‹ Vie de JésusChapitre 83 sur 102 · RESURRECTION BE LAZARE · texte numérisé non relu

RESURRECTION BE LAZARE

propres lumières ; car, s'ils ne sont plus conduits vi*' sibleinent, ils auront acquis l'indépendance de la me supérieure. A la place du guide extérieur ils recevront un guide spirituel qui les éclairera et les dirigera sans jamais les abandonner.

Toujours en mouvement, par suite de sa vivacité naturelle y Marthe est la première à apprendre que Jésus va bientôt arriver et elle accourt aussitôt au-devant de lui , pendant que Marie, tout entière à sa douleur, insensible à ce qui se passe autour d'elle, reste assise dans la maison. En apercevant celui qu'elle regarde comme le Messie et dont elle a plusieurs fois admiré la puissance merveilleuse , Marthe sent quelque espérance renaître dans son ftme ; mais elle n'ose pas encore s'abandonner à ce sentiment. Elle dit seulement à Jésus : «Seigneur, « si tu eusses été ici , mon frère ne serait pas mort ; « mais je sais que maintenant encore Dieu te donnera cr ce que tu lui demanderas. » « Ton frère ressuscitera, » lui répond Jésus. Certainement Jésus ne voulait pas parler de la résurrection générale , autrement il ne se serait pas exprimé si brièvement et, pour ainsi dire, si sèchement. Sa pensée se rattache à celle de Marthe. «Je m sais que tout ce que tu demanderas à INeu il tel'accor- « dera. » Il veut confirmer cette espérance, et peut-être allait-il le faire d'une manière plus explicite , si l'impatiente Marthe ne l'avait aussitôt interrompu. Elle ne peut pas attendre que Jésus ait fini de parler; les paroles qu'elle vient d'entendre sont beaucoup trop gé-

niauaRBGTlON DB UZARB. 3l?

nérales au gré de ses désirs ; ce n'est pas là ce qu'elle demande : <x Je sais bien , se hàte-t-elle de dire y que « mon frère ressuscitera au dernier jour ; )» elle n'ose pas ajouter : «mais c'est une autre promesse que je voudrais <x entendre sortir de ta bouche. >» Gomme en mainte autre occasion, Jésus proGte de ce malentendu pour enseigner une vérité nouvelle également propre à remplir d'espérance l'âme de Marthe. Il se désigne lui-même comme la source de toute vie, le principe de toute résurrection. «Je suis la résurrection et la vie; celui qui a croit en moi vivra, quand même il serait mort mainci tenant; et s'il n'est pas mort, il ne mourra jamais, a Crois -tu cela,» demande- 1- il ensuite? Marthe devait comprendre par ces paroles que son frère avait reçu par la foi une vie supérieure à la vie terrestre, et que celui de qui procède cette vie étemelle avait aussi le pouvoir de rappeler à l'existence Lazare déjà couché dans la tombe. Elle ne comprend pas encore parfaitement, mais la confiance en Jésus lui est revenue tout entière et avec elle une espérance plus ferme. — Consolée et fortifiée, elle retourne auprès de sa sœur qui, absorbée dans sa douleur, ignorait encore l'arrivée de Jésus. Il ne fallait pas moins qu'une pareille nouvelle pour distraire Marie de ses tristes pensées. Elle se lève aussitôt et s'empresse d'accourir vers celui dont les paroles faisaient la joie de son âme. En la voyant sortir, les personnes qui se trouvaient dans la maison, croyant qu'elle allait, selon sa coutume, se

3i8 . E^MARBcncm itt lamiii.

lamenter auprès de la tombe de son frère , la suivent pour tâcher de la retenir. Mais elle les prévient; elle arrive auprès de Jésus, tombe k ses pieds, et s^écrie : « Seigneur, si tu eusses été ici, non frère ne serafh pas n mort. » Elle ne peut en dire davantage ; les sanglots étoufient sa voix ; elles avait d'ailleurs trop de respé<^ et d'amour pour Jésvs pour vouloir lui prescrire queN que chose. Touchés d'uùe si profonde douleur, les Juii^, témoins de ce spectacle, ne peuvent s'empêcher de pleti^rer, et Jésus lui-même, profondément ému, ne peut retenir ses larmes.

On a voulu conclure de là que si Jésus espérait pouvoir rappeler Lazare à la vie cette espérarnoe n'était nullement une certitude: car autrement la pensée que le deuil des deux sœurs allait bientôt se changer en joie aurait dA bannir de son esprit tout sentiment de tristesse. Mais on comprend cependant que la douleur de ceux qu'il aime émeuve le cœur compatissant de Jésus, quoique le Seigneur sache que la cause de cette douleur va bientôt disparaître. 11 en est à peu près comme d'un médecin qui est humainement certain de la guérison d'un malade et qui , cependant, en entendant les gémissements d'une famille éplorée, se sent lui-même profondément émit. — Dans le fait, la certitude revêt ici un double caractère : elle est humaine et divine comme Jésus est à la fois le Fils de l'homme et le Filsde Dieu, et la coexistence de l'élément humain et de l'élément divin dans la personne du Seigneur peut bien quelquefois nous paraître inexplicable.

iii00RHB<moif D» tàzàfm. 319

Satni lean dépeint arec beaucoup de Térité les prio^ cipaœc> traits de cette scèoe; La vue des larmee de JésiiB produisit 9<ir les assistants des effets correspondants à' la différence de leurs dtspôskions. Les uns admiraient seu-» leraent Tafieetion de Jésus pour Lazare et pour sar fattiille ; Bftats d'autres^ sommés de sentiments moins btenveàllantSi voyaient dans la circctosianiea présente une occasion fa^ Torable pour diettre en doute la réalité des autries mi^ railles. « Puisqu'il a ouvert les yeux des avengtes, disaient^ et ils, ne pottvait^il pas faire^ aussi que cet homme ne « mourût pas^? » Au moment où l'oà ôte la pierre qui feroMiit Feutrée du sépulcre, le doute s'empare de nou^ veau de l'âme de Martbe et revient troubler son espén ranoe' : a Seigneur, s'écne-t^elle, teca^SNreâentd^à*,

^ Strauss prétond quil y a ici Qiîe contradiction entre Vévmagt^ de Jean et les synoptiques. Si , dit-il , les résurrections rapportées par les trois premiers évangiles étaient réelles, \ei Juifs en feraient mention et ne parleraient pas seulement de la guérison de raveagle. Ils auraient dit : « Pourquoi celui qui ressuscite les morts n*a-t-il pas empêché que Laxare mourût ? » -* Mais qui nous prouve que les Jidfs eussent oon* naissance des miracles accomplis en Galilée? N'était-il pas naturel qu'ils songeassent d*abord à ce qui était Décemment atnté à Jérusalem et y avait fait tant de bruit? — Supposons d'ailleurs que le présent récit soit inventé. 11 faudra supposer aussi que le narrateur voulait relever autant que possible ce qu'il y avait de merveilleux dans une résurrection. C'est une preuve qu'il connaissait déjà d'autres récits de ce genre ; mais il trouvait que l'élément surnaturel ne ressortait pas assez; il voulait renchérir sur les traditions précédentes. Mais alors l'objection de Strauss subsisterait toujours, et l'on pourrait demander pourquoi ces résurrections ne sont-elles pas invoquées ici au lieu de la guérison de l'aveugle?

> Ce nouveau détail correspond encore parfaitement au caractère de6 deux sœurs. C'est toujours Martlie qui parle^ tandis que Marie observe tout en silence.

* Ces paroles ne prouvent point que la décomposition eût déjà commencé.

330 aBsuRREcnoN hz lazari.

« car il est là depuis quatre jours. » « Ne t'ai-je pas dit, « lui répond Jésus, que si tu crois lu verras la gloire de « Dieu se manifester par ud acte de la grâce tout^puissaute ' ? D Alors il jette un regard dans le sépulcre, et, certain du miracle qui va s'accomplir, il en exprime d'avance sa reconnaissance à son Père céleste, a Père, je te rends a grâces de ce que tu m'as exaucé. Pour moi, je savais bien « que tu m'exauces toujours, mais j'ai dit cela à cause de « la foule qui m'environne, afin qu'ils croient que c'est « toi qui m'as envoyé. » Si Jésus rend grâces à Dieu, ce n'est pas qu'il ait acquis seulement alors la certitude que Lazare ressusciterait. Prier et remercier ne constituent pas chez lui deux actes distincts. Sa vie tout entière est à la fois une prière et une action de grâces conti* nuelles. Par suite de la communion parfaite et permanente qui existe enti*e lui et le Père, il reçoit toujours la puissance nécessaire pour accomplir l'œuvre qui lui a été confiée. Mais ce sentiment, qui est en lui toujours le même, il l'exprime à cause de la foule qui l'environne, afin qu'on sache que toute la puissance qu'il possède il la rapporte à Dieu, qui la lui a donnée, et qui l'a envoyé

i Ces paroles semblent faire allasion au v. 4. Gomp. imkp t^ ^«k ToC 6coC et 5«f>gt T^y oil'xv roC OioO. 11 est vrai que le v. 4 ne parle point de la foi et n*en fait point une condition du miracle; mais cette condition est toujours sous-entendue quand elle n*cst pas explicitement réclamée. — On bien ces mots ojx cTirov 7oi, se rapportent-ils peut-être à ce que Jésus dit à Martbe dans le v. 25. « Ne t'ai-je pas dit, il n'y a qu'un instant, que si tu croi:», tu verras la gloire de Dieu. » Jésus n'avait point dit expressément que Marthe verrait la gloire de Dieu , mais ses paroles renfermaient une promesse, et l'objet de cette promesse ne pouvait pas être autre chose que la manifestation de la gloire de Dieu.

âtfsUlIllGTUHf IHI LA2A1I. 3S1

dans le monde. Oo a quelquefois youIq distinguer ce miracle des autres en le considérant comme un don de Diea accordé à la prière de Jésos, tandis que les autres sont reCfet d^une puissance résidant dans le Rédempteur lui-même. Mais cette distinction n'est pas légitime. La vie tout entière de Jésus, disons-nous, est, dans un sens, une prière et ses actes un exaucement, et le Seigneur aurait pu, à propos des autres miracles, s'exprimer de la même manière qu'ici. — D'un autre côté, ce n'est qu'à sa Yoix que le miracle s'opère, mais il sait que la puissance qui doit ressusciter Lazare repose en lui, et c'est pourquoi il rend grftces à l'ayance pour l'œuvre que Dieu lui donne d'accomplir \

* Gomme les trois premiers évangiles gardeat le silence sar la résnrrection de Lazare, on a prétendu que le miracle n*était pas réel. Cette (éjection aurait plus de valeur si elle ne s'appliquait à plusieurs autres faits et si le caractère spécial de Tévangile de Jean ne sulfisait pas pour nous rendre compte de la difliculté. Vouloir chercher une raison particoliôre pour expliquer le silence des évattgélistes dans le cas présent, c*est s'égarer dans le champ des hypothèses Les synoptiques ne se sont proposé de recueillir que les actes de Jésus en dehors de la Judée, en y igoutant seulement le récit de la passion. — Que si Ton prétend que les miracJes racontés par Jean , comme la guérison du paralytique de Béthesda, celle de Faveugle-né, la résurrection de Lasare, se distinguent par un caractère plus surnaturel qui révèle Tintention du narrateur, nous raccorderons sans beaucoup de peine. Il est possible que Jean, écrivant dans un but apologétique, ait choisi parmi les faits miraculeux ceux dans lesquels Télément surnaturel prédominait et qui étaient par conséquent les plus propres à faire briller la gloire de Jésus-Christ. Mais cela ne prouve nullement que ces faits soient inventés. D'ailleurs, Jean passe sous silence un des miracles les plus éclatants, la guérison des dix lépreux, et celui du repas miraculeux se trouve également chei lui et dans les synoptiques. Jean ne se propose de raconter que ce qui s'est passé en Judée, et de plus il s'attache spécialement aux enseignements de Jésus; dès lors son choix n'est pas déterminé seulement par la prédominance de l'élément surnaturel dans les miracles, mais par le rapport

3tt MOOVBLUS fMOlHNAnOM

Lia résurrectiop d^ Lazare occiipQ uod pteca ûnfMMiaate parmi le$4;ircoi^taii<m (fini préparèrenlla oataatrof^par laquelle deira^t 9e terminet la yk du Seigneur. D'aboid pa^ qu'uQ gr^qd opiBbrede persouue»^ témoias de ee mirade, çrweaieaJésu» et le reconnurent pour leMessb, et eii^uite parce q^e le9 pharisieins, Toytnt qudb rapides pi*(;)gr^laoomYçlle doctrinefaisait malgré leurs efftMrta, se décidèrent onfio. 4 fmndre des mesures irioleotes. -^ L^exoomgiiiUiicati^u à laquelle on axaît recounid'abopd (voy. pag§ 240.) était un moyen tout à fait înetficaœ ppujr a^r^ter l^élm dea e^ite, et il était à eraiadre que J^sqs pe (ût bientôt proolamé par tout le peuple comme le Messie promis \ En ce danger pressaat le Saaliédnn s'assemble. Ceux qui, d'ordinaire, ne se faisaient aucun ràropule de sacrifier Tutilîté générale à leurs passions personnelles, invoquent maintenant les motife dSntérét public. « Si on laisse les choses aller d'elles-mêmes, c disent-ils, bientôt tous croiront en lui ; le peuple le « proclaoMera roi, et les Romains viendront et achèfe- « ront de ruiner notre ville et notre nation ; » à quoi le grand-prètre Caipfae ajoute « qu'il vaut mieux voir €c périr un homme que le peuple tout entier. » On m s'occupa donc pas de rechercher quel était, d'après la

des ûâU vmc tes ensilgiiemeats, oa bien par ht place qu'occupent œe fjftiW dant Thigtoire spéciale qa"û ^^ent écrire. — Tout ceci s^appUqua an récit de la réeurrection de Laiare. Ce miracle eet important pour rendre compte de Tenthouaiaame de la foule lorsque Jésoe entre à Jérusaleny et des résolutions extrêmes du Sanhédrin.

* ^y. Pifcge iS*.

DU SA1<IIfJDRm CONTffE JÈSVS. 3^3

loi, le crime de Jésus. Quelques membres plus modéréSi et plus équitables ne purent rien cette fois contre une majorité furieuse, et la mort de Jésus ftrt résolue souple vain prétexte du repos et de la sûreté publique. — On se réserva de décider plus tard, d'après les circonstances, comment la résolution devrait être exécutée; mais on donna Tordre que si Jésus venait à la fête, on se saisit immédiatement de lui.

Pour échapper aux embûches de ses ennemis, et pour profiter du peu de temps qui lui restait encore à paaser sur la terre, Jésus se retira avec ses disciples dans la petite ville d'Ephraïm, située dans le désert de Judée, à plusieurs milles an nord de Jérusalem \ Car il savait que la mort l'attendait dans la capitale et qu'il soccora* berait aux machinations des pharisiens. Mais alors cette question se présente : Pourquoi ne re$ta-t-il pas plus long-* temps caché? H auraitpu, par ses instructions, développer l'intelligence encore bien bornée de ses disciples, et former d'autres organes pour propager sa doctrine dans le monde. Si Jésus était un docteur à la manière des hom-» mes, on pourrait parler ainsi. On pourrait dire qu'il lui importait d'autant plus d'éclairer l'esprit ées apôtrss-, que tout le succès futur de son oeuvre dépendait de la manière dont on aurait compris ses enseignemeiits« Mais la doctrine de Jésus n'était point composée d'idées abstraites^ elle reposait tout entière sur un fait, à savoir

1 Vingt milles romains, d*tiprè«Jérûine.

324 NoinmtLLKs machinations

qu'en Christ était apparu œ que les réyélations de Dieu, dans l'ancienne alliance ^ annonçaient au peuple juif, l'accomplisfieraent de toutes les promesses , le véritable royaume de Dieu. Jésus devait maintenant rendre ouvertement témoignage de ce fait en présence de ses ennemiSy comme il en avait jusqu'alors rendu témoignage piu* ses œuvres. Ses miracles, et en particulier celui qu'il venait d'accomplir, avaient excité au plus haut degré l'attention du peuple. Plusieurs Juifs^ déjà arrivés à Jérusalem \ se demandaient avec une vive curiosité s'il oserait venir à la fôte et braver la haine du Sanhédrin. S'il se fût tenu plus longtemps à l'écart, il aurait laissé passer le moment favorable; il aurait paru craindre ses ennemis et manquer de confiance dans la divinité de sa voiMition. C'était à présent que la haine des pharisiens était à son comble qu'il fallait, malgré leurs menaces, malgré Les dangers, leur dire la vérité en face et s'annoncer ouvertement comme le Messie. Jésus ne cherchait pas la mort ; mais, tout entier à son ministère, il s'abandonnait avec une parfaite soumission aux dispensations de la volonté divine. Le cœur brûlant d'amour pour Dieu et pour l'humanité, il était d'avance préparé à tous les sacrifices*. D'ailleurs, il avait acquis la certitude que sa mort était précisément nécessaire pour atteindre le

< Jean XI, M.

< Quel que soit le point de vue dogmatique sons lequel on euTisage la passion, il faut, dans tous leg cas, considérer le saciiâoe Tolon taire de Jésus-Christ comme un acte moral qui entre comme élément essentiel dans Taccomplissement de sa Tocatkm diyine.

DU sahhédrin contrb hlsus. 3S5

but auquel il avait consacré sa vie. Quant au développement de ses disciples, assurément il aurait dû concevoir à ce rajet des inquiétudes bien vives , s'il n'avait pu compter que sur les moyens ordinaires pour continuer son influence. Mais sa présence devait être suppléée par l'action de l'Espritp-Saint : ce divin agent continuerait son œuvre et conduirait peu à peu les siens à la plénitude de la foi et de la vie. — Loin d'être inquiet pour ses apôtres, Jésus sait que son absence leur sera salutaire; c'est alors qu'ils atteindront leur majorité spirituelle et que conunencera par eux un développement indépendant.

SECTION XVI

DBENIBR VOYAGE DE JfiSUS A JfiEUSAUUi.

En partant d'Epbraïm, Jésus ne se rendit pas immédiatement à la fête; il se dirigea vers Jéricho^ petite ville éloignée de Jérusalem d'environ six heures ' , pour y joindre la caravane qui arrivait de la Galilée *. 11 pouvait avoir plusieurs motifs pour agir ainsi; d'abord celui

1 D*aprè6 Joeèphe, 150 stades.

• Comp. Ifatth. XX, S9 ; If arc X, 46 ; Lac XVIII, IS. ^ Il est possible qoe Jésas voulait profiter du temps qui lui restait pour enseigner en Judée, et que, de lieu en lieu il aniva ainsi Jnsqa*à Jéricho. Gomme les trois premiers évangiles ne font pas mention de ta résurrection de Lasare, on comprend qu'ils ne parlent pas non plus de la retraite de Jésus à Ephralm, car ces deux faits se rattachent étroitement Tun à Tautre. En s'en tenant SQUdusivement au récit des synoptiques, on devrait croire que Jésus passa par Jéricho en se rendani directement de Galilée k Jémialem.

DKRNIEn VOYAGE A jéaUSAUM.

de pourvoir à sa sûreté; il ne voulait pas arriver seul à Jérusalem , afin de ne pas tomber dès son arrivée en la puissance du Sanhédrin ; — le désir de se trouver encore une fois ayec les persoones auxquelles U avait anaoncé r Evangile en Galilée; — enfin le j>rojet d'entrer soleonelkment à Jérusalem comme le Messie, au milieu des aoelaraatioBS de la foule. — Mais, de peur que les apôtres ne se laissassent séduire par ce premier et court trioHiphe et ne s'abandonnassent à de fausses espérances , il crut d'^autant plus nécessaire de leur déclarer de nouveau qu'ils ne devaient pas atiendre un royaume vistUcy et que c'était dans les souffrances que la gloire du Messie devait se manifester \

Comme donc il entrait à Jéridio accompagné par la foule, un aveugle, nommé Bartimée, se trouvait assis sur la route, non loin de la porté de la ville *. Etonné du

^ Le départ d*EphraIm se rattache assez convenablement tu passage Luc XVIII, 31. — Autrement, pourquoi serait-ce justement à oe moment que Jésus prend ses disciples à part pour leur annoncer ses souffrances? C'est 1^ d/épart d'Ephralm qui lui en fournit Toccaeion.

s Matt^. XI, 80; I^uc XVIII, 85; Marc X, 46. D*après Luc, c*est à l'entrée de la ville, diaprés Matthieu et Marc, c^est à la sortie que Jésus rencontre Tawugle. — En oiitre, Matthieu dit qu'il y avait deux aveugles, tandis que les autres évangélistes ne parlent que d'un seul. — U est facile d'expliquer Torigine de la première différence. Ce qui intéressait les chrétiens, ce dont ils gardèrent fldèlemeiit le souvenir, c'était qu*un aveugle afait été guéri à la porte de Jériobo. Quant À savoir si ie miracle avait été accompli à l'entrée ou à la sortie de la ville, comme on n'7 attachait auoune importance , la tradition devint bientôt incertaine sur ce point. U s'agit maintenant de savoir laquelle des deux opinions est la plus vraisemblable. Or, tout porte à croire que le récit de Marc a pour base celui d'un témoin oculaire. 11 est plus oiraonstancié , plus animé, plus intuitif qm ceux des autres; il nous donne par exemple le nom ào l'avAigie. li faudrait 49nc adooeUre que le (ait s'est passé

6UBRIS0N OB l'aveuglb BàRTIMBB. 3t7

bruit tumultueux qui se lait autour de lui, cet homme en demande la cause , et apprenant quô c'est Jéaus le Messie qui passe, il crie à lui pour être guéri. Plusieurs des assistants, offusqués de ses cris importuns, voulurent a plusieurs reprises lui imposer silence , mais lia > au lieu de se taire^ criait encore plw fort. — Jésus Tayaut entendu^ s'arrête et ordonne qu'on le luse a[qMrooher. Pour oeux qui connaissiiîent le Seigneur, ce commau*dément était un présa|;e certain de la guérison* On se bâta d'annonoer à rayeugle cotte bonne nonyeUe ; et aussitôt Bartifiiée, jetant de cMé son manteau afin de courir plus raj^idemmt, arrive auprès de Jésvs, dt>tient la guériaon ^'il dertiandati et ae jointv le aifur fkm de reconnaissanoe , à la fdule qm odàbre ke louanges du

Ce nouveau Marads n^avait fait qu'augmenter T^itboU^snaa* La caravane s'avançait vers Jérusalem , publiant partout lès choses merveilleuses qu'elle avait

à la sortie de Jéricho. D*un antre côté, dans le récit de Luc, les diverses drcon^tances sont étroitement enchaînées l^lne à Vautre de matfiôre à fionoQer un tout iodivinhle* et cet eacfaalBeiBent a tons les oMictèvssde la vérité. Nous croyons donc, malgré les raisons exposées plus haut, devoir saivrs sur te point l6 réoit de Lâ«4 Céanne TaveUgle traverse la ville avec la foule , à la suite de Jésus , on comprend sans peine que Marc ait commis une légère confusion. — Quant au nombre des aveugles, il est plus difficile d'établir la vérité. 11 se pourrait qu'au lieu d'un aveugle la tradition en eût mis deux; nous avons d'autres exemples d'une pareille exagération. Mais comme il n'était certainement pas rare de trouver des mendiants aveugles assis aux portes des villes, il se pourrait aussi que Jésus en eût guéri deux, l'un à l'entrée, l'autre à la sortie, tt que la ressemblance des deux miracles- les eût fait confondre en un seul. Cette hypothèse rendrait très bien compte defe différences des évangéliuas rel^&ivmsAt «n théâtre à» l'évéaanMrt.

328 JÉSUS CHfeZ ZACHÉB.

Yues et entendues '. En ce moment on passait près la maison d'un riche péager nommé Zachée. Cet homme, qui était de petite taille et qui désirait Titement Toir Jésus dont les autres péagers lui ayaient sans doute parlé, monta sur un arbre qui dominait le chemin. Jésus le connaissaitp-il déjà, ou bien s'informa-t-il de lui quand il Faperçut ' ? nous l'ignorons. Quoi qu'il en soit , il le connaît, il l'appelle par son nom ; selon sa coutume il prévient avec amour les désirs du coBur qui le cherche : « Zachée, dit-il, hâte-toi de descendre, car je dois l<^er « aujourd'hui dans ta maison. » Ce témoignage d'affection produisit sur l'esprit de Zachée une impression plus profonde que tout autre chose n'aurait pu faire. Son cœur fut gagné aussitôt. Plein d'une joie enthousiaste, il déclara que, pour prouver la sincérité de sa repenlance et de sa ccmversion , il voulait distribuer aux pauvres la moitié de ses biens, et rendre plusieurs fois au delà ce qu'il aurait acquis injustement. — Et comme plusieurs s'étonnent de voir le Messie s'arrêter dans la demeure d'un homme qui était sans doute , comme tous les péagers, en mauvaise réputation auprès des Juifs : « Au- « jourd'hui ' , dit Jésus , le salut est entré dans cette

1 Luc XIX, 1. A partir de ce moment la foule ne fut plus avec Jésus. P« ut-^tre se rendit-elle le jour même \ Jérusalem, car Jéricho n*était qu*à une petite distance, et nous ne savons ni à quelle heure ni quel jour se passent les événements dont il est parlé.

* L*évangéliste ne nous dit pas en effet que ce fut par une voie surnaturelle que Jésus avait appris le nom de Zachée.

> Au^ourtVhuiy parce que dans ce moment le péager reçoit avec un

LA DBMAIIDB DB» FILS DB zéséofa. dfHd

c maison , car celui-ci est aussi enfant d^ Abraham ; car c le Fils de Thomme est venu chercher et sauver ce qui « était perdu \ » Le Seigneur agit dans ce cas particulier en vertu du principe général qui dirige sa vie tout entière ; il est venu pour rétablir Timage de Dieu dans la nature humaine.

L^accueil fait à Jésus par les Galiléens qui se rendaient à la fête avait de nouveau réveillé les fausses espérances mesâaniques des disciples, etPenthousiasme avec lequd il avait été reçu en entrant à Jéricho n'avait fait que les confirmer dans cette illusion. — Tout ce que leur Mattre leur avait dit, relativement à ses souffrances, était trop obscur, trop étrange pour avoir pu laisser des traces profondes dans leur esprit. Les idées charnelles avaient maintenant repris tout à fait le dessus. Telles étaient aussi les idées de Salomé , femme de Zébédée, mère de Jacques et de Jean. Gomme ses fils vivaient avec leur Maître dans une intimité plus étroite que les autres disciples, etque Jean, en particulier, avait le privilège d'être assis ordinairement à sa droite ; elle s'approcha de Jésus *

oœar rempli de repentance, de reconnaissance et d'amoar celui qni vient lai apporter le salut.

* Scbleiermacher rapporte cette droonstanœ au jour saivant. D*après lui, c*e8t au moment où Jésus prenait congé de Zachée, lorsque tout le monde sut qu*il avait passé la nuit chez le péager et que les Juifs se mirent à murmurer, que lurent prononcées les paroles des v. 9 et 10. (Voy. ScHLBiEiMACHBB, CEuvres^ t. n, p. 174.) Mais cette opinion ne nous parait pas suifisamoaent justifiée. Il semble bien au contraire que c^est k Tinstaiit où Jésus entra ches Zachée que les choses se passèrent. Le ff^/uicfov du v. 9 nous parait correspondre au v^fifitpov du v. 3. Schleiermâcher accorde trop dHmportance au mot «xov^^rwv du v. 11.

* liatth. U, SO ; Blarc X, 85. Diaprés Matthieu, ce sont les deux frè-

330 LA DBMANDB DBS FILS DB ZEBBD^B.

pour lui demauder que, dans ce royaume qu'elle croyait voir bientôt arriver, il les fit asseoir tous deux aui premières places , Tun à sa droite et Tautre à sa gaucbe. Jésus ne s'attache point à combattre longuement m même directement les fausses idées de ses disciples ; il veut d'abord détruire la disposition qui est U racine de toutes ces erreurs. C'est là son unique but, et voilà pourquoi, dans sa réponse, il leur rappelé aeulemeot qu'ils ne doivent s'attende^» dans sa société, ni aux tùeAs ni aux honneurs, mais seulement à des soufirances : « Vous ne <k savez ce que vous demandez, dit-il; vous ne oom- « prentz pas quel est le sort réservé à ceux f ui viennent « après moi. Pouvez-vous boire la coupe que je dois « boire ? b Et comme ils répondent affirmativement, sans doute £»ute d'avoir compris le sens de la question : « Eh bien, ajoute Jésus, buvez donc ma coupe ; entrez « dans le royauq;^ de Dieu par le chemin que je vous « trace, par la communion de souffrances avec moi. — a Mais pour ce qui regarde le rang que chacun doit a occuper dans ce royaume, il ne m'u|]ipartieiit pas de « le décider, mais chacun prendra la place qui lui aura « été assignée par mon Père. » C'est-à-dire que lés places ne sont pas accordées erbitraifvmeDt, mais cofiformément aux lois immuables de la sagesse et de la justice divines. Et comme les autres disciples sont indignés de

res qui font eux-mêmes cette demande ; mais il est plus probable qu^ils ne l'osèrent pas et qu'ils en chargèrent leur mère. Cette légère inexactitude de Matthieu s'explique facilement

ÏMS DIX SBtVITBL'RS BT LB5 DIX HINXS. 33i

voir Jacques et Jean afficher de telles prétentioDs et Yculoir s'élever au-dessus d'eux , Jésw» les appelle tous ensemble auprès de lui et leur montre combien toute jalousie de rang est cootraice aux relations qui doivent régner entre eux et aux dispositions qui doivent les animer. Les questions de prééminence et de subordination af^artienoeat à la sphère de la vie civile , mais elles sont oompléfement étraugères aux lois qui régissent le royaume de Dieu. Les disciples me doivent lutter entre eux que d'amour, d'abnégatbn et d'empressement a se .mettre au service les uns des autres , à l'iexemple de leur Hattre qui n^est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner ta vie en rançon pour f^sie«irs« Le plus grand «d ces choses, c'est <sel|ii-là qui est véritablemieat grand \

A ceite époque, dans laquelle Jésus dMnehait à lûre entrer dans Fesprit de ses diseiples des idées plus justes sur le d^eloppement de son œuvre et sur le caractère spirituel de son royaume, se rattachent plusieurs paraboles qui contiennent à peiifMrès les niâmes pensées.

En prenièr lieu se présente la parabole racontée dnns Ldie XIK, 1 1 . Saint Luc a soin de nous dire à quelle

^ Le réoii de ce foit ne te trouve pas dans Lue. Gepiinâaiii an chiq). ZXU V. 24, il est question d'une coulestati'on entre les apôtres, pour savoir quei est le pfus grand, et d'une réponse de J^os semblable à oelle rapportée ioi par Matthieu. — Ce récit de Luc n'est évidemment pas h, sa place. Ce n'est pas après Pinstitution de la Cène qu'une contestation de cette natore se aérait élewôe entre les apôtres. Mais comme Jésus» en Lavant les pieds dç ses disciples, leur donné une leçon analogue, Tévangélislp a OQnfbAdu lés dales (|es de«x événements.

332 LB8 mX BKRTITBIIRS BT LES DIX MINSS.

occasion Jésus la prononça. C'est, diUîl, parce qu'on approchait de Jérusalem et que les disciples se figuraient que le royaume de Dieu allait bientôt apparaître. Il y a trois choses auxquelles Jésus veut les rendre attentifs : 1^)11 sera repoussé par les habitants de Jérusalem et abandonnera les siens. 2"") Sa défaite ne sera qu'apparente et momentanée; il reriendra pour triompher de tous ses ennemis et pour établir yictorieusement son royaume. 3**) Mais il ne faut pas que les dîsci[Jes restent inactife pendant cet intenralley comme si le royaume de Dieu devait s'établir sans leur concours et d'une manière magique; il faut qu'ils travaillent eux-mêmes avec zèle à l'étendre dans le monde. La place qu'ils doivent occuper dans ce royaume futur dépend de la fidélité avec laquelle ils emploieront les facultés qui leur ont été confiées. Ces facultés sont représentées sous l'image d'un capital qui doit être mis à l'intérêt. Dix serviteurs reçoivent chacun une somme égale, une mine. Quand le maître revient il récompense les dépositaires selon le pïus ou moins de bénéfice que la somme a rapporté entre leurs mains. Mais il renvoie tout à fait celui qui a serré avec soin son argent afin de ne rien perdre, mais qui n'a rien gagné non plus. Le caractère du serviteur paresseux se montre dans la manière dont il cherche à justifier sa conduite, il allègue la frayeur que lui inspirait la stricte sévérité de son maître. Cet homme nous représente ceux qu'une crainte mal entendue réduit à l'inaction; qui, tremblant à la pensée du compte qu'ils

LIS mx SBRVlTStlRS tT US DIX iiiia». %3

ont à rendre, aii lien de travailla a^ec zète, fuient le commerce du monde, de peur d'en être souillés. Ils re** cherchent la solitude «fin de ne pas p^re la vie supé» rieure qui leur a été donnée. — En présence de la lutte qu'ils allaient avoir à soutenir contre le monde, une telle pensée auraii bien pu facilement se prédenter à l'esprit des apdtres. C'est pourquoi Jésus cherche à les prémunir contre ce danger. 11 leur déclare que le dépôt est enlevé à celui qui ne lui a rien fait produire et donné à c^i qui a su le mieux employer le sien; puis il termine par cette parole que nous avons déjà examinée ailleurs ^ et qui donne la def de tout son enseignement : «A celui « qui possède véritablement, parce qu'il a fait produire « ce qui lui avait été confié, à celui-là il sera donné da- « vantage, et d'autant plus qu'il avait gagné plus aupa- « ravant; mais à celui qui n'a pas, qui a négligé d'auga menter par son travail le bien qu'il avait reçu, on lui « ôtera ce bien qu'il ne possède qu'en apparence. »

En même temps cette parabole fait assez clairement allusion aux grands éi/énements dont la pensée de Jésus était déjà remplie , à son départ de la terre , à son ascension , à son retour pour juger le monde et pour établir son règne. Nous y voyons un homme puissant qui s'en va dans un pays lointain , auprès du souverain , pour y recevoir le commandement de la province qu'il habite, et qui revient ensuite revêtu de l'autorité

i Yoy. vol. 1, p* 14$ et vol. Il, p. 67.

334 LIS MX ttRVlTSUIlS BT U» HX «IM».

suprême. Cet homme ùoob repréwnte Jésus- Christ lui-même. Jésns n'est ppîut recooDu d'abord par les hommes sur lesquels il vient régner; il quitte le monde en y laissant seulement un petit nombre do servitwrs fidèles ; il s'en va dans le ciel d'où il dmt un jour re4es* cendre avec les insignes de la royauté tbéocratiqoe ei pour exercer victorieuseuient l'autorité que ses enne^ Bfiis lui avaient contestée.

Vient ensuite la parabole de la vigne et des ouvriers (Matth. XX y 1 ) ; mais pour bien la comprendre, il faut ta considérer en elle-même, indépendamment du coftteitOy et en séparer les paroles du commencement et celles qui servent de conclusion ' . L'idée saiUaale c'est

* Ces mots : « Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers « les deimiers, » ne peu? eot pas étr« le pundwn saliens de cette parabo* le, car les derniers ne sont point mis au'desstis des premiers, seulement ceux-ci, contre leur attente, n'obtiennent pas plus que les autres.— Que S*il8 sont les damiers payés, c'est un trait tout à ftùt secoailaire, sau« rapport avec le but de la parabole. Il fallait que les premiers eussent tu payer les aoires pour avoir occasion de se plaindra, mois ce s^est pas de Tenir après les autres qu'ils se plaignent. Les mots dont nous parlons sont aussi rapportés par Luc, mais avec une application toute différente (Luc XIII, 30). Les derniers représentent ici ceux qui sont tout à (kit exclus du royaume de Dieu. Le sens est que beaucoup d'entre les païens auront part au royauoM, tandis que plusieurs membres du peuple tbéo» cratique, plusieurs de ceux qui sont naturellement appelés seront exclus. Quant aux paroles qui suivent (Matth. XXII, 16) : « Il y a beaucoup « d'ap|>eléai mais peu d'éUis » elles signifient, d'après Mattb. XXII, 14 : « Il y en a plusieurs qui appartiennent par le nom et par la profession « à la forme extérieure du royaume de Diea, mais ifui, par leurs difpo- « sitions, sont en dehors du royaume de Dieu véritable. » Cette pensée n*est pas moins étrangère que Tautre à la parabole. Il n'est nullement foesUon ici d'iove o^posil^n outre lâs jélus et laarejtttés, ni entre U petit nombre des uns et le grand nombre des autres. Nous deTons donc admettre que la présente parabole, fidèlement conserrée d*ailleDrs, a été associée à des paroles qui ne s y rappoitent point. Je suis d'accord lô-dessus avec Strauss et De Wette, et cette opiirion a depuis lenstemps acquis

LBS OUVBIBRS DB DIFFERENTES HEURES. 335

que tous ceux qui répondent à la vocation que Dieu leur adresse et qui , après leur conversion , travaillent avec zèle et âdétilé , quel que soit le temps durant lequel ils auront pu travailler, seront également participants de la félicité du royaume de Dieu. 11 ne s^agit pas de ce que les hommes étaient avant leur conversion , mais de ce qu*îls sont devenus depuis. Tous ceux qui sont arrivés à la foi sont égaux sous ce rapport; ils ont ce bien commun entre eux ; ils ont tous le même principe de vie duquel procède la nouvelle création morale , et , quelque éloignés qu'ils soient encore du but y ils sont sur la voie qui aboutit à la perfection. Nul n'est autorisé à s'élever au-dessus des autres, car rien n'appartient à l'homme ; tout est don de la libre grâce de Dieu. Les peuples comme les individus ne sont que les dépositaires de celte grâce, et les difiérences ne consistent que dans les divers degrés de

poar moi tous les caractères cle U eertitade. Os ve, peat prétendre justifier le contexte qu'en ayant recours à des artifices qu'une saine critique repousse. Telle est, par exemple, rexplication de Wilke dans son Svangiie primitifs p. 372. La place même que Matthieu assigne à cette parabole suffit pour en faire comprendre le sens. Matthieu vient de représenter Pierre demandant à Jésus : « Ifaltre, quel avantage auroat^noua, nous qui « avons tout quitté pour te suivre?» La parabole répond à cette demande hitéresaée en montrant que le fidèle doit être satisfait de ce quMI reçoit et ne pas prétendre régler la libéralité de Dieu envers les autres.— Les mots : « Plusieurs des derniers seront les premiers, etc., » sont aussi une réponse à la aième question» L*apparc'noe du saorifloe ne correspond pas toujours à la réalité, et tel qui parait donner beaucoup pourrait bien se trouver placé après tel autre qui aura paru donner moins. — Peut-être est-ce là la raison pour laquelle Matthieu met ensemble ces divers fragments. Peut-être aussi Jésus a-t-il répété plusieurs fois, et en particulier quand il répond à Pierre, les paroles du v. 16.— Mais, dans tous les cas, ces paroles ne peuvent pas se rattacher à la parabole.

336 LUS otiVRtfins de DiFhhmTcs hiums.

déyeloppement du même principe. Combien cette para<* bole est importante I Elle est la base de la doctrine du salut gratuit telle que saint Paul Ta déreloppée. Unie à celle que nous avons trouvée précédemment dansLuc, elle complète renseignement de Jésa8«Christ. D^un c6téy ^alité parfaite de tous les chrétiens parce que tout ce quUls possèdent est un don de la grftce; d^un autre côté, différence dans les degrés de développement selon le plus ou moins d'activité avec lequel chacun met à profit ce qu'il a reçu. D'où résulte le devoir de Thumilité, puisque tout vient de Dieu et que nul n'est audessus d'un autre par son mérite personnel; et le devoir de l'activité, puisque de là dépendent les résultats que doit produire la grftce de Dieu en nous.

Voici un autre fragment dont la date est peut-être antérieure , mais qui , par son contenu , peut - être placé convenablement ici^ « Quel est celui d'entre « vous, dit Jésus à ses disciples, qui, ayant un serviteur « qui laboure ou qui patt les troupeaux , lui dise lors- « que celui-ci revient des champs. Viens tout de suite « te mettre à table? Ne lui dira-t-il pas plutôt : Pré- « pare-moi mon repas , ceins-toi et me sers jusqu'à ce u que j'aie mangé et bu , et ensuite tu mangeras et tu « boiras à ton tour ? Sera-t-il reconnaissant envers ce « serviteur , parce qu'il aura fait ce qui lui avait été

> Yoy. Luc XVU, 7. Ce chapitre XVII contient étidemment plnsieura fragments isolés appartenant à des époques différentes. Voyes plus haut pour les T. 5 et 6*

« GOBioiandé? Je ae,le pense paiu Voua (kmc de inèta^ a qttaad vow aures. exAci&mmi accempli .^Mklcert&dit^ «^^ dites : Nous sommes des sarTÎtoojrs inutiles; how a n'ayons fait que ce que nous étions Mi^/és de faire. » Il y a dans ces paroles un double eftseignemenf • Lés disciples ne peuvent pas s'attradre à recevoir imttiédiar tement la récompense de leurs effort» pow obéir à la volonté de Dieu. Il faut d'abord que leur Maître soit lui-même entré dans sa gloire; en attendant ils doi** vent continuer à travailler pour lui sur la terre jusqu'à ce que le moment soit venu pour eux de se reposer et de se restaurer à leur tour. — En second lieu , le serviteur qui ne iaii que ce qu'on lui a expressément commandé n'a pas de récompense à espérer ; il a ac^ compli son devoir et voilà tout. Celui-là seul qui va au delà, qui , plein d'amour pour son midtre, ne cherdbe qu'à lui plaire et travaille constamment , non dans un esprit d'obéissance servile , mais par pure affection , celui-là seul a droit de compter sur la reconnaissance du roaitre , parce qu'il a agi , non plus en serviteur ^ mais en ami. De même les apôtres, aussi longtemps qu'ils obéiront servilement à la volonté de Jésus Christ, s'efforçant d'accomplir rigoureusement ce qui leur a été commandé, doivent se considérer comme des serviteurs inutiles. Ils n'ont pas encore la disposition fondamentale, l'amour, qui peut seul identifier leur volonté avec celle de leur Maître et leur donner de tout faire pour sa gloire , non plus par contrainte , non plus par 11 22

fwle d^mi oMttmtndeiMQt «pédai , mtis par «n iiiou«» vtniMt kiXrwqr et penaa^ent Ca ne sort q/Ê» lors- ^4l8 wiimt amtii4t 6ê eette dispeaîtîon spiritiielle, ^'ils édumgsfMt laar ^Ère àe senriteura contre calai A^mnk at que tavte ^pnatiott da nipériràti di^Murattra datant eette égatité snpérienre M glerieuae* Alors ik m eroirent jaaMÎi atoir asaaa fiât poor lavr Maltie; aion» mais alors seslemeMly ik seront sur le térilable terraîn da la irie dlfétieane^

Après avoir ainsi préparé Tesprit de ses «Ksdpies ant éréMBiâita qni s'approchaient , Jésns partit avec eux de iériche le Tendradi, et vint à BéAanie ponr y passer le sabbat dans h maison de Lazare. L'heure do repas étant amyée, il s'assit à table avec la faasille. Dans ostia cir«* coostaoce, les deux sœnrs de Larare montrèrent de nonvean k diflérence de knrs camctères, par k mani^ àHh fivenk dont elles cfaershèrent à témoigner kmr reoonnais*saMS à calmai avait ressuscité knr MteV Tandk qne

* Cette explication s*aooorde poôr le fond ayec celle de mon exeelleni ami InHos MORer (Voir son liyne sar ùs péchi, 1. 1, p. 18.) Seulement Je croia ({oeVegt aux apât^ti que lôsna a'aéiease, el non pas aux phari^ns.

s Ce^trtdt méfflonble n^est pas rapporté senlement par Jean, il se txowm aisasi dans Matthieu et dans Matc, avec quelques diUéreiicie (compares Jean XO, i; Matth. XlVI, S; Marc XlV, t.]-^ n n'en est pas question 4ana Lue, aeqoi s»Mt pat neusétonaeiv poiaqm Luc aapiiria pas du tout du s^our de Jésus à Béthaoie à cette époque. Que si ce quHl noDttie aBletrrs (Lctc VU » M, yffi, phis haut p« i#t) a pu induire es fst^ raar Isa éyangéHstes tt les porter à confondre les deux foita, cela na prouve pas que cette confusion soit légitime et que ceft deux fiûts éoient iéeatiquaB. D*afcès Mattiéea et Maro, le rcpwanraal leqml MHriaois^iA les pieds de Jésus avait Ueu non pas six Jours avant la Pàque» comme rànUfiûe Jean, mais senlemeiit deux Joarl avsnty M nsn pas dans la ttn^

cUMftMliit ffm «tm ^tMif, MetUtit ée eMé toittè ètitrel MinldéiNrtiéii^ eMrt chertlic^ te tfû'^Ût âtKtt At {^Mks j^ieuA^ itM K^re 4er ùÀrâ le plus pdf, et le népanti Mir kê pieds 4s lâms ^elke essaie mMIU Atëe Ses die*^ ¥ètft '. GMAÉtie léMé anilFIi^tttde de tep€l1N8é^pldtM

son de Lazare, mais dans celle d*iMi certain Simon, samoanné le lépceoz. Mais comme les premiers évangiles ne font pas mention de ta résurrectàoa et Lazaw el seœUaiii smgfm» (}«e Jésvs étl éUé iiœctenwiifl 4M Jéricho à Jérusalem, on comprend qu'ils n'aient pas pu mettre le récit à M tdritalilê pfâc^. Celte hisIMre \ettt avait été transmise léôlâHent sans indication de temps; ils savaient seulement qie le &H s'était passé à Béthanîe, q\i11 fôisâSl allusion aux souffrances prochaines' de Jésus et qu'il defvait; par eoBaâqua«K la raf^rter àr pa» yrèa è cette IfOfuej-»** Mais Tévangile de Jean le place dans son enchaînement naturel. Il nous explique à quelle occarion le repas eut lieu, dans quel but, dans quels sentiments Marie agissait, et comment cet acte correspond à son caractère. Maintenait, pourquoi Maittfaleu et Mà¥c pf&céttt-ils là snîène éhet ftmoiiT Esft-ce tme ¥émfn!sc6nce du fait rttp^né par Luc, et ce ^mon serait^fl le mèthé que Simon le pharisien (Ltic VII, 40) t Noul Fignoi^si mate oela i!ke (kit tien à Ta téHté du tédu

* tci encore le réch de Jean est plus naturel que celui des autres évangéfistes. L^nsage de feûre laver les pieds de ses hôtes existait partout en Orient. Maintenant, qu'au lieu de charger de ce soin des domestiques, Marie ait voulu s'en acquitter eDe-méme envers Jésus, qu'elle ait employé, au lieu d'eau, un pafrfhm précieux, on le comprend; tandis que si le parfum avidt été répandu, comme Matthieu et Marc le disent, sur te tété de Jésus, ce sertdt une action étrange que nous ne saunons comment AOuS expliquer. L'absence du nom de la femme dans les deux premiers élfAngiles parait à Strauss un puissant argument en faveur de sa critique négative, et en particulier contré Tautorité de l'évangile de Jean. On ne comprendrait pas, dit-il, que la tradition eût perdu le nom <r«M peisoÉme itussl remarquable que te' sodur de Lasàro; on comprend f!iBil«Éisii« m dMtralre, qu'en présence de la déclaration dé l^tns qui élèt0 8& Haut l^actmn de la femme, fauteur du quatridnde évangHè ait es Itti^HUme Amid inr nom à cette femme iticonnue. En* glanerai, romts- SiMyoQ l'aAdMMrd'un nom sont deux choser également possibles; mafs qÊfB Yvam soM f«us on moins vraisemblable que fanfi^ c>»t c« qa*oii M peut étaMir. Dq momeiil qtk'on laissait de côté l'histoire cfe Lattre^ M #j wnàt pkt» de rofsoflStfs fMre mention de Marie, dTautant moins tfifit y a éÊM Fkisloin étvmgéH^pjtf plusieurs autres flAMmes noa'motM

|49 fêàMm met u» nn>s m

que de rechercher lea hokniaages extérieurs rend«6 à sa persomie. Judas , qui ne poovait ni apprécier ni comprendre les sentiments qui avaient dicté la conduite de Marie ^ crut répondre aux intentions de son Mattre en désapprouvant hautement ce qu'il coasidàrait comme «ne pure prodigalité. « Au lieu de répandre inutilement « ce baume, ne valait-il pas mieux le vendre et donner a le produit aux pauvres *? » Mais comme Jésus regarde toujours à rintentioUy il discerne dans le cœur de Marie l'amour qui est le principe de la véritable sanctification* — Aussi, bien loin d'approuver un jugement mesquin, qui prétend appliquer une même mesure à toutes les ac*

remarquables qae la sœur de Laiare, et portant toates le nom de Marie. Lorsqu'un détail n'est pas nécessaire pour rintelligence du récit, les historiens sacrés le passent facilement sous silence. Nous en arons un exemple dans Luc X, 88-4S. Il n*y est point du tout question de Laïaie, et à la place du nom de Béthanie nous ne trouvons que cette désignation vague: rW nù/m (v. 88). Si Matthieu et Marc donnent cependant le nom du lieu, tandis quMls taisent celui de la personne, c'est qu'il y a, comme nous Tavons vu, dans les paroles de Jésus une allusion à la passion ; ils ne peuvent donc oublier que le fait se passe près de Jérusalem.— Pour ce qui regarde Jean, ce n'est pas la déclaration solennelle de Jésus (Matth. XXVI| 18] qui l'a conduit à donner un nom à la femme, car lui justement ne parle pas de cette déclaration. D*ailleurs, le reste du i^it correspond parfaitement à ce premier trait; tout y révèle un tém<Hn oculaire. Nous serions donc bien plus portés à croire à l'addition postérieure des paroles qu'à celle du nom.

^ Jean est encore le seul évangéliste qui nomme Judas. U* dessus Strauss prétend que si Judas avait en efifet prononcé ces paroles, la tra* dition n'aurait pas oublié un détail aussi important. C'est, ajoote-t-il, parce qu'on était disposé à croire de Judas toute espèce de mal, qu'on lui attribua oe qui avait été dit en cette droonstanoe. — Mais il n'y avait rien dans cet paroles qui révélât une disposition tellemeot mauvaisa. Aussi Jean ne peut-il supposer que Judas pariât sincèrement dans l'iB" térét des pauvres; il lui suppose un motif caché.— Cest précisément paroe que Tot^ection paraissait naturelle et qu'on n'y trouvait aaoon rapport

MARIB OINT LBS PIBDS DB ttsVS, 341

lions, il répond à Judas : « Laisse-la, elle a gardé cela a pour ma sépulture ; c'est un dernier témoignage d'a- « mour et de respect qu'on ne peut pas apprécier avec « la mesure ordinaire ; elle a pressenti que je ne serais « bientôt plus au milieu de vous, tandis que vous aurez m toujours des pauvres. »

spécial avec le caractère de Judas qQ*on ne songea bientôt pins à l*au* teor, et qu*on en vint même à mettre cette parole sur le compte de tous les apôtres (Voy. Matth. XXYI, 8) on de plusieurs d*entre eux (Marc XIV, 4). Mais dans tous les cas il faut bien qu'un seul ait porté la parole. — L*a-t-il fait au nom de tous? c'est ce qui nous parait inadmissible. De deux choses Tune,— ou bien les apôtres étaient alors remplis de Tattente du règne messianique : ils croyaient que Jésus allait bientôt se montrer dans sa gloire; dans ce cas Faction de Marie ne devait pas les étonner, encore moins les scandaliser.— Ou bit^n, ce qui est moins probable, ils songeaient aux souffrances et à la mort de leur Maître : mais alors ils ne pouvaient condamner un témoignage d'amour que le départ prochain de Jésus justifiait asses à leurs yeux. Judas était le seul dont le cœur fût étranger à Tun et à Tautre de ces sentiments.

SECCmDfi PARTIE.

Ilipéi rentrée IriiipMf i» MmkiêmâmfÊÊ^'à

SM ISCMSiU.

SECTION I

INTltl DB JtSUS ▲ JÉKII8ALBH.

(Jean Xtl, IS; MttOi. £U, i; Mare XI, ); I,oc XIX» 991.)

Le bruit des actions de Jésus^ et en particulier de la résurrecfioD de Lasarey s'était répandu à Jérusalem, ék avait TTYettieiit étnu ht muKitude des Juifs accourus de

1 Un wmftmtltotêfe thnmAoffiqaeqae now saitons. Noos supposons cTabord, et Vovk en Terra \à raison pins tard, que le 14 Ntsan, premier Jewr de Pâqaee, 4t«it9 oetteaoaéB-là, un tendredi. Or Jean (XII, 1) dfi que Jésus vfaii à BéttiMletto /etn^tf avant la Pftque. 0 s^agit maintenant i» aaveir ooBHmnS il fivt eeinpter eea si» Jom. Le 14 KIsan est-f! oomprist Alors, en revenanl de six Jours en arrière, nous trouvons qw Jàom lenit arrivé à Mtbanle te jour inômedi» sulitot, ce qtrf n*est pas vraisemblable» eanr e>at été transgresser la loi sitbbatiqQe, et lâms m se serait pas exposé san» des motlfr puiseann k paraftve mépriser 1» loi. Oo bien Jean compie-t^lt les deui jours qut sèment de flmite, le 14 Misa» et le sabbat, et veoMl désigner le êkeième fmf avant la PÊim, c'est-à-dire le pfemier Jour de la semaine (le Amanebe)? U ftu«« dfait alMs «taittwqoe laeaMvaoe des GaMIésiifl es» arrtvéb à JérMo 1* jûwdiB sabtaC ou du éêQ^ê^ qaVUe y a pdseé \» «Aëat, ee ddnt les ibsiMÉÉsft» itatr 99m to^NT la «adullé'> « ne

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