LA FÊTE DE LA DEDICACE
Jésus arrive donc à Jérusalem au mois de décembre, époque à laquelle on célébrait la fête de la Dédicace (Jean X, 22). Comme il ne s'était pas toujours donné ouvertement pour le Messie , quelques Juifs l'abordèrent un jour sous un des portiques du temple et lui dirent : a Jusques à quand nous tiendras-tu l'esprit
donc avec les autres poar Jérusalem ; mais Fardeur de sa reconnaissaDoe ne lui permit pas d'attendre Tarrivée de Jésus; après avoir satisfait à la loi, il courut à la rencontre de son bienfoiteur.— Néanmoins, en lisant le récit de Luc , la première explication qui se présente à l'esprit, c'est que le Samaritain, aussitôt qu'il se voit guérit, revient sur ses pas pour remercier Jésus.
1 Ce que le récit relève surtout, c'est l'opposition entre la conduite du Samaritain et celle des Juifs. Le miracle n'est pas mi^ en saillie; c'est une preuve de plus qu'il est réel. Le fait ne présente d'ailleurs aucun caractère d'invraisemblance; il s'enchaîne très bien avec les autres par* ties de la narration, et rien ne nous autorise à le considérer comme une simple parabole. Lorsqu'il y a, dans un fait, un côté qui intéresse spécialement le narrateur, il arrive facilement que, pour mettre ce côté en lumière, on laisse les autres dans Tombre, en sorte que le récit ne permet pas de se représenter la chose d'une manière complète. Mais ce n'est pas une raison pour croire que tout ce qui n'est pas mis sur le premier plan soit inventé et ne serve qu'à faire ressortir le reste. Ceci pour répondre aux hypothèses de Hase et de Strauss.
tisas A LA rire ms la d^dicage. S80
a eo suspens? Si tu es le Messie dis-le-noos saus détt tours. » Nousignoroos complètement qui étaient ces personnes et dans quel but elles faisaient cette question. — Comme les Juifs pensaient que le Messie viendrait avec éclat et que le règne de Dieu s'établirait tout à coup sous une forme visible , il se pourrait que quelquesuns, trouvant peut-être en Jésus plusieurs des caractères du Libérateur promis y mais incapables néanmoins de renoncer à leurs espérances charnelles, se plaignissent d'être tenus si longtemps dans Tincertitude. — Mais peut-être aussi la question était-elle un piège dressé à Jésus par ses ennemis : on voulait seulement recueillir de sa bouche quelque parole qui servit à le faire ac* cuser. Dans tous les cas , c'étaient des personnes dépourvues du sens spirituel nécessaire pour reconnaître le ' véritable caractère du Messie. De nouvelles déclarations leur eussent donc été inutiles, car ils n'avaient point profité des choses qu'ils avaient déjà vues et entendues. Jésus leur répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me <x croyez point. A quoi sert que je vous le répète? Je <c n'ai d'ailleurs pas besoin de vous donner de déclara- « tiens nouvelles ; il vous suffirait de mes œuvres si « vous aviez l'intelligence. Ce sont les œuvres que je « fais au nom de mon Père qui rendent témoignage de « moi. Mais la foi vous manque, et vous ne pouvez « pas croire parce que vous n'êtes pas de mes brebis, W; « parce que vous n'êtes pas à moi par vos dispositions a intérieures, parce que vous n'êtes pas animés de mon Il 19
490 rtsxm a la rtri de la àéxnckài.
« esprit. 91 vx)Q8 étiez de mes brebis, rous ne m'eussiez a point fliit tme pareille question. Mes brebis' écoutent « ma virtx, et je !es connais , et elles me suivent, et je « leur donne k vie éternelle ; elles ne périront jamais; «r personne ne peut les ravir de ma main, personne nfè « peut leur enlever mon appui et les priver de la paix « qu'elles gbâtent sous ma protection. MM Père, qui « me les a données^ eftt tout-pnissant, «t nul ne peut les « arracher des mains du Tout-Ptiissanl. Pat moi ellek « sont unies au Père ; moi etle Pè^ nous sommes un. » L'unité dont parle ici Jésus est d'abord une ubité de Toloolé et d'action > en Bmte que son teuvre est l'œuvre du Père céleste kii>^méme; mais eti comjMA^ut ces paroles avec d'mutres prononcées ailleurs , on voit qu^il y à davantage. Jésms a conscience d'être avec Dieu dans une communion supérieure , originelle , essentielle. Il li'y a , du reste , rien là dedans qui ne s'accorde avec r4dée que lés Juifs se feièaient ordinairement du Messie. Mais les ennemis de Jésus saisissent avec empressement un prétexte poor l'accuser d'impiété et ils se disposent à le lapider comme on blasphémateur. Les Juifs, en général , regardaient Dieu et les créatures comme séparés
1 Si les mots nùAén ««W^y hfO» sont aalbentkiQes et 8*U eut Trai que Jésus fksse allusion à la parabole du bon berger (Jean X, 1), on pourrait ûonclnre que les Sent disceut^ du chapitre X se snitent Immédiatement . et qu^on ne doit pas les séparer, comme nous Tavons fait» par un voyage de Jésus en Galilée. Mais ces conclusions ne sont pas fondées. Après avoir une fois employé une parabole, Jésus a pu souvent y ûtire alUtfio* par la suite, pour en rappeler le sens et pour Téclairer en y rattachant d*aatfek instructions.
iim A LA vkjR »B KA ofoièftcs. 194
pat une barrière infinie y infranchissable, éi ils éteiéat scandalisés d'entendre un homme ^'attribuer Punité d'essence "avec le Père, ou seulement s'aqppeler le Fils de Dieu dans un sens spécial et supérieur. Jésus veut les conyaincre par leure propres idées que cette eondhiiie ne porte anônne atteinte à la gloii^ ée Dieu et que le Messie a pleinemetit le droit de s'attribuer ce nom et les caractères qu'il renfern>e. « SB , dit-il , dans l'Ëcnture « (Ps. LXXXll, 6), lesfaeilMnes qui sont dans ué rap- <x port spécial avec Dieu , comme les juges et les rois , « sont appelés dieux ( D^n^K ) , à combien plus juste <c titre le roi de la promesse peut-il s'appeler lui-même <x Fils de Dieu l n l\ est trai que les luifs étaient scandalisés y non pas de ce qu'il s'appelait Fils de Dieu ; mais de ce qu'il disait être un avec le Père ; mais Jésus regardait ce dernier titre comme une conséquence rigoureuse du premier \ Puis il termine en invoquant de nouveau le ténK)ignage de ses œuvres. Ceux qui ne veulent pas croire à ses paroles peuvent reconnaître aux
* D'après Kern (voy. la Revue de Tûbinge, 1886, n« 2, p. 89), dont Topinion a été adoptée par Strauss dans la troisième édition de la ^ie ée Jésus (t. I, p. 58«) , Jésns s'est servi de cette shrganMotatidA pour convaincre ceux qui ne croyaient pas à son caractère messianique, qu'il avait néanmoins le droit de s'appeler Fils de Dieu. Ne pouvant invoquer les passages qui se rapportaient au Messie, il en prend vm autre plus général. — Mais cette explication ne nous paraît pas aller avec te cohtéKte. Ce qui scandalise les Juifs, ce n>st pas que Jésus se donne un nom qui ne convenait qu'au Mesisie, mais qu'il s'attribue tm caractère qui ne peat appartenir à aucune créatnre. Il ne s'agit pas de savoir fÀ Jésus est ou n'est pas le Messie, mais si un homme, quel qu'il soit, peut sans blasphème se dire un avec Dieu. Jésus ne prouve pas qu'il est ie Messie il le suppose et montre qu'à ce titre il peut dire ce qu'il a dit. —11 conclu à minori ad mofus.
. lisUS A LA fÂTB DE LA iWEdICAGR.
eboses qa^il accomplit, qu'il est réellement dans le Père et que le Père est en lui.
Ces discours ne firent que remplir les Jui£s d'une nouvelle rage. Jésus n'était plus en sûreté à Jérusalem; il se retira donc pour quelque temps dans la Pérée, aux environs de Bethabara. iC'est là qu'il avait commencé à paraître publiquement ^ et les souvenirs encore vivants de Jean-Baptiste assuraient toujours un point d'appui à sa prédication \
SECTION xiv.
JÉSUS DANS LA PfiRÉB.
Ceux qui avaient connu Jean - Baptiste et qui lui comparaient Jésus-Cbrist ne pouvaient manquer d'être frappés de la différence. Cet examen les disposait à reconnaître ici le prophète supérieur que Jean leur avait annoncé. Plusieurs vinrent donc à Jésus et lui proposèrent quelques-unes des questions tbéologiques les plus importantes qui s'agitaient alors dans leurs écoles ; soit qu'ils eussent déjà confiance dans ses lumières pro-
1 Jean X, 40. Ce séjour de Jésus dans la Pérée est aussi indiqué dans Matth. XIX, 1 ; car, de quelque manière qu^on entende les mots tk rm. Bptm, Hii \o\tSai,lot4, le pays vers lequel Jésus se dirige depuis la Galilée est, en tout cas, niçav roO lop^vou. Le passage de Marc (X, 1), qui dit que Jésus 80 rendit en Judée, est en contradiction avec le récit circonstancié de Luc qui parle de la Samarie ; c^est probablement un malentendu de la part de Marc. — Si maintenant nous comparons Mattb. XIX , i avec Marc X, 1, nous pourrons conclure que les faits ici rapportés se sont passée en partie dans la Pérée, partie sur le cbcmin de Jérusalem vers la Jadée.
IDÉE CHRÉTIKNNK MI HAKIAGt. ^3
phétiques, soit qoMls voûtassent mettre sa sagesse à Pépreave. L'une de ces questions qui divisait entre elles les écoles de Hillel et de Schammai était relative à la loi juive du mariage ^ Lies deux écoles avaient le tort de confondre le point de vue politique et juridique avec le point de vue moral *. Celle de Hillel s'en tenait strictement à la loi mosaïque (Dent. XXIV, 1), croyant Tidée morale du mariage suffisamment réalisée de cette manière ; celle de Schammai appréciait mieux le caractère moral de l'institution , mais elle ne comprenait pas le véritable sens de la loi mosaïque. En répondant à la question qu'on lui adresse, Jésus s'attache d'abord à distinguer les deux points de vue qui ont été confondus, le point de vue juridique et le point de vue moral. Sur la question même il prononce à peu près comme l'école de Schammaï. Le mariage est un lien indissoluble qui unit l'homme et la femme dans une même vie *. Jésus est venu dans le monde non pour abolir mais pour accomplir, non pour détruire les relations humaines qui sont fondées sur la nature , mais au contraire pour lesramener à leur caractère normal primitif ; c'est pourquoi il veut réaliser le mariage tel qu'il a été divinement institué au commencement, d'après la Genèse.
* Matth. XIX, i ; MarcX, 1. Nous ne croyons pa» devoir adopter roplnlon de Matthieu, qui regarde cette question comme un nouveau piège tendu à Jésus. La plupart des phartsiens étant animés de dépositions hostiles, on confondit souvent avec le grand nombre ceux qui étaient mieux disposés.
* Gomp. surtout Michaelis, Mosauches Recht^ II, § liO.
* Gomp. le sermon de la montagne, p. iSS du pféseot volume.
294 IDBI CUaBTlBNNE DU MàBUGB.
Cette idée supérieure du mariage n est point une superfétation dans le système de Jésus-Cbritt , elle fait partie essentielle de la nouvelle économie. Jésus-Christ est veim pour rétablir dans sa totalité FraïQge de Dieu déposée prittîtivemeot dans la nature humaine. Cette image doit être réalisée de deux manières difiTérentes» selon la différeuoe des «exes qui composent le genre humain. Mais ces deux oMmilestationa fondamentales de I9 vie n^ doivent pas rester isolées ; elles ont pour but de se copiplétfsr Ihine Tautre* La distinction des sexes est établie en vue d'une unité supérieure. Cette unité constitue préciiément k vie conjugale; c'est T union de doqx per^^nalités d^ns une vie commune siipérienre à la vie individuelle. Voilà comment il entrait daos Tceo* vr^ d^r JlésusTCbrisA de mettra on lunnièr^ le véritable sens d^ ipariage.
Après avosir ét^ji spr le passage de la Genèse (II, H) V\^ée 4n m^ri^^ tqlle que nous vepons 4e l'e^^poser» il en tirç cette Qo^s^uence : a Ce que Oieq a airipsi uni (^ (par rinstitntioQ purimitive du maris^gey par les oaj^porls (c intima des^ ^j^ io4i,yidus entre efix» et par les lo-^ <% mièrç^ qp'il a communiquéea à la CQn^ieoce), ce que a Dieç ^ upi,^ qqe ^'^^rbitraire de rboiQiiw n'i^iUe pas le (c séparer. » « Mais comment, lui demande-t-on , ceci a s'accorde^t-il avee ta loi de Moïse qui permet le di- « vorce sans restricftîoa? » Et Jésus répond : u Moïse s'est « accommodé à vos dispositions grossières, autrement, « dans Torigin^, il n'ei^ ^it pas ainsi « x^ — La loi mo-
loiç (^lRÉTiBN^B DU lUaiAGB, 2t9â
saïqu^ ?sl Mne conçessiop. En génér4l une loi civile est destina 9 non ps^^ à réaliser Tidée oiorales non pas à prqdt^ire la disposition intérieure, «uis à uiiaiotenir la moralité extérieuret dans la m^nre4aQS ^quelle cfi but pei^kt être atteii^t par le peuple auquel la loi doit s'appliquer. — r IMlais le çl^nstia,nisine rçpQusseï formellem^t tpHt^, a^HJiomwHÎ^ticift d£ c^ gepre, ^tm, bqt ^t, fle péali-r fer, &$ cwmmniqviaflt a^ pwids us^ y\e wu\el|e, l'jdée primitive de la gréa^ion. La pen^ ^priméis ici par 4éw? ^ tpè» ii^pçr^ajîitf^ pwr cv^ctén^er le rapport du cltristii(qif me au jud^sni^- Le jqdaîsnif eçt ui^^ conç^on à la faiblçM^e l^unnaine, parce que le Qiai qui e4 d^P&. VhK^mvf^ ne pQuirait être valucu par aucwe çm^ extérieyre; le chri&Uftuisnpe c'e£(t le rétablissemei^t dePbuioauitédansrélatnoriial; iQJu^Aldme c'est uoe écQ^ uofpie iut^mé^iaiMre entre Tordre uaturel ^t lareistaura^ tioodeçftordFeparrécononiîechrétieHue (GaKUI, 19).
Mais cette idée du mariage était trop élevée pour que les d^iplef fmyaen< einc^pfe en état de la bien co^ipreor dre* GoQflîdérer le mariage comme une unioii iiidisfiCK luUe, et la rupAupe de cette union comme un adultère, était pour eus um pensée à la fois étrange et dure. « Si « telle est, diswt^ls, la coadHioB de celui qui se naarie, K il vaut bien mi^n ne point se marier. »
 ces paroles qui dénotueut uad complète iaintellir gence de Tidée obvitâenoe du marii^» on ne peut pAS supposer que Jésus ait tout simplement répondu par un éloge de la vie c^îbataire. Comme c'est Tintention cju'il
â9H IDBB CHRÉTIENNE DU MARIAGE.
avait toujours en vue^ corome son enseignement a tou« jours pour objet le développement spirituel des auditeurs, nous devrions plutôt nous attendre ici à ce que les disciples fussent rendus attentifs à la chose capitale, savoir à la vie qui leur manque pour être rendus capables de comprendre et de réaliser le mariage dans le sens élevé que lui donne le Mattre. Ce qui paraît si difficile ou même impossible à Tbomme naturel , la vie nouvelle le rend facile. — Mais rien de tout cela ne se trouve dans la réponse de Jésus. Le célibat n^y est pas même considéré sous la forme qui paraissait se rapporter seule à la circonstance, c^est-à-dire comme Tétat de ceux qui ne se sentent pas la vie nécessaire pour remplir les devoirs qu'impose le mariage. Et pourtant c'est dans ce sens que les apôtres Fentendaient. — Nous ne pouvons donc nous empêcher de supposer qu'il manque dans le discours du Seigneur quelques parties qui servaient de transition entre les deux idées principales ^ Cette transition est du reste facile à concevoir. Par exemple, à la manière dont Jésus venait de parler du mariage, on pouvait supposer qu'il en faisait un caractère essentiel, une condition absolue de la vie religieuse. Rien n'était plus loin de sa pensée. Il ne voulait nullement prescrire une forme spéciale de la vie, mais rattacher seulement au royaume de Dieu la nature humaine dans la multiplicité infinie de ses manifestations. Dans ce cas il aurait parié du cé-
1 A moins <radfneUre qa'ici, comme soaveqt lUns Matihiini, on n'ait associé deax pensées qui n'appartiennent pas à la' même date.
mÙL CBRBTIENNB DU HAEIAOB. Wl
libat pour préirenir toute fouMe ioterprétatioo de ses p6brôles concernant le mariage.
Quant à la vie célibataire, Jésus réclame de celui qui Teut la suivre chrétiennement, les mêmes conditions que pour réaliser l'idée chrétienne du mariage. U faut qu'elle ait pour principe Tamour de Dieu, Fintérét du royaume de Dieu, que celui qui s'y voue renonce à satisfaire un besoin légitime de la nature humaine pour travailler d'autant plus à l'établissement du règne de Dieu. G'ert là le grand, l'unique but; il ne s'agit pas seulement du développement personnel, d'un moyen de perfection individuelle. Le royaume de Dieu n'est pas seulement un but théorique proposé à la pensée ou au sentiment, c'est un but pratique, un objet d'activité continuelle \ Jésus condamne expressément, conrnie nous le verrons, l'homme qui enfouit son talent dans la terre pour être plus sûr de le conserver. Et dans un temps où l'activité religieuse avait surtout pour objet VexUn$ion du règne de Dieu, le célibat pouvait être, plus qu'à une autre époque , une forme spéciale du dévouement chrétien.
Il est digne de remarque que Jésus ne dit point : <x Bienheureux sont ceux qui s'abstiennent du mariage « dans l'intérêt du règne de Dieu 1 y> comme si le célibat était en lui-ipême une condition préférable à toute
< C'est-à-dire que le but le ploB élevé du chrétien n'est pas de se purifier intérieurement lui-même. Ses dispositions ne sont vraiment chrétiennes qu'autant qu'elles le poussent à agir, à travailler à la réalisation objective du plan de Dieu, en un mot, à l'établissement du règne de Dieu. (Trad,)
2M IBM €HKÉT1ENNE DU HAI^IAftS.
antre; il constate seulemeot un fiiit : « U y en a, dit«*il) a qui se sont faits eux-mêroea eunuques pour le royatmot a de Dieu, » distinguant ces derniers de ceux dont le célibat ne procède pas du n^mepnncipeet n'a pas k mâmt but. De cette manière, la doctrine chrétienne contredit à la fois deux erpeurs opposées, l^aacien hébraîsMO qm regarde le célibat comme un état ipépvisaUe, et l'ascétisme monastique qui considéra plus tard lavieçélibataÎM eomme phis sainte en elle-même que la vie <K>njogale. L'esprit chrétien sanctiBe toutes les conditions^ et sans lui aucune n^est yérîtablement sainte.
Gomme Jésus allait quitter un epdroit de k Nrée où sa présence avait produit «ne grande sensation (Marc X, i7), on lui amena des enftinto pour quMl le^ bénite Les disciples ne voulant pas permettre qu'on retint leur Maître pour si peu, firent reculer ces efifiMit&; mais Jésus les rappela en disant : a Laissez venir à dmm les « petits enfiints et ne tes en empêchez pofqt, ear le royau- « me de Dieu est à ceux qui sont tels. » Alore les ayant pris dans ses bras il les baisa et les bénit, et dit : a Qui- « conque ne reçoit pas le royaume de Dieu comme un a enfant ne peut point y entrer. » Ces paroles ont Sabord pour but de combattre tes feusses idées des disciples, qui se représentent le caractère du Messie d'une manière extérieure et grossière, et croient indigne du roi théocratique de s'occuper des petits enfants; en
< Luc XVm, 15; llaith. XîX, 18; Marc X, 18.
JBSUft BtaiSflAMT LES IRVANIB. 2M
même temps eUes condamnent les sentiniettts d'orgneil et d'égoïsme renfermés dans ces idées, et qui se mWÊrf traiient fréquemment alors dans la oonduite de» disciples. L'Evangile se présente ici sous son vrai oaractèp^e. Le royaume de Dieu n'est point extérieur, visible ; il est iqvisibJe et spirituel ; c'^st par une disposition du coanr qu'on y trouve apcès ; cette difip9^tioa est celle d'une simplicité enfaixtiney du renoqç^nient à )a vce bnté propre,, h U gloire propre, d'upe buiqble^ rén ceptivité, d'un candide et coniplet ^ibapdon à l'action de^ l'esprit de Dieu. T^l est le seqs daqs lequel lesi chrétiens doivent resseipbler à des epfapts,; ils doivent 9fi laisse^ conduire par l'esprit diviq con^me l'enfant se laisse diriger par la volonté etpar l'intelligence derhonunq fait. Sans cette candeur et cette çonBance filiale oq peut être topt, ei^cepté up vrai croyant^, çn p^pti ayoir tout, excepté une vie religieuse véritable. Nous retrouvons la même condition dont il a déjà été parlé pqur avoir accès au royaume de Dieu * ; ce n'est nullement la confiance intellectuelle ou morale, c'est l'hupûUté n^oreje *• Et pAiûiqu/^ Jésus prend les enfanta pour terme de comparaison, c'est la preuve qu*il reconnaît en eux les germes des sentiments qn'il recommande. Son amour vient ap-devant des manifestations les
* Voy. p»s[. %%%.
* D*oîli il rësaHe qo6 là oa U raisoD ett érigée en principe siiprènM^ il doit se lÎTrer «9tpa elle et te ckn$tiatti««ae um lott^ à mori. Car le princife chrétien eyt akirt r^ieté, el le mpiule tond à prendra une forme totalement diflëfoit^
300 JBSUS BT l'hOIUIB RICHB.
plus élémentaires de la vie divine au sein de la nature humaine.
En ce moment un chef de synagogue % ému de tout ce qu'il avait entendu, s'approcha de Jésus, lui demandant ce qu'il lui restait à faire pour avoir la vie éternelle. C'était un homme qui se croyait juste; il ne sentait pas combien sa vie était loin de satisfaire aux exigences de la loi sainte, et combien il avait, lui aussi, besoin de rédemption. Il s'attendait probablement à quelque témoignage flatteur; il espérait que Jésus le trouverait sans reproche et lui déclarerait qu'il ne lui manquait plus rien. — Ou bien peut-être, quoique parfaitement satisfait de lui-même et de son état moral, il voulait savoir s'il n'existait pas quelque autre pratique pieuse dont l'accomplissement était nécessaire pour obtenir la vie éternelle. Il vient donc à Jésus et lui demande : «Bon maître, que dois-je faire pour obtenir a la vie éternelle? x> « Pourquoi m'appelles-tu bon, lui
< Lac XVm, 18; llatth. XIX, 16; Marc X, 17. — Le mot Af^x^v, qui se trouve dans Luc, pourrait servir à désigner uo membra du Sanhédrin; mais si Ton songe que la scène se passe dans la Pérée, le sens que nous avons adopté paraîtra préférable. D'après Matthieu, le d^on» est un jeune homme, mais cette assertion est contredite par ce qui est dit ensuite : « Tai gardé toutes ces choses dès ma jeunesse. » Il est vrai que les mots Ix v<^y}r6( /mv manquent dans le Codex Vatic., mais les autorités ne sont pas suffisantes pour légitimer la suppression ; il est plus probal>le que c'est à cause de la contradiction que ces pannes auront été retranchées. — En soi, il n'est nullement impossible qu'un jeune homme, profondément impressionné par les discours de Jéeua, soit venu l'interroger, mais diaprés le ton général do récit, il est plus vraisemblable que c'est on honmie Agé auquel une longue pratique extérieure de la loi avait inspiré un sentiment profond de propre justice.
itftOB rr L*H0M1IB MCHfi. 3(H
ff répond Jésus? il n'y a qu'un seul bon qui est Dieu \ » Ces paroles paraissent contraires au témoignage que Jésus se rend ailleurs à lui-même ; mais la difficulté disparaît quand on considère le caractère général de cette déclaration. Aucune créature ne peut être appelée bonne dans le même sens que Dieu. Dieu seul est la source, le principe, la cause de tout bien, et les créatures sont seulement destinées à devenir les organes de la révélation du Dieu bon. Cette révélation constitue la véritable moralité. L'homme saint est celui en qui se réfléchit la sainteté divine. Jésus- Christ n'aurait pas donné l'exemple de la parfaite humilité s'il n'avait pas rapporté à Dieu seul tout le bien qui était en lui-même. Mais il avait encore un autre motif pour répondre de cette manière. Dans toute autre circonstance il aurait pu se laisser appeler bon ; mais il lit dans le cœur de celui qui lui parie; il y voit régner la propre justice et l'orgueil, et, pour rendre cet homme attentif à sa misère, il commence par rapporter à Dieu seul la qualification de bonté.
^ D'après Lacbmann» il &at lire : ri fit, iptêrâi icffl roO âyoe6«C; dç iffTty 6 ocyocOos. Qaand il serait prouvé que cette leçon est la véritable, je ne pourrais adopter Tinterprétation de De Wette, qui me parait tout à fait contraire à Tesprit général de la doctrine de Jésus-Christ. Je traduirais alors : Pourquoi m'interroges- tu touchant ce qui est bon? Il n'y a qu'on seul bon; c'est à lui qu'il faut s'adresser. — Mais ce sens n'est pas naturel , il a quelque chose de forcé. On pourrait aussi entendre le passage, comme MûUer dans son livre sur Le péché, page 48 : Dieu seul est bon, et ce n'est que dans la communion avec lui qu'on peut connaître et recevoir le bien. La leçon insérée dans Matthieu, ou bien, si cette leçon est authentique, la forme donnée par l'évangéliste à la réponse de Jésus, provient certainement de ce qu'on trouvait étrange que Jésus eût refusé de se faire appeler bon.
302 iBsus n l'homki ruIk.
QuaBt aux paix^ qui suiveet^ il y a detix oiaiitères de les expliquer. On pourrait supposer que Jésus ne veut pas d'abord répendre directement à la question qui lui est adressée; il veut s'assurer auparavant si celui qui rittterroge a bien obsenré extérieurement les commandements dans leur acception littérale ' ; il ne parle point du principe spirituel de la loi, de l'amour, sans lequel il n'y a point d'accoraj^ssement véritable. 11 ne se place pas au point de vue de la sainteté, mais au point de vue inférieur de la jmUce civUe. Son intention serait alors d'entrer plus tard dans de nouteaux développemekits, de montrer que cet acoomplisseittent eltérieur ne cobstitue nuUeroent la parfaite obéissance , et ne peut, comme tel, procurer la vie Remette ; il faut y joindre un élément nouveau et supérieur. — Mais l'explication suivante nous paraît préférable : La réponse de Jésus est celle que Matthieu nous a conserlrée : « SI tu veux « entrer dans la vie^ garde les commandements. » Il s'agit alors de la loi dans tonte son étendue comme .manifestation de la sainteté de Dieu, et, par conséquent, il s'agit avant tout de l'amour, principe et caractère de la parfaite obéissance. Jésus savait bien que cet homme ne pouvait pas avoir accompli la loi dans ce sens , il vent donc l'amener à la conscience de sa misère^ en lui faisant comprendre combien il est loin de la justice à laquelle il prétend. Mais le Juif, qui n'entend pas les com-
1 Cette explication repose sur le récit de Luc.
jÉnm wt i*flôwii mn. 3113
nandeniiBta db cette mâfaière> «t qui ne se bit pas «Be awsi haute idée de la sainteté, déclare qÉ^il a gardé ces choses dès sa ji^nesse : « Qne me manque-Uil donc eo*n core? s afaote^-H. Jéëos lui répéod ^ : « Pour obtenir « le ro^ine de Dieu, il fout lui sacrifier tout le reste : il chMge tes richesses terrestres pour un trésor céleste^ t( distrilMe aux pauvres ce que ta possèdes; après cela, « nene et sns^moî. i» Jésus lui ordonfeie de le suivre immédiate^hént ) te) qu^il est, abandonnant désormais toutes ses richesses. €,e qui te manque, ireut-il dire, pour devenir participant de la vie éterneUe, c^est la seule chose nécessaire : c'est le retioocement, c'eet ta disposi^ tioh du cûsuf qui suhordonne tout à ht recherche du tx^àume de Dieti. Mais pour ^eut fÀire ti6mprendi*e ^etle pensée, le Seigneur l'exprime sous tti>é foriWe<30n*crète ; il sait que la faiblesse de l'homme riche consiste dans l'attachement aux biens du tnonde, €[ue c'elA le vice qui domine en lui ; c^est pourquoi il l'attaque par ce côté et hii présente, sous cette forme spéciale, le de^
1 n'après Loc : « Il te matiqae encore nae chose; » d'après Ifattbfea : « Si tn veut être parCeiit. » Si l'on adopte là teçen de Ifattbièii, on ne doit cependant pas supposer qoe Jésus vetrtlle parler d'une peHbctioti sopérienre à raccompliasement de la loi, car ées deux choses sont idMtlques, et la question des apôtres un peu plus loin montre bien quMIs l'entendaient ainsi et regttrdaient cette perfection comme obligatoire pour tous. Ce passage a été souvent invoqué dans les premiers siècles pour appuyer la diistinction Iktale entre la justice obligatoire et la perfectioti morale. Clément d'Alexandrie foitune heureuse exception. Voici ce 40II dit dans ses Stromates, 1. ni, fol. 449, à propos de Matth. XIX, 91 :
304 ilbuft ET l'homme RtCH£.
Yoir général du renoncement. Il n'y avait pas àt moyen plus propre à faire sentir à cet homme combien sa pré* tendue justice était peu de chose, et combien , en réalité, il était loin de posséder encore le principe ée la parfaite obéissance à la loi^ Aussi le riche s*éloigne-t-il tout triste, ce qui fait dire à Jésus : « Voyez, par cet exemple, a combien il est difficile qu'un riche puisse entrer dans « le royaume des cieux! Il est plus aisé qu'un chameau « passe parle trou d'une aiguille. ^ (Luc XVIII, 25.) L'image ici employée transforme la difficulté en une impossibilité absolue ; mais ce n'est pas une raison pour la regarder comme une hyperbole. C'est bien en effet d'une impossibilité que Jésus veut parler, car il ajoute (v. 27) que « ce qui est impossible aux hommes est possible à « Dieu. D L'amour du monde et l'amour de soi sont
1 On peut comparer ce passage de nos évangiles arec la mlatim da même fait dans Févangile des Hébreux, on aura un nouvel exemple de la différence qu'il y a entre un récit historique et une amplification apocryphe. D'après Tévangile des Hébreux, plusieurs riches étaient venus ensemble trouver Jésus. Nous ignorons si ce trait est déjà une amplification ou s*il a une base réelle. Quoi qu*jl en soit, voici le passage : « Dixit ad «enm alter divitum : llagister, quid bonum faciens vivamf Dixit ei : c< Homo, leges et prophetas fac. Respondit ad eum : Feci. Dixit ei : Vade, « vende omnia quœ possides et divide pauperibus et veni, seqœre me. « Gœpit autem dives scalpere caput suum et non placuit ei. Et dixit ad «eum Dominus : Quomodo dicis : Legem feci et propbetas, quoniam « scriptum est in lege : diliges proximum tuum sicut te ipsum, et ecce « mulii fratres tui filii Abrahse amicti sunt stercore, morientes pr» lame «et domus tua plena est multis bonis et non egreditur omnino aliquid « ex ea ad eosl » Lj geste significatif du riche (scalpere caput suam) est évidemment une addition du narrateur. Tous les traits qui servent à donner plus de vie à un rccit ne doivent pas être pour cela considérés comme des amplifications, mais ici il s'agit ici d'un trait qui ne suppose nullement un témoin et que l'imagination pouvait facilement inventer.
iiaos wt L^HOMMB «ictfi. 305
enracinés dans la nature humaine > et il n'y a qu'un principe supérieur qui puisse nous rendre capables d'en triompher.
Effrayés par cette redoutable déclaration» plusieurs des auditeurs s'écrient : « Qui donc peut être sauvé ! i» Quels sont ceux qui parlent ainsi ? Sont-ce les apôtres ? Il le semble d'après le contexte. Mais les apôtres n'étaient point riches ; ils avaient d'ailleurs fait réellement le sacrifice de leurs biens pour suivre Jésus ; pour se sentir atteints par les paroles de leur Maître, il aurait fallu qu'ils en pénétrassent le sens profond, et comprissent qu'il s'agissait du renoncement dans le sens absolu du mot et de la disposition nécessaire au pauvre comme au riche pour l'attacher au royaume de Dieu. — Rien de tout cela n'est impossible; cependant , à la manière dont Pierre s'exprime à cette occasion , il semble que les disciples n'avaient pas encore alors compris la pensée de Jésus, et le passage Luc XYIU, 26 tendrait à foire croire que ce ne sont pas eux qui parient.
En réponse à l'exclamation de ses auditeurs, Jésus déclare que ce qui est impossible à l'homme livré à lui-même devient possible par le secours de Dieu. — < C'est alors qu'il donne clairement à comprendre quel était son but dès le commencement et à quel point de vue il s'était placé. — Et tandis que tous les auditeurs gardent le silence , n'étant pas encore revenus de leur étonnement, Pierre, toujours prêt à se mettre en avant, s'écrie : « Mais ces paroles ne s'adressent pas à nous ?
3W iisVS ET t'flOHMt WCIItf. — €M»ilB FUTURE
a Voici, nous avODs tout quitté et nous f avons suivi \ » Jésu^ ré|ioud par cette précieuse promesse : « En vérité^ «je te dis que personne n'abandonnera maison, paie rents, frènesy femme ou enftintg, pour le royaume de « Dieu , qui ne revive plusieurs fois autant dans ce c monde, et dans le monde à venir la vie étemelle* » Lfr manière doat Jésus s'exprime sfrffisâii pour prévenir une inierpréiatien grossière et pour étarter des espérances chamelle». U était facile devoir que la promesse ne devflôt pas Âtre priée dans le sens littéral ; il s'agissftiide 1» compensation que trouvent dsint le chrtstia-» nisino, dan^ la cùmmunton avec Dieu, ceni qui ont sacrifié tout le reste à ce trésor spirituel, et les demières paroles du Seigneur assirent à charan ^ comiiM toujours, pour dernier but, bi félicité étemelle dsois le monde à vemr *.
A ces pâroies se rattaelœ, d'après Tévangile de Matthieu , une nouvelle promesse. Jésus déclare à ses disciples que, lorsque le Fils de l'honime perattra darïs sa gloire, ils seront assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'kraâ, c'est-à dire évidemment pour régner hYËc leur Maître. Nous n'avons^ il est vrai , aucune prouve que cette déclaration se trouve ici à sa vé-
« D'après MatUi. XIX, i7, les paroles de Pierre aoraîent été dictées par l'espoir d*ane récompense : «Que nous arrivera-t-il pour avoir tout « quitté et pour Vavoir suivi? » — Mais si Jésus eût découvert de tels sentiments chez son apôtre , il n'eût pas manqué de les condamner et sa réponse aurait on tout autre caractère,
* A cet égard encore, nous donnons la préférence à Luc pour Texactitude de la narration.
Btt TRX» DfiCfrtts; 307
rhable place. Pefut-étre n'est-elle mise à cet endroit qu'à cause de Tandlogie des pèmée». Mais dous^ fie sommes pas autorisés pour cela à lui' refuser le caractère historique. L'idée d'une participation deéf fidèles au règne de Christ et au jugement du nionde datis là Tie à venir, fait partie essentielle de la doctrine du Nouveau Testament^; il fout seuiemeM avoFi* sd)É de distinguer cette idée de la (onbe syni4!x>Kque dodt elle est revêtue et de ne pas confondre l'esprit nouvesiU avcfc les anciennes figures qui le conâennent et l'enveloppent, et dont il doit peu à peti se dégager. Un jour tout sera soumis au royamne de Dieu, toui sera gouverné par ses lois, et alors les membres de ce royaume seront comme le chef appelés à régner. Cette doctrine est très importante pour la morale chrétienne. L'idée de l'Ancien Testament sera réalisée, mais d'une autre manière et dans un sens supérieur.
SECTION XV
JÉSUS À BfiTtiAmB BT À ÉTHllAlk.
L'accueil qu'il recevait, l'accè^que ses paroles trouvaient dans les écrits auraient sans doute déterminé Jésus à rester plus longtemps dans la Pérée, peut-être
* Yoy. vol. I, page 196. — Gomp» 1 Cor. YI, 9 et saW. Les enseignenents de saint Paul ont, dans tous les cas, pour base des paroles de Jésus analogues à celles-ci.
308 LA rAWlXB DB B^ANIS.
jusqu^à l'époque de soa départ pour Jérusalem , mais une circonstance particulière vint abréger son séjour dans cette contrée.
Dans le village de Béthanie, au pied du mont des Oliviers, à trois quarts d'heure environ de Jérusalem , vivait une famille composée d'un frère et de ses deux sœurs. Pendant ses voyages à Jérusalem, Jésus était entré en relation avec les membres de cette famille, et bientôt il s'était formé entre eux et lui une liaison étroite et intime. Saint Luc nous a conservé à cet égard * un trait qui s'accorde parfaitement avec le récit du quatrième évangile. Un jour, Jésus était venu loger chez
1 Lac X, 88. — Lac ne nomme pas, il est vrai, le village où ces choses se passèrent ; c*est une preuve de sa fidélité. Les documents quMI avait sous les yeux ne donnant pas le nom, la pensée ne lui est point venue d'en supposer un. Le trait qu'il raconte s'était gravé dans la mémoire et conservé dans la tradition indépendamment des circonstances locales. Le nom avait été oublié parce qu'il n'ajoutait rien à la valeur du fait. — Il est vrai aussi que, en s'en tenant strictement à l'ordre suivi par Luc, il faudrait placer le théâtre de l'événement beaucoup (dus loin de Jérusalem que ne l'était Béthanie; mais nous avons déjà vu que Tévangéliâte confond évidemment plusieurs choses qui se rapportent à différents voyages de Jésus, et nous croyons, comme le croit aussi de Wette, qu'il y a ici une confusion de ce genre. Saint Luc ignorait sans doute lui-même en quel endroit habitaient Marthe et Blarie, et le fragment ne lui donnant aucune indication géographique, il a dû seulement tâcher de le mettre dans l'enchaînement qui lui paraissait le plus convenable. Dans le fait, il n'y a donc rien qui nous empêche d'admettre les déterminations du quatrième évangile. D'un autre côté, le récit circonstancié de Jean porte en lui-même les preuves de sa fidélité historique, et le caractère des deux sœurs y est dépeint exactement comme dans Luc. Strauss rejette le récit de Luc parce qu'il n'y est pas question de Lazare. Mais c'est à tort II faut songer que nous n'avons, dans le troisième évangile, qu'un fragment isolé dont l'unique but est de fkire ressortir la différence de dispositions des deux sœurs relativement à Jésus. La personne de Lazare n*avait aucun rapport avec cet ol^et; noos ne devons donc pas être étonnés qu'il n'en soit pas fait mention.
LA PAMILLB DE BBTHANIB. 309
Lazare. Marthe, dont le caractère était surtout porté à l'activité extérieure, était tout entière aux soin» du ménage. Dans son empressement à recevoir son hôte d'une manière convenable, elle faisait plus d'apprêts que Jésus n'aurait désiré , et , absorbée par ses occupations domestiques, elle négligeait la chose capitale ; elle ne songeait pas à proGter de la présence de Jésus pour le salut de son âme , pour écouter et recueillir dans son cœur les paroles de la vie étemelle* Tandis que Marie, oubliant pour cela tout le reste, ne songeait pas même à partager les occupations de sa sœur. Et comme Marthe se plaint de cette négligence , Jésus pro6te, comme toujours , de l'occasion qui se présente pour faire pénétrer dans le cœur de cette femme la lumière de la vérité : « Marthe , dit-il , tu te laisses distraire par beaucoup de « choses , tandis qu'une seule chose est nécessaire '. « Marie a choisi pour elle la bonne part qui ne lui sera « point ôtée. »
On a supposé quelquefois que les deux sœurs représentaient, l'une la tendance pratique, l'autre la tendance contemplative , et que c'était à ce titre que Jésus donne à celle-ci la préférence sur la première; mais cette opinion est contraire au sens du récit et à celui des
1 Le Codex Cantabrig, et planeurs autroB autorités latines omettent les mots : ivif U im xf (<«• Que ces mots manquent ou non cela ne fait rien au sens. Dans tous les ca^ , la bonne part qui ne peut être ravie, c*e8t la seule chose nécessaire, celle qu*il fout rechercher par-dessus tout et sur laquelle il faut concentrer toutes ses facultés au lieu de les disperser dans les soins multiples de la vie terrestre.
310 U FAMILLE DB BSTUAMH*
paroles de Jésus. Ce n'est pas là qu'il faut chercher les deux termes de Topposkion. Jésus réclame toujours Tac* Uvitépour le royaume de Dieu ; il n'aurait certainement pas approuTéy encore moins approuvé ^ns réserve une tendance purement coateroplatiFe. Ge qu'il Jk>ue 4^^ Marie, c'est ^a diâposîiion qui est l'âme de la vie et en particulier de l'a^tivi^é (Retienne ; ce qu'il coIldamn^ dans Marthe 9 c'est la préoQCupaUon exclusive des choses t^rre^^ et la négligence de la plus importante. Il est vrai que Mart^ie est une nature plw pr^ti^me et Marie une âme plqs conteu^plative; mais ni l'un ni l'autre de çfis fiaryc^rep p'est, en lui-même; un ohjet de blâme oiu d'éloge, et ce^e différence aurait pw tvhi& ^îeip exista avec l'unité dims le^ dispp^tiqns ^piritqel)es. ,11 fallait sç!^\fiff^ qpe Jtfartt^ , au milieu des ocoMpatÂ?^ ^V méoage, pe ^is^ât pas efi a^rrière 1^ ?eule c^ose néif^sr s/flr^y fpajis y ^apportât ifi^i ce qu'Ole ffiisait.
Cependant le frère de ces deux femmq^ ^e^ftit d'étrp atteiftt d'vine îp,aJladie gr?tve (^eaji ]mi).-r ^éw§ sp to)uvait eKcojcç aj|ors daq^ la Pér^e, et éfait éloigna de Péthanie 4'|snviAf n ifuf jmaf née ^Q çherpin- Au^^tàt on dé{i|éçhe ve^ Ipi mi i^s^ger, pour l^i imnppcer q^e Uffa^e W^ Wh^ # pottP îropl^î^ï^ ?P^ ^eco^^. Jésus renvoie le messager avec une réponse consolante pour les (UBm» aUQigée;», quoique le véritable sens de ceUe réponse ne pût encore êirjB compris que de lui seul, a Cette maladie n'est point mortelle, dit-il, mais elle « doit servir à mafliJfe^Her Ih gloire de Dijç^, ejl le F^ls de
lUUDlK Kl MORT DB LAZARB. 3t I
4( Dieu sera glorifié en elle. » Commeot faut-il entendra ce« paroles^ qui 8e;mblent démealies par révéneinenl, puisque Lazare mourut eu effet? iésus auiait-il jugé, d'afNrèa ce qu'on lui rapportait^ que la maladie n'était pa3 anorleUe et que ia puissance et ila gloire àe Dieu se manifesteraient en dissipant les inquiétudes des deux souirs afOigées? Ou hifgï TapAIre Jean aurait**il, ifiràs révén^ew^ni, jcoinpris 4^ cette maniéré la pensée de lé^ svs, fil ^^oofoaduf d^ns sa reUtioDi 1^ paiv^ mèiiids arjec sa propre interprétation ? Nous ne pouvons pas atfirnaer é priori que les lu»|ières sornaturelles de Jésus lui eussent iiévélé d'une n^miète infftiUi)>l|3<qpeUe S0rait Fi^^e de la ipalfudie ; il «eraii possible que les pvjsmiars sf mjrfôflies lui eussent fait craire que le cas a'était pas nxNTtel» ^t qq^ le mal eût ensuite pris un ciw<^ère plus graTe. Mais quand on considère la certitude avec laqudle il proisiet la guérîsoA die ia^are, on ne peut pas supposer qu'il eût pioisé cette assurance 4ws l'examen des symprtômesy et qu'une affirmation si positive reposât sur une hise ausai peu solide. Sa confiance avait évidemmient une autre soun»^. C'est l'irradiaUon de la nature divint dans ^ cj&osici^nc^ qui lui faisait sentir que Dieu ma^ mfesteraît sa glaire par la délivrance de Lazare. L'espèce d'incertitude qu« paratt dans ses paroles pourrait alors s'expliquer dç oette manière : Tout en ayant conscience de son divin pouv^^r, tout eu étant assuré que Lazare ne périrait point, Jésus ignorait peut-être encore comment cette poflfia^ce serait justifiée ; si , daqs le monicnt où
312 MAL4D1B ET MORT DB LAZAtl.
Tœuvre de Dieu s^accomplirail, Lazare serait mort ou vivant, et si la délivrance serait seulement une guérison iperveilleuse ou bien une résurrection. Ces paroles ex* primeraient alors à la fois ce qu'il y a de certain et ce ce qu'il y a d'incertain dans son esprit au moment où il reçoit le messager. Mais il se pourrait aussi que cette incertitude n'existât point pour lui; il se pourrait qu'il eût prévu dès le commencement que Lazare mourrait, et que la gloire de Dieu se manifesterait en le ressuscitant. Jésus se serait ainsi exprimé parce que ce qui importait aux deux sœurs c'était de savoir que la délif rance de leur frère était certaine. Il n'était pas besoin qu'elles connussent les moyens dont Dieu se servirait pour accomplir sa promesse. Peut-être même cette ignorance leur était-elle nécessaire; peut-être Jésus voulaitil éprouver leur foi en leur apprenant à se confier aveuglément aux paroles du Fils de Dieu, sans savoir et sans rechercher de quelle manière leurs espérances seraient réalisées \
Tel fut le motif qui détermina Jésus à se rendre en Judée. Cependant il ne quitta pas immédiatement la Pérée ; il y resta encore deux jours. Ce retard , qui lui permettait de continuer l'œuvre qu'il avait commencée dans ces lieux, devait servir en même temps à développer en l'exerçant la foi de Marthe et de Marie.
Peu de temps après, le même jour vraisemblablement
1 D'après cette dernière hypothèse, il semblerait que Jésus atteignait bon but en déclarant tout simplement que la maladie de Lazare servirait
MAIADIB BT MORT DE LAZAU. 313
OÙ le messager rentrait à Béthanie , Lazare mourut. Quelle impression durent produire sur les deux sœurs, en cette circonstance , les consolations que Jésus leur adressait ! L'éi^énement semblait démentir toutes les promesses. Et cependant Marthe et Marie avaient fait Texpérience de la parfaite fidélité de Jésus ; elles savaient que ses paroles étaient toujours la vérité, et leur confiance en lui n^avait jamais été trompée. Quelle lutte ne devait-elle pas se livrer dans leur ftme entre les sentiments les plus opposés! Pendant ce temps, Jésus apprend par un second messager, ou peutr-étre par une lumière surnaturelle, que Lazare vient de mourir \ Il fait part de cette nouvelle à ses disciples ; il la leur annonce d'abord en termes figurés ; il leur dit que Lazare dort , et les disciples , trompés par ces paroles , croyant qu'il s'agit en effet d'un véritable sommeil, s'en réjouissent comme d'un présage de guérison. Alors Jésus leur dit ouvertement : <x Lazare est mort ; d puis il ajoute : « Je me « réjouis à cause de vous de n'avoir pas été présent « au moment de la mort , afin que vous soyez fortifiés « dans la foi. » Il ne dit point qu'il soit resté à dessein
à manifester la gloire de Dieu. Il se pourrait, en effet, qae les paroles suivantes : &« iel^Bti h ulàç roO 9coC Si «ùrf<«, eussent été ajoutées par Jean pour expliquer dans quel sens Jésus entendait les premières.
* Saint Jean ne dit point qn*un second messager ait été envoyé vers Jésus, mais il ne dit rien non plus qui empêche d*admettre le foit. Il ne donne point à entendre, comme il le ûiit d'ordinaire en pareil cas, que Jésus ait appris la mort de Lazare d'une manière surnaturelle. Cette inoertitiide dans laquelle nous laisse son récit, prouve suffisamment qu'il n'avait point du tout pour but de relever exclusivement le caractère miraculeux des faiU.
m MALADIE BT MORT DS LAZARB.
ppur allendre que Lazare fût mort, afin qufi cet événeiBQQl lui fournit Poccasion de déployer sa puissance miraculanse et de fortifler la foi ^e ses disciples. Tjelle o'est poJDjt sa cessée. Il laisse entendre au contrfiire que c'est pour d'autres inotifs qu'il ^ retardé son Répart liais puisque la mprt de Lazar^ est arrivée dans cet intei'valle , il s'en réjouit parce que l'issue de cet éxép^ment doit servir à fortifier la foi dep .ap6tres, dams un teimps où cotte foi va être soumise à de rudes ^éppatuves. Bien plus, la icnanière dontlésus s'exprime fait supposer que, s'il ei^t^étii présent^ il n'iiur^t pias attendu qu<a La*zare (ut moprt pour déployer sa puissance en (aveui* de la famille affli^ ; il n'auraît pas différé la délivrapce jusqu'au nooment où la mesura de l'afflictiop était codh Ué^. Son fi0df^ compatissant l'aurût déterminé à (airjs auspjit^t «Sj»ge de son pouvoir pour r^ndve I^zure à la sa^. U eo estde lui comme d'un bomme qui po9Bèd^ quelques moyens naturels de soulagi^ ^^i^ mfibdiQ. ^U voyant souffrir un de ses semblables, il ae sep tira porté à lui veiûr en aide. U y a seulement ^tte différence ique Jés4is n'agit pas toujours md. Il n'a point gu^ toutes les maladies dont il était témoin. Il ne faisait usage de sa puissance que lorsqu'il avait )a conscience qu.e c'était la volonté de Dieu et que le miracle faisait partie essen«tielle de son ministère.
Lorsqu'il annonça que son intention était de partir pour la Judée et de se rendre à Bétlianie p^ir ressus* citer Lazare, les disciples, songeant à ce qui s^était passé
MALAIUB BT MORT OS LAZARE. 315
naguère^ furent saisis d'étonDement et de frayeur. Leur troubile était si grand qu'ils perdirent un instaat de vue le caractère supérieur de Jésus tel qu'ils avaient Thabitilde de se le représenter. Thomas surtout, dont l'esprit mobile se laissait facilement dominer par l'impree* siion du moment , semblait Vnit à £aU aveuglé par la crainte. Jésus s'attache d'abord à dissiper ces nuages et à ramener les ap^es à des sentimwts et à des idées plus éleT^^y à leur laire comprendre quêtant qu'ils ser ront avec lui ils doivent s'abandonner «ans crainte à sa directic^ ; mais ce temps est court ; il faut en profiter, car le moment approche où ils seront abaidonnés à eux-mêmes. Comme en plusieurs a^ti^ plissages, Jésus se compfM^e ici au soleil dont la luoùère luit dans le monde pendant un cevt^i» te«aps et 009s avertit de travailler av^pt qï^ h misit vienne * . « N'y a-rt-il pas ^ dQ\}^ hc^fir^ W jcmr? «Celuiqui marchepeudaut le jour (X ne risqua p^i^t de tomber parce que le soleil éclaire a sa rou4e; uMis^^uj qui marche dans la nuit se heur-* « tera p^no^ qpfi U lumière lui jxm^que. ^ De même les discipAes dpivent jnarchBr i^u^is cFfiinte pendant que le soleil sfuntuel \^ é<^iare; mais le teiiips vieqt où cette assurance leur fjanquera; la luipîère leur çera enlevée, et il faudra qu'Us observât atteptiyemeqt leur route et prenqei^ g^P ^ l^urs pas afin de ne pfis tomber. — Ce qui ne veut pçurt^t pfis dire qu'ils seront livrés à leurs