ENTRÉE TRIOMPHALE DE JESUS
toutes les contrées pour célébrer la îèle\ Dès que le sabbat fut passé*, un grand nombre accoururent aussitôt à Béthanie, pour "voir Jésus ei Lazare, et pour se convaincre par eux-mêmes de la réalité du miracle qu'on leur racontait (Jean XII, 9), et peut-être y arrivèrent-ils déjà le matin du premier jour de la semaine, avant que ^m» fût l9i«»iQ«i9 partie ou du moinB ^ant qu'il fût entré à Jérusalem *•
reste donc qu*à supposer que Jean compte six jours entiers depuis le 14 Nisan eoôduaivemefit, et qu*aiosi Jésus est arrivé à Béthanie le vendredi. Nous avons déjà trouvé un autre exemple de cette mani^ de compter (voy. p. 212). Ou bien, en adoptant Topinion de Jacobi, que le sabbat était déjà commencé quand Jésus arriva (on sait que le sabbat commençait le vendredi soir), on pourrait compter les jours à la manière ordinaire. ^
1 Un calcul fait sous l'empereur Néron constate la présence de deux cent soixanie-dix myriades de Juifs (deux millions cinq cent mille!) à Jérusalem, pendant la fête de Pâques. Voy. Josèphe, DebelL Jud, liv. VI, chap. IX, § 3.
* U n'était pas permis de faire plus de mille pas pendant le sabbat, et la diftlCDce entre Bétbanie et Jérusalem était de plus du double. En pareil cas, on avait Tbabiiude de faire les mille premiers pas durant le sabbat, avant le coucher du soleil, ce qui abrégeait d'autant la route.
* D'après les synoptiques, Jésus arrivait directement de Jéricho, quand il fit son entrée dans Jérusalem; d'après Jean, il venait seulement de Béthanie. Quoi qu'il en soit de cette difirérence,elle ne compromet nullement» pour le fond , la vérité du récit. Peut-être (c'est Topinion de Schleier» mâcher et d'autres théologiens) faut-il distinguer deux entrées à Jérusalem. Après être venu une première fois dans la viHe» Jésus sertH aussitôt reparti pour Béthanie pour revenir le lendeaiain ou plutôt le surlendemain matin. Le peuple, averti cette fois de son a^Nroche» se serait pressé autour de lui en beaucoup plus grand nombre que la première fois. Seulement il faudrait admettre alors que les deux événements ont été confondus et que les évangélistes^ en racontant la premièie entrée, y oit mêlé plusieurs traits qui se rapportent à la seconde. Cette hypothèse n'est pas dépourvue de vraisemblance. Les synoptiques nous dieent qu'Après son arrivée à Jérusalem Jésus partit le soir du Doêaie |e«r pouir s'en aller à Béthanie (iiatth. XXI, 17; BlafoXI, il). Dans tons les cas, ce témoignagtoogûrfae ce ^ne jaconte mal Jeu des irtatiotti éb a
Il »'agit maintenaiit de savoir si cette entrée triomphale doit être considérée <MHiirae un événement fortuit, ou si elle foisait partie essentielle du plan général de Jésus* On conçoit très bien que l'événement eût pu avoir lieu sans avoir été nallement préparé. Mais si Jésus n'avait pas eu de raisons particulières pour se présenter avec cette pompe, il aurait certainemmit trouvé moyen de se soustraire aux hommages de la foule et d'arriver sans éclat. Ne savait-il pas que ses ennemis l'accusaient surtout de s'élever au-dessus des autres hommes, de vouloir être plus qu'un docteur, et que sa conduite, dans cette circonstance leur fournirait un nouveau chef d'accusation? Assurément il le savait, et de puissants motifs pouvaient seuls le déterminer à passer outre. Sans doute nous ne dirons pas que ce £ait eût été préparé par une dispensation spéciale; il était amené par le cours naturel des choses ; c'était le dernier anneau auquel une chaîne non interrompue de circonstances venait nécessairement se rattacher. Mais c'était un événement prévu par le Seigneur, entré comme élément constitutif dans le plan de son œuvre, c'est-à-dire dans l'ensemble des décrets divins relatifs à la rédemption de l'homme. Quoiqu'il sût bien que l'enthousiasme de la foule ne serait
avec la famille de Lazare.— Du reste, même en admettant une seule entrée, la contradiction entre Jean et les synoptiques n'est pas une difficulté insurmontable. Du moment que ces derniers supposaient que Jésus était venu directement de Jéricho à Jérusalem, ils ne pouvaient placer ailleurs le fait qui leur avait sans doute été transmis sans désignation ptus précise.
346 m»n «mmmaue de fiscs .
pas de loftgue dorée, il foutait pMr cette Uàb se reoldre à leurs fcsux, il Toulaît proclaner soleiiiieDeBoeiit (fie le royaume de Dieu itait arrhé, et q«e kn-mème était le roi promis de Dieu à sou peuple. Jusqu^i préseuty il ne TaTait pas dkovrerienMiit; il allait maiotemut le dédttrer à la &oe de teM. Sa répMSe ue poottait plus laisser k moindre doute, et, dans ce sensi c^étsst un érénemeut doDt la place était marqués daiK fUstoire du moûde \
*■ Maintenant qu*est-ce qui, dans cet événement, est intentionnel et pré- IMiré d^Temoe par Jésus, et qnVt-ce qui ne l>st pas? H pourrait 7 atoir des eiroonstanoes fortoites^ Biais qui n*es seraient pas pour cela moins importantes. En général la vie de Christ se compose de deux séries paoOlèles de lûts: i)oe <|ai procède dirteismeat de sai^knifeé; t) oc q«i arrive sans concours de sa part mais qui est divinement dispensé pour cervif à Teacécuticn de son pHm. Peut*étre devons-nous reconnaître id les traces de cette double diH)ensation.*^ D*après Jean U, 14, il scmldc* rait tout simplement que Jésus, trop pressé par la foule, monta sur un Sas qui se trouiitt fêr basard dans le iFoInBagB. ^ Mais la traSitIcii, ayant plus tard rapporté cet événement à la prophétie de Zacharie (IX, 0), aurait involontairement modifié dans 4» sens le feit dont il 8*agit Cest ainsi que Matthieu, induit en erreur par la traductien. du passai de Zacharie dans les Septante, (tTrtCtSyjxùc htl xjnoiùytov xal v&Xw viw) BMfltiosnc diox ânes au lien d*iin «eut. fk Atnt bien remurqmr que Jean (Xn, 16) distingue expressément le point de vue auquel se trou valent alors les apôtres et celui sous lequel ils considérèrent févénement apcès la résivractioUy lomqulls purent coalempler raeecnaplisaemant des prophéties en Jésus. Il donne à entendre que ce qui eut plus tard, à tours yeux, vnesignifleatfon profonde, leur atBit d^ibord para sans im^ portaaoe. On reconoalt à ce trait un homme qui avait été témoin de tous ces événements. Quel autre, à eette époque, aurait eu Tidée de fkire une scwhlablc didiBofiont Dès lors la ««ppcaitios la^ {dus naiuf^le aesaH que ràne s'était trouvé là fortuitement. Cela ne change rien d'ailleurs à la nature de Tévénement général, ni au rapport de cet événement avec la prophétie messianique. — Les autres évangiles donnent à Taction de Jésus un caractère plus intentionnel, mais pas du tout, conune le prétend Strauss, un caractère miraculeux. Du reste, les deux récits ne; sont pas InconciliableB, car on pourrait supposer que le mot tup^v (Jean XII, 14] n*a pas pour but de désigner exactement comment Jésus ^est procuré fanon qui lui a servi de monture. Mais ci^Ctc hypothèse est-elle la plus simple? Voilà la question.
A iiaaȈLm. 347
Svivide sas disttpbft eièê k iMile acodunie à BéChanle dif ois le jour précédenty Jésus se dir^ea vers Jérusalem. Ea appienimt son arrivée, «ne multitude sertit de ht ^e rt vint au-devant de lui. L'entbeusianne allait croissant; de toutes parte on racontait que le miracle qui avait ■apièiefait tant debinil dam la capitale était Uen réeF, que Laiare »f ait été re«»cité* Connue la foule devenait à chaque inetant plna nombreuse et plus compacte, Jésus parvint à se pnocurer un Anon et monta dessus, afin d'avancer plus focikniettt et de pouvràr se montrer aux regards de tous* Ainsi (ut amenée d'ume manière toute natnrrile une citcenstance poriûlsment propre à r^ré^ sauter PhumUe et pacifique avènement du rai tbéocratique, et à réaliser la ptiq>hétie de Zacbarîe (IX, 9). — Bientôt Tanthousiasme fut an oemble ; les acelamatious, les chaAts d'allégvasse de la fonk anneocèfent Centrée du Messie dans la vilb sainte. aSaluA à lui, s'écriait-on de « toutes pMrtslO^rfilemel le comble de bénédictions ! « Loué sait celui qui vsai^ au nom de l'Etemd. » (Ps. OCVin f V^i%J) Alara «pidquee phariaieDs S qui peut- Atve ne samient paalncB encara oe qu'ils devaient peuser de iésnsy maïs qui k reconnaissaient certainement pour un grand docteur, furent scandalisés d'entendre lu foule le proclamer si hautement pour le Messie lui-même. « MaUi;ei» lui diient^» rqMrends tes disciples. » « Je
1 Lue la, 89. Gb paB8ag|ë (oatrait servir à appuyer Thypothèse 4*iui6 ddaUe eiftrée à Jêrosateû. A s*ag^rait id de la preioièrp, et lev pbariMeDs qui sent parai la fbtie seraient des étrangers, yeuna de Galilée pour oéfâvrar la ftte*
348 ENTBBB TRIOMPHALE DE jisUS A JERUSALEM.
ce VOUS dis y leur répond Jésus, que si ceux-ci se tai- <c saienty les pierres mêmes crieraient. » Il s'agit d'une chose si grande, si féconde en bénédictions^ qu'elle serait capable de transporter de joie les êtres les plus insensibles. On peut voir d'après cela quelle idée Jésus avait de lui-même, et qud inconcevable orgueil serait le sien, s'il n'eût pas été effectivement un personnage supérieur à tous les autres hommes. Cette déclaration nous montre en même temps que l'entrée triomphale dans Jérusalem faisait bien partie essentielle du plan de Jésus. — Mais quelle profonde tristesse dut saisir son cœur si aimant, si compatissant pour toutes les misères de l'humanité, quand il aperçut cette ville dont il avait si souvent exhorté les habitants à se repeutir, et qui, sourde à la voix de la miséricorde divine, allait être précipitée par son impiété dans une ruine inévitable. « 01 « s'écria-t-il en pleurant, si tu voulais du moins au- « jourd'hui reconnaître les choses qui appartiennent à a ton salut 1 La délivrance serait encore possible pour « toi. Mais maintenant ces choses sont cachées à tes «.yeux! » Puis il ajoute ces paroles prophétiques qui s'accomplirent d'une manière si terrible par la mine de Jérusalem *«
^ Luc XIX, H. — Jésus se rend ensuite au temple pour louer Dieu, mais ce n^est pat dans ee moment, comme nous ravons vn précédemment, qn*il chasse les vendeurs (voy. p. 84).
D'aprôs Matthieu XXI, 15, 16, lorsqull arrive dans le temple les enfants se mettent à crier: a Salut au fils de David 1 » Et comme les pharisiens s^offensent, Jésus leur dit : « N*avez-vou8 pas lu ce qui est écrit <x dans le Psaume ( Ps. TIH, 8) : «Tu as recueilli ta louange de la boucbc
SECTION IL BBKNIXRS ACTIS DU HINISTftlB PUBLIC DE jtSUS.
Profitant des dispositions favorables du peuple, d'autant plus que rheure de son départ approchait, Jésus se mit aussitôt à enseigner daqs le temple , il y passait la première partie de la journée, et le soir il sortait de la ville et s'en allait à Béthanie avec ses disciples \
Ici se présente un fait que nous devons considérer de plus près*. Un matin, comme il revenait à Jérusalem, Jésus eut faim, et apercevant de loin un figuier bien toufTu, il s'en approcha dans l'intention d'y cueillir quelques figueSy car c'était alors la saison % mais il n'en trouva point. Alors il dit au figuier : « Désormais tu ne c( porteras plus jamais de fruits. » Et le surlendemain, en repassant sur la même route S les disciples aperçoivent, à leur grand étonnement, le figuier si vigoureux
« des petits entants et de ceux qdt tettent?» On pourrait croire, il est vrai, qae ce trait n'est qu'une variante de celui rapporté par Luc (XIX, 39). Mais il y a pourtant quelque chose de caractéristique qui le distingue de Tautre. C'est une allusion à Tignorance spirituelle des orgueilleux pharisiens, a Tandis que les arrogants docteurs, aveuglés par leur propre 0 justice, restent dans les ténôbres de rincrédtilité, Dieu révèle sa gloire « aux enfants, o
* Matth. XXÎ, 17; Marc XI, 11. Comp. Marc XI, 19.
> Yoy. Matth. XXI, 18; Marc XI, 11.
» Voy. dans le Realwcsrterbuch de Winer, Tarticle figue. L'observation de Marc (XI, 13) que ce n'était pas la saison des figues est importante. Toute la ^gniflcation du ûtit réside précisément en ce que J^xa ne troore pas de fruit comme il avait droit de s'y attendre.
^ Je sois 1« relation de Marc qui me parait ici la plus exacte.
3SM LB fioinxa ntuiM.
naguère, devenu complètement sec. — Gomment butil GoiMÎdérer ce Cait? Est-ce par un acte immédiat de la poMiiiM deiéaw» mmmm MattUeu i» dédm «zpressémenty c'esi-à-din ptr «a mmde que le figuier est detsiché? Gala paraît en cônlndklkft 9MC le camcfere des autres miracles qui tous sont des actes d^taMor, dé mumâoenoe, des créatioBs. Ici, au contraire, ce serait ûii miracle de destruction y un châtiment, et qui atteindndi encore un objet dépourm de tout caractère moral. Jésuè ne pourrait plus dire, semble^t^il, qu'il est venu pour acconaplir et non pour abolir. -^ Faut-il donc regardef la mort do figvier comme purement acddentelle ? Mais alors il est impossible de donner un sens satisfistisant aut paroles de Jésus-Christ.-^ La dtfficuHé sera levée si naoê considérons le feit comme un symbole. Les miracles de Jésus ont en général un caractère symbolique, mais ce cafactère est pks saillant dans les uns que dans les autres. C'est l'élément symbolique qui ressort ici exclusivement. Le figuier couvert de feuilles, mais stérile, est une image du peuple juif dont la piété consiste seules ment dans les apparences et dont toute la vie se perd dans les œuvres extérieures. — Et la malédiction qui frappe Parbre à cause de sa stérilité, représente le chftti* ment réservé au peuple théocratîque pour n'avoir pas répondu à sa vocation et pour avoir abasé de la miséricorde et de la longanimité de Dieu. Cétait aussi la coutume des prophètes de représenter soment par des actes symboliques les leçons ou les avertissements qu'ils vou-
laieot dmiier. Bbis il ne fmt pis qms %wP6r la cImo coiB»A si iéêUÊ avait l#«t d'va taern^ iim^ii\d\^ fm m e&t iBNAédîatda la imiince» «a aribce^aîBenspw faitemapt saip» Naw avoua cbijà dit que sea action n V vait jamais un caractère ésatruetif ^ «t d^aiUears la synH bde ne correspondrait plus^ dans œ caa, à la chose ngnifiée. La mas du peuple foif était k résiiliat néce»» saire de la vie teligietiae et morale de ce peuple ; elle était préparée et ameaée per la marche du développe* oasnt historique. Nous croyons de même que la mort du figuiar était oadiée dans la oenformatioii méoM de cet arbre. U y avait dans son organisme un principe qui devait un jow occastenner le dépérissement, comme il avait d^ occasionné la stérilité, iéaosne changea point cette loi; il ne fit que hIMet un résultat qui serait néan«o mains arrivé tôt ou tard parle cours naturel des ebesea* Cette rapKcatian nese trouva pas, il est vxai| dans le ré«* cit. — Cependant» comme lea i^[iètres n'étai^it nulle* ment capables de comprendre par eux-mêmes h signification du miradey il est très probable que Jésas le \mï aura expliqué. Or, nous trouvons précisément dans Luc (XIII| ^9) une pwpabola dont le sans correspond tout à fait à k pensée que nous venons de développer. Le «apport est d'autaat plus frappant que Luc ne parie point de la malédiction dn iigmer, tandis que Mattbien et Marc^ de qui noua tenons oa dernier iait^ ne font pas medtiaai de la parabole.
On peut se demander maintenant si les perdes it la-
352 i.t nouDEH st^lk.
tives à la tonte-piiiBsance de la foi (Malth. XXI/21 ; liarc XI 9 22) appartiennent réellenieni à cette circonstance. En eflety la chose importante ici ce n^était pas le miracle lui-même , mais sa signification , et ce n^était pas par des actes de cette nature que devait se mani-» fester la pui36ance de la foi. Que si Ton veut suivre néanmoins le récit des deux évangélistes, il faut alors admettre que le but de Jésus était de détourner Pesprit de ses discipes du fait matériel dont ils paraissaient exclusivement frappés 9 vers la chose essentielle > savoir la foi y principe de la véritable puissance. Les choses merveilleuses qu'il accomplissait en vertu de son divin pouvoir, les disciples les accompliraient aussi en entrant en communion vivante avec leur Maître... « Ne soyez c( point étonnés de ce que vous venez de voir. Ce n*est a pas là Fimportant; ce n'est qu'un résultat. Regardez <x au principe : Vous ferez de plus grandes choses que a celles-là si vous avez la foi ; car c'est de la foi que a tout dépend. » Peut-être alors pourrait-on voir dans Luc XVUy 6, la forme originale des paroles de Jésus : a Si vous aviez la foi gros comme un grain de mou- « tarde, vous diriez à ce figuier de se jeter dans la mer « et il vous obéirait. » Matthieu et Marc auraient confondu ces paroles avec d'autres à peu près semblables et prononcées en d'autres circonstances ^ — ' Néanmoins, il est plus vraisemblable que la tradition ayant voulu re-
t Yoy. 1^08 haut page tSO.
MACHINATIONS DKS KNNBMIS DE JESUS. 3r)3
lever, outre lô sens symbolique du miracle, le merveilleux même de Tactioa de Jésus, et n'ayant pas gardé la mémoire de ce que le Seigneur avait dit, aura mis à la place d'autres paroles qui semblaient se rapporter ou qui pouvaient du moins se rapporter à ce fait.
Nous avons vu que la sensation produite par la résurrection de Lazare avait enfin arraché le Sanhédrin à son indécision et Tavait déterminé à prendre sans retard des mesures pour se débarrasser de Jésus. La résolution était adoptée , mais il s^agissait maintenant de savoir comment on pourrait l'exécuter. Tout dépendait des circonstances. Jésus resterait-il dans sa retraite, ou biea oserait-il braver la haine des pharisiens et des docteurs? Voilà ce que tout le monde se demandait. Voilà ce que ce que se demandait surtout le Sanhédrin, et l'on avait donné l'ordre que si Jésus venait à Jérusalem, ceux qui seraient instruits les premiers de son arrivée en informassent le conseil , afin qu'on avisât aux moyens de se saisir de lui\
Mais tandis qu'ils étaient même incertains si leur ennemi viendrait à la fête , les pharisiens furent désagréablement surpris de le voir, non-seulement oser se montrer publiquement, mais entrer en triomphe dans la ville, aux acclamations du peuple tout entier. Us commencèrent à se repentir d'avoir tant tardé à le faire prendre. «Vous voyez, se disaient-ils les uns aux autres avec
» Jean XI, 56, 57.
3r)4 MACHINATIONS DÈS EîfîflMW
« amertume ^y que vos mesures n'oftt servi à rien? Tout ce le peuple marche après lui. Que ferons-nous donc?» — On décida qu'il fallait tâcher de s'emparer de Jésus par la ruse. Leur intention était-elle de se défaire ensuite secrètement de lui, en le faisant assassiner , ou de le faire condamner juridiquement et de couvrir ainsi leur haine du manteau de la justice ; les documents que nous possédons sont trop incomplets pour nous permettre de résoudre cette question y mais ce dernier parti convenait mieux à l'hypocrisie de leur caractère. Ils avaient déjà dressé leurs principaux chefs d'accusation. La conduite et les paroles de Jésus leur en fournissaient en assez grand nombre ; mais ils étaient bien aises de pouvoir en trouver d'autres encore , afin que leur ennemi pût être déclaré coupable , non-seulement devant la loi juive, mais aussi devant les autorités romaines *.
i tan Xn, 19.
* Pour nous faire une idée aussi exacte que possible des drconstanoes qui précédèrent et qui amenèrent la mort de Jésus, il faut comparer les synopti^es avec l'éffangUe dt Jean. Lm prtmien rapporteat toutes ces circonstances à la même époque; de là beaucoup d*obscurité dans Tenclialnement. Tandis que Jean sépare les faits par des ioterraltes plus ou moins longs. Lies synoptiques ont probablement groupé ensemble les complots formés à diverses reprises contre Jésus par te parti pharisien. Us otti oonlbséa dans la même épeqna ce qui se rapportait à ploaiattffs séjours à Jérusalem. Ainsi, quand ils racontent Tentrevue de Jésus avec les docteurs et les anciens dans le temple (Matih. XXI, U ; Marc XIi 17; Lnc XX, 1). A une question insidieuse, Jésus répond par une autre qui ne Test pas moins pour ses adversaires : « Le baptême de Jean venait- il « do ciel ou des hommes? » Et comme on wt embarrafté de lui répondre, il refuse de répondre à son tour. 11 ne semble guère vraisemblable qu'au moment où nous en sommes, lorsque les choses étaient si avancées, les pharisiens eussent envoyé une ambassade & Jésus. U fiiut surtout remarquer que Jean nous rapporte une drconstanoe analogue, mais au
Il y atflit alors parmi les JaiTs deux partis^ les pharisiens ou le parti hiérarchique , et les hérodiêr^ oU le parti politique y indifférents aux questions religieuses et occupés seulement de veiller à ce qu^oU ne donnât aux Romains aucun sujet de plainte *. Lorsqu'un réformateur apparaît dans le monde ^ il n'est pas rare de voir deux partis y d'ailleurs opposés l'dd à l'autre^ se Kguer ensemble pour combattre Penneiiri commun. C'est ce qui arriva alors. Les pharisiens et les hérodiens se réu^ nirent contre Jésus et lui proposèrent une question dout la réponse devait inéritablement le mettre en contradic«> tion avec les institutions politiques ou avec la loi reli* gieuse * : c< Toi qui dis la vérité sans craifite et sans faire « acception de personnes, qui n'as pas peur de te coitf- <v promettre^ dis-nous s'il est juste de payer le tribut à « César, on non ? » S'il répondait non , il était sigualé aux autorités romaines comme un séditieux ; s'il répondait oui, il paraissait approuver l'asservissement du peuple juif. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, se fait apporter un denier et leur demande : é De qui cette
commencement dû ministère de Jésus (Jean II, 18), et que c^est alors en effet, que Jésus avait eoolvmd d*«Q afpitor àvk téaioigiiag» r^osni de Jean-Baptiste. N'est-ce pas un exemple de la confusion que nous signalions tout ft Vhéran chez les synoptiques? No«» ne voulons pas nous i^rononcer complètement; mais dans tous les cas, la trad^on obscure des trois premiers évangiles ne peut être éclaircîe et complétée que par un réelt clair et cireonetancié eomme eeliii de lemi.
» Peut-être ces deux partis avaient-ils d^& antérieurement formé alliance contre Jésus. Yoy. Marc m, 6.
« Matth. XXn, 15 ; Marc XII, 18; Luc XX, 20.
356 MACHINATIONS DBS BNNBIUS
« moniuiie porie-t-elle l'image et le nom ? — De César, « lui répondent-ils. » Or, accepter la monnaie des Ro« mains y c'était accepter leur domination et s'engager par conséquent à remplir tous les devoirs que leur imposait cette condition. — <c Rendez donc, leur dit Jésus, rendes a à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ces paroles monbrent à la fois te véritable caractère de l'œuvre du Messie, qui n'est point venu pour changer les relations de la vie civile, et en même temps elles font voir aux pharisiens que rendre à César ce qui est à César ne saurait les empêcher de remplir fidèlement leurs devoirs envers Dieu. Leur tort est de n'avoir pas compris le vrai caractère de la vie religieuse. L'homme créé à l'image de Dieu se dmt à Dieu tout entier ; c'est là le devoir suprême , et donner à César ce qui est à César n'est qu'une conséquence et qu'une des formés de l'obéissance à la loi de Dieu.
Nous avons déjà vu qu'entre l'esprit de Jésus-Christ et celui des sadducéens il y avait opposition complète. Comme les sadducéens ne s'occupaient point du mouvement religieux parmi le peuple, ils n'avaient pas jusqu'alors porté leur attention sur Jésus. Mais quand ils surent que le Seigneur avait victorieusement répondu aux pharisiens, ils s'approchèrent à leur tour, espérant sans doute être mieux en état de l'embarrasser '. Jésus procède ici de la même manière qu'à l'égard des phari-
* Voy. Mattb. XXII, SS ; Marc XU, 18 ; Luc XX, 87.