4, dans Luc, se lie au v. 35, prouve que Jésus était alors à Jérusalem. D'ailleurs, à l'époque où nous sommes arrivés, Jésus ne quittait pas encore immédiatement la Galilée ; il voulait y travailler encore un peu de temps. D'un autre côté, il n'y a rien dans Matthieu qui soit contraire à la vraisemblance locale ou historique. Saint Luc aura été induit en erreur par une association d'idées d'ailleurs fort naturelle. (Gomp. v. 83 et 34.)

* Voy. plus haut, p. 52.

* Luc IX, 52. Ce passage pourrait être rapporté à une autre époque , car tout ce que Luc place ici n'appartient pas au même voyage. Mais ce qui est dit des messagers semble s'appliquer à l'envoi des soixante-dix. Encontre, la confiance que les apôtres ont dans la puissance de leur prière (v. 54) indique un temps où ils avaient été déjà eux-mêmes les organes de l'esprit de Jésus 'Christ. — Et comme le passage parle d'un envoi de messagers, sans autres détails, cette allusion spontanée à la

l'esprit de christ et l'esprit DR TBNGEANCB.

furent chargés d'annoncer aussi sa venue aux Samaritains. Quelques-uns d'entre eux s'étant présentés dans une bourgade y furent mal accueillis ; les habitants refusèrent de les recevoir ainsi que leur Maître, parce qu'ils allaient à Jérusalem. Alors les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, encore peu pénétrés de Pamour qui seul purifie le zèle, et enflés peut-être des dons mi-» raculeux qu'ils avaient reçus de Jésus : « Maître , a s'écrient-ils, veux-tu que, comme Elie, nous fassions « descendre le feu du ciel pour qu'il consume ces Sa* « maritains? » Mais Jésus les repoussa par ces courtes et profondes paroles : «t Ne savez-vous pas à quel esprit a vous appartenez? (c'est-à-dire de quel esprit vous devriez être animés et vous montrer les organes * î) et ils s'en allèrent en un autre lieu.

Le fait qui va suivre contraste vivement avec celui qui précède, et si le premier semblait fortifier les préjugés des Juifs contre leâ Samaritains, celui-ci était bien propre à produire un effet contraire* •

mission des soixante- dix est d'autant plus importante à recueillir , comme une preuve de la réalité historique du fait.

1 L'esprit de Christ est un esprit d*amour et de gHUse. Il n*appell« point le châtiment sur les ennemis du roYaume de Diea , niait ii souhaite ardemment, au contraire, la conversion et le salut des pécheurs; il est plein d'indulgence pour cecx qu'égare un zèle mal éclairé, mais siooère. (Test ainsi que Jésus distingue lui-même le péché contre le Plis de l*homme du péché contre le Saint-Esprit. (Voy. p. 158.) Les dons miraculeux ont pour ohjet te hien et non pas la condamnation dei hommes. Ck>mp. voL 1, p. 188.

* Luc XVn, 11. Nous plaçons ici ce fait, mais sans prétendre le rapporter exactement à sa date.

Les synoptiques étant composés de traditions isolées , attachées ensem-

LBS DIX LliPRCUX. tS7

Au moment où Jésus entrait dans un bourg, dix lépreux se présentèrent à lui. Neuf d'entre eux étaient Juifs, le dixième était Samaritain. L'affliction commune ayait ét^nt la haine nationale, et ces malheureux^ exclus de tout commerce avec les autres hommes, vivaient maintenant ensemble en bonne intelligence. Gomme ils étaient lépreux, ils n'osaient pas s'approcher de Jésus, c'est pourquoi ils criaient à lui de loin, implorant son assistance. Cette fois-ci la guérison n'est pas instantanée. Jésus leur commande seulement d'aller se présenter aux sacrificateurs. pour être visités, et ce n'est qu'en chemin que tous s'aperçurent qu'ils avaient été miraculeusement délivrés. Mais parmi les dix il ne s'en trouva qu'un seul (ce fut précisément le Samaritain) qui revint sur ses pas pour remercier son libérateur ^ . Ce contraste entre la

ble, mais provenant d'auteurs dififérents, on s'explique ainsi comment, dans ce second voyage à Samarie , on ne trouve aucune allusion au premier et à la manière toute différente dont Jésus avait été reçu.

* La narration est ici un peu obscure. D'où le Samaritain revint-il ? Voici comment Schleiermacher explique le fait : « Après que les lépreux se furent présentés devant les sacrificateurs et eurent offert l'offrande de la purification , l'un d'eux retourna vers Jésus.—Mais les Juifs savaient que Jésus montait à la fête; leur intention pouvait être de Tattendre à Jérusalem, tandis que le Samaritain, devant se rendre à Garîtim pour y accomplir à sa manière les prescriptions de la Loi, ne pouvait espérer de rencontrer de nouveau Jésus. C'est pourquoi il revient tandis que les antres attendent. Mais alors il n'y aurait pas entre lui et les autres une différence si grande, et Jésus ne l'aurait pas loaé d*une manière si positive tandis qu'il condamne si sévèrement ta conduite des Juifs. L'hypothèse de Schleiermacher n'est donc pas admissible, et nous devons nous représenter la chose autrement. On pourrait admettre que le Samaritain, par suite de ses relations avec les Juifs, était devenu luimême Juif par les idées et par les mœurs ; ou du moins il avait reconnu Jésus comme un prophète, et il avait interprété dans le sens de la loi juive le commandement d'aller se présenter aux sacrificateurs. U partit

288 LBS DIX LfrRKUX.

reconnaissance du Samaritain et l'ingratitude des Juifs était significatif et ne pouvait passer inaperçu. Jésus le propose à l'attention de ses disciples ; c'est un exemple de la manière dont les hommes se conduisent en général à son égard * .

SECTION XIII

Page 1