DERNIERS BNTRETIBNS DB JESUS
éprouveront les effets de la présence spirituelle du Seigneur.
C'est alors que les disciples seront pleinement instruits des rapports de Jésus avec le Père et avec eux. Mais ils ne doivent jamais perdre de vue la condition essentielle de Taccomplissement de toutes ses promesses. Il faut aimer Jésus et lui prouver son affection en faisant ce qu'il a commandé : « Celui qui garde mes commandements et qui les « observe, c'est celui-là qui m'aime ; or, celui qui m'aime « sera aimé de mon Père y et moi je l'aimerai et je lui « prouverai mon amour en me révélant à lui.» — Alors un des disciples , toujours sous l'empire des idées charnelles, ne songeant encore qu'à une manifestation extérieure et visible de la ^oire du Messie : « Comment a donc, dit-il, te feras-tu connaître à nous et non pas a au monde ? » Jésus répond en laissant entendre qu'il s'agit d'une révélation spirituelle , accessible seulement à celui qui est spirituellement éclairé. Puis il leur renouvelle la promesse du Saint-Esprit. L'Esprit qu'ils recevront leur fera comprendre ce qui est maintenant obscur pour eux. Ce qu'ils ont vu et entendu s'eCEM^erait bientôt de leur mémoire s'ils ne le comprenaient pas ; mais l'Esprit leur en révélera le sens et le gravera ainsi pour toujours dans leur souvenir.
Après le repas, Jésus commence à faire ses adieux à ses disciples. « Que la paix soit avec vous , » dit-il , selon la formule ordinaire de salutation. Ce mot résume toutes les précédentes promesses. Au milieu des épreuves
AVRC SES DISCIPLES. 4i3
qui leur sant réservées les disciples conserveront la paix. Car ce n'est point ici une vaine formule à la manière du monde. Le monde ne possède point la paix et ne peut point la procurer. Le souhait de Jésus , au contraire, porte avec lui son accomplissement. Jésus seul donne réellement la paix parce que lui seul la possède; ce n'est que dans la communion avec lui qu'on peut la trouver. Que les disciples ne craignent donc point ! qu'ils ne soient point troublés de ce qu'il s'en va au Père pour revenir ensuite se révéler à eux d'une manière plus glorieuse. S'ils l'aiment véritablement, ils doivent se réjouir de ce qu'il va sortir de sa condition terrestre pour entrer dans la plénitude de la puissance divine*. Il leur a prédit ce qui doit arriver, afin que leur foi ne dé£aille point lorsque cela arrivera. Maintenant il n'a plus que peu de choses à leur dire, car le prince de ce monde approche ( dans la personne de ses organes). Non qu'il ne puisse se soustraire à ses ennemis : il le pourrait, mais il ne le veut point. 11 s'avance volontairement au-devant de la mort, afin de montrer à la face du monde son amour pour le Père, en accomplissant l'œuvre dont il a été chargé. C'est pourquoi il leur dit de se lever et de le suivre , et de marcher avec lui au-devant de la lutte qui lui est réservée.
1 Jean XIV, 98 : « Si voQS m^aimies, vous tous réjoairies de ce que «j'ai dit : Je m'en vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand a que moi. » — Gomme LOcke et Kling Tobservent avec raison, il s'agit ici, d'après le contexte, de riofériorité de Jésus dans son état actuel par opposition à sa gloire ihture.
414 DERNU»S BlfTf^TIBNS DE JESUS
Dès qM'ils sont sortis , Jésus, toujouro plein de sollicitude pour les sieas, leur renouvelle, 90us nue autre forme , ses précédentes exhortations. Il leur rappelle d'abord que, bien quUl soit au moment de les quitter, ses rapports avec eus: ne cesseront point pour cela. Seulement ils entrent dans une nouyelle phase de leur vie, A la dépendance extérieure va succéder une dépendance libre, spirituelle ; à h communion visible que communion invisible. Ensuite il les exhorte à travailUer dès maintenant à rétablissement de son règne, et, pour cela, à persévérer dans cette communion qui est le principe de leur puissance \ De même que les sarments ne peuvent porter de fruit qu^autant que la sève du cep circule aussi en eux, de même Içs disciples doivent puiser toutes leurs forces dans la communion avec celui qui est la source dje la vie. Et de même que les sarments séparés du cep se dessèchent, de même, séparés de Christ les disciples ne peuvent plus rien. Les fruits que portent les sarments prouvent que la sève du cep les anime; ainsi, les disciples doivent montrer par leurs œuvres qu'ils sont participants de la vie de Christ. Et comme le vigneron retranche les branches gourmandes dont la stérile fécondité épuise inutilement le cep , de même Dieu exclura de son royaume tous ceux qui ne manifestent point par des œuvres la réalité de leur vie et prouvent ainsi que leur communion avec Jésus n^est
*■ JeanXYyietsuiv,
Am ns MNaPLit. 445
qu'une vain^ apparence ^ Vais les branchef fertiles ne sont point livrées à elles-mêmes; elles ont besoin de soins continuels; il &ut les t^Uer, les émonder» retraacher tout ce qui pourrait diminuer l'abondance des fruits ; ainsi les disciples ont besoin d'être peu à peu débarrassés de tout ee qui entrave le développement de leur vie spirituelle. Ulaut qu'ils croissent dans Taetivité*, qu'ils montrent, en obâssant aux commandements du Maître , qu'ils sont toujours en communion avec lui. Ces commandementSi Jésus les résume de nouveau dans un seul : «Aimez-vous les uns les autres comme je ce vous ai aimés en donnant ma vie pour vous'. «> Et maintenant qn'il a révélé aux apôtres tout le plan de Dieu pour le salut de l'bumanité et qu'il les appelle à concourir librement i la création de ce plan , il leur donne le titre d'amis par opposition a celui de serviteurs ^ Us sont maintenant des amis y car ils savent ce que le Mattre (ait; ils sent entrés en communion de vie et de pensées avec lui. Ils forment dans le monde une
^ C*6tt loi^iirB oeUe »éme p«iiiée: A celai qui a il sera donné, à celui qui n*a pas, ce qu'il parait avoir lui sera 6té. Comp. vol. I, pages 148 et 149, et vol. n, page 67.
* Les synoptiques rapportent 4 c^te époque d^aotres paraboles renfermant la même pensée. Ainsi la parabole des talents, cellç de la mine. Voy. plus baot pages 882 et sulv.
* D*où il résulte que les commandements de Jésus ne doivent pas être pris isolément comme une lettre extérieure et morte; ils ne font qu'exprima la ftrmt sous laquelle le principe intérieur de vie doit nécessairement se maniftster. La valeur de toute action réside dans Pàmour.
^ Gomp. voU I, page 170.
416 DBRNUms KHTfcimKWfi DE iisUS
société ti part, haïs du monde comme leur Maître Test lui-même. Aussi doiTent-ils s'attendre aux persécutions. Le monde est l'éternel ennemi du christianisme * ; mais l'assistance du Saint-Esprit leur est promise*. Cet Esprit accomplira par eux tout ce qui est nécessaire à rétablissement du règne de Dieu. Il convaincra le monde de péché et montrera que c'est le péché qui est la cause de l'incrédulité. La conviction du péché amènera celle de la sainteté de Jésus ; on reconnaîtra que Jésus n'est pas mort en criminel , mais pour s'en aller vers le Père* Sa mort et son élévation au ciel sont la preuve éclatante de sa sainteté. — Entin de là la conscience arrive à comprendre que Satan , qui jusqu'alors gouvernait le monde, est désormais jugé, dépouillé de sa puissance, et que les disciples de Jésus -Christ n'ont plus à le craindre. Ainsi , conviction du pé<^é, conviction de la sainteté de Jésus et de la délivrance par son moyen , conviction que le royaume de Dieu triomphera de l'empire du mal , c'est là toute l'œuvre du Saint-Esprit : c'est là tout le christianisme.
Jésus aurait encore bien des choses à dire à ses disciples, mais ils ne pourraient pas le comprendre ; d'ailleurs il va bientôt les quitter, mais le Saint-Esprit le remplacera auprès d'eux. Il ne leur enseignera point une
t C'est dans le même sens que Jésus dit ailleurs: « Je suis venu ap- « porter dans le monde non la paix, mais Tépée. » Voy. plus haut page 270 et suiv.
s Voy. page 408 du présent volume.
AVBC SB» DlSaPLBS. 417
doctrine nouvelle, mais il leur dévoilera le sens de ce qu'ils ont déjà entendu; il leur révélera Christ, il le glorifiera au dedans d'eux-mêmes. — Ceci amène Jésus à parler de nouveau de la conmiunion de ses disciples avec lui. « Encore un peu de temps et vous ne me verrez <c plus, puis encore un peu de temps et vous me verrez, « parce qiie je m'en vais à mop Père. Je ne m'en vais « que pour revenir à vous dans le Saint-Esprit, et pour « entrer dans une communion plus étroite avec voujS« » Et comme les disciples ne comprennent point encore , il ajoute qu'à la douleur de la séparation succédera bientôt pour eux une joie permanente. Il en est comme d'une femme qui accouche. La joie d'avoir mis un enfant au monde lui fait bien vite oublier les douleurs de l'enfantement. De même les disciples sont maintenant remplis de tristesse. C'est l'enfantement de la vie spirituelle. Une nouvelle création va surgir en eux. Alors ils n'auront plus besoin de la présence visible du Maître pour demander l'explication des choses qu'ils ne comprennent pis ; le Père lui-même leur accordera tout ce qiv'ils demanderont au nom du Fils. Il leur révélera tout ce qu'ils auront besoin de savoir; il se révélera lui-même en eux par les œuvres du Fils, qui rendent témoignage de Lui. Jusqu'à présent ils n'ont rien demandé au Père au nom du Fils, c'est-à-dire dans la confiance que Jésus les a rétablis dans la communion avec Dieu, mais alors ils demanderont dans ce sentiment , et ils obtiendront tout ce qu'ils auront demandé , afin que leur joie soit II 27
418 DERNIERS EirrRETIBKS DE jisVS AVEC SES DISCIPLES.
accomplie. Alors il ne lear parlera plus d^une manière voilée, il leur annoncera clairement tout ce qu^il a à leur dire de la part de son Père. Il ne dit pas qu^il priera le Père pour eux, car ils peurent, dès à présent, être assurés que le Père leur accordera ce qn^ils lui demanderont eox-^mèmes directement en son nom.
A ce moment un rayon de lumière pénétra dans Pesprit des apôtres. Us commencèrent à entrevoir les grandes choses dont Jésus leur parlait. Mais c'était plutôt un sentiment qu'une idée claire, car ce qu'ils dirent prouvait qu'ils n'avaient point encore compris le véritable siens des paroles qu'ils venaient d'entendre ^ Aussi Jésus les met-*il en garde contre la trop grande confiance qu'ils pourraient accorder aux élans d'une foi encore obscure et mal assise. Bientôt ils seront passés au creuset de l'épreuve ; ils abandonneront leur Maître ; mais lui n'est point effirayé de ce moment, car il ne restera pas seul : le Père sera avec lui.
Enfin, comme le but de toutes ces paroles était de fortifier ses discipled par la pensée qu'ils combattaient pour le règne de Dieu , et que leur œuvre triompherait de tous les obstacles, Jésus résume en ces mots ses exhortations : « Je vous ai dit ces choses afin que vous
^ Jésus ii*a point parlé plos clairement qu'en d'autres circonstances; il a seulement promis aux disciples, pour un avenir prochain ^ les lumtdrst du Saint-Esprit Les «ttsoiples se croient déjà au moment annoncé dans le y. i5. En outre, ils rapportent ces mots : « vous ne m'interro- « gérez plus, » à la toute-science de Jésus qui se montre, pour eux, en ce que leur Maître est venu au-devaat de leur pensée (v. 19). — C'est donc double méprise. (Voy. De Wettk.)
« ayea la paix d(ms la coinmuQifin avec moi ; Toifp ^i^res « d6s afiSicticms daos le monde^ maïs aye« bqn courage, «( j'ai Taioca le moode \ »
Jésus termiiie par une prière ces derpiers eotretîens a^ec ses disciples, et se prépuce de cette manière pour la lutte qiM ^a commencer *» Le contenu de la prière est le même que celui des entretieps* Maîntenaut qu'il a acbe^é son couvre sur la terre en y révélant la gloire de Dieu f Jésus demande au Pète de le recq^r à lui« Cç n'est point par intérêt personnel qu^il deimande d'étr^ ainsi glorifié, mais c'est pour que Dieu lui-qiéme soit con^^ment glorifié sur la terre par la communication de la rie divine à l'humanité ; c'est afin « qu'il puî^ « manifisster la puissance qu'il a r^ue du Pèro^ en donr « nant la rie étende a tous cei|x qu^ le Pèr^ lui a « donnés '. » Et comme la rie étenaetle a pour condi^ tion la ooBoaîssanee du Trai IHeii , il pri^ Ici Pèri^ de rendre cette connaissance dans le monde* Il lui re<* eonunandé ceux qui ont d^è connq ^tt^ v^té, qui sont appelés à Fannoneer et vont se toMver semis désenoaist U implora en leur faveur la protqetiiH) $ s^n qud leur vie spirituelle se maintîeBM et M d4¥«)oppci ; qu'îU ne succombent pas à la haine qua le vumàe leur porte i
^ Contraste entre la paix intérieure, qoi procède de la communion avec Jéeus-Clirift, et le utvhlfi et les aflieti4Mit é«| iàkOÊâf qpà fétatltM da contact avec le monde.
« Jean XVH.
* Ceux-là seois afpsrtieaiieDt à ObrisI qui oui M eoa^mt» verf loi par rappel intérieur du Père. Gomp. vol. I, pages 198 et 194, et vol. II, page S55.
420 LA PRliRB SACBROOTALS*
cause de lui» — Il ne désire point qu'ils soient ôtés du monde ; car ils ont au contraire pour mission de renouveler le monde en y faisant pénétrer la lumière et la vie qu'ils ont reçue ; quUls soient seulement préservés du mal ; qu'ils demeurent intérieurement séparés du monde par leurs dispositions, par la communion avec le Fils de Dieu ! — Il prie ensuite pour tous ceux qui seront amenés à la foi par la prédication des apôtres ; qu'ils soient étroitement unis par la communion de la vie divine, et témoignent ainsi de la gloire de cette vie et de la gran«> deur de Tamour de Dieu ! La société des vrais disciples est une révélation de la gloire du Ckrist ; c'est la manifestation du principe divin qui est au dedans de tous. — Enfin il demande à Dieu que ceux en qui il s'est révélé sur la terre soient un jour conduits aussi dans le ciel à cette communion parfiiHe dont lui-même va bientôt jouir ; qu'ils puissent un jour contempler, comme leur Maître, celui de qui procède la gloire. — Puis il termine par ces paroles cette prière incomparable : c Père saint et « que le monde pécheur ne connaît point, mais moi je « te connais, et ceux-ci ont reconnu que je suis envoyé « de Toi ; ils ne sont plus du monde, et je t'ai tait conte naître à eux (non-seulement comme le Dieu saint, mais « comme un Pire saku), et je te ferai encore mieux con- « naître (en développant leur vie spirituelle qui n'est « encore qu'en germe] ; afin que par la communion avec K moi ils apprennent de plus en plus combien tu m'aia mes et combien tu aimes ceux qui sont à moi. »
JBSUS A GBtilSKlIAIfÈ. 'Aii
Ainsi cette prière embrasse ToBuvre de Christ tout entière, jusqu'à ce que tous les croyants soient parvenus à la jouissance parfaite de la gloire dans ta plénitude de la communion avec lui. Ce qui doit être, d'après luimême, l'objet et le but de la prière des croyants (Voyez l'Oraison dominicale) , est aussi l'objet et le but de sa prière, l'accomplissement du règne de Dieu et la réalisation parfaite de la volonté du Père dans les créatures.
SECTION VI
JÉSUS À GBTHStMÀHÉ.
(Mitth. XXTI.Se; Mare XIV, 39; Lae XXIl.M.)
Toujours calme dans ce moment solennel , Jésus se dirigea, selon sa coutume, vers un jardin situé au pied du mont des Oliviers, pour y att^idre ceux qui devaient venir s'emparer de lui. Ici se passa, selon le récit des synoptiques , une scène qui a paru à plusieurs critiques en contradiction avec l'évangile de Jean. Comment admettre, dit-on, que le même homme qui vient de montrer tant de paix et de confiance, se soit trouvé, aussitôt après, en proie aux luttes les plus angoissantes? — Mais, daqs le fait, ces différences sont loin d'être inconciliables. Les deux relations se complètent mutuellement au lieu de se contredire. L'institution de la Cène (voir les synoptiques), comme signe et
422 ifaoi A ^ïïmaiMAKi.
eomme gage de la communion permanente des disciples avec leur licdlre, suppose des pensées et des sentiments qui correspondent à Tétat de calme dans lequel saint Jean nous dépeint lésus. Et , de son oMé, le quatrième irangile nous montre y dbns les discours du Seigneur^ des traces d^utie lutte qui oommenee^ de sombres pres^ sentimental etd'uile trbtesse aunlessus de laquelle plane seuleûient une inaltérable sérénité*
Tous les serviteurs de Dieu qui se sont trouvés dans des circonstances difficiles ont été plus ou moins en proie aux alternatives de confiance et d'abattement , de calme et de trouble , que la faiblesse de la nature humaine rend inévitables \ Pour en être exempt, il faudrait ne pas être homme. Or^ Jésus est homme ; nous ne devons donc pas être étonnés de le voir livré à ces agitations ; aree cette diflérence cependant qu'U n*y a point en lui de péchés et que^ par conséquent, le principe mauvais ne peut pas être, comme il Test chez lés chrétiens, un des âéments de ses souffrances intérieures '. Si Jean nous représente, dans le récit de la résurrection de Lazare, Jésus troublé par la vue de la douleur de
i Gomp. Jean-Baptiste.
* G^est ainsi qu^un des disciples les plas fidèles de Jésus, le martyr Jetn H«n apprit^ ptt sa propre expérieoee, à oomprendre les aofoisBes de son Maître. Voici ce qu'il dit à propos des luttes auquelles il est luimême en proie : <t Pro certo grave est, imperturbate gaudere et omne gaudium existimare in variis tentationibus. Levé est loqai et ittnd e^ponere, sed grave implere. Si quidem patientissimus et fortissimus miles, seiens quod die tertiâ eeset resnrreoturus, et per mortem rasm vincens inimicos, post oœnam ultimam turbatus est spiritu et dixit : Tristis est anima usque ad mortem
Marthe, nous pourrions, d'aprèa ce 9Q\ù ùài i âttppootf f ue rame du Seigneur ne sera pas eiempte de luttes à l'approche de la mort. D'accord en cela avec Luc» le quatrième évangile nous présente» dans des oireon*stances antérieures, les sîgnes ayaetx^oonréws et Mteme les préludes de cette lutte supréAie ^ • Ainsi Jean XU, 3i , immédiatement avant Tinstitation de la Cèi^ , Sésue se trouble à la pensée de la trahison de Judas *. Gommaût son troubla ne serait-il pas plus ^nd lorsque les jdus grandes douleurs phy^ties et momies soàt sur le pdni de l'atteindre I Jera ne dit«-U pas ed propres tenais que Tàme de Jésus est troublée ( XII » 27) ; al le Séif^ieur ne demande-t-il pas à Judas de hâter autant qUe pos^ sible le moment qui doit mettre fin à ses souffrances? ( Jean XDI, 27.) ' Qu'esi-ce à dire» Binna ^pie ces dernières heures étaient pleines d'amertume^ et que ce n'étaient pas seulement les pressentiments d'une douleur physique qui renouaient si profondément l'âme du Fils de Dieu? Ainsi la relation du quatrième évangile n'est nullement en contradiction avec les autres. Que si Jean a gardé le silence sur un fait aussi important que l'agonie à Gethsémanéi cela s'explique par le but spécial de son livre. Il ne voulait point donner une biographie comjdète, mais rassemUer seuleoient les traits les plus remarquables, à son pmnt dé vUe, du divin caractère de
* Voy. plus haut pages Î68 et 879.
* Voy. page 897.
* Voy. page 898.
424 sisVS A GBTHSBMANB.
Jésus. S'il s'est contenté de faire allusion d'une manière générale aux angoisses spirituelles du Seigneur, on peut en tirer seulement cette conclusion qu'il n'entrait pas dans son but d'en parler a^ec plus d'étendue, ou que la scène de Gethsémané ne produisit pas sur lui une impression aussi profonde et aussi durable que les discours de Jésus. Cela peut prouver que sa narration n'est pas complète, mais non qu'elle n'est pas exacte.
Quant à l'agonie de Jésus à Gethsémané, c'est un fait constaté positiTement, non-seulement par les synoptiques, mais par le témoignage immédiat de la tradition apostolique, comme nous le voyons dans l'épttre aux Hébreux (Y, 7). Ce ne peut être un mythe résultant de la tendance de l'Eglise chrétienne à glorifier l'objet de sa foi. On comprend bien qu'on ait cherché après coupa la rattacher aux passages de l'Ancien Testament et aux prophéties messianiques; mais l'idée n'en serait jamais sortie d'elle-même des doctrines messianiques juives. Le récit de Matthieu a d'ailleurs un caractère exclusivement historique, et il faut être bien prévenu pour y trouver aucune trace de préoccupations dogmatiques. L'idéalisme chrétien du premier siècle aurait été bien plutôt disposé à retrancher cette scène, comme peu conforme au caractère divin de Jésus, et à mettre le Christ du docétisme à la place du Christ véritable. L'état d'abaissement et de souffrance du Messie répugnait tellement à la conscience religieuse naturelle, que plusieurs furent conduits à séparer arbitrairement la nature divine et la
J&U8 A GSTHSfilUNi. 4î5
nature humaine du Sauveur/ et à supposer que, dans ses moments de trouble, Thomme Jésus avait été abandonné du Logos divin qui habitait ordinairement en lui. La croix était pour les Juifs la grande pierre d^achoppement. C'est pour cela que Fauteur de Tépltre aux Hébreux s'attache à lever la difCculté, en montrant que cette lutte et ces angoisses faisaient partie essentielle de la vocation du Messie. Sans doute une fois que tous les traits, en apparence opposés, du caractère du Seigneur eurent été constatés et reconnus, on put trouver un point de vue supérieur qui permit de les contempler tous réunis dans une même personne; mais c'est renverser complètement l'ordre du développement historique que de faire surgir tout d'un coup cette idée générale comme un DetAS ex machinay pour en faire sortir l'image vivante du Christ.
Comme il s'était préparé par la prière à commencer son œuvre, Jésus se prépare de la même manière pour l'événement solennel qui doit signaler la fin de sa carrière terrestre. Et de même que, pour lui, la tentation avait d'abord commencé intérieurement et qu'il avait dû triompher de cette épreuve spirituelle avant de paraître dans le monde comme le vainqueur du mal , de même c'est d'abord dans son âme que se livrent les derniers combats, et sa victoire sur la mort est d'abord un fait spirituel. — Arrivé à Gethsémané, il prend à part les trois disciples favoris, Pierre, Jacques et Jean, pour qu'ils prient avec lui dans ce moment suprême : « Père
426 ilbos A GlTHsiMAHV.
<K s'écria^t-il alors, s'il est posiÂbley &is que cette ootipe «t s'éloigne de moi! » Mais son angoisse ne saurait rompre un seul instant la communion avec le Père. Son désir suprême, celui qui doniind constamment tous les autres, c'est que là Tolotité de Dieu soîi accomplie. En lui la nature humaine est complètement pénétrée et dirigée par la tie dirine. Mais, humainement^ il peut éprouver le désir d'échapper aux souffrances qui lui soot Tésenrées, tout en sachant cependant qu'elles sont nécetsaires. C'est ainsi que le chrétien, loi^sqn'il est appelé à se sacrifier pour le serrîce de Dieu, est agité par la lutte entre fai nature et le dcToir, jusqu'à ce que, par un acte énergique de la volonté, il se soit élevé aii-déssUs de tous les obstacles. Ce qui cause l'angoisse de Jésus, ce n'est pas seulement le pressentiment de sa mort violente j mais il y avait, dans la pensée de recevoir la mort de la part de l'humanité qu'il aimait, et d'être accablé par la puissance du mal quelque chose qui deinait troubler profondément son âme ^ On conçoit donc qu'il ait désiré de ne pas boire
* Quoique la eoupe fdt surtout Hmage de la mort, il eet certaiD qn*eile fait aussi allusion aux douloureuses circonstances qui ont occasionné ou accompagné la mort du Seigneur, savoir, la trahison de Judas , la haine des pharisiens, i^aveugiement de la foule. Ce o*e8t pas id le lieu d*expliquer comment, à mon point de vue, la mort de Jésus-Christ doit être envisagée ; je dirai seulemeat d*une manière générale que j'adhère entièrement aux paroles suivantes du diacre Dettinger (Voir sa helle dissertation dans la Revue de Tubinge^ 1838, n* 1, pages 95 et 96): «Tandis « que le sentiment de la mort comme châtiment du péché s'émousse de «r plus en plus, à mesure que la puissance croissante du mai détruit da- <t vantage Tunité harmonique de la vie; plus au ooDtreire oette unité est « grande, c'est-à-dire plus le péché disparaît, plus la conscience devient <c délicate, et plus aussi augmente Thorreur pour cette crise redoutable
tison A GSTHSBIUBrf. iS7
cette coupe ^ pourm toutefois que la volonté de Dieu pût s^accomplir d'une autre manière. Mais comme il connaissait dès l'origine le plan de Dieu pour la rédemption de rhumanité, qu'il savait que sa mort était une condition essentielle de la réalisation de ce plan divin \ il ne pouvait être incertain ; sa décision devait être prise immédiatement *• La preuve que ce cri de la nature ne trouble auUdment la paiit divine et inaltérable d<mt il jouit dans la communion avec Ueu« c'est ^'immédia-* tement après avoir prononcé les paroles que nous avons citées , nous le voyons tout occupé de ses disciples et plein de compassion pour leur &iUes6e* Les ayant trouvés endormis, il les réveille et leur dit : <x Vous ne pouvez « donc pas même veiller et prier une heure avec moil a Veilles et pries, afin que vous âe tombiee point dans <c la tentation, c'est-à-dire aûn que la tentation eitéçc rieure ne devienne pas intérieure pour vous ; car si « l'esprit est prompt, si, tandis que le danger est encore « éloigné vous paraissez pleins de courage et de dévouec< ment, la chair est faible, la nature succombe facilece ment quand vient le moment de l'épreuve ; c'est pourii quoi il faut persévérer dans la prière, afin que Dieu « vous maintienne dans ces dispositions qui, sans cela, a ne seraient qu'un élan passager. >» — Alors il va de
« qui sépare yiolemment les éléments constitutifs de la nature humaine. x> — Comp. ce que j'aù dit sur le rapport entre la mort et le péché dans mon Hist du siècle apost., tome II.
* Voy. vol. I, page i2«.
* Voy. pag«8 824 et MS.
4^ JÉSUS A GBTHSÉMANÉ.
nouveau se prosterner et prier : « Père , s'il est possi-» ble, » — Pais, s'interrompant tout à coup à la pensée que le sacrifice est nécessaire et inévitable , il ajoute : « Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'é- « loigne de moi, que ta volonté soit feite! x> — Enfin, pour la troisième fois, il répète encore la même prière. Alors la lutte est terminée, le triomphe est remporté, le calme est rentré dans l'àme du Seigneur jusqu'au moment où les douleurs physiques viendront de nouveau l'agiter un instant, avant que tout soit accompli. — Il revient vers ses disciples, et, les trouvant encore endormis, il leur dit : « Dormez désormais ; je ne vous éveiHerai « plus ^ ; je ne vous demanderai plus de prier avec moi, « mais vous allez être violemment arrachés à votre som- « meil, car le temps de mes souffrances approche ; voici cr venir déjà ceux qui doivent se saisir de moi. »
Judas arrivait en effet avec une troupe armée de serviteurs du Sanhédrin et quelques soldats de la garnison romaine qu'on leur avait adjoints en cas de soulèvement de la part du peuple. Probablement que, parmi ces gens, Judas était le seul qui sut quel était l'homme dont on devait se saisir ". Pour que la chose se fit aussi secrè-
^ Le rè Jioiiriv (Matth. XXVI, &5) nous oblige à tradaire (xa dcu^c) par rimpératif. C'est un reproche que Jésus adresse à ses disciples : « Vous <f pouvez dormir désormais. »
« Comp. Jean XVHl, 8; Matth. XXVI, 47; Marc XIV, 43; Luc XXII, 47. — Les disciples étaient trop troublés dans ce moment pour pouvoir observer bien exactement ce qui se passait. Quand donc il y aurait entre le récit de Jean et celui des synoptiques des contradictions, cela ne devrait pas nous étonner, ni prouver que ces divers récits nMmaoent pas de té-
JlbtfS A OBTHSRMANiE, 4fS9
tement que possible, il était peut-être cootenu avec le Sanbédriq de n'instruire les soldats que lorsque le mo* ment faTorable serait venu. Biais Jésus n'attend pas qu'on vienne le chercher dans le jardin ; lui-même s'a* vance avec calme au-devant de la troupe et leur demande : «Qui chercher- vous? i» Alors il se lait connaître à eux, et ceux-ci , qui avaient sans doute été témoins plusieurs fois de ses miracles % reculent aussitôt et tombent par terre, saisis d'étonnement et de crainte. Dans leur embarras, ils laissent le Maître pour aller saisir les disciples dont quelques-uns paraissaient se disposer à défendre Jésus ^ L'impétueux Pierre, toujours prompt à s'abandonner sans réflexion à l'impression du moment, fait aussitôt usage de son glaive. Mais Jésus se bâte de reprendre son apôtre ' : « Toute autorité doit être res-
rooins oculaires. D'après Jean, Judas reste hors du jardin avec la troupe et c'est Jésus qui se livre lui-même. — D'après les autres évangiles, le disciple fait connaître son Maître par un baiser. Si nous suivons le récit du quatrième évangile, nous pourrons supposer que Judas était venu . avec la troupe précisément pour leur désigner son Maître. De cette manière, la relation de Jean conduirait à celle des synoptiques. Peut-être Jodas avait-il dit en effet : « Gelai que je baiserai, c'est lai, saisissez-le. » Mais en s'approchant de Jésus, le trouble du remords se serait emparé de lui; 11 n'aurait pas pu aller jusqu'au bout; ou bien, à peine avait-il achevé qu'il s'était promptement retiré en arrière pour cacher sa honte parmi les gens qui l'accompagnaient. On expliquerait ainsi comment Jean le représente confondu parmi la foule, tandis que les synoptiques le font approcher seul de Jésus. Mais ceci n'est qu'une pure hypothèse. Dans tous les cas le récit de Jean doit être i»référé comme étant le plus naturel.
1 11 ne s*agit que des serviteurs des pharisiens. Si les soldats romains eussent partagé ces sentiments, ils n'auraient certainement pas consenti k prêter leur concours pour livrer Jésus aux tribunaux juifs.
> Matth. XXVI, 51 ; Marc XIV, 47; Luc XXII, 50; Jean XVIII, 10.
* Luc est le seul qui parle de la guérison de l'homme blessé par Pierre. Saint Jean, témmn oculaire, n'en parte pas. Il se pourrit que la tradi*
430 'iMJi A GETHSâfAlTi.
« peciéa comme établie de Dieu; quiconque prend le « glaire pour lui résister périra par le glaive. La mort « est le ebàtiment réservé à quiconque s^élève contre a l'ordre divin. Jamais la force matérielle ne doit être « employée pour défendre les iatérèts de la foi. — Pente ses-tu que, si je voulais nae défendre, je ne trouverais « pas d'autres moyens? PenseSi-tu que si cela était con- « forme aux desseins de Dieu , et nécessaire à Taccom* « f^ssement de mon oeuvre, je ne pourrais pas obtenir « du Père, au lieu de douze hommes faibles, douze lé- « gions d'anges pour me délivrer? Mais quoi ! ne faut-il « pas que je boive la coupe qui m'est réservée? Tout « ceci n'e^il pas dans les décrets étemels du Père? n — Puis, se tournant vers la troupe : « Je vous dis que «je suis ]'homme que vous cherehez; laissez donc a ceux-ci en liberté. » Et ces gens sont si troublés, l'autorité de Jésus est si grande sur eux, qu'à ces paroles ils laissent aussitôt les disciples sans songer à tirer vengeance de l'action de Pierre ^ Us se saisissent donc de Jésus , qui se contente de leur dire : « On envoie a contre moi une troupe armée comme après un bri-
ti(m eftt supposé que Jésus, ayant désapprouiré Taetloiit arait dû guérir le blessé. Dans tons les eas, si Faolenr du quatrième étaugile eftt écrit d'i^rès le plan que lui attribueal les adversaires de rautbenticité, il n'aurait pas parlé de la blessure lorsqu^ii n'avait pas à parler de la guérison.
1 n est étrange» en effet, quMl ne soit plus question de ce que Pierre avait fait. La guérison rapportée par Luc TaxpHqaerait si elle n*était ellemême un fait douteux. Mais le récit de Jean reaq[>Uqne aussi par Timpression que Jésus produisit sur ceux qui fenaîMit pour le saisir.
G0N1kAHN ATION Bl idsUS. 43i
« gand* GepeiuUint cela n'était pas nécessaire. J'étais a tous les jours au milieu de vous dans le temple ^ et « personne n'a osé mettre la main sur moi ; mais main- « tenant Totre heure est venue et la puissance des ténè- « bres. » Ces mots ont à la fois un sens matériel et un sens spirituel. La puissance des ténèbres a horreur de la lumière. Les pharisiens choisissent la nuit pour ac« complir leurs ténébreux desseins.
SECTION VII
CONDAMNATION DB JfiSUS.
Instruit de ce qui venait d'arriver, le grand prêtre Caïphe avait aussitôt convoqué le Sanhédrin pour juger le prisonnier. Mais comme l'assemblée ne pouvait avoir lieu que vers le point du jour, Jésus fut conduit en attendant chez Anne, ancien grand prêtre et beau-père de Caïphe ^ Anne se mit à l'interroger touchant ses disci-
i Jean XVIH, IS ; MaUh. XXVI, S7 ; Marc XIV, S8 ; Lue XXII, 54. Luc
fait entendre (XXVI, 66) qu*il 8*écoula un certain intervalle entre le moment oft Jésus fut pris et celai où s'assembla le Sanhédrin. CTest dana cet intervalle que se place naturellement la comparution de Jésus devant Anne. Ce détail, rapporté par Jean seul (XVIII, 13) et par pur intérêt lûstorique, ne peot être inventé et révèle encore le témoin oculaire. Jean ne parle pas de Tinterrogatoire devant Gaîphe, probablement parce que le fait était assez connu. 11 dit seulement au v. 24 qu'Anne renvoya Jésus à Calphe. C'est la preuve en même temps que tout ce qui précède s'était bien passé chez Anne. — Le passage Luc XXII, 61, qui nous montre Pierre amené à la repen tance par un regard de son Maître, pourrait se rapporter au moment de la translation de Jésus. En allant chez Calphe, le Seigneur se tourne vers Pierre qui marche parmi la foule, et
4«S2 GONDAMNATION DE ifecS.
pies et sa doctrine. Mais Jésus, sachant que Tintention du pharisien n'était point de s'instruire, mais de recueiUir de sa bouche quelque chose qui pût fournir matière à de nouvelles accusations et donner à sa condamnation une apparence de justice, ne crut pas devoir répondre; il se contenta d'en appeler aui enseignements qu'il avait si souvent tenus en public dans les synagogues et dans le temple. Ces paroles parurent aux assistants blessantes pour la dignité du grand prêtre, et l'un d'eux s'approcha de Jésus et le frappa au visage. Alors Jésus, avec ce calme divin dont il possédait seul le secret et dont les plus grands outrages ne purent jamais le faire départir: « Si j'ai mal parlé, dit-il, fais voir ce que j'ai dit de mal ; « mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? «>
Conduit de là chez Caïphe*, il refusa égalemeut de répondre aux questions qu'on lui adressait. Or, comme les faux témoins qui venaient déposer contre lui ne s'accordaient pas entre.eux, on ne pouvait rien trouver qui motivât la condamnation à mort. Dans son embarras le grand prêtre s'approche de lui et lui dit : « N'as-tu rien « à répondre à ces accusations? » — Mais Jésus continue de garder le silence. — Alors le grand prêtre l'adjure par le Dieu vivant de dire s'il est vraiment le Messie, le Fils de Dieu. « Oui, je le suis, répond Jésus, et je vous
rappelle Tapôtre au sentiment de sa faute. Ce serait alors dans le palais d'Anne et non dans celui de.Galpheque Pierre aurait renié Jésus; mais quand le premier interrogatoire eut été oublié, tous les faits Turent considérés comme s'étant passés chez Caiphe. De là le récit des synoptiques. » Matth. XXVI, 59; Marc XïV, 55.
OONBAinfATlON DB stsOS, 433
a déclare que désormais vous verrez le fils de rhomme a a8»s à la droite de Dieu et venant sur les nnées. » C'està-dire que la puissance de Jésus va désormais éclater à tous les regards et que son règne va commencer à s'établir dans le monde et à triompher de ses ennemis. Le Messie va bientôt exercer le jugement sur les peuples de la terre ^ A ces mots, qu'il regarde comme un affreux blasphème^ le grand prêtre déchire ses vêtements en signe d'horreur. « Vous l'avez entendu vous-mêmes^ « s'écrie-t-ily que vous en semble? Qu'avons-nous bea soin d'autres preuves? » Là-dessus le jugement est prononcé ; Jésus est condailiné à mort^ soit comme faux prophète, pour avoir dit qu'il était le Messie, soit plutôt comme blasphémateur, pour avoir usurpé des titres qui ne conviennent qu'à Dieu ; et le coupable, exclu par ce jugement de la société théocratique, est abandonné aux outrages des esclaves.
Il est facile de se convaincre que cette condamnation était complètement illégale. Il n'y avait point eu d'enquête régulière peut savoir si Jésus était ou non réellement coupable. La mort de Jésus avait été résolue parce que sa vie était funeste aux intérêts du parti hiérarchique; elle avait été résolue avant la fête; le jugement n'était plus qu'une vaine forme destinée à couvrir la condamnation des apparences de la justice. — U faut
^ D'où il résulte qoe la venue da Christ sur les naées ne désigne pas seulement son reUmr à la an des temps, mais aossi sa venue spirituelle dans rhumanité.
434 GOMAAMifAnaïf in fwet.
observer en outre qu'à c^te époque le Sanhédrin ne prononçait que sur les questions purement religieuses. U n'avait qu'une autorité disoipUnaîre, et ne pouvait condamner personae à mort qu'avec le concours du gouverneur romain \ U (allait donc que Jésus fût trouvé coupable par les lois romaines pour que sa condamnation pût être prononcée. Or^ un blasphème, une fausse doctrine ne suffisaient pas aux yeux d^ Romains pour &ire juger un homme digne de mort. U fallait un crime politique. Pour en trouver un, les pharisiens durent agir contre leur conscience.* Jésus avait toujinirs évité avec le plus grand soin de s'inmiiscer dans les affaires politiques. Il avait prouvé de la manière la plus évidente qu'il ne voulait point faire usage de la puissance matérielle pour ^écuter ses dessdins. Et même naguère , à son entrée triomphale dans Jérusalem, il s'était montré tellement éloigné de vouloir exploiter à son profit l'enthousiasme du peuple, que personne ne songea à l'en accuser.
Si donc il était évident que Jésus n'avait point cherché à troubler l'ordre établi, et*que l'effet qu'il produisait sur les esprits était uniquement dû à la puissance intrinsèque de ses paroles et de ses œuvres, sa conduite n'était plus idors ji^tieiaUe d'aucun tribunal humain,
1 Yoy. JofiiPBB, ArdKBoL, l.XX^ o. IX^ § i. Le gnmà-piMro Aand on Ananus fut accasé d'avoir assemblé le Sanhédrin pour prononcer une condamnation à mort, en Tabsence du gouTemear romain Albinns: bkç oûx iiॠ^ ^À»éat9f x»f^ r«|c ixtiyfv ffà/irti nk6(«u vuvéJ^y. AOSBI AuBe
fut-il destitué, ce qui prouve combien les Romains tenaient à ce qoa leurs attributions ne fussent pas usurpées.
eoMÀÂiauTmif tm lAnmw 435
et devait ék^ abaBdonnée à l'appi^éciatioil de ta conscience. Mais cette idée d'an doihaiiie supéviewr à oelui de la jiifitÎGe dvile> hors de l'attemle dos lois hnmaiâesy était oomplétemeni étrangère à toute l'aùtiqmté. EUe n'est entrée dans le monde qu'avec lé chrislianisme et avec la doctrine du royaume de Dieu. Jusqu'alors le do^ maine religieux et k domaine polit>|iie iv$ieiAi cmh stamment été eonibndus. 0« bien c'était la religion qui était subordonnée à la tie cirile et prenait le caractère de religion d'Etat; ou bien la politique était assortie à la religion : e'était la (héocratie. Cette deinière forme était œUe de la société juive, et dès lors toutes les actions ressortissaient en efTet au tribuMl spirituel. Mais le crime du Sanhédrin était de ne point vouloir reconniAre les signes des temps; l'intérêt personnel , l'égoïsme et l'orgueil les empêchaient de se soumette devant la loi de l'histoire qui amenait une période nouvelle. -*-- Dans tous les tdMf en restant à leur point de irue, ils auraient dà examiner atten^ement les preuves sur lesquelles! Jéeus établissait la divinité de sa mission, et, s'ils ne s^ sentaient pas suffisamment convaincus, s'en remettre du moins, comme plus tard Gamaliel, au jugement de Dieu dans l'histoire ^, reconnaissant en Jésus une action q[>éeiale de TEsprit divin. Mais leurs passions charnelles les empêchaient d'ouvrir les yeux à la vérité; et ce qui
« V<yy. Aot V« 84^89. IIsIm en avait ^1» appe^ à «etfe forme ùb jugement de Dieu (Deut. XYDI, ao-S2).
436 iSONDAlOUTIOM DB jbvB.
fait surtout la grandeur de leur crime, c'^t qu'il pro- Tient d'un aveuglement volontaire \
Les motifs sur lesquels le Sanhédrin avait établi son jugement ne suffisant pas pour obtenir du procurateur romain y Pilate, la condamnation de Jésus, il fallut en trouver d'autres. On présenta donc Taccusation sous une autre forme. Jésus s'étant donné pour le Messie, on déclara «qu'il avait voulu se flaire proclamer « roi, )) et l'on ajouta a qu'il défendait d'obéir aux au- <c tontes romaines et de leur payer les impôts. » — Les Romains, sachant comlnen les Juife étaient humiliés de payer le tribut à des païens, devaient être d'autant plus disposés à croire fondée une pareille accusation *. - La conduite de Pilate en cette circonstance est parfaitement conforme à ce que nous savons de son caractère, et nous donne une idée de la corruption morale qui régnait alors dans les classes levées de la société romaine. Pilate haïssait les Juifs et cherchait de toutes manières à les vexer et à les humilier. Mais comme il avait commis de nombreuses infidélités dans l'exercice de ses
1 Voy. plus haot page 149.
* Jean donne lai-méme à connaître quHl passe plasieiin choses sous silence. Ainsi, quand Pilate donande à Jésus : « Es-tu le roi des Juife? » (Jean XVIII, 88.) Gela suppose que Jésus était accusé de'vouloir se Cèdre roi (comp. Luc XXm, 2). — D*un autre côté, il n'est pas moins évident que le rédt de Luc n^est pas complet. — A la question de Pilale, Jésus n'aurait pas répondu tout simplement : oO Uyci^ (LucXXm,t; Matth. XXVII, 11; Marc XV, 2), puisqu'il n'entendait pas le mot roi dans le même sens. Et d'ailleurs, dans ce cas, Pilate n'aurait certainement pas dit qn*il ne trouvait aucun crime en loi. La narration de Jean révèle un témoin oculaire.
OOHDAllNATIOlf DB dsOB. -137
fonctions, il tenait d'autant plosà ne rien foire dont ses ennemis pussétat se préTabir pour l'accuser. Les droits de l'innocence lui importaient peu quand il s'agissait de ses propres intérêts. Quoique Jésus ne lui parût pas coupable, et qu'il désirftt le sauver, il n'était nullement disposé cependant à sacrifier son avantage personnel pour accomplir un acte de justice.
En lui présentant Jésus comme un perturbateur du
repos public, les Juifs avaient pensé que Pilate, satisfait
de voir l'autorité romaine reconnue par eux, ne s'en-
querrait pas davantage des griefe qu'on avait contre
l'accusé, et se prêterait sans difficulté à la confirmation
du jugement. Mais Pilate n'était pas disposé à se faire
l'aveugle instrument de leur vengeance. N'ayant rien
entendu dire de ces prétendues agitations populaires
qu'on mettait sur le compte de Jésus , il n'y ajoutait
point foi. Il soupçonnait qu'il s'agissait d'une affaire
purement religieuse, et il voulut d'abord se déclarer
incompétent \ <x Prenez vous-mêmes cet homme, dit-il,
<x et jugez-le selon votre loi. d Mais les pharisiens ne
l'entendaient pas ainsi. Leur haine n'aurait pas été
satisfaite par une condamnation purement disciplinaire :
ils voulaient la mort de Jésus, u Nous n'avons pas le
« droit, répondent-ils, de condamner une personne à
a mort. » Pilate fut donc obligé d'aborder, malgré lui,
la question politique, a Tu es le roi des Juifs? » de--
i Jean XVUI, %9 et soiv.
43& QMi^âiDttrM» m
manda^-il ifoniqowieBt à Jésus* -— Jésus ne pMvait pas répondre oui ni mm d'une manière àlMolue* H sV gissait de sayoir d'abord dam quel sms la qoestie» était faite. C'est pourquoi il demande à Klate sHl parle de lui-mêmey à son point de yue» c'est-inlire d'une royauté terrestre, ou bien s'il l'int^roge d'après la pensée d'un autre; et comme Pilate lui dit qu'il ne (ait que répétor l'accusation des Juifs , Jésus lui répond : «i Mon règne q n'est pas de oe nonde. » La royauté de Jésus n'est pas de la même nature que les autres; elle ne Tout point s'établir par les moyens humains et ne dûit, par eonsé^* qucQt, porter ombrage à aucune autorité humaine. Mais c'est bien néanmoins une royauté, et Jésus laisse ententdre de quelle nature est son royaume quand il ^t : « Je ^ suis vcAU dws le monde afin de rwdre témoignage à ^ la vérité- » D'où il résultait que son autorité ne pou** Yait ètrerecoanue que de ceux qui aTaient le cceur o«* Tori à la vérité* « Quiconque est de la vérité, ajeute4^, a écoute ma voix. » Ces paroles s'adressaient en même temps à la eonscience de Pilale ; mais le procurateur était trop eemplétement étranger aux dispositions que Jé»is réclamait. La plupart des Bomains de oeMe ^loque, et surtout les Bomains des hautes classes , n'avaient au** cun sentiment ni aucun besoin des choses spirituelles» <^ Qu'est-* ce que k vérité? » demande ironiquement Pilate. <x La vérité n'est qu'un vain mot^ » voulait»«il dîre. — Mais cet interrogatoire l'avait confirmé dans la pensée que Jésus n'était point civilement cpupabk* Il sojrtit i^rs
eONlMHIATIOll M iiOBëé ^%
hd députés du SaBhédiiB , et leur dit i[u'il ne trouvait aucmi crime en cet homme. Alors eeux-cî renouTelèrent levrt aceusatioas) disant que Jésus n'avait fait que soulever le peuple par ses doctrines , depuk la Galilée jus-qu'à Jérusalem ^ En apprenant que Jésus était origt-». naire de Galilée > Pilate pensa que le vtÂeùn était de renvoyer a» iétrarque Hérode Antipas, qui se trouvait alors & la fête. — Héréde se réjouH beanaéoup de cette droonstanee qui amenait Jésus devant lui. D^uis long** temps il désirait de le voir^ Il voulait mettre à Tépreuve sa puîssmee rairacoleuse. Mais Jésus n'était point disposé à satisfaire une vaine curiosité. Devant un hoirnne animé de telles dispositions, faire quelque chose pour révâer d'une manière spéciale la vérité divine, c'eût été jeter les perles devant les pourceaux. Aussi ne répondit- il pas même «m diverses questions qu'Hérode lui adressa. Plein de dépit de voi# san attente trompée, Hérode, par dérision, le fit revêtir d'un habit de pourpre, et, l'ayant livré aux grosmëres insultes des soldais , il le renvoya à Pilate, Toutes ces circonstances ne faisaient que confirmer Pilate dans l'opinion qu'il avait d'abord conçue de Jésus. Mais comme chaque année, à la fête de Pâques, on accordait aux Juift le relâchement d'un prisonnier, il leur pro"posa d'appliquer ce privilège à Jésus-Christ. Cette proposition semblait tout concilier. L*arrèt du Sanhédrin était maintenu et restait valaUe sans être exécuté. Et,
» Luc XXIII, 5.
* Voy. plas haut page ÎH.
MO GOMBAJMATIOS US jiSOS.
pour satis&ire la haine des phariaieDS, Pilate consentait à ne relâcher Jésus qu'après Favoir fait battre de verges.
— Mais la même foule qui naguère criait : Hosannah au Fils de David l gagnée maintenant par les pharisiens, et passant tout à coup, comme souvent, de Tenthousiasme à la fureur, demandait à grands cris qu'on relâchât un autre condamné et qu'on 6tât la vie à celui-ci. Cependant, Pilate espérant que la vue des souffrances de Jésus attendrirait cette foule, commença par faire fouetter Jésus, et, le conduisant ensuite tout sanglant hors du prétoire : « Voici l'homme, dit-il aux Juifs 1 « — Croyez- vous encore, voulait- il dire, qu'un tel « homme puisse avoir la prétenti<m de se faire roi ? »
— Mais ce spectacle, au lieu de calmer la rage du peuple, ne fit au contraire que l'exciter davantage : « Ote, ôte ! crucifie-le I » s'écrièrent-ils tous ensemble. — <c Mais, « répond Pilate avec humeur, je ne le trouve pas coûte pable ; prenez-le donc vous-mêmes et le crucifiez, b C'était prononcer la délivrance de Jésus , et les Juifs le comprenaient bien. Voyant donc que les accusations politiques ne leur réussissent pas, ils reviennent aux accusations religieuses. « Cet homme s'est donné pour « le Fils de Dieu ; d'après les lois romaines relatives à € la religion , il mérite la mort. » Mais ces paroles ne font qu'augmenter l'indécision de Pilate. Quelque peu accessible qu'il fût au sentiment des choses élevées , il n'avait pu sans étonnement considérer la conduite de Jésus pendant ces douloureux moments. Outre cela, sa
CEUcnrixioif db nbus. 441
femme ^ , tourmentée par un songe qn^dle TOMdt d^avoir, aTait &it pénétrer dans Tàme de son mari une partie de ses propres frayeurs. On sait combien Phomme passe facilement de Tincrédulité à la superstition. — Le même qui disait naguère en se moquant : a Qu'est-ce que la « yérité ? » frappé tout à coup d'une terreur superstitieuse ^ demande à Jésus : « D'où es4u? » «— Hais comme cette question n'était point dictée par une disposition bonne y Jésus ne fait aucurfe réponse : <x Ne me « réponds-tu pas, ajoute Pilate ? Ne sais-tu pas que j'ai « le pouToir de te faire crucifier ou de te délivrer ? Tu « n'aurais aucun pouvoir sur moi, lui dit Jésus, s'il ne « t'était donné d'en baut ; c'est par l'^t d'une dispen- « sation divine que les Juifs m'ont remis entre tes mains ; a ainsi le crime de ceux qui m'ont livré est-il plus grand <x que le tien. » — Après ces paroles , Pilate faisait encore plus d'efforts pour le sauver ; mais soudain il est arrêté par la menace d'une accusation redoutable : a Si «c tu le délivres, dit-on, tu n'es pas ami de l'empereur^ « car quiconque se fait roi s'élève contre l'autorité de « l'empereur. » Alors Pilate n'ose plus résister, l'interét personnel l'emporte sur toute autre considération , et pour ne pas donner prise aux atteques de ses ennemis, il leur abandonne la vie d'un innocent. Gomme tous les condamnés à mort, Jésus devait porter
^ Selon )*éyangîle de Nicodème (ch. II) et d'autres traditions postérieures, la femme de Pilate était une prosélyte de la porte (»M«tS4() et 8*appelait Procla. Voy. Thilo, Cod. apocr.^ N. T. I, p. 5S0.
44S cRiramcioif db «es.
jusqu'au Ken de l'esécution rinstrument èe son supplice. Mais Texoèfl des souffiiaoces do ccnrps et de Pâme avaif teUement épuisé ses fiircâs qu'il pfia srms le faix. Les soldats eix-4nèiiies, qui naguère TaTaient accablé d'oùtragesi furent émiK de pHié à cette yuty et obligèrent un Juif de Gycènei ttonmé Simon , qu'ils rencontrèrent sur la route^ à porter la croix ^ Cependant ce n'étaient pas ses propres douleurs qui troublaient le plus l'âme de JésuS| c'était k pensée de Paveoglement du peuple et du ohâtimenttenriUe qu'ils appelaient sur leur tète par leur long endurcissement. Voyant les femmes de Jérusalem émues de compassion envers lut : <x Femmes, leur dit^il*, a ne pleuffee point sur moi> mais pleurez sur vous et a sur TOS en&ntft ; )» — puis après leur avoir annoncé les grands malbeurs qui les menajoent, il ajoute : « Et si a l'on tûtces choses au bois yert, qu'arrivera^l donc au « bois sec ? tt C^est<-à-dire, si celui qui est saint souffre
1 On ne doit pas 8*étonner de voir les soldats romains agir avec cette autorité eiiTMns ua habitent d'une pro'vînee conquise. Comp. le trarail instructif de Hug sur lliistoire de la pas^on dans la Retme théologique pour l'archevêché de Fribourg^ 183!, n* 6, p. 12. Le récit de Marc a ici le aarictère d^ina relation provenant dU^eotement d'uji témoin. Il 4éF signe Simon comme le père de deux hommes connus des églises chrétienaes à Tépoque oà llS^ngile fut rddigé. Quant au quatrième évan* gile, qui dit que Jésus porta lui-même sa croix, il est facile de raccorder avec les synoptiques. Ici, comme plusieurs fois dans l'histoire de la passion, Jean passe légèrement sur certains poMits pour s'appesanUr da^a* tage sur d'autres. Que si Ton voulait induire de là que Tauteur de TEvangile igsovait le trait raipperté par les synoptiques, nous demanderions alors qu^on nous dit dans quel désert vivait donc Técrivain sacré pour ignorer un fait répandu de tous côtés par la tradition évangéliqae, et comment il se ftdt que récrit de cet homme ait pu passer pour rouvre de Tapôtra Jean»
• Luc XXUI, ST.
cAucenxioif m iéwaî 413
de ta sorte pour être miré %a oommuDion avec Pboma« oké pécheresse» q^'adfietidra-^t^il de oen qui auront à supporter la peine de leurs propres péchés?
Arrivé sur le Uea de TexécHtioo , ob piés«ita k Jésus, selon la coutume, un hreirvage épké, destiné à engourdir Tesprit, pour que l'on itssieBtlt mekia icive^ ment les douleurs à% supplice ^ Pressé par la soif, Jésus porta le breuniage k aes lèvres, ma» dès qa^il Peut goûté il le repousaa auasitôt et reibsa d^m boive, ne voulant pas échapper par ce œoyeii au sentiment de ses soufiraucee, et désirant conserva? jusqu'à k fin la pleine possession de toutea ses facuUés. Alors, après ravoir dépouillé de la plupart do aes vèèemenlB * , on réleva sur lu croix où on le &a en lui douant kg maiae et les pieds ^ En ce motnent aupréme, la cbarité de Jésus ne m dément point II n'appeUe point le diâtiment de Dieu sur ceux qui payent par une telle ingratitude tout le bien qu'ils ont re{i« de lui ; Baaîs appli^nt htiméme le précepte qu'il avait donné dans le discours de
1 Matth. XXVn, 84. —Marc QLV, 28) appdle ce breuvage otvoc ivfMpvw/iivos- GoiQ^. AtiaPrmHKfsi farraconensis, ch. III, où il est dit, à propos des martyrs : « Gum maltl exfraterna cantate ils ofiSarrent, uti conditi pennixti pocalum sumerent, etc. (Ruinait, Acta martyrum, Amstelod. 1718, f. 910). Voy. aiMiî TnTDUiiH, De J^umiÊ^ e* XII.
* Isidore de Pelase {Epist. 1 , 74) nous af^rend que la ttniqoe sans conttire ixtrèt» A^poLfoç) était le vêtement ordinaire des Galiléens de la daflse iQjC&riMire. Elle a'a^ait de inl««r pour le« soldats xoBMiM qaa comme nn objet nouveau poar eux.
* Cmi là œ qui, selon IMuHlen, rendait le supplice de la croix particulièrement douloureux. Voy. Tertullikh, Contre Marcion, 1. IU,c. XIX. Gomp. sur la crucifixion de Jésus, Hug dans la dissMUIton déjà oilée, et hIsi, Vie de Jésus, g i4^r
Mi csuonxioN BB nbus.
la montagne S il prie pour ses bourreaux. « Père , s'éa crie-t-il, pardonne-leur^ car ils ne saTent ce qu'ils a font, y>
Avec lui avaient été crucifiés deux brigands, qui montrèrent en cette circonstance des dispositions bien différentes. Tandis que Pun s'associait aux insultes de la foule^ Tautre le reprenait. Ces deux hommes étaientils coupables du même crime, ou bien le dernier était-il seulement un de ces hommes ardents qui se laissaient entraîner à la sédition par quelque chef de parti'? nous rignorons. Quoi qu'il en soit , il avait déjà le sentiment de sa misère, et ce sentiment le rendait accessible à des impressions plus élevées. Plus il comprenait que son propre châtiment était juste, et plus il dut être frappé par la conduite de Jésus. — Qui dira ce que peut sur un cœur brisé l'impression immédiate du divin? La foi du brigand témoigne également des dispositions morales et religieuses de cet homme et de la puissance de vie qui émanait de Jésus, même en face de la mort. La foi des apôtres eux-mêmes est devancée. Le brigand a tellement triomphé des préjugés judaïques, que, dans son compagnon de souffrances, il reconnaît le véritable Messie. «Seigneur, lui dit -il, souviens^toi de moi « quand tu viendras établir ton règne dans le monde. » La réponse de Jésus est remarquable à divers égards. Non-seulement il promet le bonheur au brigand re-
1 Matth. V, 4S-44.
s Tel était Barabbas d'après Luc XIUI, 19.
GRUGmxKW M lises. 4i5
pentanty mais il le lui promet pour un avenir procbain. <i En vérité, je te dis qu'aujourd'hui marne tu seras a avec moi dans le paradia. i» Quelle divine assurance Jésus conserve au milieu même des tourments pour pouvoir parler de la sorte! Cependant , comme il est homme y il est sujet à toutes les agitations que les circonstances extérieures peuvent produire dans Pâme de rhomme. Seulement, ce n'est pas le sentiment de ses péchés qui le trouble, c'est la compassion pour l'humanité, dont ses souffrances lui représentent si vivement l'incrédulité et la misère profonde. En ce moment l'image du juste persécuté, mais conservant dans ses douleurs une confiance inébranlable en Dieu , cette image dépeinte dans le psaume XXII, se présente à son esprit. Les caractères énoncés par le prophète se trouvent réalisés dans leur signification la plus élevée en celui qui est la sainteté même, et qui est l'idéal de la piété militante et triomphante. Au plus fort de ses angoisses, Jésus s'écrie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'asa tu abandonné? r> Néanmoins il ne cesse point d'appder Dieu ion Dieu; c'est la preuve qu'il n'a point perdu, dans ce moment, le sentiment de la communion parfaite, indissoluble avec le Père. Aussi bien, dans le psaume d'où ces paroles sont tirées, elles n'expriment qu'un moment secondaire de la disposition générale du Psalmiste. Que maintenant ce trait paraisse inexplicable à ceux qui le considèrent isoléçient, sans le rapprodier
44B «Mt DS téÊm.
du trtonphe qui ta suirre ; qu'il choque ceux c[ui mé* eonnaifseut le rapport de Christ à Thumanité, ou eéut qui n^oBt pas feit Texpérience de la vie chrétienne ; pbur le chrétien c'eti une image de la tie de l^glise en gé« néral et de chaque fidèle en particulier, de ce dévelop^ pemeat qrâritiiel qpii marche ters la victoire à travers des époqiies de luttes et d'apparentes défaites, Pressé de nouveau par la soif, Jésus demande encore à boire, et on lui présente une éponge imbibée d'un breuvage amet (poflca) qui ftûsait la boisson ordinaire des soldats. ^^ Sur le peint de mourir, il recommande sa mère au disciple bien-aimé qui lui tenait alors de plus près qu'aucun de ses frères ; puis, après cette parole, la plus étonnante et k plus profonde qui ait jamais été pronoa^ cée : <i Tout est accompli, i> il recommande son ftme à son Père céleste et il expire.
De même que des phénomènes eitra^rdinaires étaient apparus à la naissance du Seigneur et avaient conduit vers lui, depuis TOrient, des hommes travaillés par le besoin du salut, sa mort fut également accompagnée de circonstances merveilleuses. S'il est vrai qu'en général, aux grands éi^nements de l'hislcnre correspondent des iaits remarquables de la nature, et que cette concor^nce révèle une loi commune qui prénde à la vie de l'univers, on ne doit pas être étonné que le plus grand évé^ nement accompli dans l'histoire ait été signalé par des feits de celte nature. La mort de Jésus fut suivie d'un
MORT DB lisvs* 447
tremblement de terre et d'un obscurcissement du ciel, semblable, dans ses effets, à une éclipse de soleil \ — Et s'il est Trai qu'en ce même instant le Toiie du temple se déchira , nous devons voir dans cet événement un symbole de l'œuvre du Christ, qui ouvre le ciel à l'humanité par la rédemption, abolit l'économie préparatoire et institue désormais le culte en esprit et en vérité*.
1 Jules rAfricain rapporte que l*hl8torîen païen Thallus explique ces ténèbres par une éclipse. Il combat victorieusement cette bypotbèse en observant qu*une éclipse ne pouvait jamais avoir lieu à Tépoque de la Pâque juive "". Mais il a tort de conclure que le phénoBiène ne peot ètrt que reflet d'un miracle. Voy. Gborg. Symcell., Chronog, ed Niebuhr; DuiDOBF, vol. I, p. (10. Les Pères des premiers siècles en appellent souvent au témoignage de Pblégon, auteur d*une chronique écrite pendant le règne de l'empereur Adrien. Voici le passage de Pblégon cité par Eusèbe ; il est relatif à la quatrième année de la ioa* ohympiade (oEvipon 82 ans après la naissance de Jésus-Christ) : UXti^tç ^Abu /ityifxm r&v iyvoi»9-> /dvà» nfàrtçov^ juA Tfi4 i^ Sxri} r^ ^/tipocf lyévftiOt âott xoel &9xiç,aLç iv oùp«y^ f>ecviivai. 11 paraît aussi qu*à la même époque un tremblematti de terre renversa une grande partie de la ville de Nicée.
* Le xaraTtiroKT/Mc (Mattb. XXVII, 61) est très probablement le voile qui était devant le Saint des saints. Le voile qui séparait le Lieu saint du parvis s'appelait xàAu^it/xa (voy. Philon, De vita Mosis, 1. m, § 5). Que s'il s'agissait du lieu saint, le lait n'aurait plus alors aucun caractère symbolique. Il serait du reste possible que l'idée de la communication directe avec Dien, établie par Jésos-Christ, eût été rattachée après coup à quelque fait qui ne nous est pas plus exactement connu. U y aurait alors un élément mythique dans la tradition chrétienne. Il n'y a rien d'impossible en cela. Le christianisme est une religion eseentîellement historique; mais l'impulsion communiquée aux esprits par les grands faits de la rédemption aura pu ensuite réagir sur certc^iss détails et leur communiquer une forme plus ou moins mythique. Gela ne change rien au caractère général des récits. Ce n'est que lorsque l'élément mythique prédomine que la narration perd le caractère historique et devient apocryphe. •«- Mais d'un antre o6té, de ce que le mythe est possible, il ne s'ensuit pas qo'il existe. L'évangile des Hébreux rapporte : Superliminare templi
* Une éclipse de soleil ne peut jamiia atoir Ue« qu'aa noneiil de la BOu«eHe lune, tandis qoe la Pàqae juive coïncidait toujours avee la pleine lune. iTnd4
SECTION VIII