PARABOLE DU BON SAMARITAIN
éyangiles. Les écrivains sacrés, trompés par cette ressem* blance, auront cm sans doute que les deux faits étaient identiques; et de là vientqu'aucun ne rapporte les deux à lafois. Voy.LucX,25 et suiv.'. — Un homme s'approche de Jésus et lui demande ce qu'il doit faire pour avoir la yie éternelle. Luc ajoute, il est vrai, que cet homme voulait éprouver iésns; mais rien, dans ses paroles, ne trahit une pareille intention. C'est un vo(ux(ic. Les vopxoi, spécialement livrés a l'étude des Ecritures, et moins occupés de la tradition, se distinguaient avantageusement despharisiens; ils étaient moins éloignés de Jésus. Cet homme s'attendait peut-être à quelque ordonnance nouvelle; mais Jésus se contente de le renvoyer à la loi. « Qu'as-tu « trouvé dans la loi que tu étudies ?» Le scribe répond par les deux préceptes de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain. Jésus ne lui en demande pas davantage. Celui qui accomplit ce précepte possède véritablement la justice , la sainteté, et par conséquent la .vie. <c Fais « ces choses et tu vivras. » Et comme cet homme ne comprend pas bien la portée de la loi, Jésus lui montre, par la parabole du bon Samaritain, la différence entre le vrai et le faux amour, entre le véritable accomplissementde laloi et la sainteté purement extérieure. «Montre
^ C'est dans la parabole do bon Samaritain. Cette parabole, comme celle du pbarisien et du péager (voy. plus baut page lil), se distingue des autres en ce que la Térité religieuse n*y est point exprimée au moyen d'images empruntées à la vie inférieure. C'est un exemple particulier dans lequel se trouve appliqué le précepte général que Jésus veut enseigner.
JÉSUS CITAÎiT LE PS. ex. 361
« ton amour comme le Samaritain et tu auras accompli « la loi ; » paroles qui condamnent à la fois la justice extérieure et le particularisme des pharisiens ^
Une autre fois Jésus adresse à son tour une question à ses adversaires. « Comment expliquer, dit-il , que le a Messie doive être le fils de David , puisque David Tap- « pelle son Seigneur- ? » (Ps. CX, 1.) A quel propos et dans quel but Jésus fait-il cette question? D'après Matthieu, il semblerait qu'après avoir répondu aux questions captieuses des pharisiens il voulait les embarrasser à son tour. Mais cette supposition est inadmissible ; elle est indigne du caractère de Jésus et en contradiction avec toute sa conduite. D'ailleurs, il n'y avait pas là de quoi embarrasser beaucoup. Les pharisiens pouvaient très bien répondre, que Jésus, tout en étant fils de David lui était cependant supérieur en sa qualité de roi théocratique par excellence. Nous suivrons donc plutôt le récit de Marc ; la question est un argument sous forme interrogatoire. Jésus veut répondre à quelque objection que lui font les docteurs, et il invoque le psaume CX. Mais quelle est sa pensée ? En s'en tenant strictement à Marc, on pourrait croire qu'il combat l'idée que le Messie des-
1 Gomme la réponse de Jésus ne parait pas s*appHqiier à la qnestioa du V. t9, on pourrait croire que le dialogue de Jésus avec le scribe a été inventé diaprés cette parabole , et que ce que Luc met ici dans la bouche du scribe n*est autre chose que les paroles de Jésus dans Marc XH, 39-31. Mais cette hypothèse serait par trop forcée. Quoique LucX, 29 ne nous semble pas en effet bien se lier avec ce qui vient après, la suite générale des idées nous parait tout à fait naturelle.
* Matlh. XXn, 41 ; Marc XU, 85 ; Luc XX, 41.
301 ' lisvs crrAHT le fs. ci.
oendraitde David. Il veut proayer à ceoi qui ne reconnaissaient pas son origine davidique (Jean YII, 42) quHls ne devaient pas ponr cela refaser de le recevoir pour le Messie. Mais cette explication a contre elle h manière positive dont saint Paul affirme que le Measîe est fils de David selon la diair. Il ne le discuta pas ; il le suppose, ce qui prouve que le fait n'était pas douteui ^ D'ailleurs, ainsi conçu, l'argument n'aurait pas eti beauooup de force, car le Messie pouvait, toqt en étant le Seigneur, être aussi le fils, le descendant de David « Ce n'est donc pas ridée de la desoendance davidique qu'il combat, mais l'usage que les Juifs faisaient de cette doctrine. U relève le caractère et les titras divins du Messie, que l'on avait coutume de mettre dans l'ombre, et voila pourquoi il fait usage de ce psaume. Peutrdtre avait-il scandalisa les pharisiens par la manière dont il avait parlé de luimême et voulait-il se justifier en montrant le double élément dont se composait l'idée messianique, comme il cite ailleurs le ps. LXXXU^ 6, pour se justifier de s'être appelé le Fils de Dieu*. Peut-être aussi n'avon»* nous dans ce passage que le commencement ou la fin d'un enseignement plus étendu.
Du reste, l'argumentation ne perd rien de sa valeur que David soit ou non l'auteur de ce psaume. La chose importante, c'est la pensée renfermée dans le passage, l'idée du roi théocratique quij assis à la droite de Dieu,
1 Voy. vol. I, page S7. Comp. Hébr. VH, 14. « Voy. page i91.
QTiirr tg 98. a. 363
coptemple paisiblement la lutte triomphante que soutient son œuTre, jusqu'à ce que tous ses ennemis soient complètement soumis, et que Tét^lissement du royaume de Dieu n'éprouye plu^ aucune résistance. Cette idée était une prophétie de la ¥enue de Jésu&<^Ihrist) car nul autre ne pouvait la réaliser* Et ecmmoie elle résulte nécessaire-^ mentdereiqpritderancîeqneallianeei elle estFépanouissentent d'une histoire et d'une religion essentiellement prophétique^. Peu importe donc que ees paroles soient de David au d'un autre. — Peu importe que ^écrivain sacfé eut oenscience que le Meesie seul pouvait réaliser cette idée ou qu'il la rapportât à un roi terrestre en qui elle ne pouvait se sianifester tout entière. Toujours estil que l'Esprit dont le j^phàte était animé tendait vers le Messie. La seule différence, c'est que la j^phétie est consciente dans un cas, inconsciente dans l'antre. Si maintenant Jésus suppose que la prophétie est de David, cela ne nous ol)lige pointa admettre à priori , pour sauver l'infaillibilité, ou l'absoliœ véracité de Jésus, que David soit réellement l'auteur du psaume. Nous venons de voir que la solution de cette question ne change rien à l'argumentation du Seigneur. Jésus n'a pas prétendu la résoudre. C'était une chose étrangère à sa mission. Nous devons donc admettre qu'il a'est tout simplement rattaché à l'opinion commune, sans entrer dans une discussion qui ne faisait rien à son but. Ce qui est bien positif, c'est qu'il regarde l'Ancien Testament comme une révélation encore obscure mais réelle, comme une
364 jisUS QTANT LE PS. CX.
prophétie iDC0D$cieDte\ Mais gardons-nous soigneusement de retomber dans les écarts d'un littéralisme rabbinique. Rien ne saurait être plus contraire à l'esprit de Jésus-Christ. La conduite des pharisiens avait fourni à Jésus mainte occasion de prémunir ses disciples contre l'hypocrisie ; celle de la yeuTe qui mettait une pite dans le troùc, lui servit à montrer de nouveau que la valeur de l'acte gît tout entière dans la disposition et que, de même que^ sans la disposition y l'œuvre la plus belle en apparence n'est rien , la plus petite chose acquiert y par l'esprit qui l'a dictée une valeur très grande*.
Jésus quitta le temple en prononçant condamnation contre les chefs du parti hiérarchique, principale cause de la décadence du peuple, et en dénonçant contre le peuple tout entier le jugement de Dieu^. Il ne parie plus de lui-même ni des traitements qu'il doit encore subir de la part de ses aveugles ennemis ; il se considère déjà comme sorti de ce monde, il annonce seulement comment on persécutera ses serviteurs, et comment les descendants de ceux qui ont tué les prophètes combleront par une conduite semblable la mesure de leurs pères, et amèneront enfin sur la théocratie dégénérée le châtiment de Dieu si longtemps différé. « Yoici, dit-il,
i Voy. plus haut page 85.
< Luc XXI, 1 ; Marc XIl, 41. Gomp. plus haut page S38. ' Matth. XX III. A ces paroles, Matthieu en ajoute, selon sa coutume, d'autres qui appartiennent aiUenrs. Voy. page 157 et suiv.
PUNITION PROCHAINE DBS INCRS0UL8S. 365
a je TOUS envoie des prophètes et des sages et des scri- « bes^ et vous les battrez de verges dans vos synagogues» « vous les persécuterez de ville en ville, et vous les ferez mourir ». Et il termine en faisant allusion aux terribles événements qui doivent s'accomplir en partie par la ruine de Jérusalem, et au jugement qui doit suivre le retour glorieux du Messie sur la terre. « Jérusalem, Jérusalem « qui tues les prophètes et qui lapides les messagers que « Dieu t'envoie, combien de fois n'ai-je pas voulu rasce semblertes enfants sous ma protection, comme la poule « rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous n'a- « vez point écouté ma voix *. Voici, je m'en vais laisser a votre demeure déserte * ; car je vous déclare que vous « ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : Béni <x soit celui qui vient au nom du Seigneur! » Il s'agit
1 Mattb. XXm, 84. Jésus se sert ici des expressions de I* Ancien Testament, parce qn'il y a analogie entre les charges de rancienno et celles de la nouvelle alliance. Dans la primiUve Eglise il y avait des prophètes, et le nom de scribe est employé ailleurs dans le même sens qu'ici (voy. Matth. Xm, 52). Nous avons dit que Matthieu mêle & ces paroles plusieurs autres prononcées ailleurs, en particulier dans le repas chez le pharisien (Luc XI, 37 ; voy. page 160). Luc, de son c^té, mêle à son récit des paroles qui se rapportent à la circonstance présente, et sont à leur place dans Matthieu. — C'est du moins ce que je crois, contrairement à Topinion émise par Schneckenburger dans les Studien der evangHimJien Geistlichkeit Wûrtembergs^ VI, 1, page 85.
* Nous avons déjà observé (pages 12 et 283) que ces paroles supposent que Jésus avait à diverses reprises annoncé TEvangile à Jérasalem.
' Jésus est le seul Sauveur; repoussé pur les Juifs, il les abandonne à eux-mêmes et leur enlève par conséquent le salut. La maison n'est pas nécessairement le temple (voy. de Wette sur ce passage). Cependant cette interprétation semble après tout la plus naturelle. Jésus dit votre maison, parce que ce n'est plus la maison de Dieu. Elle a été profanée par Tincrédnlité du peuple, et Jésus, en sortant du temple, déclare par le fait que Tesprit de Dieu ne peut plus y habiter.
366 rmiiTioif PROcHAiifi ms incrédules.
évidemment ici de la venue triomphante du roi théocraftique. Il est clair aussi que les Juifs dont parle Jésus ne sont pas ceux qu'il a maintenant devant lui et qui n^étaient rien moins que disposés à le recevoir atec allégresse. — Ce sont tes Juifs en général , mais la génération à laquelle ces paroles s'appliquent spécialement n'est point clairement désignée.
Comme il sortait du temple, l'esprit encore plein de ces prophétiques pensées , il s'aperçut que les disciples, toujours dominés par les idées charnelles, contemplaient avec admiration la magnificence de l'édifice ^ Alors il leur déclare que toute cette magnificence va bientôt disparaître et qu'il n'en restera plus rien. Frappés de ces paroles , les disciples témoignent le désir d'en savoir davantage, et, lorsqu'ils se trouvent seuls avec lui sur le Mont des Oliviers, ils lui adressent diverses questions relatives aux signes, à l'époque et aux conséquences de la grande catastrophe qu'il leur à prédite. — U n'entrait oertainement pas dans la pensée de Jésus de leur expliquer d'une manière complète le développement du règne de Dieu jusqu'à son établissement final ; il voulait seulement leur en dire assez pour les prémunir contre de dangereuses illusions, pour les exciter à veiller sans relâche et à regarder avec confiance vers la fin de toutes choses. Plusieurs de ces paroles étaient encore trop obscures alors pour qu'ils fussent en état de tes com-
i Matth. XXIV, 1 ; Marc Xm» 1 ; Lue XXI, S.
BUGAIPTIOlf DIS BIIT41BB8 TBMfB. 967
prendre I avant que le eours des événements, et surtout avant que le don du Saint-Esprit leur eussent révélé plus clairement les lois du développement historique. S'ils eussent compris ce qui leur avait déjà été enseigné plusieurs fois sur la nature du royaume de Dieu , ils n'auraient pas eu besoin d'adresser de nouvelles questions ; mais Jésus avait pour principe de déposer d'abord dans les cœurs les germes de la vérité qui devaient ensuite se développer peu à peu. 11 en fait de même ici. 11 s'agissait d'ailleurs d'un enseignement prophétique ; les apôtres n'avaient pas besoin de posséder à cet égard des idées bien claires; leur ministère n'en dépendait pas, et beaucoup de choses devaient rester obscures jusqu'à l'accomplissement. Lui-même déclare que le temps et le moment ne lui sont pas révélés, et que Dieu seul en a la connaissance (Matlh. XXIV, 36 ; Marc XIU, 32). 11 ne s'agit pas seulement du jour et de l'heure , mais en général de l'époque de l'avènement du règne de Disu. Pour connaître cette époque, il faut embrasser d'un seul coup d'oeil l'enchaînement des effets et des causes dans toute l'hisioire ; il but donc connaître à l'avance les déterminations des êtres libres qui entrent comme élément essentiel dans le développement historique^ Or, la prescience de Dieu est seule capable de pénétrer dans ce mystérieux avenir. Jésus ne l'aurait pu que s'il avait reçu pour cet objet une révélation êpieiah, indépendante des lumières qu'il possédait naturellement. Mais il déclare qu'il n'en est pas ainsi, que le Père seul connaît
368 DESCRIPTION DRS DIRNIKRS TBITPS.
le moment suprême. Il n^y a pas pour cela d'erreur eu Jésus ; ce n'est qu'une ignorance consciente d'ellemême. S'il jette quelquefois un coup d'œil sûr dans uo avenir qu'aucun esprit créé ne pouvait pénétrer, s'il pressent la marche pi^gressive, mais lente et difCcile, de son ŒUTre dans le monde * , il sait eu même temps quelles sont les limites que Dieu assigne à sa connaissance. Quant à la manière dont il décrit le développement de son royaume, il faut distinguer deux moments : d'abord son triomphe partiel, qui doit commencer par la chute de l'ancienne théocratie et par l'avènement d'une vie plus réelle et plus libre ; — ensuite le triomphe total et définitif du royaume de Dieu. Ces deux moments se correspondent: le premier est l'image du second. C'est ainsi que, dans l'histoire, les époques de décadence signalent aussi les époques de renaissance, et les unes et les autres préfigurent la ruine suprême et le renouvellement total qui. doivent arriver au dernier jour. S'il s'agissait d'un prophète, il faudrait nécessairement constater deux éléments dans cette prophétie. Le prophète, en effet, ne comprend et ne rend qu'imparfaitement le témoignage de l'esprit. Il ne voit l'avenir que sous les couleurs du présent. Les événements séparés par de longs intervalles lui apparaissent confondus. Il nous faudrait donc distinguer la révélation de l'Esprit divin de la forme transitoire et imparfaite que cette révélation aurait revêtue
1 Voy. à ce sujet vol. I, pages 117 et 118, et vol. If, page 66.
DESCRIPTION DBS DBRNIBM TEMPS. 909
en passant par l'esprit de Thoninie. Mais dans les paroles de Jésus ce mélange ne saurait exister, et par conséquent il n'y a pas lieu à une semblable distinction \ La forme et lô fond se correspondent parfaitement; Terreur n'est pas possible et la prophétie n'est point altérée par aucun élément étranger. — Mais on conçoit facilement qu'en reproduisant ces discours sans les avoir encore bien compris, les écrivains sacrés aient confondu eux-mêmes ce que Jésus avait distingué *.
La loi du développement du royaume de Dieu se trouve aussi expliquée dans pinceurs paraboles que Matthieu mentionne ici. Quelques-unes de ces paraboles ressemblent beaucoup à d'autres que nous avons déjà vues dans Luc. Mais cette ressemblance ne nous autorise point à conclure 11 l'identité et à mettre les dtffé-* rences uniquement sur le compte de la tradition. Rien n'empêche d'admettre que les unes et les autres émanent de Jésus y telles qu'elles nous sont rapportées.
Nous citerons d'abord celle qui se trouve dans Mat-
^ Voy. vol. I, pages 117 et 118.
* Le rédacteur grec du premier évangile a Thabitude de rassembler souvent des paroles semblables quant au sens, mais prononcées dans des circonstances différentes. Nous avons déjà vn (page 70) que les dis* cours du XXIV* chapitre en offrent un exemple. D ne faut pas vouloir éviter la difficulté au préjudice de la vérité. La confusion est beaucoup moins grande dans Luc (chap. XXI]. De Wette et Strauss prétendent, il est vrai, que le récit de Matthieu est plus original que celui de Luc, qu'il donne mieux la véritable forme du discours. D'après eux, Luc aurait écrit après la ruine de Jérusalem, et modifié les paroles de Jésus en présence des événements accomplis. Mais cette hypothèse est-ello admissible? Une rédaction postérieure à la ruine de Jérusalem, et altérée par récrivain, aurait-elle conservé des passages comme le v. to et comme
Il 2i
370 fàMjmoiM MB Noev*
thieu XXU^ !• Le royaume de Di6u est représenté sous rimftg&4l'un roi qui fait les noces de son fib. Le Roi c'est Dieu y le Fib c'est iééufr^^lhrist ^ les invités ce sont les membres de l'ancienne théocratie. Quand le repas est préti c'est-à-dire quand le royaume de Dieu est sur le point dé s'établir dans le monde, le roi envoie à plureprises des serviteurs pour appeler les convives, ks uns ne tieanent pas compte de l'invitation ; ils la méprisent et s'en vont à leurs affiiires. Ce sont les indifférents. D'autres, non contents de ceb, saisissent les serviteurs et les nudtraitent ou même les tuent. Ce sont les eteMmîs décbrés, les persécuteurs de l'Evangile et des eiiCsmts de D'mi* Alors le roi, justement irrité, envoie son armée pour ch&tiw ks meurtriers et pour détruire leur vilb (allusion à la ruine de Jérusalem et du peuple juif). Pub il ordonne à ses serviteurs d'aller aux eeî» des rues inviter tous les passants à son festin; c'està-dire qu'après a^oir rejeté les Juifs, Dieu appellera les païens à entrer dans sa communion. Les serviteurs obéissenty ils amènent toutes les personnes qu'ib rencontrent. -^Mais ici un nouveau jugement s'accomplit. Parmi les nouveau» conviés, les uas, appréciant l'honneur qui leur est fait, arrivent en habits de noces; mab d'autres, peu sensibles à la bienveiflance du roi, viennent avec leurs vêtements ordinaires et sont honteusement rmvoyés.
le T« ta comparé avec iS et SS? Nont ne pouvoBB le cnûre, et il nous MMUe bien phu natunsl de mxfçmor tout aknpleinent que Luc est ici, eMUM en maint autre endroit, pku fidèle et pkoa exact quQ Matthieu.
f ARABOtB ifÈÈ nOOS. 871
C'est-à-âirè qtlë lèd appelés dd&t \tB âidpoéitittb^ âë i*êpondront pas à la tocàtkm que Dieu leur adresse séi^nt rejetés cotinme les Joifs; « H y (eti & beaucoup d'appelés ^ mais peu d'élus *. »
Cette parabole tessemble beaucoup à celle dé Luc XIV 16» mais il y a pourtant des difféi^oceir asse^ ctméidéra-* blés. Dans cette dernière^ rinimltié des Jùi& ne ressôH pas aussi vivement. Leé conviés s'excuSeni encore dé de pouvoir accet>ter Pinvitation. Une dlstiuéfion est (kitè dans le peuple juif lui-même ; d*un côté les pauvret et les méprisés, de Tautre les pharisiens *. L'opposition au royaume de Dieu n'est pas encore parvenue â son plus haut degré, et c'est pourquoi 11 n'y esi pas question du châtiment général Ijdi menacé le peuple , et la vocation des ptiens n'y est mentionnée qu'eu passant.
La parabole ^i précède ne distinguait pas encore les
^ Hasietirs coiùiiientatenrs sdppofteûi qtie l^trtàge était de préèënter aaz hûtes rhtbit de noces (le cattan) à mesure qu'ils arrîvâieDt, et que ceux qui n'en ont pas, c'est parce qu'ils n'ont pas voulu le recevoir. De eette laaalèrt ils ezptiqiient oomment tcnil le monde a pa le procnM la robe de noces, et comment c«uz qui ne l'ont pas sont rejetés. De plu8| ils voient dans cette robe une image de la juéiiÂcattoil offerte dé Dieu a tous, acceptée des uns et rejetée des autres. Mais alors Jésus n'aurait pas manqué de relever le refus des convives indignes, et montré qu'ils ét^ent doublement coupables , -^ tandis qu'il n'en dit rien. -^ Il téui donc admettre, on bien que la parabole ne nons est pas rapportée dans son entier, ou (jn'il e&i sool-entendd que cbacutl atait pn se procu^ rer, selon la coutume, la robe de noces. Dans aucun cas, la manière dont les convives se la procurent ne ûiit partie de r6ii8til|t>BinAnl 4e la parabola, et s'il n'en est rien dit» cela n'autorise QuUeaaftl Straoss à considérer le récit comme composé de plusieuis étteaatt liétârogèMS. • * Voy. plus haut page 171.
372 LES VIQNBaONS IKTlDiLIS.
diTers degrés de culpabilité de la part des Juîfe , selon les caractères des messagers que Dieu leur euYoie ; en voici maintenant une où cette distinction est particulièrement mise en saillie. De plus, le royaume de Dieu n'est pas, comme dans la précédente^ un bien que Ton possède mais un but qu'il faut atteindre. Ce n'est plus la jam$sa$uie que Jésus propose^ c'est le travaiL Dieu a, dans la conduite du peuple juif, pris toutes les dispositions nécessaires pour l'établissement de son royaume, comme un sage propriétaire qui plante une vigne et dispose toutes choses pour l'explcntation de son bien. U s'attend avec raison à être payé de ses soins. Au temps de la récolte, U envcûe ses serviteurs pour réclamer aux vignerons. le fruit de la vigne, mais en vain. Les serviteurs sont maltraités et renvoyés à vide. Il envoie enfin son fils dans l'espoir qu'il sera mieux accueilli ; mais en apercevant le fils , les vignerons , au lieu de se repentir , se jettent sur lui et le tuent. C'est alors que le maître, voyant sa bonté et sa patience méconnues, vient lui-même punir les coupables, et le châtiment est d'autant plus terrible qu'il a été plus longtemps dififéré. Image du sort que les Juils se préparent \
Vient ensuite la parabole des talents (Matth. XXV, 14) , qu'il ne faut pas confondre avec celle de Luc XIX, 12 '. Dans Luc, les dix serviteurs reçoivent toas la même
« Matth. XXI, st.
* La iTMiao du mattre est ici Timage da châtiment ; le châUment da people juif est représenté comme nn^ Tenue spirituelle de Jésus-Christ ' Yoy. plus haut page 833.
PARABOLE DBS TALKITTS. 373
sommey saToîr une mine, et, selon qu'ils savent administrer leur dépôt avec pins on moins de zèle, ils (d>tiennent mie récompense plus ou moins grande. — Dans Matthieu 9 le maître donne à chaque serviteur une somme difRirente, sdon la différence de leurs capacités, et ceux qui travaillent en proportion de ce quMls ont reçu obtiennent chacun une approbation égale. La parabole de Luc fût ressortir la différence de zèle dans Tadministra*tion d'un même bien. Dans celle de Matthieu, Tidée principale c'est que Dieu ne regarde pas à la diflér^M^e des résultats, qui dépendent eux-mêmes de la diflérence des dam, — mais à la fidélité, c'est-à-dire à la disposition. Le nombre des talents représente la quantité des forces reçues et que chacun doit employer dans le même esprit. — La mine, c'est le principe de vie donné également à tous et que tous doivent s'efforcer de iaire fructifier le plus possible. Ces deux paraboles, si semblables en apparence, ont donc, en réalité, chacune un but spécial. Dans l'une, Jésus veut exhorter les disciples & détourner les yeux des différences extérieures, pour s'attacher à la seule chose nécessaire, à la seule qui donne de la valeur à tout le reste, à la disposition spirituelle. Dans l'autre, il veut les remplir d'une sainte émulation pour le service de Dieu et pour le progrès vers la sainteté. Dans les deux cas , celui qui n'a pas utilisé son capital est rejeté par le mattre ; mais ici encore nous trouvons une différence. Dans Matthieu , c'est le serviteur qui n'avait reçu qu'un talent qui , méprisant ce
374 PÂRABOU DBS TALENTS.
àWf ▼eut faire servir sa pauvreté d^excuse à sa paresse. Jaloux peuMtre de ceux qui sont mieux doués que lui, il se dit : Moi, j'ai ù peu reçu, que peurrait-on me de* maader? Et il néglige précisémeut ce qu'oa réclamait de lui, le tevail, l'activité qui lui aurait permis de ddubler, lui aussi, son capital. G-est donc toujours de la disposttidu qu^il s^agit. *^ Dans Luc, ou Ate la miue au sanritmr paresseux , et on la donne au plus sélé. Celui qui ne s'est pas approprié le don de Dieu le perd, taudis ^ue eefau qui a hîeii administré ce qu'il avait reçu reçoit davantage. Mais il n'est pas question dai)s Matthieu des diffirences de dêgriê dans la disposition. Il serait donc possible qm le imi du verset 3& fàt ajouté à la parabole par la sarrateur. Dans tous les eas, ce tnut ne peut être considéré que comme un détail aocessoive et sans rap* port direct avec l'idée fondamentale de la parabole.
Nous avons m que Tintention de Jésus n'était pas d'i^nnoncar à ses disciples le moment précis 4e sa venue; il voulait au contraire que, certain^ de l'événement, mais ignorant l'époque, ils veillassent constamment, afin d'être toujours prêts. Telle est la pensée qu'il exprime dans la parabole des dix vierges (Mattb. XXV, i )• La vie chrétienne y est représentée sous la forme de la frudmce. La véritable sagesse consiste à se tenir prêt pour recevoir le Maître quand il viendra, à veiller coih flammept, l'esprit toujours fixé sur la saule chose né*cessaire. Voilà l'idée fondamentale de la parabole. Quant à ce qui est dit dea viei^es folles, qu'elles s'adffsseat,
PARABOLE DIS DIX VIIRGIS.— -U JUMUHl, RC. 375
mais en Tain, aux yierges sages pour obtenir Fhuile qui leur est nécessaire, il serait possible que ce ne fût qu'un trait accessoire qui n^ajoute rien au sens ; mais peut-être aussi Jésus voulait-il faire comprendre par là que, dans la yie spirituelle, c'est à chacun de tniTailler luinnlme, et que TactiTité de Tun ne peut suppléer celle de Pautre^ A ceci se rattache la description du jugement (Hattti. XXV, 31-46). Que feut-il entendre par ce jugementf Quelles sont les personnes qui sont jugées? D'après quelques commentateurs % ce sont les non-croyants. Car, dit-on, les fidèles ne sont point jugés (Jean III, 18). D'ailleurs le verset 32 déclare expressément qu'il s'agit ici des nations (20vt)) , nom qui est toujours donné à la partie de l'humanité étrangère au royaume de Dieu. Il est certain que l'Ecriture distingue parmi les incrédules différents degrés d'endurcissement et de culpabilité (voy. Rom. II, 12 et suiv.), mais l'hypothèse dont nous parlons présente d'autres difficultés. Remarquons d'abord que le passage ne dit rien des dispositions intérieures ; il établit le jugement sur un acte, le traitement exercé envers les croyants. Or, il n'y a que deux cas possibles ; — ou bien ceux qui font du bien aux enfants de Dieu n'agissent que par un sentiment de bienveillance naturelle indépendant du caractère spécial de ceux qui viennent à eux, — ou bien ils le font par attachement pour l'Evangile. Dans le premier cas , on ne comprendrait
* Voir en particulier les Opuscula de Keil et le Commentaire d^Olshaasen.
376 ut JUGBMBMT PAR LB9 OEUVRES.
pas que Jésus leur donnât de si grands éloges, car c^est par hasard que leur bienveillance s'est exercée envers des chrétiens ; elle n'en a donc pas plus de valeur pour cela. — Dans le second cas, il y aurait en effet, dans la disposition de ces personnes, quelque chose qui les élèverait au-dessus des autres ; mais ce principe aurait dû nécessairement les conduire vers la foi et vers la vie chrétienne. — Ainsi, quelque explication qu'on adopte, il est impossible d'admettre que Jésus n'ait en vue que des incrédules. 11 s'agit de ceux qui confessent extérieurement la vérité^ mais avec des dispositions différentes. Au dernier jour, lorsque l'Evangile aura été répandu par toute la terre, tous les peuples comparaîtront devant le Fils de Dieu, et les faux croyants et les croyants sincères seront alors séparés les uns des autres. Les ûdèles sont ceux qui , pleins d'amour pour Jésus et pour leurs frères, ont exercé la charité envers les enfants de Dieu. Ils ont agi spontanément, sans réflexion ; conduits par l'impulsion de leur cœur régénéré, ils n'ont point songé à la valeur de l'acte qu'ils accomplissaient ; aussi sontils étonnés des éloges qu'ils reçoivent. Mais ceux qui n'avaient qu'une foi morte et sans amour n'ont pu avoir qu'une justice apparente. Licurs œuvres manquaient de l'élément qui leur donne seul une valeur réelle, et ils ont montré par leur conduite sans charité , qu'ils n'avaient point dans leur cœur d'amour pour Christ , puisqu'ils n'en avaient pas pour les chrétiens.
Tel est , selon nous , le sens de ce passage. Il ne faut