RÉSURRECTION DB JÉ8U
Jésus a-t-il prévu et prédit sa résurrectioa comme il avait prédit ses souffrances? Telle est la question qui se présente d'abord à nous. Nous ne pouvons pas la résoudre à priori. Certain que le Saint-Esprit viendrait poursuivre et achever son œuvre dans les apôtres et développer les germes de la vérité déposés dans leurs cœurs, Jésus pouvait désormais s'en aller en paix/ tout en ignorant que sa résurrection dût former une transition entre le temps de sa vie terrestre et celui de sa présence spirituelle. Cependant, quand nous considérons combien la résurrection se rattache étroitement à Tensemble de Tœuvre rédemptrice, il nous parait tout au moins très invraisemblable que le Seigneur ait pu ne pas prévoir cet important événement.
Que si nous admettons qu'il Tait prévu, comment faut-il concilier cette pensée avec les angoisses qui précédèrent le moment de sa mort? C'est la même question que nous avons déjà abordée et qui se présente dans tout le cours de la vie de Jésus, comme aussi dans la vie de chrétien. Tout s'explique par l'union de l'élément
injinitœ magnitudinis froctum esse atque ditfisum. Yoy. HmoN. in Matlk» XXYU, 51. 0pp., X. VII, P. I, p. 986, éd. Yallani. Un passage de la Guemara parle aussi d'ane porte du temple qui se brisa quarante ans avant la ruine de Jérusalem. Ces témoignages divers semblent avoir pour base un foit réel qui pourrait bien être celui dont les évangélisies font mention.
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divin et de rélément humain. Jésus savait que les souffrances le conduisaient à la gloire et pourtant il a souffert ; de même la pensée qu'il devait ressusciter ne pouvait lui épargner les angoisses de la mort. La certitude de son triomphe ne détruit pas plus le caractère moral de son sacrifice que la foi du croyant en la vie éternelle ne le soustrait aux combats de la dernière heure '•
Mais peut-on prouver que Jésus ait en effet prédit sa résurrection? Les disciples n'auront-ils pas, comme en d'autres circonstances ^ interprété d'après l'événement certaines paroles obscures de leur Maître et rapporté à la présence corporelle ce qui n'était relatif qu'à la venue spirituelle du Seigneur? Mais si une telle confusion a pu être commise dans certains cas % il ne s'ensuit pas qu'elle l'ait été toujours. Dans Jean XX, 8-9^ nous voyons qu'après la mort de Jésus, les disciples se rappelèrent certaines paroles relatives à la résurrection, et qu'une lutte se livrait dans leur esprit entre la crainte et l'espérance. Dans le passage Jean X, i 7-18, quand Jésus dit qu'il a le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre, il veut évidemment parler de sa résurrection; ce n'est pas une simple allusion à l'idée de l'immortalité de l'âme. — Quant aux passages tels que Matth. XYI, 21; Luc IX, 22, il serait étrange en effet que Jésus eût annoncé le fait d'une manière si précise et si claire et que les apôtres
* L'épttre aux Hébreax (XII, i) représente Jésus comme étant parvenu à la gloire par une foi pleinement éprouvée. Pour lui aussi, cette confiance était une condition de la possession.
* Par exemple dans Matth. XIl, 89 (voy. page 156) et dans Jeaall» 19.
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n^eussent pas compris et n^eussent pas même songé à le questionner là-dessus. Ces paroles font reflet d'un commentaire involontairement ajouté après révénement. Le Seigneur a dû annoncer sa résurrection comme la prophétie annonce ravenir, c'est-à-dire sous une forme figurée et plus ou moins obscure. C'est précisément le caractère que nous retrouvons dans les passages de Pévangile de Jean relatifs à la résurrection, et ce n'est pas la moindre preuve de la fidélité historique et de l'origine apostolique de cet évangile.
La mort de Jésus renversait d'un seul coup toutes les espérances des apôtres. Aussi les trouvons-nous plongés, après cet événement, dans l'abattement le plus profond. — Cependant, si l'on admet la réalité historique de la vie antérieure de Jésus, on pourrait comprendre jusqu'à un certain point , qu'après être on peu revenus à eux-mêmes, une fois remis du coup imprévu qui venait de les frapper, les disciples aient continué à marcher sous l'impulsion qu'ils avaient reçue de leur Maître. La présence corporelle de Jésus ne mettait plus obstacle au développement spontané de leur vie; les germes qui avaient été déposés dans leurs cœurs pouvaient peu à peu s'épanouir.
Mais ce qui pouvait arriver de cette manière ne suffit point pour expliquer ce qui arriva. Si nous oomparons ce qu'étaient naguère les apôtres avec ce qu'ils devinrent bientôt après, il nous est impassible de comprendre un changement aussi prompt et aussi considérable, à
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moins de loi supposer une cause extérieure quelconque. Il n'y a qu'un fait nouveau survenu tout à coup qui ait pu ranimer des impressions déjà prêtes à s'éteindre, et déterminer dans la foi des disciples une crise décisive et salutaire. Tels sont les effets que nous rapportons à la résurrection de Jésus. Désormais les promesses, la communion permanente, tout cela est une réalité. Le doute n'est plus possible. La résurrection est, pour les apôtres, la garantie éternelle de leur croyance au Fils de Dieu, de leurs espérances à la vie éternelle. Désormais leurs incertitudes font place à Tenthousiasme. Animés d'une foi inébranlable dans les choses invisibles , ils se sentent pressés d'annoncer au monde ce qu'ils ont reçu, et sacrifient avec joie leur vie pour le service de leur divin Maître.
Si l'histoire a pour objet de découvrir l'enchaînement réel des faits, elle doit considérer la résurrection de Jésus comme an anneau indispensable dans la série des événements. Autrement, la transformation qui a, dès lors, commencé à s'opérer dans la vie de l'humanité doit rester pour elle une énigme indéchiffrable. — Mais tant que la raison n'est pas éclairée par la foi^ elle reste inaccessible à la lumière supérieure. Elle se refuse obstinément à reconnaître autre chose que ce qui est produit par les lois ordinaires ; et de même qu'elle explique naturellement la venue de Jésus dans le monde, elle cherche également à faire rentrer la résurrection dans l'enchaineBient natarel des effets et des causes.