NOUVEAUX PRBSSBNTIMENTS DE JESUS
pas objecter quUl u'y est pas du tout parlé de la foi. Tous sont déjà supposés qroyants ; il ne s'agit que de distinguer la foi morte de la foi vivante. C'est pourquoi il n'est question que de la vie , c'est-à-dire de ce qui manifeste le véritable caractère de la foi. C'est l'idée principale. Jésus ne veut point donner une description du dernier jugement; il veut faire comprendre que la croyance n'est vraie qu'autant qu'elle est opérante par la charité. — Quant à la forme sous laquelle le jugement est présenté, nous n'avons donc pas à nous y attacher, elle^st destinée seulement à ombrer le récit.
Parmi les personnes venues à la fête , il se trouvait beaucoup de païens qui connaissaient le vrai Dieu et qui avaient coutume de monter à Jérusalem à certaines époque pour adorer dans le temple. C'étaient vraisemblablement des prosélytes de la porte*. — Frappés de tout ce qu'ils avaient entendu dire de Jésus , ces gens désiraient vivement de le connaître*. N'osant pas aller
* Jean XU , 20. — Le présent «v^eaiv^raiy au lien du passé indique que ces gens n*étaient pas Tenus occasionnellement, mais qu'ils avaient r habitude de monter à Jérusalem.
* Ici encore il semble y avoir contradiction entre les synoptiques et lo quatrième évangile. La circonstance rapportée par Jean (XII, îO) est placée immédiatement après rentrée triomphale, et dès qu*il a adressé anx Juif^ses derniers avertissements, Jésus se retire et cesse d'enseigner en public. Dès lors il n'y aurait plus de place pour les enseignements que nous venons de rapporter d'après les synoptiques. Mais Jean luimême laisse entendre (XII, 19) que Jésus avait d'abord été si bien accueilli par le peuple, que ses ennemis durent par crainte différer leur vengeance. Dans ce cas , Jésus n'aurait certainenoent pas manqué de mettre ce délai à profit pour instruire encorde peuple. Il y aurait donc dans le récit de Jean une lacune, et la place serait trouvée pour les rela •
378 NOUTBAUX PRBSSENTBIElfTS DB J&US.
immédiatement vers lui , ils s'adressent à Tun des disciples \ Dans ce désir des païens, Jésus reconnaît un présage des immenses résultats de son œuvre, lorsque ses souffrances auront signalé le moment où le royaume de Dieu doit se répandre dans le monde. <n L'heure est ve- «( nue, dit-il, où le Fils de Thomme va être glorifié. » La mort de Jésus est le chemin qui le conduit à la gloire ; elle rélève à la droite du Père, et c'est alors que commence son action invisible et triomphante au sein de rhumanité. De même que le grain reste seul s'il n'est jeté dans la terre, tandis que s'il meurt il porte beaucoup de fruits, de même, tant que Jésus est dans ce monde, la vie divine est renfermée dans les limites de son existence terrestre. Mais quand cette enveloppe aura été brisée , alors la vie pourra se communiquer , car juscju'alors elle était bien restée en effet concentrée en Jésus-Christ ; les disciples eux-mêmes ne la possédaient point encore; ils ne vivaient pas d'une vie personnelle, indépendante, ayant son principe au dedans d'eux. Et puisque le Maître n'arrive à la gloire que par les souf-
tions des synoptiques. Préoccupé surtout des discours de sou Maître, Jeau aurait passé sous élance plusieurs c^cms moins importantes à ses yeux. li serait possible aussi queues faits omis par lui se fussent panée non pas avant mais après la visite des Grecs (Jean XU » tO). Alors ce serait pour arriver tout de suite aux derniers entretiens de Jésus aveo ses disciples que Jean aurait passé légôremeot sur tout la reste. Dans les deux cas la difficulté serait levée.
* Voici un nouveau caractère de Texactitude et de la fidélité histo* rique du récit de Jean. Philippe n*ose pas conduire lui seul les païens à Jésus; il en parle à André, et tous deux ensemble s^enhardlssent à le foire (Jean XH, S3).
voffnumL PRBaHmniiiKTs ra nisuft. 379
franceSy les disciples ne peuvent pas espérer d'y parrenir
par une autre voie ; ils doivent se préparer d'avance au
fenoncenient et à raffliction, pour arriver au but qui
leur a été assigné, a Celui qui aime sq vie par-dessus
a tout perdra la vie véritable , et celui qui tient pour
« rie& la vie terrestre au prix du royaume de Dieu, ob-
« tiendra la vie étemelle. »
A cette pensée du triomphe préparé par les souflhtnces y se renouvelle dans Pâme de Jésus la lutte dont BOUS avons déjà observé )e commencement \ — La vie divine n'étouiait point en lui les sentiments de la nature humaine, elle les maintenait seulement dans les bornes légitimes. Jésus n'est point insensible aux souffrances et à la mort, car alors il ne serait plus homme ; jusque dans la lutte contre la faiblesse physique, il doit nous servir de modèle ; l'idéal qu'il a réalisé ne consiste pas à détruire l'élément humain , mais à tout subordonner à la vie divine ; tel est aussi le grand objet, tel est le caractère de la vie chrétienne : faire éclater au sein de la faiblesse humaine la puissance de l'esprit divin. dL Maintenant, dit Jésus, mon âme est troublée, » Mais les frayeurs de la mort ne peuvent point obscurcir son esprit, ni ébranler sa volonté. U ne songe point à prier le Père de le délivrer des souffrances qui lui sont réservées, et le cri de la nature n'est point capable de lui faire oublier un seul instant sa divine vocation. U savait dès
i Voy. page i70.
380 NOUVEAUX PRBSSBlfTniBMTS DE mUS.
le commencement que ces luttes étaient inéTÎtables* : il s'y était librement soumis. Tous ses désirs étaient con* ceutrés sur un seul objet, la gloire de Dieu, et sur les moyens, quels qu'ils fussent, d'arriTer à la réalisation de ce but suprême. Et tandis qu'il s'adresse à Dieu avec l'expression d'une soumission entière et d'un renoncement absolu à sa volonté propre, ceux des assistants dont le cœur était ouvert aux impressions saintes, entendirent une voix céleste qui répondait à cette prière : « J'ai glo- « ri fié mon nom par toi et je le glorifierai encore. » C'està-dire que, jusqu'à ce moment, la vie de Jésus-Christ a été une révélation de Dieu, et que ses souffrances et sa mort ne serviront pas moins à glorifier Dieu en propageant son règne dans le monde '. — Mais, pour Jésus,
^ Jean XII, S7. « Je ne puis pas te demander de me déliTrer de cette «heure de trouble, car elle fait partie de ma vocation, et je ne suis <c pas venu pour y échapper, mais au contraire pour m*y soumettre. » Voy. les excellentes observations de Klikg, Studien und Kritiken^ 18S6, n* 8, page 676.
< Quand même le récit de Jean présenterait des difficultés qu'il serait impossible de résoudre, ce ne serait pas une raison pour le rejeter ou pour le regarder comme un mythe. — Admettons un moment Texplication mythique; supposons que le récit se soit formé diaprés Tidée juive du Bath'kol, que Jean ait voulu dire qu*une voix éclatante venue du ciel a déclaré que la prière de Jésus était exaucée, alors pourquoi igouterait-il que le peuple n*a rien entendu de ces paroles et n*a distingué que le bruit du tonnerre? Il aurait dû, au contraire, raconter le fait de manière à ce que les lecteurs fussent bien convaincus que tout le monde avait eu connaissance du témoignage divin. Il n'y a qu*un témoin oculaire qui ait pu distinguer ainsi ce qu*il avait entendu lui-même de ce qu'avaient entendu les autres.
Supposons maintenant qu'il s'agisse tout simplement d*un phénomène naturel auquel la conscience religieuse aura donné une signification surnaturelle, considérant dans ce cas le tonnerre comme un témoignage divin : il est clair, dans tous les cas, que Jean va plus k»n et quMl pré-
LA VOIX DU €IBL. 38i
la prière et Pexûacement sont deux choses inséparables. ^ 11 n'avait pas besoin lui-même d'un témoignage divin qui lui donnât la confiance : a Cette voix n'est pas pour « moi, dit-il) mais pour vous. » C'est maintenant que Dieu va être complètement glorifié. Par ses souffrances
tend bien avoir lui-même réellement entendu la voix céleste. Il faudrait alors admettre qu*il rattache le fait intérieur au phénomène extérieur. l\ donne à ce qui se passe en lui une réalité objective, et comme le tonnerre gronde en ce moment, il croit que c'est la voix qu*ii vient d'entendre. — Voici donc comment nous devrions nous représenter la chose : Les paroles de Jésus et le bruit du tonnerre qui survint dans le même temps, disposèrent de telle manière les esprits qui étaient ouverts aux choses spirituelles, qu'ils entendirent en eux-mêmes une voix divine répondant à la prière du Seigneur. Tous acquirent la certitude que Dieu écoutait et exauçait cette prière. Cette impression, Jean Ta rendue à sa manière et sous une forme différente de celle que lui auraient peut-être donnée d'autres narrateurs. Mais, sous ces formes diverses , le fait restait le même : Dieu exauçant la prière de son Fils. Si maintenant, à cette voix intérieure se trouve correspondre un phénomène de la nature (le tonnerre), cette simultanéité ne pourrait être expliquée que parunedispensation spéciale de Dieu. C'est Dieu qui parle aux sens comme à l'esprit; et nous comprenons que Jésus, qui sait que l'un et l'autre phénomène ont la même origine, représente aussi le tonnerre comme une voix de Dieu. — Mais Thypothèse sur laquelle repose cette explication est ellemême sans fondement. Rien ne prouve que les Juifs aient jamais pris le tonnerre pour un Bath-kol. Dans les passages rabbiniques, recueillis par Meuschen et Vitringa, il ne s'agit point du tonnerre, mais d'une voix éclatante comme le tonnerre^ ce qui est bien différent (comp. vol. I, page 187); et, dans l'Ancien Testament, le tonnerre est toujours considéré conmie un signe de la majesté ou de la colère de Dieu et jamais comme un signe de la grâce.
Que si l'on voulait alors prendre le mot voix dans le sens littéral, deux objections graves se présentent La première, c'est que, partout ailleurs dans le Nouveau Testament, les voix célestes dont il est parlé se ramènent à des phénomènes subjectifs. La seconde objection, c'est qu'ici la voix n'est entendue que de ceux qui sont dans certaines dispositions spirituelles. La perception du fait ne dépend pas seulement des sens mais de certaines conditions subjectives, c'est-à-dire que le fiait lui-même n'est point purement objectif
Nous croyons donc qu'il faut admettre deux faits : Un coup de tonnerre et une voix intérieure. Mais celle-ci ne peut être ouïe que par ceux dont l'âme sait reconnaître les choses invisibles. La foule incrédule n'en-
382 DERNIER AVERTUSEMENT SB lÀUS AUX JUIPS.
Jésus va triompher. Sa mort| qui terminé ^n cényre, signale le moment oà le jugement descendra sur le monde incrédule. Satan va être précipité de son trône. Le sacrifice du Christ est la défaite du mal. En accomplissant par ce sacrifice volontaire la rédemptioù de l'hu^ manitéy Jésus va triompher complètement du principe mauvais ; et du haut du ciel^ où il va bientôt être assis à la droite de Dieu, il délivrera tous ceux qui écouteront sa voix, et les élèvera eox-mômes jusqu'au ciel, par la comimunion spirituelle avec lui. Puis il termine ses exhortations à la foule par cet avertissement solennel : « Amendez-vous pendant que vous le pouvez encore. « La lumière divine n'est plus que pour peu de temps tf au milieu de vous; bientôt viendront les ténèbres. « Mettez à profit les moments qui vous restent! Pré* « parez-vous à recevoir en vous-mêmes, par la foi, cette « lumière céleste, à devenir, par la communion avec le « Fils de Dieu, des enfants de lumière ; afin que, quand a le flambeau vous sera ôté, vous ne marchiez point dans « les ténèbres et vous ne soyez point entraînés à une H ruine inévitable. i>
teDd que le toaneire; et les croyants^ absorbée dans ane oontemplatioa spirituelle, n'eatendent au contraire que la vrâ. Je suis beoreux de me trouver d'accord, sur œ styet, avec mon ami Kling, et j'abonde également dans son sens quand il dit qu'il vaut mieux reconnaître. franche ment les dilÛcultés que de faire violence au texte ou à Thistoire pomr arriver à des conclusions qui nons satisfinsent. V07. dans les ^udién und Kritikefiy Tarticle dégà cité à la page 380.
SECTION 111
LA TAAHISÔH DB JVDAfl.
Ici se termine Tactivité publique de Jésus. Dès ce momeuty le Seigneur cessa d^enseigner parmi le peuple. Il se retira avec ses disciples, et voulut passer seul avec eux les derniers jours de son existence terrestre, afin de les instruire encore et de les préparer pour la vie d'épreuves qui allait bientôt commencer pour eux. Mais avant d'aller plus loin, avant de contempler la majestueuse sérénité du Fils de Dieu à cette heure suprême, et la sublime grandeur qui éclate dans son abaissement, il nous faut jeter un coup d'oeil sur les circonstances qui furent cause de sa condamnation et de sa mort.
Nous avons vu que la mort de Jésus avait été résolue par le Sanhédrin. Il ne restait plus que la question des moyens. La fête ne paraissait pas un moment favorable ; on craignait le peuple. On se proposait donc d'attendre que la foule eût quitté Jérusalem. Mais on désirait beaucoup pouvoir du moins s'emparer de Jésus avant qu'il ne sortit lui-même de la ville \ Le conseil ne savait en-
^ Le passage Ifattb. XXYI, 5 ne proave pcmit d'aiUaurt que ce soH avant ou après la fête que Jésus a été saisi par ses ennediis. Si donc nous D'avioDs pas d'autres données, il faudrait laisser cette ques^on indécise ; ou plutôt il n'y aurait pas de raison de rejeter oomme inexacte la chronologie des trois premiers évangiles qui font coïncider avec la Pàque les événements de la passion. ^Les pharisiens, connaissant les dispositions du peuple, ne voulaient pas se saisir publiquement de Jésvs, de peur de provoquer quelque émeute. Gomme ils D^avaient pu réussir