LE DERNIER REPAS DE JÉSUS ATEC SES DISCIPLES
Cependant Jésus s^ayançait avec confiance au-devant de la mort. Quelques membres du Sanhédrin lui étaient secrètement attachés, et c'est sans doute par eux qu4l avait été instruit de la trahison de Judas. U prévoyait qu'il serait séparé de ses disciples avant qu'ils pussent célébrer ensemble la Pàque. Mais il voulait pourtant, avant de les quitter, prendre avec eux un dernier et solennel repas. Ce repas devait désormais remplacer la P&que et serait pour les chrétiens le signe de la communion dans la vie nouvelle , comme la Pâque était pour les Juifs le signe de la participation commune aux biens de l'ancienne alliance ^ . Peutrétre pour échapper aux embûches des pha-
1 Nous 8Ui>po60D8 Rvec Ideler, tûcke, ^offert. De Wette et Bleek que le jeudi dans lequel eut lieu le dernier repas de Jésus n^est pas le 14 Nisan^ c'est-À-dire le premier jour de Pâques, mais un jour avant et que, par conséquent, c'est le soir de la crucifixion (le sabbat) que la Pâque commençait cette année-là. Cette bypothôse repose sur Tévangile de Jean. Yoy. Jean Xin, 1 et S.— D'après XVIII, 28, les membres du Sanhédrin ne voulurent pas entrer dans le prétoire, afin de ne pas se souiller et de pouvoir manger la Pâque. Dans Jean XIX, 31, le jour de la crucifixion est regardé comme un jour ordinaire. On ne trouve point étrange que des criminels soient exécutés ce jour-là, mais on pense à enlever les cadavres avant le sabbat qui était doublemiNii lolennd parce qu'il aMnmeoçait la fête. — Cette opinion est beaucoup plus vraisemblable que celle à laquelle paraltraîent eomhiire les synoftiques. Car sapposens que le Sanbédrin,
39A DBRIIIVR RKPAS DB IBÇUS*
cisieos, qui Toulaieat se sai$ir<le M aTaot U CUei et pour pas$er encore que]que9 momento avec ses disciplesi était* il allé, le jeudi 13 Nisan, à Béthanie. De là il envoya devant lui, le lendemain, Pierre et Jean à Jérusalem pour faire les préparatifs du repas; Afia de tenir la chose se-
pressé de m débarrafisèr de Jtêsds, n*eût pas tectlè dévaht là violation d'un jour aussi saint, comment admettre qu*on eût également attendu ce moment pour exécuter d'autres criminels, comme, pour mettre en liberté celui (fui, chaque atmée, obtenait sa grftce à Vwxasion de la fête? On comprend au contraire i|ue les JuiDs aipnt pressé le jifgement et Texé^ eu tien des coupables à cause de l'approche de la Pâquè. — Remarquons ftn outre avec Lû«ke qui» atUnt Paul qui, iUl» \ Oei*. V, 7 c»ppoM U Hiaçat chrétienne à la Pâque juive et représente Jésus-Christ comme Ja Pâqne spirituelle, ne donne dans i bor. Xl, 28 aucune détermination à l*égard du j4nr, et ne dit point que ce jour corrôipcnule à c^lui de la P^ue juive. Le passage Matthieu XXVI, 18, séparé du contexte, ne semblerait-il pas tiKsi avoir œ sens : « OcMoamfe le tsnpt de mon départ âpproefae, je veux « célébrer la Pâqne aujourd'hui ; le ne puis pas attendre le jour ordi- «t naire.» D'après Luc XXUI, 54,1e jour de la crucifixion est égalemeat r^préeen^ comme un Jour ordioain (^s lequel le» Juififue seibnt pae scrupule de se livrer à une occupation quelconque. Gemment entendre iMla 4u premier jour de P&queel SI meinisnant ttoos songeons que 1«b premiers chrétiens s'occupaient peu de déterminations chronologiques, que les judéo-chrétiens continuaient dé délébrer leé anciennes tetes, entre A&ires. la Pâque, tiod Jésus Idi-méme avait làitaUasion aii r»j[^rt de la Pàque juive avec la sainte Gène et que les pagano-chrétiens n'eurent 4%tierd pas de {oen 4e Me, on oDuptend ({M YSM aH pu ficilement se répandre que le dernier repas de Jésus était une Pftque ordinaire, et comment les synoptiques ont placé la mort du Seigneur dans le premier jour de la fête (le lenàemain)*. — Mais ce qu'on ne comprendrait pas, <i'est que l'auteur du quatrième évangile eût pensé à se mettre eu contradiction avec la tradition généralement reçue, et qu'il eût réussi à fdre adopter son opiniofi. — Tout d'ailleurs s'accorde ches Jean, tandis que les synoptiques sont parfois en contradiction avec etnt-mèmes.— Lee àfaciennes discussions sur ce siijèt nouseont trop peu connues pour que nous puissions déterminer quel usage on faisait, dahs l*origine, des récite évangéliques. Apollinaire d'HiérapoIis, Clément d'Âletandrie, Hippolyte, qui défendaient l'opinion des chrétiens d*Occîdent, en appelaient à l'évan-
* Il se faut pat oabHer ^e la fftle été paint tasi tetaln aa MunaaQait qM le Ifndcfluitt du jour aè l'oo avait latagé l'afaeaa paa^^ Vogr. Lév* XJa9i,'e; KoBb. XXVIU, 17. Né^pdar proil 49a |ea ajoai^liqMiMt Mafendi |^ dffwi^ws* (IVa4.)
rfSUS LATB LES PIEDS k SES DISCIPLES. ^5
crête, il ne leur dit point le nom de la per^pne dxe% qui ils devaient se rendre ; il leur fit seulegient conr naître le signe dont il était sans doute convenu d'avance avec son hôte \ Ce repas est surtout remarquable à caujse de deux faits importants : Jésus lave les pieds de ses discipleis et il institue la sainte Cène.*. Nous allons e^^e^aminer successivement ces deux laits.
Comme les idées grossières des disciplesi idativement au règnes du Messie, persistaient encore ^ Jésus voulut, avant de les quitter, laisser dans leur esprit une impres^ sion durable qui réagit constamment contre leur dispo* aition à se laisser s^uirepar des espéjpançei; trompeuses et charpelles Ml se mit donc à leur laver les piedç avant
gile le ton p^or pitm^w que ie ^aier r^pos ae Jéibi »'éftalt ptlnt ma Pâqae proprement dite. Voir le Chronicon pascha^e Alexofidrinum Ed. I9nBUBii. Polycrate â'Ephèse semble adopter TopiDion contrait^. Voyez Çi]8ÀBK, Bût, Ecoles, y, 24. v^a Mp8«y t^v i/iifcdv x^ v$9w4fimioiu itxérviç roO nttvxoL x«t ro cvayyiW. Que cet cuayyiAtov SOit celai de
Jean OU plutôt lea quatrt dvàigiles eottettOle, il resie toujours à comprendre comment Polyorate -accordait le récit de Jean avec la manière dont dn célébraU la Pâque à Ephèse et dans toute TAsie Mineure. Voyei llartlclA de RettDerg dans IUbhi Zeità$hHfi fôr hi$tùriidke tMçhgie Qî 2, p. 219. idais diaprés un autre passai le ii/iiptt dont il est question ne ^eut pas être le jour de la Pàque juive : mkreon nl)v ^/ti^v ^yayo» ol 7vyyevfT$ fiorj, orctv râv Iwial^v b Xeiàç ^uc r^l^y Çv/Aqv. -^ Dès lors le jour dont il s^agit plus haut serait le jour de la mort de Jésus, ce qui s*aooorderail atec rérangiie de Jeao. D*aprèB un passage du livfe â*Hip* polyte, sur la pâque {Chronicon Pasehale, p. 18), Jésus aurait prédit à ratance quHl ne mangerait plus de r agneau pascal.
» Matth. XXVI, 17; Marc XVI, 12 ; Luc XXII, 7.— Je ne puis rien voir de merveilleux dans cette circonstance. Il n*est pas môme certain que Luc (XXni, 13) ait voulu signifier un fait surnaturel.
< Saint Jeau ne parle pas de Tinstitution de la Cène parce que, au temps où il écrivait, c'était une chose parfaitement connue dans toutes les églises chrétiennes.
3 Jean XUl, 1 et suiv.— Gomp. MicXÎOi 9#» i7« J«p*iiai pu jM^i'à
396 DBRKIER RBPA8 DE JESUS.
le repas. Cette conduite était pour les disciples quelque chose de bien étrange. Gomment concevoir, comment souffrir que leur Maître vint remplir auprès d'eux Poffice d'un esclave! Mais le respect méme« qui était la cause de leur répugnance , les empêchait de Texprimer ouvertement ; ils n'osaient pas opposer de résistance à la volonté de Jésus. Pierre seul se hasarda à prendre la parole : «Quoi, Seigneur, dit-il, tu voudrais me laver « les pieds! » Jésus lui répond qu'il comprendra plus tard les motifs de cette conduite; et comme l'apôtre résiste encore : a Si je ne te lave, lui dit-il enfin, tu n'au- « ras point de part avec moi. » C'est-à-dire qu'il faut en toute chose être soumis à la volonté de Jésus. La disposition capitale est celle d'un entier aban^km au Fils de Dieu ; il fallait que, dans cet acte spécial, saint Pierre se montrât animé de cette disposition sans laquelle toute participation au royaume de Dieu est impossible. — Mais ces paroles ont aussi un sens spirituel , que Jésus avait sans doute également en vue. Il fout être lavé, purifié par lui pour pouvoir entrer dans sa communion. — On ne saurait être admis d'une autre manière au nombre des enfants de Dieu. Frappé par cette déclaration redoutable, Pierre s'écrie alors : « Puisqu'il en est ainsi, Sei-
dire avec Gfrœrer que le passage de Luc n'aurait aucun sens 8*il ne se rapportait à cette circonstance, car le mot ^tocxovav pourrait s*entendre, d'une manière générale, de V abnégation qui est le caractère de la vie de Jésus-Christ. Jésus est venu pour servir les autres. Comp Matth. XX, 28. —Mais les paroles citées par Luc sont évidemment les mêmes que celles de ieim XIU, iM9 et font allusion à la droonstanoe ici mentionnée.
LA TRAHISON DR JUDAS PlfolTB. 397
« gneur, lave-moi, aon-seulement les pieds, mais aussi « les mains et la tête. x> « Non, répond Jésus, cela n'est c( pas nécessaire ; celui qui s'est une fois lavé (baigné) « n'a plus besoin que de se laver les pieds. x> Allusion aux usages des Orientaux. Celui qui vient de se baigner a le corps net; il n'a plus besoin que de se laver les pieds qui se sont salis au sortir du bain. — Voici maintenant le sens de cette image : Celui qui a reçu par la foi le principe de la purification spirituelle, celui qui est pur au fond du cœur n'a plus^besoin que d'être purifié du péché qui est resté attaché à lui. Les apôtres avaient déjà reçu dans leur âme l'amour principe de la vie; dans ce sens ils étaient purs ; mais ils avaient maintenant besoin d'être de plus en plus animés de ce principe nouveau, jusqu'à ce qu'ils en fussent complètement pénétrés. «Vous êtes purs, leur dit Jésus, mais non pas a tous, D ajoute-t-il, en songeant à celui qui devait le trahir. En faisant allusion à diverses reprises à la trahison de Judas, il voulait prévenir les dangereux effets que cet événement aurait pu avoir sans cela sur la foi des apôtres, et leur montrer qu'il savait d'avance ce qui avait dû lui arriver (voy . Jean XIII, 19) ; peut-être aussi voulait- il faire une dernière tentative pour toucher la conscience de Judas. — Alors, saisi de tristesse à la pensée qu'un des siens va devenir l'instrument de ses souffrances , il leur dit ouvertement : « L'un de tous me <( trahira S A ces mots qu'ils ne comprennent pas d'à*
* Matth. XXVI, U : Marc XIV, 18 ; Luc XXII, «1 ; Jean XHI, Î1. Nous
39S DBRNIEA ABPAS DB J&US.
bordy les disciples se regardent les uns les autres ayec un profond étonnement. Pierre y selon sa coutume, est le premier à questionner; mais n*osant pourtant pas s^adresser à haute voix à Jésus, il fait signe à Jean, qui était assis à côté de son Mattre, de demander Texplication de ces étranges paroles. Jésus répond en désignant clairement Judas \ Cet iûddait devait nécessairement, on bien pénétra Judas de repentir et Tarrêter sur la pente du crime, ou bien le déterminer à quitter immédiatement une société qui devait lui être odieuse. — C'est ce dernier parti qu*il choisit. Il se lève, et comme il sortait , Jésus lui dit : « Fais au plus tôt ce que tu as ré- « soin de faire. » Ces paroles n'ont point pour objet d'encourager Judas à l'accomplissement de son dessein criminel ; elles auraient pu produire sur lui une impression salutaire , si sa conscience n'eût pas été complètement étouffée. Mais du moment que sa décision est prise, Jésus le presse d'agir promptement, afin d'abréger ces moments de douloureux combats^.
Judas parti, c'était le signe que Jésus allait être livré
saivôns le ré(;it dt Matthieu qui place cette circonstance an commencement 414 repas, Hais Jean est le seul qui explique clai^emeAt eommenC ces paroles ont été amenées.
^ D'après Matthieu (XXTt, ^), Judas aurait aussi defmandé à Jésus : a Est-ce moi T » et reçu uue réponse alllrmative. n faudrait tl^posor alors que, témoin de Tétonnement des disciples, Toyant qu*on interroge Jésus et que Jésus répond à voix basse, Judas eraint d*étrt déooufert et veut savoir ce qu'il en est.— Mais peut-être aussi ne fiiut-il voir dans ce Irait qu'une amplification non historique ajoutée par le narrateur.
> n y a donc dans ces paroles une allusion aux luttes ^irituellea de Jésus, omises par Jean mab rapportée^ par les synoptiques.
wfsrmnnoN 1>b la cè«E. 399
à ses enaetnis, M que sa mort était décidée. « Mainte- € nant, dit le Seigneur, le Fils de rkomme est glorifié. \ -*-Li68 90uflk*ances et la mort ont manifesté l'idéal de « la sainteté et de la perfection humaine , et Dieu est « glorifié en lui. —La perfection de la nature humaine, cr c'est la glorification de Dieu en elle; c'est la révéla- « tion de Dieu en sainteté et en amour. ~ Et si Dieu « est glorifié en lui, Dieu le glorifiera ^ » Pour ce qui est de l'institution de la sainte Gène , nous
^ ten un, 8i-ia. EyKteiQiiie&t lee mots h mtr^ tu h i«eurf se cor» respondent.— Le sens est qu'après avoir été glorifié en Jésus, Dieu gloriflerâ Jésus en relevant an ciel.
Nous partons de l'hypotbèse que Jésus voulait éloigner Judas avant de célébrer la Gène. Or les paroles Jean XIII, 81 et 32 se rapportent au départ de Judas et ont pir conséquent été pronoseées aiwit THistitutioii. — Il faut donc placer le récit de la Cène après le v. 8S. — ^Blais dans quel endroit V-Cela ne peut pas être entre le v. S8 et le v. 8(î, car alors Pierre aurait eu Fesprit trop rempli par ce qu'il vient de voir et d*apteiidre pour songer aussit«5t aux paroles du v. 88 et demander à Jésus « Où « vas-tat »— liions croyons donc que k rédi de la Qèae doit être pteoé immédiatement après le v. 32. Strauss objecte {Vie de Jésus^ Ille édit. p. 459) que ces mots : « Dieu gloriaera bientôt son Fils » et ceux-ci r «Je « ne suis {dus que pour un peu de temps avec vous » doivent st suivre et ne forment qu'une même pensée. Mais il semble plus naturel d'admettre une panse apnto le y. 83. Lee paroles du v. 88 se nttaebeat aussi bien à Tinstitution de la Cène qu'au v. 82. Jésus va quitter ses disciples, mais il leur promet de rester toiig'onrs en communion , en relation vivante avec enoL— Gomme Jeaa ne parie pas de Tiostitution de la Gène, Gfreerer a voulu en conclure que les paroles de Tinstitution ont été ,en effet, prononcées par Jésus, mais non pas dans le sens spécial qo>oo leur a d^Nils attribué. Gfherer explique de la sorte le silence de Jean ; mais cette opinion est en contradiction avec elle-même, car si, dans les églises apostoliques, Jean prenait part à la Cène, copune Gfrœrer le reconnaît* il admettait donc, lui aussi, le rapport des paroles saCrameu telles de Jésus avec cette instttntion, et Ton pourra toigours demander avec la même raison comment donc il ne cite pas ces paroles mémorables.— Quant à Tbypotbèse qui déduit le christianisme de Tessénisme et cherche dans les repas des esséniens Toriginedela Gène et des agapes, elle manque complètement de base historique et n'a aucune valeur.
400 insTiTOTioif DB u (jmi*
devons surtout nous attacher à la relation de Luc \ qui est la plus exacte, et avec laquelle s^accorde parfaitement celle de Paul dans 1 Cor. XI, 23. Jésus commence \ïar déclarer à ses disciples quMl avait vivement désiré de manger encore une fois, avant de mourir, cette dernière Pâque avec eux, car c'est, dit-il, son dernier repas jusqu'à ce qu'il mangera avec eux dans le royaume de Dieu. — Alors il prend la coupe, et après avoir rendu, grâces il la fait passer aux disciples, ajoutant de nouveau qu'il ne boira plus de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce qu'il boive un vin d'une nature supérieure dans le royaume de son Père. Après avoir ainsi préparé leur esprit en vue de la séparation qui s'approche et de l'institution qu'il veut leur laisser pour mémorial de sa mort, il prend un des pains et le leur distribue en leur disant que ce pain rompu est l'image de son corps qui va être aussi rompu pour eux. Ensuite il leur fait de nouveau passer la coupe, ajoutant que le vin représente son sang répandu pour eux. Ainsi le pain rompu et lé vin distribué signifient une même chose , c'est le mémorial du dernier repas de Jésus , et Jésus répète deux fois cet acte , pendant le souper et après le souper, afin d'en graver plus profondément le souvenir et la signification dans l'esprit des apôtres.
La prière d'actions de grâces qui précède l'institution, correspond à celle que prononçait le père de famille avant
« Luc XXU, 15. Ck)mp. Matth. XXVI, 96; Marc XIV, iS.
mSTlTUTION DE LA C^NB. 401
le repas de la Pâque. Et comme celle-ci avait un double objet y d'abord de remercier Dien pour les dons de la nature, ensuite pour la délivrance de la captivité d^Egypte, nous pouvons supposer que celle de Jésus avait aussi un double but correspondant. U rendait grâces à Dieu d'avoir créé toutes choses (le pain et le vin , symboles de tous les dons de Dieu) pour Thomme, mais surtout de l'avoir envoyé lui-même mourir pour sauver le monde en le délivrant du péché, et pour établir entre Dieu et l'humanité une alliance nouvelle \ — Maintenant quand il dit : ce Ceci est mon corps et ceci est mon « sang, » il est bien clair qu'aucun des disciples ne pouvait prendre ces mots à la lettre, puisque Jésus était présent corporellement. Si c'eût été la pensée de Jésus , il l'aurait présentée comme quelque chose d'étrange et d'extraordinaire, et, de leur côté, les apôtres n'auraient pas manqué d'exprimer leur étonnement et de demander des explications. Mais dans un moment pareil , lorsqu'il s'agissait d'établir un signe visible de la communion spirituelle, ces paroles ne pouvaient être prises, comme tout le reste, que dans un sens symbolique : a Ceci re- « présente mon corps et mon sang. Lorsque vous vous « rassemblerez pour célébrer ce repas , en mémoire de « moi qui donne ma vie pour vous , soyez assurés que
1 Ces deux choses sont inséparables. La rédemption a rétabli le rapport normal entre Thomme et la nature. Une fois rentré dans la communion avec Dieu, l'homme comprend comment la nature n'existe que pour son bien, c'est-à-dire pour que Dieu çoit glorifié en elle par le moyen derhumanité.
Il 26
MS UI8TITUTKW Di U iàBRf
a je ser^ alojrs spiritu^emeatayecTous comme j'y suis « mamt^naat. Que ce p^ia et ce ¥in fous représenteot ff mon corps et moa sapg, c'est-ji^diiie me présence « corporelle. y> VoUà comoienUes dw^ple^ durent compren(}re fces pérores. Elles n'étaient 4'ail}eiirs pes non- Telles povr ^fl|L. Dans son entretien ayee les iuifis dans la synagogue de Gapernaûm S Jésus avait déjà dévdoppé la «oéme pen9ée. Manger sa chair ei bom son sang était le signe de la commianion intime qui doit euster entre lui et ses disciples > et c'est dans le même sens qu'il dit en leur donnant la coupe : a Ceci est le sang de la nona Telle alliance répandu pour la rémission des péchés '. i>
SECTION V
DBUilERS BlfTRBTONS DB JÉSUS ATSC SBS DISCIPLES.
Après avoir donné de cette manière à ses disciples le signe et le gage d'une communion supérieure et permanente avec lui , Jésus cherche par ses exhortations paternelles à les fortifier de plus ep plus dans les sentiments dont ils devaient être alors animés '. « Mes enfants, leur « dit-il y je suis encore pour un peu de temps avec vous ;
* Voy. p. 198.
* La rémission des péchés est la base de Tœavre rédemptrice. Elle a poar condition la mort da Fils de Dieu. Le sang de Jésus-Christ est donc le sceau de la nouvelle alliance et la condition du pardon des péchés.
» Voy. Jean XIU, 88.
DERNIERS ERTRSTIRIIS DE itsUê AYEC^BÊÊ DISCIPLES. 403
c( ensuite vous me chercherez et , comme je l'ai déjà € dit aux iuiby qu'ils ne peuTent venir où je vais, « je TOUS le dis aussi ^ Je tous donne un commtnde^ « ment nouTean , saToir qpae tous tous aimiez les uns « Les autres comme je tous ai aimés. A cda tous te^ « connaîtront que Tmis êtes mes disciples ^ si tous avez <c de Pamour les uns pour les autres. )» L'amour est ici présenté comme le trait caractéristique de la nouTelle alliance fondée par l'institution de la Gène^ et qui Ta être scellée du sang de Jésus-Christ. Déjà, il estTrai, l'ancienne alliance renferme toute la loi dans l'amour de Dieu et l'amour du prochain ; mais le commandement est noureau , en ce sens que c'est dans le fait du sacrifice Tolontaire de Christ que l'amour Ta se manifester pour la première fois dans toute son étendue. ^L'amour consistera désormais à sacrifier saTie, à l'image de Jésus, pour le salut du prochain. C'est là le principe nouTeau qui formera le trait distinctif de la rie de l'Eglise chré*^ tienne. — Ce commandement était aussi nouTeau pour les disciples y en ce sens qu'ils n'aTaient pu le comprendre jusqu'alors y et que la mort de Jésus pouTait seule leur en réréler la Téritable signification.
Ce qui aTait le plus riTement frappé les disciples c'était d'entendre parier Jésus d'une séparation prochaine. Leurs idées étaient encore trop peu spirituelles jpour
* Pas dans le môme sens pourtant. Car les Juifs sont séparés entièrement de Jésus par leurs dispositions; tandis que les apôtres ne sont éloignés de lui que dans le sens matériel. Mais spirituellement i(s demeurent toï^oors étroitement unis avec loi.
404 BBINIBRS RNTRRTIBNS DR JESUS
leur permettre de comprendre de telles paroles, a Maître, u où vas-tu donc? s^écria Pierre saisi d'étonnement. Tu « ne peui pas maintenant me suivre là où je vais y réa pond Jésus, mais plus tard tu viendras après moi. » — Mais cette assurance ne suffisait pas à l'impatiente ardeur de Pierre. Plein de confiance en lui-même, dans son affection, dans son courage : « Et pourquoi, dil-il, « ne pourrais-je pas te suivre maintenant? Je suis prêt « à donner ma vie pour toi. » Alors Jésus, connaissant ce qui devait arriver et comment Porgueilleuse témérité de Pierre se démentirait elle-même, lui répond par cette prédiction redoutable : « En vérité, je te dis qu'avant a que le coq ait cbanté, tu me renieras trois fois\ »
Les trois premiers évangiles rapportent plusieurs paroles détachées prononcées par Jésus dans ce dernier repas. Ces paroles ne se trouvent pas dans le quatrième évangile, mais Jean s'est attaché exclusivement i re* produire les discours plus étendus et dans lesqo^ Time de son divin Mattre se montre toute entière. Comme les disciples étaient encore, malgré les avertissements multipliés qu'ils avaient reçus, peu préparés aux événements qui s'approchaient, Jésus cherche de toutes les manières à les y préparer. U leur rappelle l'époque de leur première mission *. Il leur avait recommandé alors
« Jean Xm, 86. Gomp. Matth. XXVI, S8; Marc XIV, S9; Lac XXH , SI. Ce trait remarquable est clairement établi par les trois témoignages indépendants de Matthieu, de Lac et de Jean. Mais Jean est le seul qui le place dans son enchaînement naturel.
* Luc XXlIf 86. Gflrœrer prétend que ces paroles sont d^origine posté-
AVEC SES DISCIPLES. 40o
de ne rien prendre arec eux et cependant ils ne manquèrent de rien. Les esprits étaient favorablement disposés envers eux parce qu'ils Pétaient envers leur Maître. C'était le moment où le bruit des miracles de Jésus attirait de toutes parts la foule sur ses pas. Mais aujourd'hui les circonstances sont bien différentes. Leur sort va changer avec celui de leur Mattre. Un sombre avenir s'avance pour eux comme pour lui. Mais au lieu de leur présenter cette idée d'une manière abstraite, Jésus se sert d'une image, selon sa coutume. « Autrefois, je « vous disais de ne rien prendre avec vous, parce que « vous seriez partout bien accueillis; maintenant je vous « dis au contraire : Que celui qui a une bourse prenne « aussi un manteau, qu'il se pourvoie de toutes les cho- « ses nécessaires pour le voyage , et que celui qui n'a « point d'argent vende son habit et s'achète une épée. » C'est-à-dire que maintenant leur position est tout à fait changée. Non-seulement l'hospitalité leur sera refusée, mais leur vie même ne sera plus en sûreté. A la place de la bienveillance, ils ne trouveront plus que la persécution. La manière dont Jésus s'exprimait montrait assez qu'il ne fallait pas prendre ses paroles à la lettre, mais seulement comme des images, et il leur suffisait d'ailleurs de se rappeler le discours de la montagne pour
riçure; pour preave, il allègue le manque de liaison entre Luc XXII, 36 et 37 (Voy. Beiiige Sage^ I, p. 836). Mais la liaison est cependant facile à saisir ; Tignominie de Jésus rejaillit sur ses disciples, et c'est pourquoi leur conduite va maintenant changer on même temps que leur i»osition vis-à-vis du monde.
406 DERNIBIB «mSTURS DE JESUS
comprendre que leur Maître ne voulait pas leur recommander de prendre des armes pour se défendre contre la haine de leurs ennemis. Il Youkit les rendre attentife aux dispositions avec lesquelles le monde allait désormais les accueillir y et aux persécutions qui allaient commencer d^abord contre lui-même. Mais, au premier abord, les disciples ne comprennent point et, sans s'être donné le temps de réfléchir, l'un d'eux s'écrie \ c Tiens, Maître, a en Yoici deux d'entre nous qui ont des épées. » Mais la réponse de Jésus devait leur montrer combien ils avaient mal compris. «C'est assez» leur dit-il; ce qui ne signi^t certainement pas que deux glaives fussent suffisants pour leur défense, mak qu'il ne s'agissait pas de cela, qu'il fallait pousser à autre chose et ne pas s'attacher minutieusement à une expression isolée^ mais au sens général de ce qu'ils avaient entendu.
Toujours préoccupé de la même pensée, attentif à préparer les disciples aux épreuves qui les attendent, Jésus leur adresse alors ces paroles que TapMre Jean nous a conservées*.
^ Peut-être est-ce encore Pierre qui parle ici poar les autres. Pierre était en tont cas un des deux apôtres qui étaient munis d*épées ou de couteaux. Voy. Jean XVm, 10.
* Il faut bien peu connaître la nature humaine pour s'étonner que Jean ait pu, même après lés douloureuses circonstances de la passion et de la mort de Jésu9, se souvenir encore de ces paroles. Une impression profcmde se conserve dans Tàme à travers des époques de trouble on d'angoisse.—D'ailleurs, le trouble des apôtres ne dura que peu d^ temps; la résurrection de Jésus vint bientôt communiquer à leur vie spirituelle une impulsion décisive. Combien ils durent alors repasser dans tour souvenir les choses qu'ils avaient vues et entendues ! Les événements leur rappe-
AVBG èU ittBCiPlÉi. Vn
Comme il les voif abattue par tètit ce qtillà viennent d'ênfendrè il commence par leur dii^ : <( Qtie f otré <c cœur ne soit point trôuUé, confies-totts èti Diea et «( confiez-vous en moi. » H împdHât bèaneonpi ^e lés* apôtres ne se hissaiirèni jMtô Gstéàlst àÈûÈ Uwt ^i 2 cansede Fabsence de lotir BbilM; et M è^tKagiM^isettt pas être abandonnée fi énx^titêfttéfsV pi^éé de Ik côm«* mmiion spirituelle ateè lu). Il y A ^faoéf jioiti' totis dailâ le royaotfte de Dieu ; JésM ne sfèri Va (né mefuK) ^ué pour leur préparer tinfe dèÉftéu^ (p6tir fhèifter an fciéljf. Qoand son cèuTre ^ra «rôèMripKe,- dots il retiendrai ti les prendra àtee Itfi^ àftn ^ là 6Ù il e8t ils ^ éotent aussi \
Ceci pourrait s'entendre de la Ténue de CSirisi à la fin du moAde ; mais comme il est tjfieB&ati d'un éréne^ ment prochain j d'une eoA^Mion qui doit être àecor*
laient 6t lear expliquaient en les accoOiplissant les promesses du Seigneur Goitinieat donc Jeao aarait-il ^ otibKer les croies <|«tf avaieM produit sur son âme une impression si profonde? Il est vrai qu*il n^écrivit son étangîle que dans un Age fort avancé, mais que de ibis il avait auparavant raconté de vive voix ce qu'il mit alors par écrit ! Noos somudef donc pleinement aurorisés à admettre Tauthenticité de ce discours, sans néanmoins prétendre que les expressions soient exactement celles de Jésus. Ce quedit Irénée à propos des enseignements de Polycarpe peut biefn s*appnquer à plus |nsfe titre au disciple du Seigneur : Mft>>ov y^ tA r*rt SieCfiVYifiovtôtù r6kv Ivor/^oç yivd/*év«v* otl yàp Ix îraWwv fiotB^h^oi w vaulouffflCt r^ f ^^ tvoOvfai aùr^. Voy. du reste EusÉBE y, 20.
Une autre preuve de la fidélité de Jean, c'est <}ue plusieurs paroles isolées qui s'étaient conservées dans la tradîtioù, mais que left synoptiques avaient plus on moins arbitrairement rattachées à d'autres circonstances, se trouvent ici à leur place. Ainsi là prédication des afllictfons et la promesse du Saint-Esprit. Voy. Luc XII, îi-li; Matth. X, i7-ÎO; Marc Xm, 11. Ck)mparez encore Jean XVT, H avec Ifattli. XXVI, SI et Marc XIV, i7.
^ Jean XiV, 1 et sniv.