LA TRAHISON DE JUDAS
core quel parti prendre^ lorsqu'une occasion imprévue se présenta : Un disciple de Jésus, Judas de Carioth| proposa aux pharisiens de leur livrer son Maître \.
Ici se présente une question difficile. Quels motifs purent pousser Judas à commettre un crime si odieux? On a peine à comprendre qu'après avoir vécu si longtemps avec Jésus, après avoir écouté ses enseignements, après avoir vu ses miracles et reçu tant de témoignages de son amour, il ait pu concevoir et exécuter un aussi coupable dessein. Certainement quand il vint pour la première fois vers Jésus il était animé d'autres sentiments *. Ses dispositions étaient les mêmes que celles des autres disciples ; et si Jésus le mit au nombre des
à le prendre avant la fête, ils auraient donc résolu d'attendre ju»qu*à ce que la foule eût quitté Jérusalem. Mais Jadas étant venu sur ces entrefaites leur offrir de leur livrer secrètement son Maître, ils auraient saisi avec empressement cette occasion de hâter leur vengeance sans s'exposer au danger qu'ils redoutaient. ~ Mais cette opinion ne nous parait pas admissible. Nous verrons, plus loin, qu'il y a des arguments très forts pour établir que la crucifixion du Seigneur n'a pas en lieu le premier jour de la Pâque^ comme les synoptiques conduisent à le supposer. Nous croyons donc que c'est bien réellement avant la fête que Jésus a été livré, jugé «t mis à mort. De cette manière, la difficulté se trouve résolue encore en faveur de la chronologie de Jean.
1 Matth. XXVI, 14; Marc XIV, 10; Luc XXII, 8. Les synopUques s'accordent pour placer l'entrevue de Judas avec le Sanhédrin, non pas le soir même où Jésus fut livré, mais avant ce temps. Le passage Jean XIII, 26 ne s'applique donc pas à la première idée de trahison entrée dans l'esprit de Judas, mais à l'exécution du projet déjà conçu. Jean déclare lui-même (XIII, S), aussi bien que les synoptiques, qu'avant le souper Satan était déjà entré dans l'esprit de Judas. Le traité était conclu; le prix de la trahison était convenu. Mais Judas ne savait pas encore quel moment il pourrait choisir, et c'est sans doute à la fin du souper qu'il avait arrêté son plan.
« Voy. vd. I, p. J«7.
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apôtres, sMI le reçut dans soo iatimité^x^eât qu'il avait, reconnu en lui des aptitudes qui, bien dirigées, pouvaient en faire un serviteur fidèle et utile. Cela ne veut pas dire cependant qu^à côté de ces bons éléments il n'y eût pas déjà alors les germes du mal dont nous voyons ici la triste et dernière manifestation. Jésus avait discerné les uns et les autres ; mais il pouvait espérer de vaincre, par son influence, les dispositions mauvaises dans le cœur du disciple \
Si maintenant nous voulons caractériser plus exactement le mobile qui fait agir Judas , il semble de prime abord que ce soit l'amour de l'argent. En effet , Jean nous dit (Xll , 6) que Judas avait la bourse comomne, et qu'au lieu de garder fidèlement le dépôt , il s'enrichissait aux dépens des antres ; et les synoptiques nous apprennent que la récompense promise au traitre par les pharisiens était une somme d'argent. On pourrait donc croire qu'après avoir épuisé tous les autres moyens de satisfaire son avarice, et abusé à diverses reprises de la confiance de son Maître, Judas ait fini par concevoir le projet d'exploiter à son profit la haine des pharisiens en leur livrant Jésus pour de l'argent.
Mais cette opinion soulève de grandes difficultés. Si la
1 Jeao YI, 64 ne dit pas expressément que Jésus connaissait dôs km Jadas comme un traître. Le sens général est que le Seigneur discernait dès Tabord les dispositions intérieures de ceux qui venaient à lui. Mais quand même la pensée de Jean irait au delà, on ne devrait pas s'en étonner. L*évangéliste, écrivant après les événements, aura po focilemaiit donner aux paroles de Jésus, relatives à Judas, un caractère pins précis qu'elles n*avaient en réalité.
3M Là TRAHtSOlf Dfi lUDAtf.
soif du gain était «i grancle chez Indas, on ne comprend pat que Msas eût choisi un tel honame pour en foire un apôtre, et que celui qui satait si bien assigner à chacun le rèle qui convenait à son inditidnalité eût confié Tadminialratiofl du trésor commun précisément au moins fidèle. Et s^il avait reconnu que le reproche fait à Marie pour avoir répandu un parfum précieux*, provenait du même sentiment, comment expliquer qu'il n'y eût pas fait allusion dans sa réponse*? L'accusation de Jean (XII, 6) est évidemment postérieure à la trahison. C'est quand on sut que ludas avait livré son Maître pour de l'argent, qu'on reporta sur ses actions antérieures l'accusation d'avarice. Autrement, s'il eût été dès lors reconnu pour larron, on n'^irait pas continué de lui confier la bourse. — Les paroles de Jésus ne renferment aucune trace d'une accusation de ce genre à l'égard du faux apôtre. Jean a pu expliquer par Tamour du gain la conduite de Judas, mais Jean a pu se tromper'. Si Judas n'avait
^ Voy. f\nê haut) page 840.
* Voir sur oet^jdl on eniUiDt trmmtl, intttttlé Mtuê et Jmia$, par le Dr. Gustave Schollmeyer^ Lfinebourg, 1986.
» C'est à tort que Strauss (Vie de Jésus^ 3« édition, t. U, p. 4M) me rôpTQ^e (fètre iei en contradialion avec moi-mêitte, parce que, admettant Tauthenticité du quatrième évangile, j'accuse, dit-il, Tapôtre Jean de calomnie. La trahison de Judas donnait le droit de supposer des motifs oooyaMesà saooodulte antérieure. On ne peut certainement pas exiger de ^Btn une firotde impartialité envers celai qui a livré son Maître. Jean a pQ se tromper, mais c'est une erreur innocente; on ne peut pas ap pele# cela uae calomnie. D'un autre côté, les sentiments que Jean devait lUMmUemeift épro«rvef pour Judas permettent, sans porter aucune at teinle as caractère de TapMre, de ne pas accorder à son témoignage, sur ce point, un^ confiance absolue.