‹ Vie de JésusChapitre 97 sur 102 · SS R^AilTJ D8 LA IIB8UR11CTI0N · texte numérisé non relu

SS R^AilTJ D8 LA IIB8UR11CTI0N

A cet égardy deux hypothèses ont été émises. Les uns considèrent le fait comme le résultat d'une vision, les autres supposent que la mort de Jésus n'était qu'une mort apparente.

La première hypothèse repose sur une pétition de principes; car il n'y a dans l'esprit des apôtres rien qui puisse expliquer cette vision; le changement opéré en eux est le résultat et non la cause de leur foi à la résurrection. Si l'on veut tout expliquer par leurs dispositions intérieures, comment expliquer ces dispositions ellesmêmes? D'ailleurs le caractère des récits évangéliques est en complète contradiction avec cette manière de voir, ainsi que le témoignage si explicite , si positif de saint Paul y qui déclare que Jésus est apparu à plus de cinq cents personnes en une seule fois % et qui hase sur la résurrection son inéhranlable confiance au milieu des épreuves de toute espèce.

Reste la seconde hypothèse. Nous accordons que, même après avoir été attaché pendant quelques heures à la croix, le condamné pouvait encore, à force de soins et d'habileté , être quelquefois rendu à la vie * ; mais,

ï 1 Cor. XV, 6.

> Le témoignage soa V6n t invoqué de Josèpfae, en faveur de cette hypothèse, est loin d^avoir toute la force qu'on lui attribue. Voy. De vita, g 75. Pendant le siège de Jérusalem, Joséphe avait été envoyé en reconnaissance, avec un corps de cavalerie romaine, au bourg de Thecoa, à cinq ou six heures de Jérusalem {Hier. opp. t. IV, chap. i, p. 88t). A son retour il aperçut sur la route plusieurs prisonniers qu'on avait crucifiés, et qui n'y étaient par conséquent que depuis quelques heures. Ayant obtenu de Titus la grâce de trois de ces condamnés, il les fit aussitôt détacher de la croix et soigner par les médecins, et néanmoins il ne s'en sauva qu'on

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sans chercher ailleurs d'autres preuves , remarquons que, avant sa crucifixion, Jésus avait déjà beaucoup souffert physiquement et moralement ; il avait été batlu de verges; en se rendant à Golgotha, il était si accablé qu'il ne put porter sa croix, et que sa faiblesse émut de compassion les soldats romains ; on lui avait cloué les mains et les pieds; il était resté ainsi depuis le milieu du jour jusqu'au soir \ au milieu des plus cruelles tortures et exposé à une chaleur dévorante ; il avait remis son âme à Dieu comme un homme qui va mourir; un soldat romain lui avait percé le côté avec sa lance ' ; il était resté deux nuits et un jour dans le tombeau ; — puis tout à coup, le même homme, sans avoir reçu aucun soin de personne , apparaît vivant et bien portant au milieu de ses disciples. Ceux-ci sont tellement étonnés à cette vue , qu'il leur faut les preuves les plus pal-

seul. Yoy. BiBTSCHNBiDEB âans les Studien und Kritiken^ 1882, n. 8 ; et Hu6 dans la Revue théologique de Fribourg^ n. 7, p. 148.

> Le nombre d*heares n'est pas déterminé. Les dispositions dans lesquelles se trouvaient alors les disciples ne leur permettaient guère de mesurer exactement le temps.

• Voy. Jean XIX, 81 et suiv. Vefjpractio crurum était une mutilation infamante, pratiquée surtout envers les esclaves, mais qui n'avait point pour but de tuer immédiatement. Les condamnés ainsi mutilés étaient quelquefois jetés encore vivants dans une fosse, ou bien on leur donnait d'une autre manière le coup mortel (comp. Poltb., Hist, I, ch. 80, § 18 et Ahmien Marcellih, Hist. XIV, 9). C'est ainsi que furent traités les deux brigands, mais comme Jésus ne respirait déjà plus, on ne crut pas nécessaire de lui rompre les membres; seulement, pour s'assurer qu'il était bien mort, un sofdat lui enfonça sa lance dans le côté. Le mot vûrrciy (Jean XIX, 84) se dit, il est vrai, d'une blessure quelconque, mais il s'agit ici d*une blessure profonde ; c'est le synonyme de Ixxcyrcîv (v. 37. Comp. XX, Î7). .

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pables poui qu^ils puissent croire que c'est bien réelle* ment leur Maître et non pas un être (antastique. Dès ors ils le considèrent comme le vainqueur de la mort et comme la garantie assurée de leur propre triomphe et de leurs espérances pour la vie éternelle. Comment peut-on supposer qu'il s'agisse tout simplement d'une délivrance par les moyens naturels? D'ailleurs il faudrait supposer, dans ce cas , ou bien que Jésus a vécu longtemps ensuite , ce qui est démenti par l'histoire ; — ou bien qu'il est mort aussitôt après, et «lors le tait aurait perdu toute son importance pour la foi des apôtres; ce n'eût plus été le signe de la victoire remportée sur la mort. — De plus, il faudrait supposer que Jésus a sciemment trompé ses disciples, et que, pour leur donner de lui-même une idée plus haute , il leur a laissé croire que son apparition était un fait miraculeux.

Si maintenant nous apprenions que les ennemis de TEvangile, pour détruire l'effet du témoignage des apôtres , prétendirent que Jésus n'était point mort quand on le descendit de la croix, et qu'il avait été recueilli et soigné en secret par quelqu'un de ses adhérents, cela ne prouverait point encore qu'il y eût rien de vrai à la base de leurs allégations. Que s'ils n'ont pas même songé à faire valoir cet argument, n'est-ce pas une preuve que cela était impossible ? Or, à quel mensonge a-t-on recours? On répand le bruit que les disciples sont parvenus à enlever le corps de Jésus (Matth. XXVlll, 15), afin de pouvoir ensuite séduire le peuple. Mais nous ne voyons

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nuUe part que la réalité des apparitions soit admise et celle de la résurrection contestée. Ce sont deux choses regardées comme inséparables. On soutient seulement que les disciples ont voulu tromper ou se sont trompés eux-mêmes. — Ils ont, dit^on, soustrait secrètement le corps pour qn^on ne pât pas les démentir quand ils diraient que Christ était ressuscité et leur était apparu ^ Partout on suppose que Tapparition de Jésus ne peut s^expliquer que par la résurrection. — Et quand saint Paul déclare que Jésus est réellement mort (1 Cor. XV), ce n'est point pour établir un fait déjà reconnu de tout le monde ; c'est pour prouver que Jésus est aussi virila" blemerU ressuscité.

Pour ce qui est des réapparitions de Jésus, elles n'é^ taieut destinées qu^à ceux qui avaient déjà été conduits à la foi. Elles n'avaient point pour objet de convaincre les incrédules mais de fortifier les croyants. Ceux qui n*avaient point le cceur ouvert à ta vérité, qui n'étaient point encore accessibles à l'influence du Christ vivant, ne l'eussent point été à celle du Christ ressuscité*. (Luc XVI, 31.) La résurrection, avons-nous dit, devait servir de transition entre le temps de ta présence corporelle de Jésus et celui de son action spirituelle, et préparer, dans la foi des disciples, une transition correspondante. Voilà pourquoi; dans ses promesses, Jésus passe légèrement sur cette époque transitoire et ne s'appesantit que

1 Voy. Justin Mait« Dial. c. Tryph. f. SM. < Voy. vol. I, p. iSS et vol. H, p. iSO et sait.

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sur la pensée de son retour spirituel. Voilà pourquoi aussi il n^apparut aux apôtres que par intenralles et ne resta jamais longtemps ayec eux. Il ne voulait pas qu'ils s'accoutumassent de nouveau à sa présence visible, mais qu'ils se préparassent à la communion supérieure qui devait constituer l'épreuve de la vie chrétienne ^

Le lendemain du sabbat y c'est-à-^ire le second jour de la Pâque, Marie de Magdala se rendit de bonne heure au sépulcre, accompagnée de quelques autres femmes. La pierre qui fermait l'entrée n'y était plus. Alors les femmas s'imaginent qu'on a enlevé le corps de Jésus. Saisie d'effroi, Marie court aussitôt chercher Pierre et Jean, tandis que ses compagnes se rendent auprès des autres apôtres. Pierre et Jean, étonnés, se hâtent vers le sépulcre. Jean arrive le premier ; mais lorsqu'il aperçoit les linges soigneusement plies et qu'il ne voit plus le cadavre, il recule tout effrayé. Pierre arrive alors et, s'armant de courage, il entre dans le sépulcre. Jean s'enhardit à son tour, il entre aussi, et, certain que le corps de Jésus n'est plus là, il se souvient alors des paroles de son Mattre et il croit*. Pendant ce temps, Jésus apparaît successivement aux femmes qui étaient venues avec Marie (Matth.

> Je me range du côté de De Wette contre Lûcke dans Pinterprètation de Jean XX, 30. Ce passage se rapporte, selon moi, non pas à d'autres apparitions qae Jean n*a pas mentionnées, mais aux miracles de Jésus.

* Jean XX, 8. Le sens est : Les disciples avaient encore besoin d'un signe matériel pour croire d'une manière vivante à raccompUssement des promesses de Jésus. Car ils n'étaient pas encore convaincus qu'il faHoit que Jésus ressuscitât pour accomplir son œuvre messianique. Gomp. les excellentes observations de Lâoke dans son Commentaire.

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